James Blish - Un cas de
conscience - Folio SF
Au départ,
une novella :
En 1953, Blish publie la novella "A Case of Conscience" dans le
magazine américain If (qui deviendra plus tard Worlds of If) ;
le récit a d'ailleurs les honneurs de la couverture. Mais tout n'est pas aussi
simple puisqu'en fait le texte de Blish devait faire partie du troisième
"Twayne Triplet". Ces livres (dont seuls les deux premiers sont
parus) étaient des anthologies originales de trois textes (d'où le Triplet)
publiées par Twayne. Éditées (anonymement) par Fletcher Pratt, il s'agissait
d'une idées très en avance sur son temps, celle d'un "shared world"
scientifiquement défini à l'avance dans lequel des auteurs connus (Leber,
Blish, Merrill, Piper dans ce cas) situaient leurs nouvelles. Le concept sera
repris bien plus tard par Anderson (Cleopatra), Ellison (Medea) et même par Robert
Silverberg pour Muraski. Pour des raisons inconnues, ce troisième triplet ne
paraitra jamais, Twayne disparaissant quasiment de la scène SF comme éditeur de
fiction en 1954. Entretemps (de façon prévue ou faute de mieux, les sources
sont muettes sur ce point), Blish publiera donc la novella dans If.
Dans la pratique, c'est un texte qui se rencontre rarement et qui est repris
une fois par décennie en anthologie. On le trouve le plus facilement dans le
recueil Works of Art parus en 2008 chez NESFA. Il ne sera jamais traduit
en français.
Le roman :
devant le succès critique de la novella initiale, Blish reçoit une commande de
Ian Ballantine (l'éditeur) via son agent Frederik Pohl pour une version
expansée de son texte (Blish dit "blowing it up into a novel"). Il
reprend donc la novella qui devient le "Book One" aka "première
partie" du roman en la modifiant (elle passe de 23.000 à 30.000 mots mais
garde la même structure). Il écrit ensuite au début de 1957 la deuxième partie
(40.000 mots) avec l'aide de Pohl. Le roman sort en avril 1958 et devient
rapidement un succès (il remporte le Hugo en 1958), traduit dans (au moins) 8
langues. Il est le premier titre paru de l'ensemble thématique After Such
Knowledge qui comprend en plus une biographie de Roger Bacon et le couple
de romans "Black Easter" (ou Faust Aleph Null)/The
Day After Judgement.
James Blish :
un auteur qui comme d'autres après lui, aura une relation un peu
schizophrénique avec le genre. Écrivain doué et cultivé, il sera un critique
féroce des travers du genre des années 50 sous le pseudo de William Atheling
(Atheling critiquera d'ailleurs A Case of conscience de Blish dans The
Issue at Hand), il livrera à la fois des œuvres ambitieuses (comme celle-ci),
des textes restés célèbres (certaines nouvelles isolées comme « Beep »
ou les romans de la série Cities in Flight ou les nouvelles de la série
Pantropy) et des choses nettement moins glorieuses (généralement non traduites,
type VOR). Il aura aussi un grosse production d’œuvres de commande avec une
douzaine d'adaptations d'épisodes de Star Trek et le fameux Spock Must Die.
La descendance de A case of conscience:
d'une façon surprenante, on reparlera beaucoup dans le milieu de A Case of
Conscience lors de la sortie en 1996 du roman de Mary Doria Russell The
Sparrow (Le moineau de dieu en VF; primé en Grande Bretagne) qui
présente de troublantes similitudes avec celui de Blish. L’autrice niera
toujours avoir lu Blish.
Pour aller plus loin :
outre la fiction de Blish (et les critiques d'Athelin encore accessibles mais
pas dans leur totalité), le livre référence sur l'auteur est celui de Ketterer
: Imprisonned in a Tesseract (qui a beaucoup servi à la rédaction de cet
article), il existe un opus plus court de Stableford et la bibliographie de
Stephensen-Payne. Robert Silverberg a pour sa part rédigé une critique du livre
dans le magazine Infinity Science fiction d’octobre 1958.
UN CAS DE
CONSCIENCE
Au cours de
son expansion galactique, l’Humanité réfléchit au sort à réserver à la planète
Lithia. Faut-il exploiter ses ressources quitte, si l’enjeu en vaut la
chandelle, à réduire les autochtones en esclavage, ou en faire un simple relais
des routes spatiales, voir l’ignorer ? Quatre scientifiques sont expédiés
sur place, le physicien Paul Cleaver, le chimiste Mike Michelis, le géologue Akronski et surtout le
biologiste et médecin par défaut Ramon Ruis-Sanchez qui représente la Compagnie
de Jésus. Sur place ils découvrent une population pacifique ignorant l’art et
la religion, une population raisonnable ayant accumulé un savoir scientifique
et technologique globalement inférieur à celui de l’espèce humaine excepté dans
le domaine de la biologie. Coincé entre le jusqu’au boutisme de Cleaver qui
veut transformer la planète en laboratoire thermonucléaire et l’opposition de
Michelis à toute forme d’esclavagisme, le jésuite voit en cet Eden sans Dieu et
sans guerre une contrefaçon, la marque du Diable.
La question
religieuse interpelle régulièrement la littérature de science-fiction. Faut-il
s’en étonner ? Non. Dans son expression la plus simpliste, le space opera,
elle accompagne l’expansion humaine comme jadis elle soutint la Conquista des Amériques.
Ainsi naquirent entre autres « La Sainte Église de l'Expansion » des Galaxiales,
« Le culte des Ténèbres » tiré d’une nouvelle de Silverberg. Elle ressurgit
lorsque la science a été mise au ban dans Un Cantique pour Leibowitz ,et
les deux ennemies se réconcilient dans l’improbable Culte de l’Atome chez Van
Vogt. Un cran au-dessus Philip K. Dick en fait la matière de L’Exegese,
Stapledon rejoint Teilhard de Chardin dans Créateur d’étoiles. Mais c’est
bien Blish qui force le débat dans un cadre théologique. En accordant le droit
de création à Méphistophélès, Ramon Duis-Sanchez ne tombe-t-il pas dans l’hérésie
manichéenne ? L’athéisme des lithiens ne les affranchit il pas des difficiles
accommodements de la théorie de l’évolution et du credo de la création divine ?
Cette remarquable
première partie, pauvre en action mais riche en controverses, comporte un volet
scientifique étonnant. Blish réactive un concept abandonné, celui de la
récapitulation. Initiée par un certain Ernst Haeckel au XIXè siècle elle
avançait que le développement de l’embryon humain reproduisait en accéléré l’apparition de
l’espèce humaine : tour à tour poisson reptile etc, de sorte que « l'ontogenèse
récapitule la phylogenèse ». L’auteur applique cette genèse aux lithiens
et, idée géniale, en fait un phénomène exogène. La faune terrestre et aquatique
de Lithia est composée d’embryons lithiens à divers étapes de leur développement.
Merveilleuse illustration qu’une erreur scientifique (la constante cosmologique
introduite par Albert Einstein) peut rebondir dans le cadre d’une autre théorie
(l’accélération de l’expansion de l’univers) ou comme dans Un cas de
conscience donner naissance à une intrigue originale.
La seconde
partie du roman écrite ultérieurement et conjointement avec Pohl n’a pas le
souffle de la première.
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Cette fiche a été réalisée par Sandrine et Soleil vert















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