lundi 26 février 2024

Rossignol

Audrey Pleynet - Rossignol - Le Bélial’ Collection une heure lumière

 

 

 

Quelque part dans l’espace, une station spatiale abrite des représentants d’espèces venus des quatre coins de la Création. Réfugiés ou expatriés volontaires, ils ont expérimenté le vouloir-vivre ensemble à l’extrême, pratiquant un métissage poussé à un tel point que l’identification des individus a abandonné la notion de morphotype pour lui substituer une carte d’identification génétique. Au sein de cet univers clos des dispositifs complexes appelés Paramètres facilitent au mieux les interactions d’êtres issus d’écosystèmes radicalement différents. Cependant ce modus vivendi encouragé par les « Fusionnistes » génère une contre réaction d’une autre fraction de la population les « Spéciens », favorables à un retour aux différenciations. Une humble stationnienne va cristalliser les tensions.

 

Avec Marguerite Imbert et Emilie Querbalec, Audrey Pleynet est l’une des autrices montantes de la science-fiction française. « Rossignol » a remporté un prix aux Utopiales 2023, le jury ayant apprécié les réflexions autour de l’identité et de l’altérité. Peu importe au fond que le récit ait pour cadre une station spatiale, figure centrale de la série Babylon 5, ou du film de Luc Besson Valérian et la Cité des mille planètes. Les écrivains, écrivaines de talent savent s’affranchir des codes et des thèmes pour créer leur propre espace-temps. Le huis clos d’Audrey Pleynet aurait pu reprendre le titre d’une nouvelle de Ted Chiang « L’histoire de ta vie » popularisée par le film Premier Contact. Dans celui-ci, à la suite de l’apprentissage d’un langage extraterrestre, le personnage principal, Louise recevait des visions de sa vie passé et future. Dans la novella, le génome de l’héroïne contient des matériaux génétiques d’une espèce étrangère, les Spic, qui naissent « avec la conscience complète de leur vie ».

 

Ainsi voyons-nous se dérouler l’existence de cette « Humania » proche des Fusionnistes, dans un ordre pas forcément chronologique, plutôt dicté par les états d’âme et les émotions. Au souvenir d’étranges déambulations synesthétiques dans la station où les perceptions des uns et des autres se reparamètrent, se réalignent constamment pour atteindre un seuil de communication, à l’évocation des amitiés de Lou’Ny’Ha et Ooxyo, succèdent des épisodes de souffrance comme l’hostilité de la mère ou la séparation d’avec son propre fils Joshua. Porté par une écriture impressionniste, pointilliste, qui apporte peu à peu tout son éclairage à l’ensemble, le récit bascule de l’utopie au drame.

 

Brouiller les cartes, pousser une idée à son extrême est une des attentes d’un ouvrage de science-fiction. Mission réussie ici.


mercredi 21 février 2024

A la recherche de Howard Waldrop

Nouvelles

 

 

Les textes courts de Howard Waldrop n’ont pas fait l’objet de beaucoup de publications en France : un recueil en Présence du futur de 1990, quelques nouvelles éparpillées dans les anthologies Univers de Jacques Sadoul ou de Georges R.R Martin entre autres. La plus célèbre « Les vilains poulets » (The ugly chikens) côtoie dans Univers 1982 « La grotte du cerf qui danse » de Clifford Simak que Pierre Paul Durastanti avait remis en lumière dans le recueil Voisins d’ailleurs. Deux histoires de créatures surgies du Passé, décimées ou supplantées par l’Homo sapiens. Et deux sacrés récits.

 

Intéressons-nous au premier. Il met en scène un ornithologue du nom de Paul Lindberl. Dans le bus qui l’emmène à l’université du Texas une vieille dame affirme avoir vue dans sa jeunesse une des bestioles illustrant son ouvrage sur les espèces disparues. Il s’agit d’un dodo, oiseau mythique des iles Mascareignes. C’est le point de départ d’une traque qui mènera Lindberl au nord du Mississipi et, ironie du sort, aboutira à l’ile Maurice. Plus que l’humour noir de ce petit chef d’œuvre, le travail documentaire préparatoire impressionne. On apprend que des dodos fréquentèrent les cours européennes au XVIIIe siècle ce qui n’eut pas pour effet, hélas, d’infléchir leur destin d’hécatombe.

 

Le recueil Mes chers vieux monstres publié en 1990 en Présence du futur contient dix textes :

- L'Horreur, nous avons ça (Horror, we got, 1979) 
- Le Gorille secret du Dr Hudson (Dr. Hudson's secret gorilla,1977)
- Gentian, l'Homme-Montagne (Man-Mountain Gentian, 1983)
- Ainsi va le monde... (The world as we know't, 1982)
- Ces chers vieux monstres (All about strange monsters of the recent past, 1980)
- Flying saucer rock and roll (Flying saucer rock and roll, 1985)
- Lui-Que-Nous-Attendons (He-we-await, 1987)
- Mary Margaret la Niveleuse (Mary Margaret road-grader, 1975)
- Légataires de la Terre (Heirs of the perisphere, 1985)
- Ce soir dorment les lions (The lions are asleep this night, 1986)

 


La moitié vaut le détour. « L’Horreur, nous avons ça » raconte l’effort radical entrepris par une diaspora juive munie d’une machine temporelle pour s’attaquer à l’antisémitisme. Comment ? En donnant vie et corps aux vieux démons, par exemple aux insanités décrites dans Les Protocoles des Sages de Sion et en partant à la conquête du monde. Waldrop raconte avoir effectué une lecture publique de cette nouvelle en s’attendant à chaque instant à voir voltiger des pavés. Quant à moi, après en avoir vérifié la date de publication, je me suis précipité sur le contenu prévisionnel de The last dangerous visions, mais « L’Horreur, nous avons ça » n’y figure pas. C’était pourtant la vision dangereuse par excellence.

 

Dans « Ainsi va le monde… » une équipe de chimistes ou d’alchimistes n’ayant pas eu vent des travaux d’Antoine Lavoisier sur la combustion, tente d’isoler le phlogistique – « un fluide particulier, qu'on supposait inhérent à tout corps et qui était censé produire la combustion en abandonnant ce corps”. Résultat, la fin du monde, et un bon récit ayant nécessité des semaines de préparation.

 

Le jeune Leroy vit à New-York à la marge, réfugié le plus souvent chez son frère. Il a deux passions, la musique, qu’il pratique au sein d’un groupe vocal « Les Kool-Tones », et les soucoupes volantes. On est en 1966 et les Beatles, Rolling Stones et Animal ne pèsent pas lourd à ses yeux face à la Motown. Un jour son groupe désireux de s’isoler pour répéter, s’aventure sur le territoire des « Bombers » une bande qui elle a réussi à publier un disque. L’affrontement inévitable se transforme en une nuit de joute musicale cependant que les soucoupes volantes débarquent. Le lecteur du réjouissant « Flying saucer rock and roll », inspiré d’une chanson de Billy Lee Riley & The Little Green Men a aujourd’hui grâce à Internet, la possibilité de ressusciter « The Contours », « Frankie Lymon et les Teenagers » et autres « Drifter » « Crows » ou « Token », tous mentionnés dans le texte.

