lundi 9 octobre 2023

Les Loups des étoiles

Edmond Hamilton - Les Loups des étoiles - Denoël Lunes d’encre

 

 

 

 

De la malle aux trésors de la collection Lunes d’encre, quel plaisir d’extraire Les Loups des étoiles, célèbre triptyque romanesque d’Edmond Hamilton qui dit-on inspira à Georges Lucas la franchise de La Guerre des étoiles. Sans investiguer davantage sur cette légende soulignons que son épouse, la non moins talentueuse Leigh Brackett, remit peu avant sa mort un premier jet du scénario de L’Empire contre-attaque aux producteurs. Initialement paru en VF chez Opta en 1971, l’ouvrage fut retraduit par Pierre-Paul Durastanti et Thomas Day en 2000. Epuisé depuis, il est décliné en Folio SF.

 

L’arme de nulle part ouvre le bal du space opera sur les mésaventures de Morgan Shane un membre des « Loups des étoiles », une redoutée bande de pirates qui écume et pille la Galaxie (!). Exclu et pourchassé par ses compagnons d’arme pour avoir tué un des leurs, il prend la fuite et est sauvé in extremis par des Mercenaires, une autre confrérie à peine moins sympathique. Leur chef Dulillo accorde la vie sauve à Shane en échange de sa participation à une expédition visant à dérober une « arme absolue » enjeu d’un conflit opposant deux peuples interstellaires. Intrigue à tout casser, héros aux muscles d’acier, introspection et états d’âme réduits à la portion congrue,et surtout virées dans l’Univers : « Une masse d’étoiles flamboyantes barrait le firmament. Des soleils entassés, d’un rouge fuligineux, d’un blanc éblouissant, d’un vert pale, d’un or incandescent, d’un bleu paon, le foudroyaient du regard. De grands abimes de ténèbres déchiraient la masse des étoiles, rivières de poussières cosmiques au sein desquelles vacillaient les feux follets des soleils engloutis ». Tout ce qu’aiment les lecteurs de « Old SF » avec un dénouement inattendu.


  

Devenu membre à part du groupe de Mercenaires de Dulillo, Morgan Chane accompagne ses compagnons sur Terre pour conclure un nouvel engagement. Un homme d’affaires leur propose de retrouver son frère dont il est sans nouvelle depuis une expédition dans Les Mondes Interdits. L’étoile Allubane et ses trois planètes jouissent d’une mauvaise réputation. Elles dissimulent dit-on un secret fantastique et le mauvais accueil réservé aux visiteurs épaissit d’autant plus leur mystère. Sur Terre, Chane profite d’un temps libre pour retrouver ses racines. Ses parents originaires du Pays de Galle avaient émigré en direction de Varna, une planète à la pesanteur écrasante. Ils n’y avaient pas survécu. Leur fils y a acquis une force physique impressionnante mise au service des Loups des étoiles. Sur Arkuu, un des trois mondes d’Allubane, les mercenaires éprouvent les pires difficultés à s’extirper d’une jungle féroce et à distancer une troupe régulière. Dans ce second volet, sans délaisser son héros, Edmond Hamilton braque le projecteur sur l’expérimenté et vieillissant Dulillo, personnage déraciné au passé tragique. Le final, la découverte de l’Errance Libre, allusion à la drogue, recontextualise le roman dans les années 60 à quelques encablures de cet âge d’or que l’on situe dans les années 30-40.


  

La nostalgie de Varna pousse Morgan Chane à tenter de récupérer Les Soleil Qui Chantent, une œuvre d’art unique constituée de quarante gemmes symbolisant les étoiles les plus brillantes de la Voie Lactée assemblées dans un mobile. Pillée par les Loups des étoiles elle aurait été dessertie et vendue à des marchands d’art. L’expédition se révèle à la fois plus simple et plus compliquée, car Chane doit faire appel à ses anciens congénères qu’il fuyait au début de L’arme de nulle part. Le monde des Loups est peut-être l’ouvrage qui se rapproche le plus de l’esprit de La Guerre des Etoiles avec ses personnages truculents, Eron, Gwaath, Klloya Klloy un Jabba le hutt, avant la lettre …


  

Sans aller jusqu’à évoquer, à l’instar de la quatrième de couverture (version DLE 2000), la modernité d’un cycle initié en 1967, alors que deux ans plus tôt, en 1965 Dune pulvérisait le genre, gardons-nous néanmoins de bouder notre plaisir et arpentons sans vergogne avec Morgan Chane les astres morts de l’Univers.


