mardi 27 janvier 2026

Le Journal de mon père

Jirô Taniguchi - Le Journal de mon père - Casterman

 

 

 

 

Yioshi Yamashita reçoit un coup de fil à son bureau de Tokyo l’avertissant de la mort de son père. Cela fait bien une quinzaine d’années que les deux hommes ne se sont pas revus. De retour à Tottori, sa ville natale, Yioshi déambule dans les rues et les sentiers de sa mémoire avant de rejoindre le lieu des obsèques. Les souvenirs affluent et d’abord le plus fort d’entre eux, la séparation de ses parents. Takeshi, son père et Kyioko, sa mère, avaient pourtant fait un mariage heureux ; ils avaient accueilli une petite sœur, Haruko. A la suite de l’incendie qui avait détruit la ville, Takeshi avait consacré l’essentiel de ses journées à son salon de coiffure, remboursant peu à peu l’argent offert pourtant gracieusement par les parents de sa femme pour la reconstruction de la maison. Les relations du couple s’étaient distendus jusqu’au départ de Kyioko. Yioshi, privé de sa mère, éprouva un ressentiment envers Takeshi qui ne fit que croitre avec les années et l’incita à couper les ponts avec sa famille dès que sa situation professionnelle fut établie. Devant le cercueil, au contact de ses oncles et des voisins qui échangent de vieilles anecdotes, il découvre alors grâce à eux la bonté cachée de son défunt père.

 

Publié en 1994 quatre avant Quartier lointain, Le Journal de mon père participe d’une démarche mémorielle similaire axée sur la relation père-fils tout en reposant sur des postulats opposés et symétriques. Le premier manga tente de résoudre le mystère de la disparition paternelle, le second celui de l’éloignement de l’enfant. Les deux proposent une incursion dans le passé mais alors que Quartier lointain suggère l’opportunité d’une deuxième chance à travers un voyage dans le temps, Le Journal de mon père évoque le parcours de souffrance d’un personnage qui a muré son enfance. Les thèmes de l’incommunicabilité et du devoir dans ce Japon figé d’antan sont ici repris. Quelques belles figures comme celle de l’oncle Daisuké, fabricant de saké et ciment de la famille éclaircissent un ensemble assez triste. L’enfant Yioshi, ses pleurs, l’amour pour son chien, le chagrin d’une mère perdue qui a refait sa vie - cruelle vision de Kyioko portant un bébé issu d’un autre mariage - cèdent la place à l’adulte Yioshi au visage impénétrable, un être alexithymique dont les larmes finales et le souhait de revenir en compagnie de sa femme à Tottori ne convainquent pas tout à fait.

 

On retrouve avec plaisir le graphisme de Jirô Taniguchi qui tient plus de la BD que du manga - ou faut-il parler de roman graphique ? - et ses personnages d’une dignité absolue malgré les vicissitudes. Il y a aussi cette ultime planche qui renvoie à un souvenir personnel des années 60, le parquet neuf ensoleillé d’un appartement au cœur d’une barre HLM où, assis, je lisais 20 000 lieues sous les mers.



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