vendredi 19 octobre 2018

Nous qui n’existons pas


Mélanie Fazi - Nous qui n’existons pas - Dystopia Workshop






Est-il besoin de présenter Mélanie Fazi, nouvelliste, romancière et traductrice ? Tranchant avec ses textes d’inspiration habituellement fantastique, Nous qui n’existons pas est une autobiographie, le récit d’une crise existentielle et l’histoire d’une renaissance. Présenté comme une non-fiction, il se rattache néanmoins à une tradition littéraire jalonnée d’œuvres phares telles Les mots de Sartre, Les confessions, et Les rêveries d’un promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau. Celles-ci ont en commun d’exprimer un désarroi face au monde et de relater la pénible confrontation entre l’image que l’on a de soi et celle que renvoie les autres.


En d’autres termes ce livre parle de l’identité douloureuse. Ce questionnement traverse toute l’histoire de la littérature et de la philosophie. Mélanie (qu’elle me pardonne cette familiarité) évoque la prise de conscience progressive de sa différence, le besoin de solitude - en fait d’indépendance -, le choix du célibat puis l’attirance pour les femmes, avec ce constat que naitre à soi-même sous le regard des autres est un exercice périlleux. Sa conclusion néanmoins rejoint une réflexion d’un maitre de l’existentialisme : entre toutes formes de désespoir, celle de renoncer à être soi-même est la pire


Ecartons les remarques obscènes des hommes politiques sur le sujet identitaire, écartons de même les résurgences d’un courant de pensée issu de Barrès et Maurras et osons parler de science-fiction, pas plus conne sur ce thème qu’une autre. .Le souvenir de deux écrivains surgit inopinément à la lecture de Nous qui n’existons pas. D’abord celui de Le Guin et de « Ceux qui partent d’Omélas ». Le texte de Mélanie comme celui de l’auteur des Dépossédés, exprime l’idée que le bonheur du plus grand nombre s’établit sur le malheur de quelques-uns. Comment cela survient il ? Par l’imposition de normes. Quant au  temps des changements de Robert Silverberg, il raconte la découverte par un homme de son Moi profond. Cette quête, dans un monde où l’expression « Je » est interdite le transforme en proscrit.


Le témoignage de l’auteur s'inscrit aussi dans le vaste récit de la lutte des femmes pour leur émancipation. Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai assisté aux combats de Simone Veil ou de Gisèle Halimi. Ce mouvement est aujourd’hui troublé par des eaux contraires. La dénonciation de la violence exercée à l’encontre du « deuxième sexe » s’accompagne paradoxalement d’une montée des communautarismes religieux qui tendent à réinstaller les femmes dans leurs rôles traditionnels d’épouses effacées.


Nous qui n’existons pas se lit et se transmet comme un viatique. On doit la publication de cet ouvrage à quelques belles personnes. Citons l’éditeur et libraire Xavier Vernet, la maquettiste Laure Afchain, l'illustrateur Stéphane Perger sans oublier Léo Henry pour la postface.

5 commentaires:

Ed a dit…

L'identité douloureuse, le choc de la différence entre l'image que l'on a de soi et celle que nous renvoient les autres...Passionnants !

Soleilvert a dit…

Ce petit livre devrait te plaire. A la source, quelques pages dans le blog de Mélanie qui suscitèrent une vague de réactions empathiques et la poussèrent à étoffer son texte.

Ed a dit…

Ah...Une Genèse encourageante en plus !

Laurent a dit…

Livre lumineux qui aura contribué a libérer la parole
Le tout servi par un tres beau commentaire de ta part

Soleilvert a dit…

*merci !*