mercredi 23 juin 2021

Dans les profondeurs du temps

 

Adrian Tchaïkovski - Dans les profondeurs du temps - Denoël Lunes d’encre

 

 

 

« Il y a plusieurs milliers d’années, la Terre a envoyé de nombreuses équipes dans l’espace en vue de terraformer de nouveaux mondes et de donner un futur à l’Humanité. Arrivés à proximité d’une de ces planètes, les scientifiques à bord du vaisseau de terraformation baptisé l’Egéen découvrent, contre toute attente, qu’elle abrite déjà une forme de vie. Vont-ils sursoir à l’exécution de leur mission ou, envers et contre tout, rendre la planète habitable pour l’homme alors que la Terre n’a plus donné signe de vie depuis bien longtemps ? L’un d’entre eux, Disra Senkovi, est convaincu que des poulpes qu’il a élevé à la conscience pourront les aider à accomplir leur tâche au mieux. Et peu importent les conséquences. »

 

Déjà remarqué pour l’estimable Chiens de guerre, Adrian Tchaïkovski livre le second volet d’un cycle de space-opera entamé avec Dans la toile du temps où une Humanité agonisante, en proie aux conflits tente de survivre en essaimant dans l’Univers. Dans les profondeurs du temps n’est pas à proprement parlé une suite mais un récit supplémentaire évoluant dans le même continuum. Astucieusement Tchaïkovski découpe l’intrigue en deux époques, celle dans laquelle s’inscrit l’odyssée de l’Egéen et une seconde plus lointaine dans laquelle les humains s’effacent derrière leurs successeurs. La narration oscille entre ces temps éloignés et, cerise sur le gâteau, l’auteur opère une convergence entre les deux romans.

  

Dans la toile du temps racontait l’histoire d’une terraformation catastrophique. Les instigateurs de l’entreprise prévoyaient de larguer des singes sur La nouvelle Kern et d’accélérer dans un second temps leur évolution grâce à l’activation d’un nanovirus. Malheureusement la navette transportant les primates était détruite et l’élévation (pour reprendre le concept popularisé par David Brin) profitait aux araignées locales. Dans le roman suivant les astronautes découvrent un système solaire peuplé de géantes gazeuses et de planètes internes. Tess 834h, candidate prévue de longue date à la terraformation réserve une mauvaise surprise. Elle abrite des formes de vie, or le protocole de géotransformation prévoit une refonte totale de l’écosystème. Le chef de l’expédition Yusul Baltiel prend alors deux décisions lourdes de conséquences : installer une colonie humaine sur Tess 834h et terraformer la planète voisine océanique Tess 834g.

 

Yusul Baltiel est assisté d’un second brillant mais autonome. Disra Senkovi a embarqué avec lui quelques pieuvres de compagnie auxquelles il a injecté discrètement le Rus-Califi. Assez facétieuses elles vont se révéler utiles lorsque la Terre, dans un ultime acte d’auto anéantissement tentera de détruire à distance les vaisseaux explorateurs. Il y a pire. Sur Nod, la planète rocheuse, un parasite s’attaque aux apprentis colons. Cela nous vaut quelques séquences horrifiques de bon aloi.

 

Loin des péripéties guerrières et des célébrations d’empires galactiques propres au genre, Adrian Tchaïkovski étire son récit dans le Temps long, racontant l’effort désespéré de quelques humains pour survivre, le combat obstiné de la conscience naissante contre la brutalité de l’instinct, les efforts inlassables consentis par des espèces radicalement étrangères pour communiquer voire coopérer. Il y a un bien un soupçon de mélancolie (« Que valent les paroles d’un homme mort » dit admirablement Tchaïkovski) mais le romancier délivre un message d’optimisme et parie sur l’intelligence, au-delà des Atlantides disparues. Sans jeu de mots, Dans les profondeurs du temps est une œuvre d’une grande élévation, dans le haut du panier de la production actuelle.


5 commentaires:

Manu a dit…

Va bien falloir que je m'intéresse à cet auteur. Merci pour cette critique.

Soleil vert a dit…

Denoël publie désormais au compte-gouttes, mais quelles gouttes !

Biancarelli a dit…

Pas lu le 1er.
Le blog de Denoël est un peu à l’arrêt.
Au fait avez-vous un formulaire de contact?Sinon ce n’est pas grave.

Soleil vert a dit…

Bonjour,
J'ai bricolé un formulaire de contact, tout en bas à droite

Anonyme a dit…

Merci.Blogger restant toujours un mystère pour moi,cela peut toujours servir en deuxième intention.

Cordialement

Biancarelli