jeudi 16 septembre 2021

Monsieur Jadis ou l’Ecole du soir

 

Antoine Blondin - Monsieur Jadis ou l’Ecole du soir - La Table Ronde

 



Il n’est pas si facile de venir à Antoine Blondin. Comme le souligne Christian Authier, préfacier de Monsieur Jadis, la légende ensevelirait, si l’on n’y prenait garde, le romancier : les frasques, le Tour de France, Un singe en hiver revisité par Audiard etc. Quelle idée aussi d’être publié chez un éditeur au nom évocateur de chevalerie ou de table de bar, dans une collection (Le petit vermillon) appelant à la dégustation d’un Bourgogne imaginaire.

 

Monsieur Jadis est ce qu’il est convenu d’appeler une autofiction, un texte d’une pudeur extrême qui se déroberait presque au rideau de pluie des souvenirs. Franchissons le pour lui. Monsieur Jadis alias Antoine Blondin embrassa, après une courte incursion dans l’enseignement, la carrière de journaliste sportif et d’écrivain. On le rattache, - à son corps défendant - à l’école des Hussards mouvement littéraire qui intégrait alors Roger Nimier, Jacques Laurent et Michel Déon. Son œuvre, relativement mince, comprend cinq romans. Le présent récit, son dernier, tourne autour de la figure de Roger Nimier, l’ami définitivement endormi en 1962 « sous des draps de ferraille atrocement froissés ».

 

Le texte débute par une balade dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à l’époque des évènements de Mai 68. Le narrateur prend fait et cause pour un jeune manifestant. Embarqué dans un poste de police, quelques images du passé font alors surface. Celles d’un intermittent de l’existence, partagé entre trois domiciles, la maison maternelle, familiale et l’appartement d’Odile, sa maitresse. Sans parler à proprement d’intrigue, le roman emprunte un chemin vagabond, alternant scènes de beuveries, escapade à Madrid avec Odile, saut à Twickenham avec Roger Nimier, l’ami qui bien souvent l’extraie au petit matin des commissariats … Il abrite une galerie de personnages invraisemblables : Popo, jeune femme noctambule aux activités indéfinissables, l’écrivain Albert Vidalie, parolier de Reggiani et expert en reconstitution de batailles napoléoniennes.

 

Plus que les scènes d’ivresse, on retient de Monsieur Jadis les moments de prose d’une infinie délicatesse d’un écrivain amoureux de « la liberté mauve qui s’installe le soir », se faufilant dans les interstices de la vie et adepte des contrôles policiers car disait-il « si quelqu’un avait bien besoin d’une vérification d’identité, c’était moi. »


jeudi 9 septembre 2021

La nuit du faune

 

Romain Lucazeau - La nuit du faune - Albin Michel Imaginaire

 

 

 

Révélé par Latium, un space-opera nourri d’humanités et récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire en 2017, Romain Lucazeau publie en 2021, La nuit du faune. L’auteur, diplômé de l’ENS, agrégé de philosophie, un temps enseignant, dirige actuellement une filiale de la Caisse des dépôts. Après Gérard Klein cette vieille institution abriterait-elle une pouponnière d’écrivains de science-fiction ?

 

La nuit du faune, au titre évocateur d’un célèbre prélude musical (1) et d’un poème abscons de Mallarmé, tient du roman de science-fiction et du conte philosophique. Son héros, un faune, après avoir franchi d’innombrables contrées, escalade une montagne au sommet de laquelle, selon une croyance de son peuple, réside une Divinité. Il est accueilli par Astrée une petite fille réfugiée dans un domaine évoquant un jardin de poupée. Sous son apparence juvénile, la fillette abrite une autre personnalité, une déesse très ancienne rescapée d’un peuple oublié. Ayant depuis longtemps tourné le dos à l’univers, elle écoute néanmoins attentivement les propos de son interlocuteur et séduite par sa soif de connaissance l’entraine dans un voyage qui les conduiront à la rencontre de peuples du Système Solaire et de la Voie Lactée. Sur leur route, ils embarquent un robot dont les créateurs biologiques ont disparu.

 

Empruntant les matériaux conceptuels les plus récents de la science physique, La nuit du faune revêt les vêtements d’une fable du XVIIIe siècle, tout en privilégiant selon une tradition remontant aux Grecs le dialogue comme mode narratif. Gulliver, héros du célèbre roman de Swift suivait au fil de ses aventures une trajectoire qui le menait du même à la découverte de nations et de coutumes étranges. Polémas, le faune (2) entame un chemin inverse qui le désespère. La contemplation des merveilles du Cosmos cède progressivement le pas à l’inventaire des civilisations évanouies ou métamorphosées en machines, quelque furent leur degré d’élévation. Escaladant toujours plus haut les montagnes de la Création, il perçoit un Univers en proie à de vastes conflits n’épargnant pas d’insondables Divinités.

