jeudi 27 février 2020

Spin


Nina Allan - Spin - Tristram





La lecture de Complications de Nina Allan fut pour moi la découverte d’un texte - d’un ensemble de textes pour être plus précis - autant que la découverte d’une écrivaine. Un ton, une écriture que dorénavant je savourerai à l’avance indépendamment du récit proposé, une musique comme jadis celle de la prose de J. G. Ballard ou plus récemment celle de Christopher Priest.


Spin est une novella. L’auteure embarque son lecteur sur les bords du Péloponnèse d’une Grèce plus ou moins imaginaire. L’héroïne Leila Vargas exerce le métier de brodeuse dans la cité d’Atollville. Outre un savoir-faire exceptionnel elle a hérité de sa mère un don de clairvoyance. Un talent mais aussi une malédiction responsable de son assassinat.  Elle tente de surmonter le deuil maternel en se lançant dans des projets de confection de tapisseries. Peu après avoir rencontré une vieille femme énigmatique, elle est abordée par une dame immensément riche dont le fils est atteint d’une maladie incurable.


Le récit se présente comme une réécriture du mythe d’Arachné et Athéna - comme quoi les quatrièmes de couverture sont parfois utiles -. Pour mémoire après avoir vaincu la fille de Zeus dans un concours de broderie, Arachné avait été transformée par celle-ci en araignée. On peut aussi avancer le nom de Clotho, une des trois Moires ou Parques, celle qui tisse le fil de la vie. Grande lectrice de Nabokov, Nina Allan a peut-être emprunté à L'original de Laura, ultime opus de l’auteur de Lolita, le motif enchevêtré que tressent l’art, la maladie et l’érotisme à travers le personnage d’Alkandros Xénàkis.


L’écrivaine est aussi une coloriste. La pourpre des César fabriqué par le père de l’héroïne et qui imprègne ses soies côtoie l’amer bleu-pastel des pénombres et des teinturiers, les pierres couleur de rouille. Les linges claquent aux fenêtres « comme des vestiges de drapeaux datant de quelque fête oubliée ». Lire Nina Allan c’est embarquer pour Cythère.


« Ce fut un moment de stase totale, une seconde piégée dans l'ambre, un étincelant joyau dont elle pourrait plus tard s'escrimer à scruter l'intérieur par l'œil du souvenir et s'appliquer à retrouver les détails et les sensations. C'était ce qui définissait son ouvrage, après tout : des détails, des moments lumineux qui servaient de doublures à des uni­vers entiers de mémoire. »

Vivement La fracture


4 commentaires:

Manu a dit…

Ce livre m'intrigue, je vais aller de ce pas me le procurer.

Soleilvert a dit…

Un nouveau talent, voilà qui fait plaisir !

Anonyme a dit…

"Spin" pour moi,ce fut une lecture très compliquée à laquelle je n'ai rien compris. J'ai abandonné tout simplement.

A Biancarelli a dit…

On se demande parfois si les auteurs pensent un peu à leurs lecteurs.
C'est carrément la fracture ici.. c'est le cas de le dire.