En mémoire d'Hubert Reeves


39 commentaires:

Anonyme a dit…

Ça ressemble à un roman de pirates ou la grande époque serait décalée, plus l ´Errance libre qu’on soupçonne d’être une sous-Epice! Sous Herbert, plus sous Stevenson!Leigh Brackett, c’était autre chose!

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…

Merci pour ce nouveau billet qui me rappelle les films de "La Guerre des étoiles" de George Lucas. Les ayant regardés avec mon fils qui les aimait beaucoup, j'ai du mal à imaginer des mots pour rendre la magie des images, de la musique et des sons. Bien que Michel Cassé, astrophysicien, avait dit, dans une discussion avec mes élèves de 11 ans, : - Dans l'espace, il n'y a pas de bruit et pourquoi toujours imaginer des guerres....
Ils avaient vu le film ensemble, suite à un concours de dessins sur le thème de la science-fiction.
Là, j'ai commencé un roman tout a fait extraordinaire : "L'incendie" de Tarjei Vesaas, traduit du Norvégien par Régis Boyer pour les éditions "La Barque ", (collection "l'œil d'or / fictions & fantaisies.)
Une œuvre étrange où le merveilleux est inquiétant des les premières pages pour Jon.
C'est l'écrivain qui a inspiré Jon Fosse.

Christiane a dit…

Dans le roman de Tarjei Vesaas, le narrateur évoque le parcours halluciné de Jon. Un paragraphe décrit bien ses impressions qui sont exactement les miennes quand je découvre la barbarie des terroristes du Hamas.
"Il voyait venir le soir... mais quel soir était-ce là ? Il n'était pas en état d'élucider la chose. Il n'existait plus de temps régulier à mettre en ordre. J'ai dû perdre le fil en dormant. Je ne sais pas ce qui est et ce qui n'existe pas. (...) Je ne suis arrivé nulle part, en tout cas. (...)
Pensons. Essayons de penser.
Penser ne donna rien."

Christiane a dit…

Soleil vert, pourriez-vous m'aider, vous qui nagez dans la science-fiction comme un poisson dans l'eau.
Ce roman dont j'ai déjà lu une bonne moitié ("L'incendie" de Tarjei Vesaas) est très difficile, trop difficile. Et pourtant il me fascine. Tellement haletant, tellement bien écrit. Mais je n'y comprends rien. Qui est ce Jon ? Un être humain réel, un homme qui rêve, une entité ? Son univers est terrifiant : des maisons en ruines qui s'effacent. Deux femmes mère et fille. Une terrifiante obsédée par la mort, l'autre ? Mystère et boule de gomme. Le paysage est sidérant. Des brumes, des marécages, des choses en feu. Et puis l'histoire se détruit sans arrêt puis recommence puis s'interrompt. Avoir lu Beckett m'aide un peu, juste un tout petit peu.
Pourriez vous demander à vos amis si bons lecteurs, si l'un deux l'a lu et qu'est-ce qu'il a compris de cette folle histoire ? En attendant, un coup dans les nouvelles d'Israël et de Gaza, un coup dans les énigmes de MC... et aussi des choses mécaniques qui occupent pour laisser le cerveau se reposer. J'en oublie les rues dehors, les gens dehors.
Au fait, comment va votre chat ? Je n'ose plus demander car je crains votre chagrin.
Enfin bref, cet écrivain époustouflant me laisse abasourdie. En plus, Jon semble parfois être dans le corps des autres personnages. Vous voyez ? comme quelqu'un qui se dédouble puis revient à soi. Il y a des cercles qui le mènent dans la mafaisance du monde. Pas de Dieu, pas de diable (ça me repose !) Mais lisant cet "Incendie" ( quel incendie ? Peut-être dans sa tête ?) Je m'interroge et comme je n'ai lu aucun autre roman de Tarjei Vesaas je n'ai pas de point d'appui sauf qu'il est vraiment apprécié en Norvège. Bonne soirée.