  

1500 ans après un ou des évènements que l’on suppose apocalyptiques, une usine de fabrication de robots pour les parcs d’attraction Disney se remet à fonctionner temporairement le temps de sortir trois exemplaires.  Sans doute méfiant sur la question des droits (voir la préface de « Flying saucer rock and roll »), Waldrop ne les nomme pas, mais on reconnait tout de suite les figures de Dingo, Mickey et Donald. Dotés d’une IA rudimentaire, ils rentrent en contact avec un satellite qui les dirigent vers un cylindre de survie à 18 000 km de là. Le sympathique « Légataires de la Terre » évoque l’anime Wall-E et « Leçon d'histoire » une nouvelle d’Arthur C. Clarke.

  

« Ce soir dorment les lions » est peut-être la plus forte fiction du recueil. Son héros, un enfant encore, pratique l’école buissonnière, effectuant régulièrement un détour par le marché d’Onitsha, une ville portuaire du Niger. Il s’y tient une foire aux livres (Onithsa Market Literature) et Robert Oinenke saute de temps à autre un repas à la cantine pour s’en offrir quelques-uns. Pire il utilise un des cahiers achetés par sa mère pour rédiger une pièce de théâtre en cachette. Grand lecteur de romans anglosaxons, de théâtre élisabéthain, de réflexions sur les puissances colonisatrices, son cerveau absorbe tout comme éponge. La force de la narration ne vient pas d’une diatribe anticoloniale mais d’un renversement de l’Histoire. Car Robert puise dans la littérature occidentale les matériaux nécessaires, au service, de la conception de sa pièce inspirée d’une légende africaine.

  

Pour le reste « Le Gorille secret du Dr Hudson » est un texte très basique de transplantation de cerveau d’un homme dans celui d’un gorille, « Gentian, l'Homme-Montagne » évoque l’univers des sumotoris. « Ces chers vieux monstres » ressemble à un mauvais tournage d’envahissement de bestioles géantes, « Lui-Que-Nous-Attendons » pourtant fruit d’une longue préparation évoque un de ces innombrables films sur l’Egypte comme La momie, et « Mary Margaret la Niveleuse » ressemble à un Mad Max où s’affronteraient des engins de chantier, et là on est loin du compte du Killdoser de Théodore Sturgeon.




samedi 17 février 2024

Les sentiers de Recouvrance

Emilie Querbalec - Les sentiers de Recouvrance - Albin Michel Imaginaire

 

 

En rupture de ban, le jeune Ayden quitte le domicile familial quelque part dans le sud-ouest de la France où il se remettait d’une longue hospitalisation consécutive à des feux de mortiers. Il file vers le Morbihan lieu de naissance paternel. Anastasia, une adolescente originaire de la région d’Aragon en Espagne, suit le même chemin. Ravagée par le décès accidentel de son père, elle laisse en partant une mère meurtrie. Tous deux font route vers l’île de la Recouvrance en quête de jours meilleurs.

 

Les sentiers de recouvrance est le troisième roman d’Emilie Querbalec publié par AMI. Née au Japon, quelques premières années passées dans l’archipel nippon lui ont inspiré la matière de Quitter les monts d’Automne. Traces que l’on retrouve dans cette présente odyssée de deux êtres abimés dans un monde qui ne l’est pas moins, avec l’influence discrète de Nausicaä de la Vallée du Vent, voire du Château dans le ciel de Hayao Miyazaki. Le titre de son dernier opus évoque une autre filiation : « Recouvrance est le nom d'un quartier historique de Brest situé rive droite de la Penfeld, la rivière le long de laquelle Brest s'est construite, avec son arsenal militaire. Le nom Recouvrance vient du fait que dans la paroisse de Sainte-Catherine (l'ancien nom de Recouvrance), on honorait une statue de vierge, Notre-Dame de Recouvrance qui a donné son nom au quartier. Recouvrer la terre c'est retrouver la terre : on priait Notre-Dame de Recouvrance pour faire un bon retour à sa terre de départ » (1).

 

Restaurer le lien des hommes et de la terre : comme toute une génération d’écrivains de science-fiction française Emilie Querbalec rêve d’une planète habitable pour les décades futures. Alors que Marguerite Imbert immerge son lecteur dans les eaux chimiques d’une dystopie ou qu’Audrey Pleynet envisage de mettre l’Humanité en jachère (« Encore cinq ans »), l’auteure livre un récit légèrement utopique architecturé dans sa première moitié comme un road trip au sein d’un univers altéré :

« Les vagues s'écrasaient presque sans bruit, une vingtaine de mètres plus bas. Les mouettes ricanaient dans le vent. Les poissons filaient silencieusement dans le noir, loin de la surface et de la lumière du jour. Un satellite passait, braquant vers eux l'œil froid de ses caméras. Quelque part, des bombes éventraient des immeubles, arrachaient des ponts et des toits d'hôpital. Des femmes et des enfants fuyaient. Des bébés souffraient de dysenterie. Un homme se félicitait d'avoir conquis un nouveau marché. Un autre tuait un au nom d'une idée. Seconde après seconde, des particules fines engorgeaient les poumons de milliers nouveau-nés. Des abeilles mouraient. Des oiseaux. Des ours. Des dauphins. »

 

La seconde partie nous embarque dans un lieu qui n’est ni celui de La Montagne Magique ni l’Abbaye de Thélème mais celui de la guérison. Ce mot utilisé en quatrième de couverture frappe l’esprit. Guérir le monde, guérir les êtres. On peut croire et on peut ne pas croire comme l’auteur de cette fiche de lecture en l’espoir d’une restauration de l’alliance antique entre l’homme et la nature, aux révolutions et à tous ces termes saccagés par des générations de politiciens comme réforme, changement etc. On peut cependant en toute humilité leur substituer un vocable apparenté à guérison, il s’agit de réparation : réparer le monde, réparer les vivants. C’est un concept mentionné dans quelques vieux écrits rabbiniques, que Bernard-Henri Levy résume ainsi : « […] L’idée de « Réparation ». Oui, c’est cela l’idée de Haïm. Non plus sauver le monde. Encore moins le recommencer. Mais juste le réparer, à la façon dont on répare les vases brisés. J’aime ce mot de réparation. Il est modeste. Il est sage. Mais il est aussi vertigineux. C’était celui d’Isaac Louria, bien sûr. Mais ce sera celui, aussi, que retrouvera Walter Benjamin, quand, sans rien ou presque rien savoir du judaïsme, il dira de la traduction, c’est-à-dire du transport, d’un grand texte d’une langue vers une autre langue, qu’il est une « réparation du monde ». Il ne dit plus, ce concept de réparation, la nostalgie d’un corps plein ou d’une pureté perdue. Il ne rêve plus d’un vase d’avant la brisure ou d’un vase dont on hallucinerait qu’il n’a jamais été brisé. Il ne véhicule rien qui ressemble à de l’eschatologie ou de la théodicée. Il nous parle du présent. Du présent seulement. De ce présent dont un autre grand Juif a dit qu’il est juste un instant que l’on a su et pu sauver. Et dont il aurait pu dire, et dont je dis après lui, qu’il est la seule réponse à la mauvaise prophétie de Nietzsche sur le bel avenir du Mal. » (2)

 

Pour en revenir aux Sentiers de recouvrance c’est un ouvrage sensible que j’ai beaucoup aimé pour sa fraicheur, la modestie de son propos et d’où j’ai vu surgir, malgré le ressentiment des années, une petite flamme d’espérance magnifiquement illustrée par une couverture en forme d’estampe.

