lundi 12 août 2019

La magnificence des oiseaux


Barry Hughart - La magnificence des oiseaux - Denoël Lunes d’encre







Dans une Chine Impériale de légende, le village de Kou-fou est en ébullition. Une épidémie frappe des enfants qui ont ingéré des feuilles de muriers empoisonnées, feuilles qui constituent la nourriture des vers à soie. Les coupables, vite trouvés, prennent la fuite. Pour sauver la vie des bambins, l’entreprenant Bœuf Numéro Dix lesté des maigres économies de sa tante part à Pékin chercher l’homme providentiel. Maitre Li, mis au fait de la situation, se lance en compagnie du jeune villageois dans la quête des éléments constitutifs de « La Grande Racine de Puissance » seule capable de guérir les enfants de Kou-fou.



Pépite de la collection Lunes d’encre, rehaussée de la plus belle couverture qui soit, La magnificence des oiseaux connut un succès de librairie en deux temps. Boudé lors de sa première parution aux USA, l’ouvrage remporta un World Fantasy Award après sa réédition chez un éditeur de fantasy. En somme, la trajectoire inverse de Court Serpent de Bernard du Boucheron qui, si les circonstances s’y étaient prêtées, aurait pu figurer en Lunes d’encre alors qu’il remporta dans la collection blanche de Gallimard le Grand Prix du roman de l’Académie Française. Les aventures de Maitre Li et de Bœuf Numéro Dix se poursuivirent dans deux autres volumes avant de s’interrompre sur fond de désaccord éditorial.



La magnificence des oiseaux, dont les héros auraient été inspirés par les personnages du Juge Ti, évoque les contes chinois traditionnels revus à la manière délirante et humoristique d’un Pratchett. Abandonnant la voie méthodologique propre aux récits d’enquête, Hughart embarque le lecteur dans une narration picaresque et pittoresque. Les deux protagonistes affrontent la redoutable « Grande Ancêtre », concubine faiseuse et défaiseuse d’Empereurs du Ciel, errent dans les souterrains du Château de l’immortel duc de Ch’in et tentent d’échapper à la Main que Nul ne Voit à l’aide d’une Libellule de Bambou.



Fête langagière, La magnificence des oiseaux rappelle que toute bonne littérature s’oppose au dicton traditionnel selon lequel « Rien n’est accident sur La Grande Voie du Tao ». Illustration avec l’apparition de « la Grande Ancêtre » :


« La chambre s'ouvrit à la volée, et la femme qui rentra d'un pas décidé devait peser dans les cinq cents livres. Le sol vibrait sous ses pas tandis qu'elle avançait vers mon lit.  Les yeux les plus glacés que j'aie jamais vus, même dans mes cauchemars, pétillaient sous des bourrelets bouffis de chair grise et molle, et une main massive et enflée jaillit pour me saisir par le menton. Les yeux de glace parcoururent mon visage.
« Satisfaisant », grogna-t-elle.
Elle empoigna mon bras droit et me tâta le biceps.
« Satisfaisant », grogna-t-elle.
Elle tira brusquement les couvertures et pétrit ma poitrine.
« Satisfaisant », grogna-t- elle.
Elle arracha complètement les couvertures et palpa mes parties intimes.
« Satisfaisant », grogna-t-elle.
Puis la créature recula d'un pas et je regardai avec des yeux exorbités un doigt tendu qui ressemblait à une saucisse saisie par la gangrène.

« Tu te fais appeler seigneur Lou de You, gronda-t-elle Je connais bien You, et il n'y existe pas de seigneur Lou. Ton compagnon décati se fait appeler seigneur Li de Kao, et il n’existe aucune province de Kao. Vous êtes des imposteurs et des coureurs de dot, et vos activités criminelles ne m’intéressent pas le moins du monde. » Elle claqua des mains sur ses hanches et me jeta un regard terrible.

« Ma petite-fille s'est entichée de toi, et je veux des arrière-petits-enfants, grogna-t-elle. Le mariage aura lieu dès que tes blessures seront guéries. Tu me donneras sept arrière-petits-enfants, et ce seront des garçons. J'ai l'intention de renverser la dynastie des T'ang et de remettre celle des Souei sur le trône, et des garçons conviennent mieux à mes desseins. D’ici là tu ne me soumettras pas à la vision de ton visage imbécile plus souvent qu’il n'est absolument nécessaire, et tu ne parleras pas tant qu’on ne t’adressera pas la parole. L’insolence dans ma demeure est punie d’une décapitation immédiate » »

2 commentaires:

Lunes d'encre a dit…

L'auteur est malheureusement décédé début août...

Soleilvert a dit…

Hello Pascal, il semble que non en fait (cf Actus forum Belial') Que ne ferait-on pas pour échapper aux impôts ...