dimanche 8 août 2021

Au carrefour des étoiles

Clifford D. Simak - Au carrefour des étoiles - J’ai Lu - Nouveaux Millénaires

 

 

 

Si vous lisez de la littérature de science-fiction, vous n’êtes pas sans connaitre quelques appellations de genres ou sous-genres comme le space opera, ou le planet opera. Le grand Clifford D. Simak a créé à lui seul une catégorie, le Wisconsin opera. Ecoutons à ce propos Robert Silverberg : « Le cadre apparent de sa fiction pouvait être le quatre-vingtième siècle, ou un univers parallèle, ou un monde étrange d'une autre galaxie, mais d'une manière ou d'une autre, c'était toujours fondamentalement le Wisconsin des années 1920, un monde de fermiers, de chiens, de trous de pêche et de rocking-chairs sous le porche. » (1) Au carrefour des étoiles, auquel Pierre-Paul Durastanti offre une nouvelle jeunesse, est sur ce point exemplaire.

 

 Enoch Wallace coule des jours tranquilles pas loin de Millville dans le Comté de Grant. Après la guerre de Sécession, il a repris l’exploitation de la ferme paternelle. En apparence tout au moins, car celle-ci abrite un relais spatial. Insensible ou presque à l’écoulement du Temps, Enoch accueille des voyageurs qu’il réexpédie aux quatre coins de la Galaxie. Un éclaireur extraterrestre qu’il prénomme Ulysses (avec un s, en hommage au général Grant) lui a jadis proposé de transformer sa demeure en avant-poste d’exploration du bras spiralé abritant le système solaire. Dans cette région isolée de l'Amérique, bordée par le Mississippi et la rivière Wisconsin, où l’on se soucie peu du voisinage, les activités peu ordinaires de ce fermier immortel passent presque inaperçues. En dehors d’une courte promenade consacrée à la relève de son courrier Wallace ne quitte guère la maison, accueillant avec toute l’hospitalité dont il est capable ses visiteurs et consignant le tout. Un agent de la CIA finit cependant par détecter un faisceau d’anomalies. Peu à peu, à la faveur d’évènements accidentels, l’employé des étoiles va se retrouver au cœur d’un conflit de loyauté.

  

Construit à rebours d’un roman d’espionnage, Au carrefour des étoiles démarre par les souvenirs du héros de la bataille de Gettysburg et s’achève par la menace d’un double conflit, mondial et galactique. L’histoire de l’Humanité semble dire Simak, se condense en une série de choix, heureux ou malheureux, et à la faveur du progrès des armes, l’un d’entre eux pourrait être, si nous ne prenons garde, le dernier. L’image du bon chemin (page 48) trouve peut-être son origine, si l’on suit toujours Robert Silverberg (1), dans les écrits du poète américain Robert Frost (1874-1963), l’équivalent de notre Francis Jammes. Son poème le plus célèbre « The road not taken » raconte les hésitations d’un promeneur à l’orée d’un bois. Deux sentiers s’offrent à lui. Il finit par prendre le moins fréquenté. De façon amusante Simak réinterprète le texte de Frost à sa façon. Le chemin le moins emprunté, celui qui mène à la ferme est aussi le plus utilisé puisque la demeure abrite un nœud de réseau galactique. Plus sombrement les voies de la raison et de la tolérance ne s’empruntent pas sans risque. Comme l’avait remarqué Pierre-Paul Durastanti (2), une espèce de mystique chrétienne, fraternelle traverse le roman, avec un épilogue rappelant à l’instar de Dans le torrent des siècles que le salut du plus grand nombre s’obtient par le renoncement ou le sacrifice de quelques autres.

  

Chez l’auteur de Demain les chiens, la méditation accompagne l’action. Elle confère au récit une apparente lenteur qui disparaît avec le dénouement au dernier tiers. Cerise sur le gâteau pour les découvreurs de ce texte légendaire datant de 1963, l’existence d’une Force spirituelle universelle alimentée par un Talisman. Que la Force soit avec toi lecteur !

 

 

 

(1)   Rereading Simak - Reflections

(2)   Bifrost 22

 

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