La convergence des parallèles a dit…

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Soleil vert a dit…

La convergence des parallèles : j'ai l'édition J'ai Lu Novembre 1974, ta couv est meilleure.

Soleil vert a dit…

Christiane : "L'incendie" de Tarjei Vesaas, je vais investiguer. Le chat, toujours en vie, je l'ai ramené le 7/10 d'uns chimio Fregis dans un tram bourré. Résultat ce matin j'ai 38:6

Christiane a dit…

Oh ! Repos pour le maître et le chat.

Christiane a dit…

J'ai fini le roman de Vesaas. Le final est magnifique même si je n'ai toujours rien compris à ce qui arrive à Jon et à cette jeune fille. Peut-être une fin du monde. Peut-être un feu nucléaire.
C'est grandiose du début à la fin mais incompréhensible malgré la postface inspirée d'Olivier Gallon..
C'est traduit du néo norvégien ( nynorsk) par Régis Boyer qui fait là œuvre d'écrivain.
Mes point d'accroche. Le téléphone sonne. "Jon sortit de la maison." ( une très haute maison neuve dans une ville qui semble en construction.) "Longtemps, il avait senti que ça donnerait un jour. "
Il cherche du travail.
Quand il sort de sa chambre, c'est l'automne.
Au téléphone, avant que l'on raccroche, il a entendu : "- ça vient de chez moi."
Il reste longtemps dans la cage d'escalier ne sachant où il devait aller, s'il devait y aller, qui il va rencontrer ?
Il pense : "Le temps vole, comme des oiseaux, dans les escaliers."
Il doit être jeune car soudain une mère se manifeste pour lui rappeler qu'il n'a pas encore la permission de sortir.
Il sort.
Deux femmes - avec un prénom - passent comme l'éclair, dans le livre, lui adressent quelques mots. On ne sait si elles existent vraiment.
Une jeune fille marche près de lui.
Lui pense à la vie grouillante sous le sol.
C'est un narrateur qui précise toutes les pensées de Jon.
Après, pendant 200 pages, des rencontres éphémères, insolites, certaines terrifiantes. Mais il ne s'arrête pas... Jusqu'à la fin du roman énigmatique.

Christiane a dit…

"(...)Patience, patience,
Patience dans l’azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr !
Viendra l’heureuse surprise :
Une colombe, la brise,
L’ébranlement le plus doux,
Une femme qui s’appuie,
Feront tomber cette pluie
Où l’on se jette à genoux !(...)"
Paul Valéry.

En pensant à Hubert Reeves...

Soleil vert a dit…

Tristesse

Anonyme a dit…

Je ne sais pas pourquoi certaines sources mettent Verlaine comme auteur de ce poème,si Valeryen, MC

Christiane a dit…

Reeves l'aimait beaucoup. Il a donné à un de ses premiers livres un titre né de ce poème : "Patience dans l'azur".
C'était un homme patient quand il songeait à l'univers, à la Terre.
Poussière... d'étoiles... Un beau complément à la pensée de Blaise Pascal.
Oui, Valéry, tellement Valéry. Pas du tout Verlaine. Je n'en ai copié qu'une strophe car il est très long...

Soleil vert a dit…

J'ai évoqué ailleurs les émissions "La nuit des étoiles" que je regardais dans la ferme paternelle. On déplaçait le poste télé au seuil de la porte et on s'installait dans le jardin, l'œil rivé aux étoiles et l'oreille tendue vers les commentaires d'Hubert Reeves à la voix si particulière. Aujourd'hui plus de paternel, plus de ferme, plus de Reeves, voyage dans l'inconnu… mais en compagnie de Christiane et de MC et de qq autres avec lesquels j'échange des messages depuis la radio de la fusée du temps.