 

 

 

 

 

 

(1)   Wikipedia

(2)   BHL - Contre le mal, s’il est absolu, que faire ?


vendredi 9 février 2024

Voisins d’ailleurs

Clifford D. Simak - Voisins d’ailleurs - Le Bélial’

 

  

 

Cet article, très légèrement retouché, est paru originellement sur le site du Cafard cosmique le 05/07/2009

 On remerciera doublement Pierre-Paul Durastanti, traducteur de la majorité des textes, de nous proposer une anthologie de short stories d’un auteur emblématique, près de la moitié étant inédites en français ; et de nous rappeler ensuite que Clifford Donald Simak, à l’inverse de sa production romanesque, n’a jamais cessé de publier de bonnes nouvelles.

 

 Au sommaire


 - La Maternelle (Kindergarten)

- Le Bidule (Contraption)

- Le Voisin (Neighbor)

- Un Van Gogh de l'ère spatiale (The Spaceman's Van Gogh)

- La Fin des maux (Shotgun cure)

- Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux (The Birch Clump Cylinder)

- La Photographie de Marathon (The Marathon Photograph)

- La Grotte des cerfs qui dansent (Grotto of the Dancing Deer)

- Le Puits siffleur (The Whistling Well)

 

Le temps immobile

 

Neuf récits, dont la production s’étale sur près de trente ans, composent Voisins d’ailleurs, avec une caractéristique commune, une écriture incroyablement lente, la plus lente de l’histoire de la S.F, et un éventail thématique restreint, d'une magie cependant inimitable. Les cinq premiers textes s’apparentent à des histoires d’extra-terrestres et les quatre suivants traitent du voyage dans le temps.  En refermant cette anthologie très homogène, seul « Le cylindre dans le bosquet de bouleaux » me semble en retrait des autres écrits.

 

Dans « La Maternelle », un homme découvre dans son champ un objet extra-terrestre, qui à son approche pond un œuf de jade. Quelques jours plus tard il découvre que le cancer mortel dont il souffrait a disparu. Des voisins intrigués puis bientôt une foule venue observer l’engin reçoivent à leur tour un cadeau conforme à leurs désirs secrets. Entre temps l’objet se met à grandir démesurément obligeant l’armée à établir un périmètre de sécurité. Puis il lance un appel… L’intrigue évoque ou plutôt anticipe le film Rencontres du 3eme type. Mais la symbolique de l’œuf permet de démonter à contrario la mécanique de la nostalgie chez Simak. Ce qui est proposé ici au personnage principal, comme aux « élus » de la machine, est une renaissance, une renaissance à soi-même, un remède en quelque sorte à la pathologie de la séparation propre à la mélancolie.

 

Simak renouvelle le procédé dans « Le bidule ». Johnny, adolescent et employé de ferme maltraité par ses tuteurs trouve un réconfort auprès d’une minuscule soucoupe volante qui converse avec lui. Cette nouvelle touchante et inédite, écho de la fabuleuse « Soucoupe de solitude » de Théodore Sturgeon, prouve que les objets communicants, promis pour bientôt, n’ont plus de secret pour les auteurs de science-fiction. Plus profondément « Le bidule » est la parfaite métaphore de l’esprit humain comme machine désirante. (1)

 

La nouvelle suivante, « Le voisin » illustre bien une réflexion de Jean-François Thomas : « L'Autre (chez Simak) est rarement un agresseur ; ce n'est qu'un voisin ». La vision politique de l’univers de l’auteur de Demain les chiens dans ce récit ne manque pas d’humour et s’apparente au credo républicain américain : pas d’ingérence de l’état fédéral, moins d’impôts, les E.T sont acceptés à condition de ne pas déranger.

 

« Un Van Gogh de l’ère spatiale » raconte la quête d’un peintre et de la compréhension de son œuvre par un de ses admirateurs. Avec une intrigue réduite au minimum, l’auteur, dans une magnifique méditation, appelle à une nouvelle forme de connaissance qui dépasserait la science et la foi.

 

« La Fin des maux » lorgne avec humour du côté de Bradbury sur le thème « Faut-il guérir l’homme ou guérir de l’homme ? », quant au « Cylindre dans le bosquet de bouleaux » il exploite sans surprise le thème du paradoxe temporel.

 

L’automne fantastique des années 70

 

Ecartons le long mais pas trop fastidieux exercice de style « La photographie de Marathon » imposé par Silverberg dans une de ses anthologies. Au crépuscule de sa vie Simak élargit sa palette. « La grotte des cerfs qui dansent » mais aussi « Le Puits siffleur » baignent dans une tonalité fantastique dont témoignent d’autres récits de cette époque comme « Paysage d’Automne » paru naguère dans Fiction (2) repris dans le recueil Escarmouche. Jamais sa plume n’a paru aussi déliée et inspirée :

 « Il marchait sur la crête, la crête qui se dressait si haut vers le ciel, si venteuse, si propre, si ouverte, qui offrait une vue si dégagée…Il semblait que la terre elle-même, le sol, la roche, se haussaient sur la pointe des pieds pour s’étirer, s’élever vers les cieux. Si haut qu’en regardant vers le bas on pouvait voir le dos des faucons qui chassaient en cercles calmes au-dessus de la vallée et de la rivière.

Et il n’y avait pas que l’altitude, mais aussi la sensation d’ancienneté, ainsi que l’odeur du temps… »

D’inspiration similaire, « Le Puits siffleur » avec son message de fraternité universel à l’attention des créatures disparues m’a semblé supérieur à « La grotte des cerfs qui dansent », pourtant triplement distingué et qui constitue le scoop de cette publication. (3)

 

Clifford Simak, un Saint François d’Assise du futur ?

 

 

[1] Selon Gilles Deleuze l’inconscient est une machine à produire du désir.

[2] Fiction 221-Mai 1972

[3] Hugo 1981, Nebula 1980, Locus 1981


mardi 6 février 2024

Les voies d’Anubis

Tim Powers - Les voies d’Anubis - J’ai Lu/Bragelonne

 

 

Le passage du temps est une épreuve redoutable qu’affronte inévitablement un livre : remise en perspective historique par les instances littéraires, disparition du bruit - entendez par là, critiques, commentaires, et pour les plus récents, flot rugissant des réseaux sociaux - qui avait parfois accompagné sa parution. Place désormais au regard autopsique, à l’évaluation froide des qualités et défauts et pourquoi pas au renouveau de la flamme. Mais pour le lecteur lambda, le travail de ruissellement des années attaque d’autres fondements. Je ne suis plus la même personne, j’ai abandonné certaines croyances pour d’autres, je porte un nouveau regard sur le monde et sur la chose écrite.