  

Des innombrables interrogations soulevées par le roman, émerge la question du Savoir et de l’Immortalité :« J’ai tourné le dos à un univers que la compréhension avait vidé de toute beauté, de tout chant, de toute gloire… », soupire Astrée, reprenant le vieil aphorisme de Goethe : « Toute théorie est grise, mais vert et florissant l'arbre de la vie. » Comme Gulliver et ses Houyhnhnms, elle imagine un instant stopper sa course auprès de Galatée, une étoile à neutron bienveillante. L’épilogue cependant fait ressurgir l'adage du vieux Voltaire : « Il faut cultiver notre jardin ».

  

Ne cédant pas au didactisme, La nuit du faune embarque le lecteur dans un voyage aux allures de roman d’apprentissage. Vision holistique d'un Réel où la Conscience se débat dans les chaines de la contingence et de l'entropie, réflexion lucide sur les civilisations disparues, ce texte de haute tenue renoue avec une ancienne tradition littéraire sous les lumières des savoirs contemporains.

 

 

 

(1)   Romain Lucazeau insiste à deux reprises sur le sujet : « Aussi se réfréna-t-elle, et, se forçant à relever la tête vers lui, elle articula : « Vous venez pour l’après-midi ? »

(2)   Le nom des personnages Astrée, Polémas, Alexis, Galatée est emprunté au roman d'Honoré d'Urfé L’Astrée


samedi 4 septembre 2021

Les Temps parallèles


Robert Silverberg - Les Temps parallèles - Marabout - Le Bélial’

 



La littérature de science-fiction entretient un rapport singulier avec le Temps. A la différence des autres genres romanesques, elle ne se résout pas à un constat d’impuissance. Elle n’hésite pas à en déchirer la trame. Ses personnages surfent sur la quatrième dimension ou en font un terrain de jeu, plus communément dénommé « voyage dans le temps ». Robert Silverberg s’est illustré sur ce thème avec plusieurs romans et nouvelles : Les Masques du Temps, Les déserteurs temporels … Homme d’une grande culture historique, féru de lettres classiques, il transpose dans l’infini des temps révolus, des angoisses et interrogations contemporaines.

 

2059 : Jud Elliot, jeune homme de vingt-quatre ans las d’un travail d’assistant juridique, file à la Nouvelle Orléans s’engager dans le Service Temporel. Une nouvelle industrie touristique est née, offrant à des vacanciers fortunés un saut dans le passé à la rencontre d’évènements exceptionnels sous la houlette de guides. Une patrouille temporelle - clin d’œil à Poul Anderson - contrôle l’activité de ces derniers, rétablissant si besoin est, la trame de l’Histoire, supprimant d’éventuels paradoxes provoqués par des voyageurs imprudents ou malfaisants. Diplômé d’Histoire byzantine, Jud, après quelques essais, embarque ses premiers clients dans la ville de Constantinople.

 

La traduction du titre du roman (édition Marabout et ultérieures) est un contre-sens. « Les temps parallèles » suggère l’existence d’univers alternatifs. Or la VO Up the line affirme le contraire. Il s’agit bien d’une unique ligne temporelle que les guides et patrouilleurs s’engagent à préserver. Robert Silverberg emprunte la voie difficile des paradoxes à résoudre, dans la veine des nouvelles de l’anthologie Histoires de voyages dans le temps qui réunissait les spécialistes du genre. Le plus inattendu de ces nœuds gordiens n’est pas celui énoncé jadis par René Barjavel mais l’effet d’accumulation engendré par la contemplation des plus grands évènements historiques, comme la scène de crucifixion du Christ. Le Golgotha devient progressivement aussi peuplé que la Place de la Bastille dans ses grandes heures.

 

Gare au guide qui perd un touriste ou s’avère de leur fausser compagnie pour se livrer à des commerces frauduleux ou séduire une beauté levantine ! Gare également au guide qui tente de corriger ses propres errements au risque d'élargir l'éventail des possibles ! C’est pourtant le travers dans lequel tombe le naïf Jud, bien aidé en cela par un confrère, un certain Metaxas, qui non content de dresser son arbre généalogique, se fait un devoir de copuler avec ses aïeules. Les Temps parallèles se lit comme une histoire d’amour impossible, une plongée brillamment documentée de l’Histoire de Byzance et Constantinople. Mais c’est aussi un livre érotique, sans tabou, genre alimentaire auquel se livrait l’auteur des Chroniques de Majipoor sous différends pseudos. Tout à sa passion avec une très lointaine parente, Jud dans la continuité d’Œdipe demeure aveugle aux conséquences de sa liaison et en subit le châtiment.


