vendredi 29 mars 2019

Les enfermés


John Scalzi - Les enfermés - L’Atalante







« Un nouveau virus extrêmement contagieux s'est abattu sur la Terre. Quatre cents millions de morts. Si la plupart des malades, cependant, n'y ont réagi que par des symptômes grippaux dont ils se sont vite re­mis, un pour cent des victimes ont subi ce qu'il est convenu d'appeler le « syndrome d'Haden » : parfaitement conscients, ils ont perdu tout contrôle de leur organisme, sans contact avec le monde ; prisonniers de leur chair, ils sont devenus des « enfermés »

Vingt-cinq ans plus tard, dans une société reformatée par cette crise décisive, ces enfermés, les « hadens », disposent désormais d'implants cérébraux qui leur permettent de communiquer. Ils peuvent aussi emprun­ter des androïdes qui accueillent leur conscience, les « cispés », voire se faire temporairement héberger par certains rescapés de la maladie qu'on nomme « intégrateurs » ... »

  

J’ai gardé de John Scalzi un bon souvenir du Vieil homme et la guerre. L’auteur empruntait allègrement les codes du space-opéra à la Heinlein (Joe Haldeman a été cité également) sans oublier l’humour du Maitre. Une qualité que l’on retrouve dans Les enfermés, un thriller SF ; une intrigue rigoureuse servie par une écriture en verve et des dialogues en ping-pong. Cela n’est déjà pas si mal, mais pour se rapprocher de la référence en la matière, à savoir L’homme démoli d’Alfred Bester, il en faut plus. Scalzi imagine donc un monde dans lequel une fraction de l’Humanité souffre d’enfermement, (le locked-in syndrome des victimes d’AVC) séquelle dramatique d’une sorte de méningite cérébro-spinale. Comme dans le film Clones, des « surrogates » prennent le relais de leurs propriétaires ou locataires définitivement alités. Grace à des implants neurologiques, les malades, les hadens, peuvent s’incarner dans un droïde ou dans un être humain appelé intégrateur.



Au début du roman l ’héroïne Chris Shane, nièce d’un sénateur en vue et haden incorpore le FBI. Sa première enquête sous la responsabilité de sa coéquipière Vane porte sur le meurtre d’un indien navajo. Le suspect est un intégrateur. Il est incapable de désigner le client qui empruntait son corps lors du décès de la victime. Les investigations se déroulent dans un contexte social brulant. La loi Abrams-Kettering, juste votée, entérine une diminution de l’aide financière médicale apportée aux victimes de l’épidémie, provoquant un début de révolte. Ailleurs, un mouvement dirigé par Cassandra Bell, sœur du suspect, s’oppose à toute recherche sur le symptôme d’Haden au nom de la création d’une nouvelle Humanité. Derrière l’écran de fumée de toutes ces agitations se fomentent des stratégies industrielles et financières.


Le duo façon arme fatale constitué par l’ex intégratrice Vane et sa jeune mais talentueuse collègue Shane dynamise le récit. Voilà un roman réussi, malgré un épilogue guère surprenant, qui aux atouts d’un page-turner ajoute celui d’une réflexion originale sur le handicap comme moteur d’une société posthumaine, En annexe l’auteur retrace l’Histoire de l’apparition du syndrome d’Haden. Signalons sur le sujet du locked-in syndrome l’ouvrage autobiographique de Jean-Dominique Bauby Le Scaphandre et le Papillon. Laissons le dernier mot à Michel Serres : « Le progrès de nos civilisations paraît passer par la protection des faibles »

2 commentaires:

Manu a dit…

Rien lu de Scalzi depuis Le vieil homme et la guerre, mais celui-ci me paraît bien sympathique. De la SF rondement menée et divertissante, ça me dit bien.

Soleilvert a dit…

C'est un bon thriller, une vision du futur originale, une réflexion sur le handicap, tout ce qu'avait raté le film Clones Bref ça m'a plu.