 

J’ai acquis Les voies d’Anubis de Tim Power il y environ trente-cinq ans. En bonne place dans ma bibliothèque, il bénéficia en France d’un accueil commercial et critique remarqué, sanctionné par le Prix Apollo 1987, ancêtre du GPI. J’en gardais un bon souvenir. Brendan Doyle, son héros, est un professeur de littérature anglaise spécialiste du XIXe siècle. A l’invitation du responsable d’un « groupe de recherche interdisciplinaire » et contre la promesse d’une rétribution confortable, il s’envole de la Californie pour la capitale britannique. Il est invité à assister à une conférence de Coleridge au Crown and Archor Tavern à Londres le 1er septembre 1810. Comment résister à pareille proposition, d’autant plus comme lui explique J. Cochran Darrow, que la technique du saut temporel découverte par ses collaborateurs est tributaire de brèches en nombre limité et que celle-ci coïncide avec les centres d’intérêt de Brendan Doyle.

  

Malheureusement d’autres personnes expertes en sorcellerie utilisent les couloirs du temps dans un tout autre but que touristique : ressusciter les Dieux anciens de l’Egypte et détruire l’Angleterre. Sur place, Doyle loupe le train du retour et se retrouve coincé sur les rives de la Tamise de 1810. Le voilà contraint d’assurer sa subsistance dans la cour des miracles des quartiers de Billingsgate, Thames Street, et Cheapside. Pire il a attiré l’attention des sorciers et de leurs sbires dont un Polichinelle sur échasses ! Ceux-ci, instruits par une entité insondable ont appris à changer de corps, tour de passe-passe dont le vieillard et retord responsable du GRID aimerait bien bénéficier aussi.

 

Les trois cents premières pages de ce roman de cape, d’épée et de magie m’ont paru délicieuses. Bien avant le surgissement d’une Egypte fantasmagorique sur les écrans de cinéma, ce tourbillon mêlant personnages de fictions et historiques (Ashbless, Lord Byron, Coleridge) réjouit. Mais j’ai eu progressivement le sentiment, à force de rebondissements et de protagonistes à identité multiple de perdre pied. L’âge ? Pour citer Groucho Marx, « Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé »


samedi 3 février 2024

Christopher Priest 1943 - 2024

L’écrivain britannique Christopher Priest est décédé le 2 Février 2024. Publié essentiellement en Lunes d’encre chez Denoël, il connut un beau succès en 1975 avec Le monde inverti (Calmann-Lévy) et un autre de ses romans Le Prestige fut adapté au cinéma. Par la suite il s’orienta vers une littérature à la lisière du fantastique ; il embarquait souvent ses lecteurs dans « L’Archipel du rêve », un lieu imaginaire, terre et mer cadre de ses explorations textuelles. Il avait inventé une Odyssée où l’idée de retour était bannie au profit d’une errance perpétuelle. Je n’attendais pas seulement de la publication d'une de ses Fictions le plaisir de plonger dans une histoire inédite mais l’espoir de découvrir une nouvelle façon d’écrire. Il déployait une écriture sèche, caractéristique de son style. Méprisé par les essayistes de tout poil, dédaigné par les maisons d'éditions « généralistes », il avait inventé avec J. G Ballard une forme de Nouveau Roman britannique. Ses interrogations sur le Réel l’apparentaient également aux œuvres d’un autre Géant, l’écrivain américain Philip K. Dick. La Séparation comme Le Maitre du Château décrit la confrontation de deux interprétations d’une Réalité.


C. Priest - Librairie Scylla 2008


A titre personnel j’ai lu son premier roman il y a presque cinquante ans. C’est un compagnon de solitude qui disparaît. Il faut remercier les éditeurs français successifs qui l’ont accompagné et soutenu : Robert Louis, Gérard Klein, Gilles Dumay et Pascal Godbillon.

Quelques-uns de ses livres, ici

Une petite étude


jeudi 25 janvier 2024

Histoire d’os

Howard Waldrop - Histoire d’os - La Découverte/Fictions

 

 

 

« Quelqu'un m'a demandé : "Pourquoi écrivez-vous autant d'histoires alternatives ? J'ai répondu : "Parce qu'il y a forcément un autre monde que celui-ci. Regardez-le ! Je n'écrirais pas sur un monde alternatif si j'aimais celui dans lequel je me trouve - j'écrirais des histoires qui se déroulent dans le merveilleux ici et maintenant. » H W.

 

Bien sûr il y a les relectures ; mais la vie d’un amateur de livres de science-fiction prend tout son sel de la découverte de nouveaux romans, mieux, de nouveaux écrivains. Cette manne, et c’est grande victoire, s’affranchit de la flèche du Temps. Le passé s’offre alors comme terre d’exploration. La récolte des grands auteurs laisse nécessairement en friche des noms, des ouvrages. Howard Waldrop est l’un de ces artistes passés au travers des mailles de mes filets. Personnage décrit comme marginal, ayant mené une vie précaire, il vient de décéder laissant le souvenir d’un excellent nouvelliste, plusieurs fois nommé et primé. Ses deux passions semble-t-il étaient l’écriture et la pêche, que célébra un jour Clifford D.Simak.

  

Howard Waldrop n’écrivit que deux romans dont Histoire d’os. Dans celui-ci datant de 1986 une équipe de soldats et de scientifiques rescapés d’un holocauste nucléaire au XXIe siècle tente de rejoindre l’année 1930. Ils perdent contact avec l’éclaireur qui les a précédés et se retrouvent tous dans une Amérique précolombienne. Dès lors la narration va s’organiser autour de trois récits, celui de l’éclaireur parti rejoindre une communauté d’indiens en lutte contre ce qui semble être des guerriers Aztèques, celui de la Compagnie assiégée par d’autres indiens et enfin des archéologues de l’an … 1930, au travail sur des tumulus contenant des vestiges qui ne semblent pas être à la bonne place.

  

La construction du roman ne convainc pas, le journal de Smith n’apporte rien. J’aurais aimé avoir quelques aperçus de ce XXIe siècle (le nôtre !) agonisant. Mais toute la partie relative aux aventures de Madison Yazoo Leake est intéressante, en particulier la rencontre avec les Marchands. Il y avait là matière à développement comme dans La porte des mondes de Robert Silverberg. Le personnage s'inscrit dans la trace de ceux imaginés par le Maitre qui s'immergent et parfois s'intègrent dans de nouveaux univers. La surprise provient de ma découverte de cette collection éphémère. Seulement deux ans d’existence, 1985 - 1987, malgré un contenu de haute tenue. Place aux nouvelles dans un prochain article.


jeudi 18 janvier 2024

Mon travail n’est pas terminé

Thomas Ligotti - Mon travail n’est pas terminé - Monts Métallifères

 

 

Frank Dominio que ses collègues surnomment par dérision Domino est le chef d’un des départements de son entreprise. L’ambiance délétère des lieux développe progressivement en lui une paranoïa qui explose le jour où, à l’occasion d’une réunion de service, un supérieur hiérarchique repousse dédaigneusement sa proposition de mise sur le marché d’un nouveau produit. Humilié, puis mis sur la touche lors d’une restructuration, il met au point une vengeance raffinée contre « le club des Sept » aidé en cela par une entité maléfique qui a pris possession de son être.