Plus qu’une illustration involontaire des mœurs des années 60, Robert Silverberg livrait avec Les Temps parallèles une vision très personnelle du thème. Le Temps, objet de tous les fantasmes, terrain d’exploration du Désir. Ce roman très hot, qui offre une représentation de la gente féminine pas toujours heureuse, tient cependant toujours la route.

 

mardi 10 août 2021

Nuigrave

 

Lorris Murail - Nuigrave - Ailleurs et Demain

 

 

In memoriam Lorris Murail (1951-2021) - Article initialement publié sur le site Le Cafard Cosmique en 2009

 

Pour le quarantième anniversaire de la collection Ailleurs et Demain, Gérard Klein édite un roman (français) remarquable, assez atypique, à l’image de Langues étrangères ou du Quatuor de Jérusalem. Lorris Murail, connu surtout pour des romans jeunesse dont un, Le maître des golems, a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2003, signe avec Nuigrave un ouvrage hallucinant et halluciné.

 

En partance pour l’Egypte, Arthur Blond se fait pincer à la douane de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle avec un patch de nicotine collé aux fesses. L’Office Européen de Restitution Patrimoniale l’a chargé de recoller les morceaux de l’Obélisque de la Concorde brisé lors d’une tentative de réédification sur son site historique de Louxor. La France - une France imaginaire et contemporaine où sévit la prohibition sur le tabac et ses dérivés - a en effet décidé de concert avec quelques pays européens de se refaire une virginité morale et culturelle en rétrocédant des pièces archéologiques pillées naguère aux pays du tiers monde. Personnage à la dérive, naviguant entre deux substances illicites, Arthur partage ses activités entre un poste de maître assistant en archéologie à l’université Aimé-Jacquet et un bureau à l’Office chargé de ces restitutions. Malheureusement pour l’enseignant le patch confisqué fait partie d’un lot contenant une drogue, le tétracoarcinicol. Les propriétés de cette plante amazonienne dont l’ingestion provoque une altération de la perception du temps, intéressent fortement des laboratoires médicaux. Or le fournisseur exclusif du TCC est une ancienne petite amie d’Arthur….

  

« Les écrans disparaissaient, me renvoyant sur le fond noir de la réinitialisation ».

 

Nuigrave dresse d’abord le tableau sans complaisance d’une société en perte d’identité : « Nous parlions de ma mission, de mon activité de rétroarchéologue. Du besoin de se délester d’une culture empesée par les souvenirs. Du temps qui passe, qui s’accélère. Du temps des vieux. D’après lui en vidant leurs musées, nos sociétés séniles ne restituaient pas à leurs propriétaires légitimes des trésors indûment amassés, elles s’appliquaient à désencombrer leur mémoire congestionnée afin de retrouver l’allant de leur jeunesse… ». Passé perdu, souvenirs spoliés, le colonialisme culturel affecte aussi bien les nations pillées que les sociétés occidentales. Comme en illustration de ces propos, après ses démêlés avec la police, Arthur Blond se réfugie dans une espèce de Sangatte multi ethnique, le Petit Kossovo. La description de ce microcosme de l’Humanité, lieu sans mémoire et sans avenir qu'illumine l'amitié de l'archéologue et Moussa, un petit garçon africain, constitue le point fort du roman. Murail réemprunte les chemins de tristesse de Rancy la banlieue sordide de Voyage au bout de la nuit à peine colorée par l'affection mutuelle de Bardabu et Bebert. Dénonciation d’un monde promis au néant, de coins paumés, Nuigrave abonde aussi en personnages éphémères, coincés dans des situations sans issue : Sidonie, la femme aimée retrouvée et aussitôt perdue, Wellman le séquestreur séquestré dans ses souvenirs …

  

« Je me souvins de Fatima, que je n’avais pas touchée dans ma chambre d’hôtel du Caire, mais dont mes désirs dormants avaient fait leur proie, longtemps après dans ma chambre parisienne. »

  

Nuigrave aborde surtout le vieux thème science-fictif de la drogue. Bien qu’il ouvre la piste prometteuse de la paramnésie, une des séquelles liées à l’absorption du TCC, Lorris Murail ne s’engage pas sur les voies dickiennes des troubles de la perception et des univers parallèles mais plutôt sur celles du Temps des changements de Silverberg. La drogue comme libération en quelque sorte. Il opte pour une écriture hallucinée dans laquelle la mémoire réelle ou inventée se superpose à l’action, ou l’évocation des bars à chicha de Belleville alterne avec les images d’une Egypte imaginaire.

