Avram Davidson - Maintenant,
dormons - L’Arbre vengeur
L’humour, la fantaisie semblent avoir déserté nos
littératures, sommées - en tout cas pour celles relevant de l’Imaginaire -
d’illustrer ou d’anticiper des enjeux sociétaux et environnementaux, sous le
regard sourcilleux des sensitivity readers qualifiés aussi de démineurs éditoriaux (1) . Reverrons nous des Brown, des Sheckley, des Lafferty,
des Morrow et autres francs-tireurs de l’écriture ? Les éditions de l’Arbre
vengeur viennent d’ajouter un nom à cette liste, celui d’Avram Davidson (1923-1993)
en republiant quelques nouvelles que Jean-Patrick Manchette himself nous avait
fait découvrir jadis aux Presses de la cité.
Le parcours d’Avram Davidson ressemble à celui d’un de ses
personnages, le docteur Goldpepper qui délaissant ses recherches en matière de
prothèses dentaires postule pour les vols habités de la NASA, arguant que
l’astronautique a autant besoin de dentistes que de médecins. De confession
juive, Davidson rédige dans un premier temps quelques textes sur le Talmud
avant d’opter à la fin des années 50 pour les littératures de science-fiction,
fantasy et même policière et de se convertir en 1970 à une religion japonaise
adepte de « La Vie joyeuse ». Ses nouvelles plus que ses romans ont
établi sa réputation et il récoltera, entre autres, un Hugo et trois World
Fantasy Awards. Beaucoup de ses textes restent inédits et c’est le seul petit
reproche à faire à l’Arbre vengeur et à ses confrères français.
Sans s’attacher à un genre particulier, car la diversité est
le maitre mot de ce recueil, on pourrait classer les sept récits présentés
selon un registre humoristique ou grave. Le fou et hilarant « Au
secours ! Je suis le Dr Morris Goldpepper » raconte les mésaventures
d’un dentiste confronté à des extraterrestres édentés. Quant au « Golem »
il réduit la terrifiante et mythique créature à un importun. Autre importun, un
paléontologue amateur vient détruire les théories du docteur Turbyfil sur l'origine de l'Homme. Hélas
pour le premier tous les paléontologues n’ont pas la largesse d’esprit d’un
Yves Coppens. C’est le sujet de « L’Ogre » texte pas vraiment
renversant, qui comme « Le Golem » peut se lire comme une
fable sur les enquiquineurs.
Dans une toute autre tonalité la nouvelle de science-fiction
« Maintenons, dormons » raconte la disparition d’une espèce
vivante intelligente. Le seul tort des Yahoos est d’habiter une planète-relais
entre deux mondes colonisés par les humains et de servir d’exutoires à toutes
les turpitudes humaines y compris les expérimentations scientifiques. Un grand
texte écrit sans pathos. Le négrier sans état d’âme de « La Contrainte
de sa condition » est victime de sa propre logique mercantiliste et
misérable. S’élevant d’un cran « La loi secrète » décrit une
perversion de la démocratie au sein de la présidence américaine. Une allusion à
Nixon, suggérée par certains commentateurs ? Le plus long texte de Maintenant,
dormons (« Les sources du Nil ») est une satire du monde
de l’édition où tous les protagonistes courent après un manuscrit promettant de
révéler les véritables sources du fleuve égyptien. Voilà peut-être la meilleure
nouvelle du recueil, recueil qui révèle le surprenant talent multiforme de
cet auteur.
A ces satisfactions s’ajoute la belle réalisation éditoriale
de l’Abre vengeur enrichie de dessins de Nicole Claveloux.
- Le Golem (The Golem, 1955)
- L'Ogre (The Ogre, 1959)
- La Contrainte de sa condition (The Necessity of His
Condition, 1957)
- Les Sources du Nil (The Sources of the Nile, 1961)
- La Loi secrète (The Unknown Law, 1964)
- Maintenant dormons (Now Let Us Sleep, 1957)
- Au secours ! Je suis le Dr Morris Goldpepper (Help! I Am
Dr. Morris Goldpepper, 1957)
(1)
Cf Derek Künsken
dans la page de remerciements de son roman Les Profondeurs de Vénus

















