mardi 17 février 2026

Orbitville

Bob Shaw - Orbitville - Opta - anti-mondes

 

 

 

Capitaine de la Patrouille d’Exploration de la Starflight (Starflight, pas Starfleet …), Vance Garamond est convoqué dans la résidence officielle de la présidente de la compagnie, la redoutable Liz Lindstrom. Retardée par un contretemps elle lui confie la garde de son jeune fils. Celui-ci, hélas, échappe à sa surveillance et se tue en chutant d’une statue. Comprenant immédiatement que son arrêt de mort est signé, Garamond s’enfuit et quitte la Terre en emportant femme et enfant. Avec son équipage et son vaisseau le Bissendorf il met le cap sur l’Etoile de Pengelly. Mais l’étoile a disparu, remplacée par une immense sphère de trois cent vingt millions de km de diamètre. Dans le plan équatorial, les fugitifs découvrent une grande ouverture. A l’intérieur un ciel bleu, un soleil et des prairies à l’infini.

 

Lecteur, lectrice d’Omale, vous reprendrez bien un peu de sphère de Dyson ? Romancier et novelliste irlandais décédé en 1996, Bob Shaw est l’auteur d’une des plus originales nouvelles de l’histoire de la littérature de science-fiction avec « Les Yeux du Temps ». Quant à Orbitville il parut en serial en 1974 (dans Galaxy en trois livraisons), puis en livre en 1975,à priori à l'identique. Succès critique certain, il obtient dans son pays le BSFA en 1975, finit troisième au Campbell, et est cité dans les 100 meilleurs livres de SF par Pringle. Il fut régulièrement réédité dans les années 70-80, et après 2000 plutôt dispo en ebook. En version française (cinquante ans déjà !), on ne compte qu’une édition dans l’élégante et défunte collection de Michel Demuth, Opta anti-mondes. À cause d'une certaine similitude avec le Ringworld de Niven, Kincaid affirme dans le "St James guide to Sf writers" que la parution du texte de Shaw a été "delayed for a while" (il y a effectivement un trou entre 1972 et 1975 dans la production de Shaw qui sortait 1 roman par an). Il existe deux suites : Orbitsville departure (1983) qui se situe essentiellement sur Terre et Orbitsville Judgement (1990) qui seront des flops (surtout le dernier) comme souvent avec ces trilogies un peu opportunistes.

 

L’histoire d’Orbitville se résume à un affrontement entre Liz Lindstrom et Vance Garamond dont l’enjeu est la survie ou la destruction de la famille de l’astronaute. La présidente est décrite comme un monstre entomique doté d’un abdomen proéminent et lisse, répandant une odeur aigre-douce, exécutant ses collaborateurs au moindre faux-pas. L’épouse n’est pas mieux lotie, réduite à un rôle d’idiote. Autres temps, autres visions des femmes … Ejecté de la base, Garamond effectue deux millions de km avec quelques équipiers dans des avions de fortune pour faire demi-tour. On ne peut pas parler de récit exploratoire, les paysages se répètent inlassablement sur cette terre vaste comme cinq milliards de Terre. Deux espèces d’extra-terrestres apparaissent - dont peut-être les descendants des Constructeurs -, mais leur contact ne fait l’objet d’aucun développement sérieux. Beaucoup de choses sont éludées dans ce roman de deux cent cinquante pages : comment se nourrir dans ces espaces herbeux dépourvus de faune quand on n’a pas l’arsenal technologique des humains ? Qui a pu percer dans l’indestructible sphère des trous supplémentaires et imparfaits ? Le roman se termine cependant sur un début de réflexion intéressante, l’impossible maintien des organisations sociales au sein de cette infinité : « Le Temps est une unité de changement, l’évolution est le produit de la compétition - des concepts qui n’avaient aucune signification, aucun sens dans le contexte du grand O [Orbitville]. Délivré du besoin de se battre ou de s’enfuir, de la faim et de la peur, de la nécessité de construire ou de détruire, d’espérer ou de rêver, l’Humanité avait cessé d’être humaine - quand bien même la métamorphose ne pourrait avoir lieu en une seule saison ni même une seule génération. »

 

Utopie qui ne va pas au bout de son projet, Orbitville reste une curiosité, la seule surprise véritable venant de cette couverture sympathique qu’on dirait copiée d’un album de Billy Idol.

 

 

Cette fiche a été rédigée par Sandrine et Soleil vert.


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