  

Nuigrave décrit le combat désespéré d’individus en lutte le contre le temps sociétal, celui de l’information, celui de la vitesse, de l’éphémère, au profit d’un temps retrouvé. Lorris Murail signe là un grand roman.

dimanche 8 août 2021

Au carrefour des étoiles

Clifford D. Simak - Au carrefour des étoiles - J’ai Lu - Nouveaux Millénaires

 

 

 

Si vous lisez de la littérature de science-fiction, vous n’êtes pas sans connaitre quelques appellations de genres ou sous-genres comme le space opera, ou le planet opera. Le grand Clifford D. Simak a créé à lui seul une catégorie, le Wisconsin opera. Ecoutons à ce propos Robert Silverberg : « Le cadre apparent de sa fiction pouvait être le quatre-vingtième siècle, ou un univers parallèle, ou un monde étrange d'une autre galaxie, mais d'une manière ou d'une autre, c'était toujours fondamentalement le Wisconsin des années 1920, un monde de fermiers, de chiens, de trous de pêche et de rocking-chairs sous le porche. » (1) Au carrefour des étoiles, auquel Pierre-Paul Durastanti offre une nouvelle jeunesse, est sur ce point exemplaire.

 

 Enoch Wallace coule des jours tranquilles pas loin de Millville dans le Comté de Grant. Après la guerre de Sécession, il a repris l’exploitation de la ferme paternelle. En apparence tout au moins, car celle-ci abrite un relais spatial. Insensible ou presque à l’écoulement du Temps, Enoch accueille des voyageurs qu’il réexpédie aux quatre coins de la Galaxie. Un éclaireur extraterrestre qu’il prénomme Ulysses (avec un s, en hommage au général Grant) lui a jadis proposé de transformer sa demeure en avant-poste d’exploration du bras spiralé abritant le système solaire. Dans cette région isolée de l'Amérique, bordée par le Mississippi et la rivière Wisconsin, où l’on se soucie peu du voisinage, les activités peu ordinaires de ce fermier immortel passent presque inaperçues. En dehors d’une courte promenade consacrée à la relève de son courrier Wallace ne quitte guère la maison, accueillant avec toute l’hospitalité dont il est capable ses visiteurs et consignant le tout. Un agent de la CIA finit cependant par détecter un faisceau d’anomalies. Peu à peu, à la faveur d’évènements accidentels, l’employé des étoiles va se retrouver au cœur d’un conflit de loyauté.

  

Construit à rebours d’un roman d’espionnage, Au carrefour des étoiles démarre par les souvenirs du héros de la bataille de Gettysburg et s’achève par la menace d’un double conflit, mondial et galactique. L’histoire de l’Humanité semble dire Simak, se condense en une série de choix, heureux ou malheureux, et à la faveur du progrès des armes, l’un d’entre eux pourrait être, si nous ne prenons garde, le dernier. L’image du bon chemin (page 48) trouve peut-être son origine, si l’on suit toujours Robert Silverberg (1), dans les écrits du poète américain Robert Frost (1874-1963), l’équivalent de notre Francis Jammes. Son poème le plus célèbre « The road not taken » raconte les hésitations d’un promeneur à l’orée d’un bois. Deux sentiers s’offrent à lui. Il finit par prendre le moins fréquenté. De façon amusante Simak réinterprète le texte de Frost à sa façon. Le chemin le moins emprunté, celui qui mène à la ferme est aussi le plus utilisé puisque la demeure abrite un nœud de réseau galactique. Plus sombrement les voies de la raison et de la tolérance ne s’empruntent pas sans risque. Comme l’avait remarqué Pierre-Paul Durastanti (2), une espèce de mystique chrétienne, fraternelle traverse le roman, avec un épilogue rappelant à l’instar de Dans le torrent des siècles que le salut du plus grand nombre s’obtient par le renoncement ou le sacrifice de quelques autres.

  

Chez l’auteur de Demain les chiens, la méditation accompagne l’action. Elle confère au récit une apparente lenteur qui disparaît avec le dénouement au dernier tiers. Cerise sur le gâteau pour les découvreurs de ce texte légendaire datant de 1963, l’existence d’une Force spirituelle universelle alimentée par un Talisman. Que la Force soit avec toi lecteur !

 

 

 

(1)   Rereading Simak - Reflections

(2)   Bifrost 22

 

dimanche 1 août 2021

L’invention de Morel

Adolfo Bioy Casares - L’invention de Morel - 10/18

 

 

 

Argentin, grand ami de Borges avec lequel il écrivit des romans policiers, Adolfo Bioy Casares publia en 1940 le texte qui demeure son chef-d’œuvre. Qualifié de récit fantastique, L’invention de Morel présente pourtant des caractéristiques propres aux ouvrages catégorisés dans la Conjecture Romanesque Rationnelle. Si les phénomènes décrits semblent un premier temps désorienter le narrateur et les lecteurs, les technologies imaginées par Morel commencent aujourd’hui à pointer leur nez. La critique a établi un lien avec L’ile du Docteur Moreau de Wells. A choisir, j’aurais préféré par exemple le récent L’Anomalie de Hervé Le Tellier.

