lundi 14 décembre 2020

Rêves de Gloire

Roland C. Wagner - Rêves de Gloire - Folio sf

 

 

« En ce temps-là, Dieu était pour moi un concept nébuleux et inquiétant, une entité imprécise qui devait vivre quelque part à l'extérieur de l'univers. Sinon, Guy l'Eclair serait tombé sur lui en combattant les Skorpis. Forcément »

Rêves de Gloire - Roland C. Wagner

 « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure.»

Noces à Tipasa - Albert Camus

 

 

17 Octobre 1960, la DS du Général de Gaulle emprunte La Croix de Berny. Le mitraillage de la voiture ne laisse aucune chance au Chef de l’Etat. Antoine Pinay lui succède. Tel est le point de départ de l’uchronie imaginée par Roland C. Wagner, et son ultime roman.  Couvert de prix, Rêves de Gloire précéda d’un an la disparition de l’auteur, survenue en 2012, plongeant le fandom et l’ensemble de la profession dans un profond désarroi. Il laisse une œuvre conséquente, essentiellement de science-fiction, forte de cinquante romans et d’une centaine de nouvelles.

 

Natif de Bab el Oued, l’écrivain propose ici une intrigue aux ressorts multiples dont l’Algérie est le cadre principal. A la suite de la disparition du père de la Ve République, l’ancienne colonie est partitionnée. Elle acquiert son indépendance, mais trois villes, Alger, Oran et Bougie restent sous l’autorité française. Les choses évidemment n’en restent pas là et tenants et opposants du nouveau statut continuent de s’affronter. La métropole elle-même bascule sous un régime autoritaire. Roland C. Wagner élargit sa relecture de l’Histoire aux pays de l’Est qui voient la Hongrie sortir du Pacte de Varsovie, la France s’isoler diplomatiquement du reste de l’Europe à l’exception de l’Espagne et … outre-Atlantique, J.F Kennedy échapper à l’attentat de Dallas.

 

Confetti territorial dans l’œil de ce cyclone évènementiel, Alger vit paradoxalement une révolution culturelle. A l’instar du San Francisco des sixties, une explosion musicale voit le jour. Des groupes de rock aux noms exotiques éclosent, les labels fleurissent, cependant qu’une drogue « La Gloire » promet à tous un monde meilleur. Au sein des multiples voix du récit, un collectionneur de vinyles part à la recherche d’un 45 tour légendaire des Glorieux Fellaghas.

 

Sur la toile de fond d’un XXème siècle alternatif, l’auteur réécrit avec passion l’histoire du Rock mêlant figures connues et imaginaires, suscitant des happenings comme « l’Eté insensé de Biarritz » initié par un certain Timothy Leary. La thématique musicale rejoint celle de la drogue exploitée par l’écrivain depuis Le serpent d’angoisse. Comparé au Maitre du Haut Château de P. K. Dick (voir La séparation de Priest), Rêves de Gloire exploite certes la piste des réalités concurrentes, mais l’uchronie y fleurte avec l’utopie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les « vautriens » hippies d’Alger et d’ailleurs, ressuscitent l’idéal brisé à Altamont, la Gloire scelle l’ultime vérité : la vie et rien d’autre.

  

Rêves de Gloire renouvelle la thématique uchronique et tout simplement l’écriture romanesque. Le récit bascule d’un narrateur à l’autre sans prévenir, donnant l’impression d’un Je multiple, polyphonique. La première page pastiche L’étranger de Camus. Ce n’est que l’un des nombreux clins d’œil du livre. Rêves de Gloire célèbre les noces des accomplissements de la maturité avec les soleils de l’enfance et soulève bien d’autres questions. La littérature peut-elle réparer le monde ? Peut-on aussi considérer l’uchronie comme une forme de révolte ? Mais Roland Wagner n'est plus là pour répondre.

 


 

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Pourquoi n'a-t-il pas fait démarrer son histoire uchronique le 22 août 1962, ce Zelasny ? L'aurait été plus crédible, non ?
Petit rappel au sujet de latanta du "Petit Clamart" : rien à voir avec la Croix de Berny qui se situe sur la frontière des communes d'Antony et Sceaux. A trop mélanger la géo physique, je crains que la SF n'éloigne les amateurs de précisions.
Bon cela dit, je reste fidélisé àce nouveau blog quyi mérite un brin le détour, pour la foi qui l'anime. Bàv,

Soleilvert a dit…

J'irai poser la question à Roland après avoir avalé mon sucre de Gloire :)

Ubik a dit…

Bijou ? C'est à côté de Bougie ? ^^

Soleilvert a dit…

Argh misère de ma mère comme disait Robert Castel pour la relecture je suis scoumounard comme un régiment de malchance. Le ville connue pour sa production de cire. aie aie aie
*merci*