Bob
Shaw - Orbitville - Opta - anti-mondes
Capitaine de la Patrouille d’Exploration de la Starflight
(Starflight, pas Starfleet …), Vance Garamond est convoqué dans la résidence officielle
de la présidente de la compagnie, la redoutable Liz Lindstrom. Retardée par un
contretemps elle lui confie la garde de son jeune fils. Celui-ci, hélas,
échappe à sa surveillance et se tue en chutant d’une statue. Comprenant
immédiatement que son arrêt de mort est signé, Garamond s’enfuit et quitte la
Terre en emportant femme et enfant. Avec son équipage et son vaisseau le
Bissendorf il met le cap sur l’Etoile de Pengelly. Mais l’étoile a disparu, remplacée
par une immense sphère de trois cent vingt millions de km de diamètre. Dans le
plan équatorial, les fugitifs découvrent une grande ouverture. A l’intérieur un
ciel bleu, un soleil et des prairies à l’infini.
Lecteur, lectrice d’Omale, vous reprendrez bien un
peu de sphère de Dyson ? Romancier et novelliste irlandais décédé en 1996,
Bob Shaw est l’auteur d’une des plus originales nouvelles de l’histoire de la
littérature de science-fiction avec « Les Yeux du Temps ». Quant
à Orbitville il parut en serial en 1974 (dans Galaxy en trois
livraisons), puis en livre en 1975,à priori à l'identique. Succès critique
certain, il obtient dans son pays le BSFA en 1975, finit troisième au Campbell,
et est cité dans les 100 meilleurs livres de SF par Pringle. Il fut régulièrement
réédité dans les années 70-80, et après 2000 plutôt dispo en ebook. En version
française (cinquante ans déjà !), on ne compte qu’une édition dans l’élégante
et défunte collection de Michel Demuth, Opta anti-mondes. À cause d'une
certaine similitude avec le Ringworld de Niven, Kincaid affirme dans le
"St James guide to Sf writers" que la parution du texte de Shaw a été
"delayed for a while" (il y a effectivement un trou entre 1972 et
1975 dans la production de Shaw qui sortait 1 roman par an). Il existe deux
suites : Orbitsville departure (1983) qui se situe essentiellement sur
Terre et Orbitsville Judgement (1990) qui seront des flops (surtout le
dernier) comme souvent avec ces trilogies un peu opportunistes.
L’histoire d’Orbitville se résume à un affrontement
entre Liz Lindstrom et Vance Garamond dont l’enjeu est la survie ou la
destruction de la famille de l’astronaute. La présidente est décrite comme un
monstre entomique doté d’un abdomen proéminent et lisse, répandant une odeur aigre-douce,
exécutant ses collaborateurs au moindre faux-pas. L’épouse n’est pas mieux
lotie, réduite à un rôle d’idiote. Autres temps, autres visions des femmes … Ejecté
de la base, Garamond effectue deux millions de km avec quelques équipiers dans
des avions de fortune pour faire demi-tour. On ne peut pas parler de récit
exploratoire, les paysages se répètent inlassablement sur cette terre vaste comme
cinq milliards de Terre. Deux espèces d’extra-terrestres apparaissent - dont peut-être
les descendants des Constructeurs -, mais leur contact ne fait l’objet d’aucun
développement sérieux. Beaucoup de choses sont éludées dans ce roman de deux
cent cinquante pages : comment se nourrir dans ces espaces herbeux
dépourvus de faune quand on n’a pas l’arsenal technologique des humains ?
Qui a pu percer dans l’indestructible sphère des trous supplémentaires et
imparfaits ? Le roman se termine cependant sur un début de réflexion intéressante,
l’impossible maintien des organisations sociales au sein de cette infinité :
« Le Temps est une unité de changement, l’évolution est le produit de
la compétition - des concepts qui n’avaient aucune signification, aucun sens
dans le contexte du grand O [Orbitville]. Délivré du besoin de se battre ou de
s’enfuir, de la faim et de la peur, de la nécessité de construire ou de
détruire, d’espérer ou de rêver, l’Humanité avait cessé d’être humaine - quand bien
même la métamorphose ne pourrait avoir lieu en une seule saison ni même une seule
génération. »
Utopie qui ne va
pas au bout de son projet, Orbitville reste une curiosité, la seule
surprise véritable venant de cette couverture sympathique qu’on dirait copiée d’un
album de Billy Idol.
Cette fiche a
été rédigée par Sandrine et Soleil vert.






