 

Tout commence par l’échouage d’un naufragé qui fuit le Venezuela. Se décrivant comme un persécuté, le narrateur, sur les conseils d’un proche, se réfugie dans une ile de l’archipel polynésien de Tuvalu. S’abritant dans la partie basse des terres constamment envahie par les marées (l’archipel est effectivement menacé aujourd’hui par la montée des eaux) il découvre dans la partie haute (pure invention de l’auteur, le sol est au niveau de la mer) des constructions : un musée, une chapelle, une piscine. Plus surprenant, l’ile semble habitée. Certains soirs, des bruits de fête parviennent jusqu’à lui, des personnages parcourent les lieux. Il se prend d’intérêt pour une femme, Faustine, qui parfois descend s’asseoir sur un rocher et lit. Elle semble importunée par un certain Morel. Etant fugitif, il n’ose l’aborder. Parfois, le jour, il s’enhardit et, pénétrant dans les batiments, les trouve désert. Leur sous-sol abrite une étrange machinerie.

 

Le lecteur contemporain découvrira vite le pot aux roses. Tout l’édifice de l’ouvrage repose sur la crainte paranoïaque du narrateur d’être livré à ses persécuteurs et la fausse nécessité de se dissimuler aux yeux des habitants : « J'attaquerai, dans ces pages, les ennemis des forêts et des déserts ; je démontrerai que le monde, avec le perfectionnement de l'appareil policier, des fiches, du journalisme, de la radiotéléphonie, de douanes, rend irréparable toute erreur de la justice qu'il est un enfer sans issue pour les persécutés ».

 

Avec L’invention de Morel Adolfo Bioy Casares renouvelait de façon originale le mythe de l’Eternel retour. Qu’il s’agisse des réincarnations successives, ou des efforts répétés de Sisyphe, le thème n’a pas bonne réputation. Il croise ici la quête de l’immortalité. De ce chef-d’œuvre qui dit-on ne fut pas sans influence sur le Nouveau Roman, je retiendrai aussi la belle simplicité des silhouettes de la couverture de l’édition 10 18. Tellement immergés dans la civilisation de l’image, nous oublions leur trompeuse consistance et leur trompeuse durée. Telle est la victoire de Morel.

 

mardi 27 juillet 2021

Bartleby le scribe

Herman Melville - Bartleby le scribe - folio

 

 

 

On connaît des écrivains auteurs d’un livre culte, plus rarement ceux qui en comptent deux à leur actif. Et ne m’évoquez pas ces pourvoyeurs inlassables de chefs d’œuvre qui meublent votre bibliothèque ; je vous parle de créations si singulières et si différentes, qu’elles semblent conçues par des esprits aux antipodes l’un de l’autre. C’est d’ailleurs souvent à tort que l’on félicite tel artiste pour avoir su renouveler son art. Se renouveler suppose l’expérience d’une forme d’altérité au sein même de l’identité. Les Beethoven des derniers quatuors et des dernières sonates ne sont pas légions.

 

Or Herman Melville figure au nombre des élus. Quel lien unit un contemporain de Jules Verne auteur d’un Moby-Dick mythique aux résonnances shakespeariennes et bibliques, et l’initiateur par nouvelle interposée d’une forme de résistance passive ? Quel lien unit Achab l’obsédé et un commis aux écritures voué à la disparition sociale, la violence du premier, la douceur du second ? Est-ce une sorte de détermination incompréhensible qui les place aux bords du monde ?

 

Après la déception causée par les insuccès successifs de Moby Dick et Pierre ou les Ambiguïtés, Melville publie en 1856 un volume de nouvelles Contes de la véranda. Y figure « Bartleby le scribe ». Le narrateur, sans doute un notaire, décrit l’arrivée dans son étude d’un jeune homme d’apparence modeste et discrète dénommé Bartleby. Tout le contraire de ses trois clercs, certes efficaces mais aux tempéraments tonitruants, se réjouit-il. Et de fait tout se passe bien jusqu’au jour où celui-ci oppose un refus policé à une demande de relecture d’un document : « I would prefer not to », « Je préférais pas » (1). Donnant toute satisfaction par ailleurs, son pupitre dissimulé derrière un paravent, Bartleby réitère son opposition de façon presque aléatoire. Un dimanche, se rendant à son officine, le notaire trouve la porte bloquée. Le commis y a élu domicile. Quelques rares vêtements, des biscuits au gingembre, la misère sociale, tout cela ajouté à une fascination pour cet être improbable, empêche un premier temps le narrateur de se séparer de son employé.

