Tim
Powers - Les voies d’Anubis - J’ai Lu/Bragelonne
Le passage du temps est
une épreuve redoutable qu’affronte inévitablement un livre : remise en perspective
historique par les instances littéraires, disparition du bruit - entendez par
là, critiques, commentaires, et pour les plus récents, flot rugissant des réseaux
sociaux - qui avait parfois accompagné sa parution. Place désormais au regard
autopsique, à l’évaluation froide des qualités et défauts et pourquoi pas au
renouveau de la flamme. Mais pour le lecteur lambda, le travail de ruissellement
des années attaque d’autres fondements. Je ne suis plus la même personne, j’ai
abandonné certaines croyances pour d’autres, je porte un nouveau regard sur le
monde et sur la chose écrite.
J’ai acquis Les voies
d’Anubis de Tim Power il y environ trente-cinq ans. En bonne place dans ma
bibliothèque, il bénéficia en France d’un accueil commercial et critique
remarqué, sanctionné par le Prix Apollo 1987, ancêtre du GPI. J’en gardais un
bon souvenir. Brendan Doyle, son héros, est un professeur de littérature anglaise
spécialiste du XIXe siècle. A l’invitation du responsable d’un « groupe de
recherche interdisciplinaire » et contre la promesse d’une
rétribution confortable, il s’envole de la Californie pour la capitale
britannique. Il est invité à assister à une conférence de Coleridge au Crown
and Archor Tavern à Londres le 1er septembre 1810. Comment résister
à pareille proposition, d’autant plus comme lui explique J. Cochran Darrow, que
la technique du saut temporel découverte par ses collaborateurs est tributaire
de brèches en nombre limité et que celle-ci coïncide avec les centres d’intérêt
de Brendan Doyle.
Malheureusement d’autres
personnes expertes en sorcellerie utilisent les couloirs du temps dans un tout
autre but que touristique : ressusciter les Dieux anciens de l’Egypte et
détruire l’Angleterre. Sur place, Doyle loupe le train du retour et se retrouve
coincé sur les rives de la Tamise de 1810. Le voilà contraint d’assurer sa
subsistance dans la cour des miracles des quartiers de Billingsgate,
Thames Street, et Cheapside. Pire il
a attiré l’attention des sorciers et de leurs sbires dont un Polichinelle sur échasses ! Ceux-ci, instruits par une entité insondable
ont appris à changer de corps, tour de passe-passe dont le vieillard et retord responsable
du GRID aimerait bien bénéficier aussi.
Les trois cents premières pages de ce roman de cape, d’épée et de magie m’ont paru délicieuses. Bien avant le surgissement d’une Egypte fantasmagorique sur les écrans de cinéma, ce tourbillon mêlant personnages de fictions et historiques (Ashbless, Lord Byron, Coleridge) réjouit. Mais j’ai eu progressivement le sentiment, à force de rebondissements et de protagonistes à identité multiple de perdre pied. L’âge ? Pour citer Groucho Marx, « Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé ».