Christiane a dit…

Soleil vert, quand vous retournez dans cette ferme paternelle, dans ce jardin, c'est comme si vous rencontriez votre propre absence, traces invisibles d'un monde-écho où vous étiez, vous condamnant dans le présent à la solitude dans ce rapport absence-présence. Une sorte de traveling avant, à bord de votre vaisseau spatial, entrant dans votre passé pour en ressortir, ailleurs, dans les hauteurs célestes des étoiles. Le proche et le lointain non-réconciliés dans le cosmos, au-delà de l'infini.. Une boucle non bouclée comme si vous marchiez sans fin, déraciné, dans l'anneau de Moebius jusqu'à ce que votre cœur se brise.
Mais notre magnifique vaisseau spatial qui avance dans la galaxie c'est la Terre, écrivait Hubert Reeves.
Sur cette Terre, le ciel est rouge sang. Bruit assourdissant des bombes et roquettes qui explosent. Tempête de feu. Des hommes décident de s'arroger le droit de décider qui doit vivre, qui va mourir.
Assassiner, torturer à mort. Tuer des innocents semble devenu un mal nécessaire !
Dévastation de villes entières ou assassinat d'un seul homme... Combattre ce mal.
Comment donner du sens à ce qui est insensé ? Nausée, écrit Paul Edel.
Les écrivains sont des tisserands.

Anonyme a dit…

Bonjour Soleil Vert,

Merci de me laisser glisser chez vous cette petite bafouille au sujet de 22 nouvelles espiègles, tragiques et profondes, qui n'ont rien à voir avec le sujet traité dans votre billet. Il s'agit du recueil d'Olga TOKARCZUK (récipiendaire du Nobel, 2018) : "Jeu sur tambours et tambourins" (2001), suivi de "l'Armoire et autre nouvelles" (1997), paru cette année aux éd. Noir sur Blanc, traduit par Maryla Laurent.

– Un club d’écrivains de polars enquête sur des meurtres successifs. Une lectrice, aliénée par sa vie domestique, n’en perd pas une miette, dès qu'elle trouve deux minutes de son temps pour s’y replonger. Sa vie devient un mélange d’évasions puissantes dans les méandres de l’enquête. - Une écrivaine polonaise devient la dame de compagnie d’une vieille écossaise poussiéreuse, qu’elle traite aux petits oignons durant l’espace d’un été. - Un écrivain très conformiste est confronté à son double littéraire qui lui signifie son manque total de talent et d’imagination, tout en l’incitant à se contenter de ses petits succès. - Le seul survivant d’un naufrage en Robinson onirique et terrorisé découvre par hasard un loupiot vivant sur l’ile déserte. Il le nourrit de son sein, et c’est pour eux comme un miracle de vie qui repart, incompréhensible. - Histoire de la création, de la vie et de la mort d’une célèbre crèche de Noël à Bardo (Pologne), via le destin d’une femme esseulée et obstinée dans les années d’après-guerre. - Un circassien finit par épouser « la femme la plus laide du monde » dans le boniment de leur tournée. Leur fille, tout aussi affreuse que la mère, meurt un jour à son tour, et voilà qu’elles finissent célèbres, toutes deux empaillées dans la galerie des monstres. - Un richissime châtelain illuminé reconstruit au XVIIe s. un « petit Jésus » mécanique avec l’aide d’un peuple de paysans crédules qui veulent bien l'accompagner dans sa folie pourvu qu’il les nourrisse à leur faim chaque jour. - Une étudiante en psycho raconte une expérience compassionnelle avec deux fous délirants, dont elle retrace la logique et la cohérence de leur monde respectif. Cela se passe dans un HP de Varsovie, à la veille du coup d’état de Jaruzelski.
(la suite au post suivant)