  

Débutant sous les auspices comiques d’un Courteline avec les clercs Dindon et Lagrinche, l’un intempérant, l’autre fort agité, le récit bascule dans une espèce de fable moderne à la Beckett. « Je préférais pas » : le conditionnel qui rend fou a laissé de marbre les contemporains de Melville et mis en branle une partie du gotha intellectuel français et italien des années 70, signalant tour à tour l’invention d’une résistance sociale passive, le minimalisme du langage, la mise au rebut d’un individu présenté comme sans aspérité, sans histoire, sans origine, comme localisé sur un autre plan d’existence. D’autres lectures, mettant de côté la célèbre formule, braquent le projecteur non sur Bartleby mais sur le notaire, ses hésitations, son attitude ambiguë, se demandant, à la lumière de l’affaire Colt/Adams évoquée par Melville, s’il ne dissimule pas le crime de son commis.

  

« Bartleby le scribe » garde son mystère, mais son injonction nous hante. Pour ma part je la réserve aux aléas de l’existence. Oui, voilà bien une œuvre culte.


(1) Traduction de Pierre Leyris en folio

 

mercredi 21 juillet 2021

American Psycho

 

Bret Easton Ellis - American Psycho - 10/18

 

 

 

Patrick Batman est un jeune yuppie de Wall Street des années 80. Il travaille chez Pierce & Pierce une de ces banques spécialisées dans la gestion d'actifs et de fonds d'investissement. Pour ce golden boy et ses confrères il importe avant tout de se distinguer - au sens ou l’entend Bourdieu - : vêtements griffés en toutes circonstances, tables dans les meilleurs restaurants, et même sexe et drogue, mais de qualité s’il vous plait. Batman y ajoute quelques spécialités nocturnes de son cru, le meurtre, la torture. Voué au culte de sa personne, il cumule soins manucurés, passages dans les salles de sports, achats de produits luxueux. Chacun de ses actes diurnes est comme sponsorisé, depuis le choix de l’eau de toilette jusqu’à l’énumération infinie et renouvelée de ses accessoires vestimentaires hors de prix. Batman est une coquille vide qu’il s’efforce de combler par le sang et le cri de ses victimes.

 

American Psycho s’inscrit de plein pied dans la thématique de la sauvagerie dans la littérature américaine recensée dans ce blog. Bret Easton Ellis offrait en 1991 une inquiétante vision de l’Amérique consumériste ; son œuvre ne s’apparente ni à un roman d’apprentissage, ni à un thriller. Le pitch reprend le contexte du Bûcher des Vanités de Tom Wolfe, dont le héros Sherman McCoy travaille aussi chez Pierce & Pierce, et du loup de Wall Street plus connu par l’adaptation filmée qu’en fit Martin Scorsese. Le quotidien de Patrick Batman s’ordonne tel un rituel inscrit dans un présent perpétuel dont les horizons se limitent au restaurant du soir ou du lendemain. Nuls projets ou références au passé, L’idée d’une ascension sociale supplémentaire ne l’effleure pas non plus, si ce n’est une jalousie professionnelle à l’égard d’un collègue en charge d’un important portefeuille, suscitant une nouvelle pulsion meurtrière. Deux jeunes femmes Evelyne et Courtney esquissent avec lui une liaison sentimentale. En vain. Au moins ne mourront-elles pas de sa main.

 

J’avais évoqué autrefois l’évolution de la représentation du corps dans les sociétés occidentales qu’avait esquissée (à grands coups de brosse) Baudrillard dans La société de consommation. Celui-ci était considéré dans les sociétés moyenâgeuses comme le corrupteur de l’âme. La contrainte voire la torture étaient alors requises pour délivrer celle-ci. La société de consommation a inversé les rapports. Le culte du corps a désormais remplacé celui de l’âme. Le comportement du « héros » d’American Psycho reflète cette ambivalence. Séances inlassables de gymnastique, pédicure, manucure et en nocturne dépeçage des victimes, abolition de leurs corps.

  

A la longue tout dérape, avec un final en forme de point d’interrogation. Quelle secousse ce livre !


jeudi 15 juillet 2021

A dos de crocodile

Greg Egan - A dos de crocodile - Le Bélial’

 

 

 


Après Le livre écorné de ma vie remarquable novella du regretté Lucius Shepard parue en « Une heure lumière » au Bélial', difficile de ne pas se laisser tenter par une autre longue nouvelle signée celle-là de Greg Egan, toujours dans la même collection. L’auteur de A dos de crocodile est l’écrivain fétiche de l'éditeur, qui s’en explique longuement … dans un hors-série consacré au même Egan.