 

Les épousailles de la littérature dite imaginaire et du monde du travail ne sont guère fécondes, à l’inverse de celles de sa consœur mainstream peu avare en rejetons romanesques signés Zola, Balzac, Nothomb et de quelques films comme La Firme etc. Des univers clos où l’emprise du réel et du rationnel abdique parfois au profit de la vanité, de l’ambition sans limite, voire de la folie des uns et des autres. C’est dans ce nouveau territoire que la science-fiction et ici l’horreur prennent leurs marques. Dans un commentaire relatif à une vieille fiche de lecture de Cleer ouvrage des époux Kloetzer, ceux-ci assimilaient la multinationale de leur fix-up à une divinité. On retrouve cette idée chez Thomas Ligotti, plus d’ailleurs dans les quatre nouvelles qui complètent le texte principal que le roman : « Et la stratégie de marché se perpétuerait jusqu'au jour où, en plein milieu du champ de ruines universel des usines et des entrepôts et des immeubles de bureaux désaffectés, il ne resterait qu'un unique édifice aveugle et rutilant, sans entrée ni sortie. À l'intérieur il n'y aurait -il n’y aura - qu'un immense réseau d'ordinateurs calculant des profits. À l'extérieur il y aura des tribus de sauvages errants qui n’entendront rien à la nature ou au dessein de cet édifice aveugle et rutilant. Peut-être l'adoreront-elles comme un dieu. Peut-être essaieront-elles de le détruire, leurs armes primitives se montrant alors d’une complète inefficacité face aux murs lisses et impénétrables de l’édifice auxquels on ne pourra pas même infliger une égratignure. ». Vision fascinante d’un monde qui loin de nous propulser sur l’onde du futur imaginée par un Robert Heinlein rétrograde l’Humanité au rang des primates apeurés et intrigués par le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace.

 

Mon travail n’est pas terminé est à mi-chemin entre le récit kafkaïen d’un vécu à l’intérieur d’une entreprise et le déroulé d’une vengeance façon Seven, dans la mesure où le châtiment réservé par Dominio à ses collègues s’inspire de leurs addictions. On peut regretter que le deuxième volet prenne le pas sur le précédent mais Thomas Ligotti évolue à la frontière de plusieurs genres, navigant entre étrange, fantastique et horreur. Peu de ses textes ont été traduits en français rendant difficile une vision d’ensemble. Dans la remarquable nouvelle « Notre superviseur temporaire » il emprunte cependant les pas du grand Pragois. Un homme travaillant dans une usine située à la frontière d’un pays inconnu et désespérant d’en sortir adresse - comme on lance une bouteille à la mer - un manuscrit narrant le quotidien de son existence à un journal étranger. Les ouvriers assemblent des morceaux de métal sous l’œil d’un superviseur dont le bureau occupe un angle de l’atelier. Il disparaît quelque temps et une chose informe prend sa place. Un travailleur proteste, il meurt on ne sait comment. Son remplaçant accélère les cadences et tout le monde le suit à la grande satisfaction du superviseur qui vient de rentrer. Dans « Mon plan bien à moi pour ce monde » un brouillard jaunâtre meurtrier, peut être inspiré de la brume verte des Dix Commandements décime une ville et les responsables d’une firme qui est implantée. Une émule du Docteur Moreau sème la terreur dans une usine chimique (« Pour une justice rétributive »)

 

De page en page, Thomas Ligotti dresse le portrait d’un univers vidé de sa substance, servi par une écriture qui ne l’est pas moins. Le traducteur et préfacier Fabien Courtal évoque avec bonheur un ressassement, peut-être inspiré des ratiocinations des contes d’Edgar Poe. Des mots désincarnés comme restructuration, relocalisation alimentent une sombre représentation de « L’Horreur économique » titre d’un essai de Viviane Forrester. Tout est noir dans ce livre maquetté comme un morceau de charbon, couverture, dos, tranche à l’unisson. L'œuvre d'un écrivain remarquable que j’ai senti néanmoins plus à l’aise dans le format court.

 

 

SOMMAIRE NOOSFERE

 

-          Fabien COURTAL, L'Horreur est dans l'ordre des choses, pages 7 à 10, introduction

-          Mon travail n'est pas terminé (My Work Is Not Yet Done, 2002), pages 11 à 191, roman, trad. Fabien COURTAL

-          Notre superviseur temporaire (Our Temporary Supervisor, 2001), pages 193 à 217, nouvelle, trad. Fabien COURTAL

-          Mon plan bien à moi pour ce monde (I Have a Special Plan for This World, 2000), pages 219 à 248, nouvelle, trad. Fabien COURTAL

-          Pour une justice rétributive (My Case for Retributive Action, 2001), pages 249 à 271, nouvelle, trad. Fabien COURTAL

-          Réseau du cauchemar (The Nightmare Network, 1996), pages 273 à 289, nouvelle, trad. Fabien COURTAL


mardi 9 janvier 2024

Mother London

Michael Moorcock - Mother London - Denoël Lunes d’encre

 

 

N’en déplaise à Victor Hugo, Eugène Sue ou au regretté Roland Wagner, la Capitale des mystères semble se situer outre-Manche. Sir Conan Doyle, Robert-Louis Stevenson et la Reine Victoria, marraine involontaire et post-mortem du courant Steampunk, furent les principaux initiateurs de cette suprématie littéraire. Ce blog rend hommage à la City par un petit tour d’horizon d’œuvres dont elle est l’héroïne. Après Neverwhere de Neil Gaiman, Mother London, roman d’un des papes de la New-wave, Michael Moorcock, constitue un passage obligé.

 

Joseph Kiss, Mary Gesalee et David Mummery déambulent dans les rues de Londres et leurs souvenirs au long d’un récit qui prend naissance lors du Blitz des années 40 et s’achève dans les années 80. Récit est d’ailleurs un bien grand mot pour ce qui s’apparente à une série de vignettes sur le quotidien de personnages à la fois marginaux et témoins de l’évolution de la vie politique et culturelle britannique. Les chapitres basculent allégrement d’une époque à une autre, d’un protagoniste à un autre, avec parfois des intervenants secondaires comme Patsy et David musiciens éphémères des années 50 passés à côté de leur destin.

  

Joseph Kiss et Mary Gesalee sont des télépathes. Ce don qu’utilisa un temps le premier dans des numéros de music-hall le dessert ; pris pour un fou il est interné en psychiatrie où il découvre l’existence de Mary Gesalee, avant d’être libéré. La jeune femme tombée dans un puit amnésique pendant une quinzaine d’années a survécu avec sa fille à la chute d’un V2 et à la mort de son mari. David Mummery est un journaliste paumé dont un oncle exerce des responsabilités gouvernementales. Une amitié indestructible unit ces trois personnages.

  

Mother London est-il un roman de science-fiction ? Non. Oublions les télépathes de L’oreille interne et de Terminus les étoiles, et raccrochons-nous peut être in extremis à Abattoir 5 de Kurt Vonnegut, dont l’élément déclencheur est le bombardement de Dresde en 1945 qui hante tout le texte comme le Blitz dans l’ouvrage de Moorcock. Des voix en italique interrompent constamment et momentanément les narrations, pensées éparses, inabouties, perçues par nos deux mutants peut-être : n’est-ce pas plutôt Londres elle-même qui s’exprime, réduisant les personnages au rôle de récitants ?