Christiane a dit…

Dans l'introduction de son texte "Patience dans l'azur", Hubert Reeves écrit :
"(...) L'histoire du cosmos, c'est l'histoire de la matière qui s'éveille. L'univers naît dans le plus grand dénuement. N'existe au départ qu'un ensemble de particules simples et sans structure. Comme des boules sur le tapis vert d'un billard, elles se contentent d'errer et de s'entrechoquer. Puis, par étapes successives, ces particules de combinent et s'associent. Les architectures s'élaborent. La matière devient complexe et performante, c'est-à-dire capable d'activités spécifiques.
"Patience, patience,
Patience dans l'azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d'un fruit mûr !"
Paul Valéry, étendu sur le sable chaud d'une lagune, regarde le ciel. Dans son champ de vision, des palmiers se balancent mollement, mûrissant leurs fruits. Il est à l'écoute du temps qui sourdement fait son œuvre. Cette écoute, on peut l'appliquer à l'univers. Au fil du temps se déroule la gestation cosmique. A chaque seconde, l'univers prépare quelque chose. Il monte lentement les marches de la complexité.
J'imagine un Valéry cosmique qui aurait assisté en spectateur au déroulement de tous ces événements. Il aurait eu pour mission de signaler l'apparition des êtres nouveaux. Il aurait applaudi à la naissance des premiers atomes. Pour les premières cellules, il aurait composé une ode. A d'autres moments, l'inquiétude serait apparue sur son visage. Il y a eu des crises dans cette grande ascension cosmique. Certaines furent graves. Mais l'univers est inventif. (...)"

Anonyme a dit…


(suite au post précédent)
- *** Admirable description de l’usure d’un couple en vacances ultimes enfin décidé à se séparer, mais hésitant encore à le faire à cause de leur chien. Ce que la lassitude et l’épuisement de vivre en commun « travaille » dans le quotidien mental de chacun d’eux. - Le cauchemar éveillé d’un célèbre prof de psycho invité à conférencer dans une petite ville polonaise, à la veille d’une guerre. Qui, passé l’effroi de la sinistre situation vécue dont on ne peut le dépêtrer, finit par s’adapter (professionnellement) à la réalité de son cauchemar. - Une femme au foyer, mère de petits jumeaux, chante. Elle rencontre une cantatrice vivant à l’étage supérieur de son immeuble laquelle, de son côté, l’écoute admirative, charmée et se tait. Elle se passionnent l’une et l’autre, au point de vouloir fusionner la sienne dans la voix de chacune, à travers un fil d’Ariane qui les unirait, le grand Haydn. - A l’ombre d’une glycine envahissante sur deux étages, une mère et sa fille appellent un homme, leur amant mort, pour qu’il revive avec elles. Le gendre de la mère fit par exaucer leurs vœux et prières, grâce à la pulsion de vie de la glycine dans le mur. - Une danseuse sur le déclin, à la carrière totalement ratée, écrit depuis 28 ans des lettres sur ses projets de chorégraphie révolutionnaire à son veuf de père au loin, qui ne lui répond jamais, vu que les missives ne parviennent qu’à la poubelle de la fille. Le jour où une invitation à une vraie représentation lui parvient enfin, la danseuse ayant fini par s’émanciper de l’autorité inhibitrice de ses stériles conseils de jeunesse, le père est mort. - L’imagination rêveuse d’une femme de ménage en permanence enceinte, travaillant dur chez des bourgeois, lui permet de s’affranchir ou de s’extraire de sa difficile condition sociale. Elle en est toujours heureuse, ne se posant jamais aucune autre question dérangeante sur sa vie - Un vieux couple, usé par la récurrence des scènes de ménage nécessaires à sa pérennité se voit un jour confronté à un confinement dû à la survenue d’une catastrophe nucléaire en train d’anéantir la planète : fatalistes, ils poursuivent leurs querelles domestiques comme si de rien n’était, espérant survivre à l’apocalypse, cet événement anodin pourvu qu’il n’interrompe pas la raison de vivre de leur propre enfer au quotidien. - Une intellectuelle, grâce ay son de tambourins tziganes installés sous les fenêtres de son récent appartement en ville, profite de la nouvelle activation mentale d’observatrice décalée du monde et des gens, grâce à cette musique inconnue… Elle exprime dès lors des sensations bien plus profondes qu'auparavant sur le temps, le maintenant, la mort, la diffluence de l’écrivaine somme toute enivrée et envoûtée par le tintamarre étourdissant des tambours de la terre mariés aux chocs des premiers tambourins, au sein d’un univers sonore la laissant « flouée, ombrée, délavée, gommée, dissoute, fondue »? Une membrane de peau de tambour enveloppe désormais son crâne beaucoup mieux articulé - Le journal d’une femme de(s) chambre(s) d’un grand hôtel, dépeint à la manière d’une Sophie Calle plutôt que d’une Florence Aubenas (une nouvelle de jeunesse de la romancière, annexée de 1985).
Janssen J-J.