 

Après avoir épuisé toutes les possibilités offertes par l’existence, Leila et Jazim décident de mourir au bout de 10 000 ans de mariage. Dans ce futur indéterminé, les hommes et les espèces sapiens forment une communauté nommée « L’Amalgame » éparpillée sur le disque galactique. Les développements de la science offrent à celle-ci des ressources illimitées, en particulier l’immortalité. Le couple a élevé des enfants, a vu prospérer de son vivant sa descendance génération après génération. Ils ont tout expérimenté, connu mille cultures mais décident de dire stop après un ultime et grandiose projet. Ce sera une incursion dans la Bulbe, la région centrale de La Voie Lactée où vivent les Indifférents. Ce peuple mystérieux reste impénétrable. Les sondes envoyées dans la région ont été retournées aux expéditeurs, toutes les tentatives de communication ont échoué. Néanmoins, après avoir détecté une insolite émission de rayons gammas et s’être dématérialisés en un paquet de données (on vous le dit tout est possible !) Leila et Jazim décident d’en remonter la source et de traverser la Bulbe.

  

La civilisation des loisirs poussée à son extrême dans un futur inconcevable : Michael Moorcok en avait fait le thème du cycle Les Danseurs de la fin des temps, imaginant une Humanité livrée à l’Hédonisme. A l’inverse, Greg Egan, comme Cioran, assimile immortalité et ennui, le sel de la vie semblant se nourrir de l’éphémère. Toutes considérations qui ramenées à nos pauvres existences et aux terribles débats actuels sur l’euthanasie peuvent sembler bien étrangères même à un lecteur de science-fiction.

  

Le final en décevra certains. Ils se consoleront avec la lecture d’Incandescence, non encore traduit, qui se situe (merci Feydrautha) 300 000 ans après les évènements décrits dans A dos de crocodile. Mais ils auront peut-être tort. Comme l’écrivait Constantin Cavafy sur la fin des voyages : « Et si elle t’apparaît pauvre, Ithaque ne t’aura pas trompé/Devenu sage, avec tant d’expérience, /tu dois déjà savoir ce que les Ithaques veulent dire. » A dos de crocodile respire l'intelligence et surprise, se révèle plutôt abordable.

 

mercredi 14 juillet 2021

Anthologie de la poésie française

Jean-Joseph Julaud - Anthologie de la poésie française - FIRST Editions

(Illustrations Pierre Fouillet)

 

 

 

On ne compte plus à ce jour les anthologies de poésie française. La première que j’ai parcouru (1) avait été établie par Georges Pompidou, Président Lettré entre tous, capable de citer Eluard en conférence de presse et dont les copains de khâgne et d’hypokhâgne au lycée Saint-Louis s’appelaient Senghor (2) et Aimé Césaire. Par la suite, comme tous les amoureux du genre, je me suis constitué, au gré de lectures hasardeuses ou approfondies, mes propres recensements. Pourquoi donc celle-ci ?

 

L’anthologie de Jean-Joseph Julaud ne brille ni par son audace ni son paratexte. On lui saura gré d’avoir sans prétention organisé l’ordonnancement des textes en Carte du tendre : amour, tendresse, désir, passion, émotion, humour, mélancolie… Par contre la qualité de fabrication de cette édition et l’idée d’adjoindre une illustration de Pierre Fouillet en regard de chaque poème emportent le morceau.

 



Environ quatre-vingt-dix poèmes dressent une liste d’incontournables chefs d’œuvre : parmi eux, un gros bataillon de Baudelaire, Verlaine, Apollinaire, Rimbaud, Hugo, Nerval, Chénier et au compte-goutte Lamartine, Vigny, Musset, Ronsard, Leconte de Lisle, Heredia, des fables de La Fontaine. Quelques timides incursions dans le XXe siècle dominé par Apollinaire : un poème de René Char, de Louis Aragon, de Michaud, idem pour Desnos et le géant Eluard ne comblent pas l’immense champ laissé en friche (Supervielle, Reverdy, Guillevic …). Chacun retrouvera ici son content de vers immortels.

 


On reprochera à Jean-Joseph Julaud la part congrue consacrée aux poétesses, Marie de France et l’énigmatique Louise Labé, c’est peu. Que sont devenues pour emprunter à Rutebeuf (bien présent lui dans l’ouvrage) et ne citer qu’elles, Marie Noelle, Andrée Chédid, et l’infortunée Catherine Pozzi muse trahie de Paul Valery (Ariane ma sœur de quelle amour blessée/ Mourûtes vous aux bords ou vous fûtes laissée) … lui-même absent du volume :

  

Très haut amour, s'il se peut que je meure

Sans avoir su d'où je vous possédais,

En quel soleil était votre demeure

En quel passé votre temps, en quelle heure

Je vous aimais,

 

Très haut amour qui passez la mémoire,

Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire,

En quel sommeil se voyait votre gloire,

O mon séjour...