  

Mother London ne se livre pas facilement au lecteur ; aux passages parfois enthousiasmants succèdent des narrations harassantes d’autant plus qu’aucune intrigue linéaire ne vient les soutenir. Dans le chapitre intitulé « Courants variables 1970 » Moorcock fait valser les seventies dans un furieux manège d’écriture endiablée, une foire aux ténèbres sous hallucinogène.  A quel saint doit-on se raccrocher ? Joyce, Pynchon, McCarthy ? Personnellement j’ai cru déceler par instant, dans la toile de fond historique et mythologique support d’une histoire d’amitié et d’amour entre trois marginaux, un peu de la magie qui habite Le Quatuor de Jérusalem :

« Magnifique et exotique tel un oiseau mythique, elle émigre de pub en pub comme le faisait autrefois Joseph, réglant en anecdotes ses repas et boissons. Elle sait des choses sur chaque quartier, chaque rue, presque toutes les maisons de Londres et peut raconter les exploits de Brutus, Boudicca et Dick Turpin avec autant de délectation que lorsqu'elle narre les légendes plus récentes du Blitz. Elle sait quels fantômes hantent les caves sous les masses de béton et de verre des immeubles modernes, quels squelettes sont enterrés en quels lieux. Elle parle de pres­sentiments surnaturels, d'évasions impossibles et de bravoure inattendue. Elle parle de David Mummery, secouru par le capitaine Black ; de Josef Kiss qui a pu sauver un millier de personnes en lisant leurs pensées et de Mary Gasalee qui est sortie indemne d'un brasier dévastateur en serrant son bébé dans ses bras. Les Londoniens connaissent un grand nombre d'histoires de ce genre, même si peu ont eu les honneurs de la presse. Nos mythes et nos légendes nous rappellent ce nous valons et qui nous sommes. Sans eux, nous sombrerions sans doute dans la folie. »

 

 

P.S : la couverture de Guillaume Sorel pour l’édition DLE est superbe.


vendredi 29 décembre 2023

La Maison du canal

Georges Simenon - La Maison du canal - Le Livre de Poche

 

 

 

Son père mort, désormais orpheline, Edmée part de Bruxelles s’installer chez des cousins à Neroeteren en région flamande. Là-bas, son oncle vient à son tour de décéder, laissant une veuve, deux fils et une fille. L’ainé, Fred, prend en main l’exploitation agricole dont les terres jouxtent un canal. La jeune femme se sent étrangère à ce monde rural d’autant que la barrière de la langue ne facilite pas l’intégration. Elle se réfugie le plus souvent dans sa chambre ne participant pas à la routine des taches du quotidien. Un jour dans un hangar, elle se livre à des propos inconsidérés en présence de Jeff, l’autre fils, homme taciturne et bête de somme. Devenue l’Esmeralda du pauvre bougre, elle déclenche inconsciemment une série d’évènements qui vont précipiter la ruine de la famille.

 


La Maison du canal est l’un des cent dix-sept romans « durs » de Georges Simenon, terme désignant des histoires à caractère dramatique n’appartenant pas au cycle des Maigret. On y retrouve pourtant ces personnages fermés comme des boites à surprises dont un mouvement inopiné libère le contenu. Edmée est l’un d’entre eux, ensevelie dès le début du roman sous de multiples linceuls de deuil, de pluie et de froid, découvrant à la faveur d’un feu de bois et du cruel dépeçage d’un écureuil tout à la fois l’émergence de sa propre sensualité et son emprise sur un esprit faible. Elle n’éprouve pourtant que mépris envers les membres de cette famille, leurs traits grossiers, comme révélateurs de tares à ses yeux. Son double jeu de rejet et de provocation va libérer leurs instincts meurtriers.

 

La scène de l’accident des chevaux d’attelage, tout à fait remarquable, préfigure les horreurs terminales. Simenon plante un décor qui évoque les premiers paysages néerlandais de Van Gogh, ciel bas, couleurs sombres, une quasi monochromie qu’un rouge sang va souiller. L’élément liquide, dans ses différentes manifestations, pluie, eau du canal, champ de glace, joue un rôle mortifère, passions et tentations flambent. Le récit s’étale sur une année mais l’automne, l’hiver, le froid semblent ne pas céder la place. Pas de matière grasse dans ce court roman de 1933 où l’apparente économie de moyens impressionne.


samedi 23 décembre 2023

L’affaire Crystal Singer

Ethan Chatagnier - L’affaire Crystal Singer - Albin Michel Imaginaire

 

 



Après avoir érigé un Monument Éditorial nommé Lunes d’encre chez Denoël entre 1999 et 2017, Gilles Dumay s’est lancé depuis 2017 dans une nouvelle aventure à la tête de la collection Imaginaire d’Albin Michel, prenant le double pari de faire émerger des ouvrages de qualité et de les vendre au plus grand nombre. Une véritable quadrature du cercle pour cet éditeur attachant dont la stratégie peut, à mon avis, se décliner ainsi : une ouverture prioritaire aux auteurs français et une sélection de romans adaptée aux sensibilités multiples du lectorat du domaine de l’imaginaire. La présence d’une quinzaine de volumes chroniqués dans ce blog, sans compter ceux à venir, témoigne de l’intérêt porté à ceux-ci. Mais en ce qui concerne L’affaire Crystal Singer la sauce ne prend pas pour moi. Pourquoi ?

 

Dans une réalité alternative, à la suite des observations astronomiques de Giovanni Schiaparelli relatives à Mars, un hypothétique Flavius Horn, convaincu de l’existence d’une forme de vie intelligente sur la planète rouge, trace en 1894 trois gigantesques traits parallèles sur le sol tunisien. Là se situe le début de la divergence de la dystopie. En 1896, les scientifiques collés à leurs télescopes découvrent stupéfaits quatre traits parallèles tracés par leurs homologues martiens. Ainsi démarre une communication mathématique quoique asymétrique entre les deux mondes. Les extra-terrestres, beaucoup plus avancés dans le domaine, gravent des équations de plus en plus complexes que les terriens s’efforcent de résoudre. La dernière met aux supplices les meilleurs cerveaux, celui d’Einstein compris, jusqu’à ce qu’une jeune mathématicienne trouve au début des années 60 une résolution à ce qu’il est convenu d’appeler « l’équation de la distance ». Accompagnée de quatre diplômés du MIT, dont son amoureux Rick, Crystal Singer part incruster sa solution dans le désert de l’Arizona. C’est un succès total, mais absorbée par ses recherches sur « Le curieux langage » elle largue tout le monde y compris Rick avec lequel elle échange des courriers de plus en plus … distants.