Soleil vert a dit…

Avec grand plaisir JJJ !

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

« Vous parlez bien de ces nouvelles…. »
D’autant que nous ne les avons pas lues! MC

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Christiane a dit…

Jean-Luc Tiesset chez Nadeau dit des choses intéressantes sur son écriture dans ces nouvelles :
https://www.en-attendant-nadeau.fr/2023/03/10/tokarczuk-nouvelles-pologne-1980/

Anonyme a dit…

Francis Jammes ”Cinq prières pour le temps de guerre”.

Christiane a dit…

"Le sujet du Soulier de satin, c'est en somme celui de la légende chinoise, les deux amants stellaires qui chaque année après de longues pérégrinations arrivent à s'affronter, sans jamais pouvoir se rejoindre, d'un côté et de l'autre de la Voie lactée »
Paul Claudel

Christiane a dit…

... une femme tout à coup se met à le précéder et ils s’enlacent dans une étreinte qui n’aura duré qu’une seconde seule. Là-haut dans le ciel, la Lune contemple cette ombre double qui, toute éphémère qu’ait été son existence «fait partie pour toujours des archives indestructibles» !

Christiane a dit…

..."Seule à la tête de la forteresse de Mogador, Prouhèze, dans la détresse d’un jour de trop grande souffrance, envoie une lettre à Rodrigue dans laquelle elle lui demande de la délivrer de Don Camille. Cette « lettre à Rodrigue » va devenir une véritable légende sur les mers entre le vieux et le nouveau monde. Portant malheur à tous ceux qui la touchent, elle va mettre dix ans, passant d’un continent à l’autre, avant de parvenir entre les mains de son destinataire"....

Christiane a dit…

"Toute la quatrième journée du "Soulier de satin" se déroule quelque dix années plus tard sur la mer, au large des îles Baléares, et nous fait découvrir tout un monde de pêcheurs, de matelots, de conquistadors épuisés, de courtisans aussi ridicules qu’obséquieux. Frappé de disgrâce pour avoir abandonné l’Amérique, Don Rodrigue, vieilli, ..."

Il n'est donc pas étonnant que la pièce dure onze heures - Cinq avec la mise en scène de JL. Barrault.

Christiane a dit…

"Pour Claudel c'est l’histoire d’amour qui l’a déchiré vingt ans plus tôt : se sentant à la fois appelé et rejeté par Dieu, au début d’une carrière diplomatique prometteuse, Claudel tombe fou amoureux de Rosalie Wetch, une femme mariée d’origine polonaise, qui le quitte sans un mot, enceinte de lui, pour un troisième homme. S’ensuit une crise spirituelle, philosophique et existentielle qui donnera lieu notamment à l’écriture du "Partage de Midi" et du "Soulier de Satin", vingt ans après.
Son histoire est transformée, sublimée, transfigurée en une grande fresque historique baroque, à la fois lyrique -et comique- , qui rassemble plus de soixante personnages...."

