Laurent Genefort - Le test de Rungholt - Albin Michel
Imaginaire
Après la publication chez Albin Michel Imaginaire des Temps Ultramodernes, roman au croisement du rétrofuturisme et du steampunk,
Laurent Genefort propose chez le même éditeur un huis clos se déroulant dans la
ville de Rungholt. Celle-ci peuplée de volontaires a été isolée du reste de la
Terre pendant vingt ans. Notre planète candidate pour intégrer La Mosaïque, un
gigantesque ensemble de civilisations peuplant l’univers et la cité en question
subit une période probatoire au cours de laquelle seront observées les
interactions entre humains et extraterrestres venus y passer quelques temps.
Au cœur du dispositif, Ingrid Belloc, à la tête de l’institut médico-légal, assistée de l’inspecteur Mendoza est chargée de résoudre les crimes liés aux visiteurs aliens le tout sous la surveillance de D’jee’r un des représentants de La Mosaïque. Comprendre, expliciter les circonstances d’un meurtre accidentel ou non afin de les prévenir, favoriserait les chances d’intégration de la Terre dans le complexe intergalactique.
L’Institut bénéficie déjà de l’apport d’outils
médicaux de technologie extraterrestre. Une aide précieuse pour le
médecin-légiste mais qui n’atténue pas les difficultés rencontrées dans
l’autopsie de créatures étrangères. Chacune s’apparente à la découverte d’un
monde nouveau, une biologie inédite. Faute de s’appuyer sur un capital de
connaissances, d’antécédents, Belloc et Mendoza doivent combiner logique,
intuition, biochimie et recherche d’indices avec la contrainte d’un temps
imparti pour la résolution de l’enquête sans compter les subtils impératifs
diplomatiques.
Le récit est constitué d’une série d’investigations qui
mettent en avant un couple d’enquêteurs à l’image de la série X-files ou
des romans Les cavernes d’acier et Face au feu du Soleil d’Isaac
Asimov. Comme dans l’Illiade chaque mort est différente. Chaque alien
aussi. Ils prennent vie en creux, en quelque sorte, à la différence du
personnage de Belloc d’une pauvreté psychologique sans doute voulue. A la vision des millions de civilisations prêtes
à intégrer la Terre dans leurs parcours touristiques ou leurs échanges
commerciaux du test de Rungholt s’en est superposée chez moi une autre proposée
par Clifford D. Simak dans Au Carrefour des étoiles.Sur un thème similaire le célèbre écrivain dessinait le portrait d’un passeur clandestin d’extraterrestres
sous la menace constante d’une population parfois hostile, souvent curieuse. Quelque
chose somme toute de très moderne m’incitant à répéter une fois de plus l’adage
selon lequel un grand livre ne finit jamais de dire ce qu’il a à dire.
Le test de Rungholt - premier volume d’une trilogie - cligne aussi de
l’œil en direction de Flaubert surnommé « l’ anatomiste du style »,
double référence au scalpel de sa plume noté par Sainte-Beuve, et aux opérations
chirurgicales paternelles. Comme l’auteur de Madame Bovary Laurent
Genefort s’est fortement documenté et en à peine trois cents pages livre un
récit original, sans temps mort et à l’écriture sans faiblesse :
« Belloc contempla un instant ce corps étranger que la vie avait déserté. Des myriades de réactions chimiques par seconde, faisant de lui une créature pensante et agissante, avaient définitivement cessé ; d'autres avaient pris le relais, non plus orientées vers l'intégrité corporelle et la lutte contre l'entropie - bref, celles menant du stade de cadavre à celui de squelette, ou quoi que ce soit d'équivalent chez les énonthes. La créature gisant devant Belloc pouvait bien appartenir à une espèce ayant fait crouler des mondes ou des étoiles, avoir commis un génocide ou n'avoir au contraire jamais ôté la moindre existence, y compris pour se nourrir. Sous le scalpel de la médecin légiste, cela ne faisait aucune différence. À l'instant de la mort, l'alien avait été aussi minuscule et seul que n'importe quel humain.»
Qu'attendez-vous pour le lire ?

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