 


L’auteur opère, et c’était prévisible, une translation sémantique d’un concept géométrique à un vécu sentimental : loin des yeux, près du cœur. Le worldbuilding reprend une construction popularisée par Robert Reed dans Le voile de l’espace et Robert Charles Wilson dans Spin, récits dans lesquels le quotidien de personnages vivant sous un ciel étrange prend le pas sur la recherche d’un premier contact. Cela permet de passer le volet scientifique en second rideau, mais malgré cela la première partie du roman qui promettait d’être enlevée, s’alourdit de tartines de nutella : « Einstein se demandait comment ce serait de chevaucher un rayon de lumière. De faire la course avec ce rayon en l'examinant. Sa grande découverte physique découlait de cette question : À quoi ressemblerait la lumière vue de côté ? Il regardait les choses depuis des points de vue différents. Il les faisait pivoter dans son esprit. Il pivotait lui-même autour d'un éclair et laissait la lumière se ruer vers lui depuis toutes les directions. » ou encore « Il faut être prêt à tout par amour, aurait-elle dit. Ce projet est plus grand que l'amour, aurait-elle dit. Il peut être à la fois plus grand et plus petit. L’amour se mêle à nos actes. Nos actes se mêlent à l'amour. Il ne s’agit pas d'entités séparées. Merci Maman. Je t'aime. Tu me manques. »

 


La mélancolie de Rick exprimée à travers ses échanges épistolaires avec Crystal, le souvenir de ses relations difficiles avec son père, l’impossibilité de bâtir une nouvelle vie sentimentale, la surprise de dernière minute rehaussent la seconde partie et laissent espérer un final alléchant. Hélas l’apparition d’une nouvelle équation sur l’entropie suscite des commentaires d’une platitude « scientifique » désolante ; quant aux retrouvailles des uns et des autres elles sont aussi chargées d’affect que « Doctor Livingstone I presume ? »

 


Bien entendu on est en présence d’un premier roman. En refermant ce qui aurait pu être un nouvel Adjacent, et en parcourant la liste interminable des contributeurs, je serais tenté de dire à Ethan Chatagnier : « Coupe les liens avec ton atelier d’écriture, relis « La ménagerie de papier » et revisionne jusqu’à plus soif Million Dollar Baby.
»

samedi 16 décembre 2023

Si le grain ne meurt

André Gide - Si le grain ne meurt - Folio

 

 

A Mme Moreau, à M Fournier, professeurs de français au Lycée Chaptal.

 

 

Relégué au tréfond de ma mémoire, Si le grain ne meurt d’André Gide vient de ressurgir au détour d’une conversation. Pourquoi Lui ? Le Prix Nobel 1947 me semble aujourd’hui si éloigné du paysage culturel. Rouen, bastion flaubertien se souvient-elle de Gide ? A l’heure où les romans d’apprentissage fleurissent comme la vérole sur le bas-clergé, que reste-t-il de ses textes émancipatoires ? Quant à moi, qui suis-je pour juger de son œuvre ? Je n’ai lu dans mon enfance que quelques pages des nourritures terrestres, quelques pages de son Journal, et un long extrait du livre précité, me remémorant surtout les pages sur les joutes littéraires de l’écrivain et de Pierre Louÿs à l’Ecole Alsacienne. Plus tard un professeur tenta vainement de me convaincre des audaces narratives des Faux-monnayeurs. Mais j’étais déjà parti à l’assaut du Nouveau Roman et d’une certaine littérature de genre.

 

Ce récit autobiographique, qui dans ses déclarations d’intention s’inspire des Confessions de Jean-Jacques Rousseau, relate les premières années d’existence jusqu’au mariage avec Madeleine (Emmanuèle dans le texte) et la mort de la mère en 1895. C’est elle qui domine les débats dans la première partie enserrant son fils dans les rets d’une éducation protestante, puritaine, le mettant doublement en garde contre la fréquentation du Passage du Havre à Paris et – au décès du père – de la bibliothèque paternelle peuplée pourtant essentiellement d’ouvrages grecs et latins. Le géniteur, professeur de droit, ne pesait pas lourd face à la famille Rondeaux dont l’arrière-grand père Rondeaux de Montbray fut maire de Rouen et conseiller à la Cour des Comptes. André Gide bénéficia d’une aisance financière qui lui permit grâce à ses précepteurs de surmonter une scolarité irrégulière et d’acquérir de solides notions philosophiques, musicales, de lire l’allemand dans le texte, de se passionner pour l’entomologie. C’est un enfant de sensibilité nerveuse, migraineux et qui développera ultérieurement une tuberculose lors de son départ en Afrique du Nord. Solitaire mais pas asocial, le jeune Gide se découvre une passion pour les insectes dans le jardin familial normand et la flore provençale des environs d’Uzès. Deux personnages bienveillants émergent, la gouvernante Anna Shackleton figure maternelle qui mourut solitaire au terme, pour paraphraser Flaubert, d’une vie de servitude et Albert Démarest un cousin plus âgé à l’amitié vigilante. Le dernier tiers de cette première partie est plus animée ; Gide fréquente quelques salons littéraires, croise Mallarmé, De Heredia, Henri de Régnier et le fameux Oscar Wilde débarqué on ne sait comment, avec lequel et Pierre Louÿs il formera un trio habitué des lupanars européens et algériens. Lucide, - ne l’a-t-on pas surnommé le contemporain capital ? - il se tient à l’écart de la vague antisémite de son temps.

 

La bulle puritaine éclate dans la seconde partie. Aux alentours de la vingtaine, il entreprend des voyages en Europe et surtout part en Afrique du Nord. Découverte du monde, enthousiasme de la jeunesse, l’écrivain murit ses premiers textes et se livre à des ébats qui en cloueraient aujourd’hui plus d’un au pilori. Maman débarque bien à Tunis, mais rien n’y fait. Gide est lancé. A la disparition de celle-ci il épouse Madeleine, le personnage le plus elliptique du livre. Si le grain ne meurt, biographie de la jeunesse de l’auteur est à compléter par l’indispensable Journal. Il en reste surtout une langue :

 