Christiane a dit…

Je n'ai pas vu "Le soulier de satin" , je l'ai écouté, par episodes. J'ai vu "Le partage de midi". J'ai été bouleversée par la langue de Claudel.
Je trouve triste qu'il n'en reste en mémoire que ce trait d'humour facile de Cocteau voulant briller auprès de Sacha Guitry. Après tout, il pouvait quitter le théâtre ou ne pas y aller, la durée de la pièce étant connue.

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Christiane a dit…

"Au-dessous du volcan", Malcolm Lowry.
Paul Edel commence par un constat : Il est difficile de parler de ce roman. Impression de voir Giacometti se battre avec la glaise, creuser, rajouter, tourner autour. Et peu à peu une silhouette apparaît ou un visage.
Eh bien là, quel bonheur de voir ce grand lecteur essayer de trouver une lecture continue dans ce roman-jungle. Et il y arrive, nous embarquant avec lui dans son périlleux voyage. Il ne craint pas de faire appel à d'autres lecteurs qui l'ont encouragé à continuer ou qui en parlent intelligemment.
Et peu à peu la lumière se fait sur ce personnage vacillant, imbibé d'alcool, chaviré de détresse.
Enfin j'ai trouvé un guide pour reprendre la lecture de ce roman somptueux qui m'a laissé des couleurs, des rages, des terreurs dans la mémoire. Merci à lui.

Anonyme a dit…

Bon, je vous ai répondu sur Claudel, mais Dieu seul sait ou c’est passé ! Ne pas oublier que la version jouée au Français était une version abrégée, soit au maximum une heure et demie deux heures, ce que prouve la première édition Gallimard ( 1942?) , Et ce qui infantilise encore plus le mot de Guitry. On bombardait les théâtres, en ce temps là…. MC

Christiane a dit…

Je découvre votre lien et votre dédicace pour Hubert Reeves. C'est très beau.

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Pas la mienne! MC

Anonyme a dit…

Retour aux Le May un peu par accident, dix ans après. Si les structures de leur monde sont les mêmes, La Planète des Optyrox, de 1968, a pris un coup . J’ y reviendrai. MC

Anonyme a dit…

C’est d’abord mal boutique. Une entité s’empare d’un vaisseau. On peut alors penser à un scénario de type Alien d’autant que des dégâts psychologiques sont mentionnés ( femmes folles, hommes amnésiques?) Las, elle n’est là que pour donner le prétexte au navire d’effectuer un saut spatio-temporel qui le pose dans une zone interdite. A partir de là, il n’est plus question de l’entité, et le récit se focalise en une robinsonnade galactique, ou émergent un couple d’Enqueteurs, et une race extraterrestre qui, selon l’ethnologue de service, ne devrait pas être là, ni paraître ce qu’elle est. Les pages les plus réussies sont celles où la question se pose, circa 140. Mais à la différence du précédent roman, cette race la ne parle pas! C’est multiplier à plaisir les notations descriptives au détriment du dialogue. Ce n’est pas un bon parti-pris. Quelques grosses bêtes représentent le peril majeur. Enfin les deux races font cause commune, attendent le vaisseau de secours, repartent vers la capitale humaine, et recréent un vaisseau spécial avec la science de la race Doree, lequel retourne sur la planète chercher les autres survivants…On s’ennuie un peu beaucoup , je dois le dire, le tout étant assaisonné de considérations machistes, peu femininophiles, pre-soixante-huitarde. On a la le bon exemple de l’épuisement d’un filon, car passe l’énigme de l’autre, le roman n’a plus qu’à se clore sur une fin heureuse. Par ailleurs, le choix de mondes trop précis ( idylle entre un Martien et une Vénusienne!) plombe aussi son imaginaire. Il est curieux de lire un livre aussi daté. Ce qui pose une question : est-ce que presque tout JB Ballard , entre autres, ne le paraitra pas dans cinquante ans? Je mets de côté Billenium et les Sables Vermeils. Bien à vous. MC