vendredi 27 septembre 2019

Vie de Mizuki - 2. Le survivant




Shigeru Mizuki - Vie de Mizuki - 2. Le survivant - Cornélius






Le lecteur avait, au terme du premier tome de sa biographie, laissé le soldat Shigeru partir pour la Micronésie dans l’ile de Palaos, quittant les rives insouciantes de l’enfance et de l’adolescence pour entamer une vie d’adulte qui coïncida hélas avec la pire période de l’histoire japonaise. A Stalingrad dit-on les fantassins de l’armée rouge avaient le choix entre les balles allemandes et les balles soviétiques s’ils faisaient preuve de couardise. C’est le dilemme vécu par Shigeru et ses compatriotes noyés sous la déferlante militaire alliée et l’intransigeance des officiers japonais peu soucieux de la vie de leurs hommes.


La guerre dans le Pacifique occupe la majeure partie du récit qui aboutit, la paix revenue, aux premiers pas du héros dans le domaine du manga. Le titre de ce volume y trouve sa double justification. Survivre au conflit - le futur mangaka y laissera un bras - mais aussi survivre à la misère régnant sur le Japon de l’immédiat après-guerre. Le destin, une volonté de vivre insoupçonnée, une robuste constitution et un décalage permanent avec les évènements lui fournissent les armes nécessaires. Le troufion Shigeru, non content d’échapper aux balles et bombes ennemies reçoit son lot de gifles quotidien des sous-officiers. Dans le même temps, une rêverie perpétuelle et l’oubli des consignes lui permettent d’échapper aux massacres ourdis par l’adversaire.


Débarqué en Nouvelle-Guinée, il découvre le pire et le meilleur. La malaria et l’amputation d’un bras mais aussi une peuplade papoue qui l’adopte. On se rappelle l’histoire de ces soldats japonais perdus dans les iles du Pacifique qui durant des décennies restaient en poste, persuadés que le conflit n’était pas terminé. Bien entendu Shigeru finira par retrouver son pays natal. Dans l’intervalle, entre deux bombardements, il aura savouré la beauté fragile de la faune et de la flore insulaires.
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Le dessin appelle aux mêmes remarques que précédemment, à savoir une étonnante hétérogénéité de style, parfois visible (img1), parfois non (img2). Les décors réalistes ont une valeur documentaire, que ce soit les scènes de combat, de jungle ou plus instructives, les vues urbaines du Japon d’après-guerre. Si réserves il y a, elles sont balayées par la narration, épopée tout autant que témoignage, mêlant comme toujours petite et grande Histoire et fourmillant de détails. On découvre par exemple l’existence des théâtres d’images, les fameux Kamishibaï ancêtres des mangas. Ne reste plus qu’à plonger dans le troisième tome (L’apprenti), pour l’instant épuisé.

2 commentaires:

Ed a dit…

Passionnant.

"théâtres d’images, les fameux Kamishibaï ancêtres des mangas"
Rien que pour ca, ca donne envie.

Soleilvert a dit…

C'est le tableau d'une époque disparue.

Bien à toi.