« Il en est de même de ce bal, rue de Crosne, que ma mémoire s'est longtemps obstinée à placer du temps de ma grand-mère — qui mourut en 73, alors que je n’avais pas quatre ans. Il s'agit évidemment d'une soirée que mon oncle et ma tante Henri donnèrent trois ans plus tard, à la majorité de leur fille : Je suis déjà couché, mais une singulière rumeur, un frémissement du haut en bas de la maison, joints à des vagues harmonieuses, écartent de moi le sommeil. Sans doute ai-je remarqué, dans la journée, des préparatifs. Sans doute l'on m'a dit qu'il y aurait un bal ce soir-là. Mais un bal, sais-je ce que c’est ? Je n'y avais pas attaché d'importance et m'étais couché comme les autres soirs. Mais cette rumeur à présent… J’écoute ; Je tâche de surprendre quelque bruit plus distinct, de comprendre ce qui se passe. Je tends l'oreille, A la fin, n’y tenant plus, je me lève, je sors de la chambre à tâtons dans le couloir sombre et, pieds nus, gagne l’escalier plein de lumière. Ma chambre est au troisième étage. Les vagues de sons montent du premier ; il faut aller voir ; et, à mesure que de marche en marche, je me rapproche, je distingue des bruits de voix, des frémissements d'étoffes, des chuchotements et des rires. Rien n'a l'air coutumier ; il me semble que je vais être initié tout à coup à une autre vie, mystérieuse, différemment réelle, plus brillante et plus pathétique, et qui commence seulement lorsque les petits enfants sont couchés. Les couloirs du second tout emplis de nuit sont déserts ; la fête est au-dessous. Avancerai-je encore ? On va me voir. On va me punir de ne pas dormir, d'avoir vu. Je passe ma tête à travers les fers de la rampe. Précisément les invités arrivent, un militaire en uniforme, une dame toute en rubans, toute en soie ; elle tient un éventail à la main ; le domestique, mon ami Victor, que je ne reconnais pas d'abord à cause de ses culottes et de ses bas blancs, se tient devant la porte ouverte du premier salon et introduit. Tout à coup quelqu'un bondit vers moi ; c'est Marie, ma bonne, qui comme moi tâchait de voir, dissimulée un peu plus bas au premier angle de l'escalier. Elle me saisit dans ses bras ; je crois d'abord qu'elle va me reconduire dans ma chambre, m'y enfermer ; mais non, elle veut bien me descendre, au contraire, jusqu'à l'endroit où elle était, d'où le regard cueille un petit brin de la fête. A présent j'entends parfaitement bien la musique. Au son des instruments que je ne puis voir, des messieurs tourbillonnent avec des dames parées qui toutes sont beaucoup plus belles que celles du milieu du jour. La musique cesse ; les danseurs s'arrêtent ; et le bruit des voix remplace celui des instruments Ma bonne va me remmener ; mais à ce moment une des belles dames qui se tenait debout, appuyée près de la porte et s’éventait, m'aperçoit ; elle court à moi, m'embrasse parce que je ne la reconnais pas. C'est évidemment cette amie de ma mère que j'ai vue précisément ce matin ; mais tout de même je ne suis pas bien sûr que soit tout à fait elle, elle réellement. Et quand je trouve dans mon lit, j'ai les idées toutes brouillées et je pense, avant de sombrer dans le sommeil, confusément : il y a la réalité et il y a les rêves ; et puis il y a une seconde réalité. »


mardi 5 décembre 2023

L'Arc-en-ciel de la gravité

Thomas Pynchon - L'Arc-en-ciel de la gravité - Editions du Seuil

 

 

[Cet article - ou plutôt cet assemblage de mots - est paru en juillet 2007 sur le défunt site web du Cafard Cosmique.]

 

Précédemment paru en 1975 chez Plon puis en 1988 aux éditions du Seuil, « L’arc en ciel de la gravité » de Thomas Pynchon est réédité en 2007 chez ce dernier éditeur dans une quasi indifférence générale, à l’exception du Web ou l’auteur fait figure d’icône. Il faut dire que la discrétion légendaire de l’auteur et le caractère hors norme de sa production ne contribuent pas à son exposition médiatique. Mais le 4eme de couverture nous invitant à un voyage « post apocalyptique » quoi de plus naturel que le Cafard Cosmique y aille aussi de son grain de sel.

 

Thomas Pynchon est né dans l’état de New York le 8 mai 1937. Il a entrepris des études d’ingénieur et littéraires, entrecoupées par un séjour à la Navy pendant la crise de Suez. Après avoir travaillé chez Boeing jusqu’en 1962, il publie des romans retentissants pratiquement tous primés, dont Gravity Rainbow, et ce dans une discrétion totale et légendaire (on ne possède de lui que quelques rares photos).

 

A la lecture de l’arc en ciel de la gravité, un pavé postmoderne de 700 pages, une citation en tête de la 3eme partie du roman revient constamment à l’esprit du lecteur : « Toto, j’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas… » [Dorothy, en arrivant à Oz.] Les codes de lectures sont en effet dynamités ici : difficile de s’appuyer sur une intrigue ou une continuité narrative, les lieux sont esquissés, évènements, considérations historiques et scientifiques en tout genre, poèmes, jeux de mots se succèdent dans un délire permanent. Robert Silverberg dans « Le fils de l’homme » avait poussé jusque dans ses retranchements le concept de la métamorphose corporelle. Pynchon reprend ici ce concept et l’applique au corps du texte. Aussi le lecteur est constamment désarçonné, au point d’être parfois tenté par des lectures aléatoires. Les parentés de cet objet littéraire non identifié se situeront en priorité plutôt du côté de Don Delillo (L’étoile de Ratner) ou l’œuvre de Kurt Vonnegut. On pourrait aussi le considérer comme une suite de V.

 

Essayons donc d’accrocher quelques branches.

 

L’histoire (les histoires) se déroule durant la bataille d’Angleterre. Le titre du roman « L’arc en ciel de gravité » évoque la trajectoire parabolique des fusées V1 et V2 qui s’abattent sur Londres à partir de 1944 - et donc la Mort. Le personnage principal, le lieutenant Slothrop, présente une particularité intéressante : les V2 s’abattent sur les lieux de ses exploits sexuels. Il est surveillé de près par un expert militaire au nom impossible de Roger Mexico qui s’efforce aussi mais par des moyens plus …mathématiques de prévoir la topographie de la chute des fusées. Après Londres Slothrop poursuit ses pérégrinations dans le sud de la France, à Zurich puis en Allemagne ou sévit un certain Weissmann lanceur de fusées, non loin du sinistre camp de Dora.

 

La symbolique sexuelle (et d’ailleurs la sexualité tout court) est omniprésente dans ce livre. Rarement l’obscur aphorisme « L’histoire c’est le retour du refoulé » n’aura trouvé pareille illustration ici. La guerre y est présentée comme une perversion [cf la théorie de Pavlov sur « l’inversion des contraires »] au même titre que les jeux de Katje, espionne et nymphomane, ou les fringales du général Pudding, grand amateur d‘étron. L’image du V2 s’abattant sur la cité est aussi symbolique d’une anti-résurrection. L’être humain est renvoyé à la Terre, les Anges ne nous entendent pas [référence aux Elégies de Duino de Rilke] et tout ce que nous pouvons attendre de notre condition est une transfiguration, peut être par l’écriture. Pynchon exprime ceci par un texte extrait d’un code de kamikazes :

 

«  Hi wa Ri ni katazu

     Ri wa Ho ni katazu

          Ho wa Ken ni katazu

                Ken wa ten ni katazu

 

L’injustice ne peut vaincre les principes

Les principes ne peuvent vaincre les lois

Les lois ne peuvent vaincre la puissance

La puissance ne peut vaincre le ciel  » 

 

Autrement dit tout vient du Ciel y compris l’injustice.

 

Que cachent au final cette prose luxuriante, cette intertextualité, ces énigmes, ces images ? Tout symbole dissimule une absence, un vide. Or le Vide est évoqué à de multiples reprises dans « Gravity’s Rainbow ». Par exemple Pynchon établit un parallèle saisissant entre le pays natal de Borges, l’Argentine du début du XXe siècle, ses pampas gigantesques, désolées, et l’oeuvre de l’auteur de  Fictions peuplé de labyrinthes. Les romanciers ont horreur du vide ; c’est pour cela qu’ils écrivent.

 

Sans rentrer dans la polémique de la traduction, cette édition souffre d’un cruel manque de paratexte (préface, notes de bas de page...) tant le roman se prête à l’intertextualité (jeux de mots, références en tout genre...). La lecture de ce livre hors norme en serait facilitée.