  

Quand je serai pour moi-même perdue

Et divisée à l'abîme infini,

Infiniment, quand je serai rompue,

Quand le présent dont je suis revêtue

Aura trahi,

 

Par l'univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encor,

De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,

Vous referez pour une étrange année

Un seul trésor

 

Vous referez mon nom et mon image

De mille corps emportés par le jour,

Vive unité sans nom et sans visage,

Cœur de l’esprit, ô centre du mirage

Très haut amour

 

 

CP

 

 

L’ Anthologie de la poésie française de Jean-Joseph Julaud est essentiellement un livre introductif pour lecteurs débutants dont les vers éclatants ne laisseront pas insensibles les plus anciens.

 

 

 

(1)   Citons aussi quelques pages lumineuses de Gaétan Picon consacrées à la poésie dans son Panorama de la nouvelle littérature française,  l'anthologie de Bernard Delvaille La nouvelle poésie française chez Seghers, et plusieurs délicieux recueils consacrés à la poésie africaine d'expression française.

 (2)  Dont figure ici son plus célèbre poème : "Femme noire"

 

vendredi 9 juillet 2021

Le bel été

 

Cesare Pavese - Le bel été - Folio bilingue

 

 

 

« Je peux vous aider, mais je ne peux pas vous guérir de la vie »

 

 

Comme porte d’entrée à la littérature italienne, je me réjouis de choisir l’écrivain Piémontais Cesare Pavese dont le Journal intime Le métier de vivre - lu il y a bien longtemps - révéla une existence fracturée entre les passions du siècle et des tragédies intimes. Né en 1908, il étudia la littérature anglaise à Turin. Parallèlement à son métier d’enseignant, il réalisa des traductions d’œuvres américaines et dirigea la revue Culture. Il adhéra en 1932 au parti fasciste italien pour obtenir un poste, plus que par conviction : il facilita d’ailleurs la correspondance d’opposants à Mussolini et fut assigné pour cela en résidence en Calabre. Au sortir de la guerre il adhéra au Parti Communiste, travailla pour les éditions Einaudi et publia romans et poésies jusqu’à son suicide le 27 Aout 1950.

 

Publié en 1949, Le bel été, longue nouvelle, n’est pas la création la plus célèbre de ce lointain parent d’inspiration de Fitzgerald. Elle participe cependant de sa manière, c'est-à-dire des histoires qui reposent essentiellement sur la subjectivité des personnages. L’héroïne Gina est âgée de seize ans au début du récit. Elle vit chez son frère Severino, un ouvrier et elle-même travaille dans un atelier de couture. C’est l’été et elle guette avec impatience le moment de la sortie en compagnie de ses copines : « A cette époque-là, c’était toujours fête.il suffisait de sortir et de traverser la rue pour devenir comme folles, et tout était si beau, spécialement la nuit, que, lorsqu’on rentrait, mortes de fatigue, on espérait encore que quelque chose allait se passer, qu’un incendie allait éclater, qu’un enfant allait naitre dans la maison ou, même, que le jour allait venir soudain et que tout le monde sortirait dans la rue et que l’on pourrait marcher, marcher jusqu’aux champs et jusque de l’autre côté des collines. ». Il y a l’insouciance, la jeunesse, et à travers tout le texte un éloge de la légèreté, sans les arrières pensées d’un Kundera.

 

Cesare Pavese et Tina Pizzardo
De toutes les amies de Ginia, une se détache, Amelia, qui vit d’expédients et pose pour des peintres. Un peu plus âgée, vingt ans, elle fascine sa toute jeune amie et l’introduit dans son microcosme artistique. Pavese rédige là une sorte d’éducation sentimentale dont le final colore mélancoliquement de quelques nuages, sans dramaturgie, le ciel des deux jeunes filles. Tout est décontextualisé dans ce livre. Le milieu ouvrier dont sont issues les héroïnes aurait pu servir de toile de fond à une fresque néoréaliste façon cinéma italien d’après-guerre. Mais le récit pencherait plutôt vers un réalisme poétique à la Marcel Carné. L’ouvrage s’affranchit des descriptions et s’attache aux dialogues. Du portrait physique des personnages, le lecteur retient surtout un détail, la voix rauque d’Amelia, empruntée à Tina Pizzardo, le grand amour déçu de Pavese.


Malgré l'absence d'éléments matériels qui caractérise le texte, un lieu cependant échappe à l'évanescence, c'est l'atelier de peinture. Ginia et son amie y retrouvent Guido et Rodrigues. Un rideau coupe la pièce en deux, dissimulant un lit. Ginia tente de grapiller quelques instants d'intimité avec Guido. Mais le local, ouvert à toutes les promiscuités, symbolise une forme d'impuissance affective ou sexuelle que met en évidence la syphilis d'Amelia.

 

Le bel été émeut par la simplicité, le naturel et la fraicheur du style. Pavese avait tout de même trouvé ici une forme de bonheur dans l’écriture, brodant sur le thème de l'échec sentimental avec une pudeur extrême.


 

Post-scriptum : merci à Paul Edel pour ses remarques.