lundi 31 décembre 2018

Ferrailleurs des mers


Paolo Bacigalupi - Ferrailleurs des mers - J’ai Lu





Averti par quelques lectures amies et le souvenir d’un livre étourdissant, pourquoi ne pas entamer avec Ferrailleurs des mers le cycle romanesque Ship Breaker signé Paolo Bacigalupi traduit et publié à l’origine au Diable Vauvert, en collection jeunesse ? Certes je suis conscient des limites suggérées par ce qualificatif et du fait que la récupération du flacon ne préjuge en rien de la montée de l’ivresse. Mais voilà, La fille automate comme Le Fleuve des Dieux ou La Maison des derviches de Ian McDonald sans omettre Perdido Street Station de China Miéville ressuscitaient en leur temps un type de littérature jouissive oubliée depuis Ballard ; le plaisir de l’immersion dans l’écriture s’ajoutait à celui de l’immersion dans la fiction. Un bonheur de courte durée. Après Les Scarifiés Miéville a dompté sa plume, Mc Donald a renoncé aux délires urbains pour créer un Trône de fer lunaire. N’en reste plus qu’un. Que vaut donc ce nouveau roman ?


Quelque part dans une Louisiane du futur, Nailer Lopez exerce le métier de ferrailleur de navire au milieu d’une communauté de déshérités. Le pétrole a disparu, hormis quelques mètres cubes présents parfois dans un des innombrables cargos échoués sur la plage goudronneuse de Bright Sand Beach. En raison de son jeune âge et de sa petite taille, Nailer se glisse dans les conduits de ces amas d’acier oxydé à la recherche de cuivre ou de métaux rares. Les patrons d’équipe à la solde de quelques gros consortiums ne transigent pas sur les quotas à respecter. Des nouveaux maitres de la Terre l’adolescent ignore tout hormis leurs magnifiques schooners ou clippers aperçus quelquefois au large. Sur une ile voisine  il tombe un jour sur un de ces bateaux échoué après une tempête. Une fortune potentielle en matériaux de récupération pour ses équipières et lui. Mais son attention se porte sur une jeune fille blessée …


« Dans la baie, le Dauntless attendait. Au-delà, l’eau bleue s’étendait jusqu’à l’horizon, la mer l’appelait. » Pas de doute avec ce signal vernien, Ferrailleurs des mers est bien un roman jeunesse. L’intrigue sans surprise obéit aux lois du genre en forme de happy end. Bacigalupi excelle dans la création d’univers dont l’exotisme à peine décalé reflète les sombres projections actuelles de la communauté scientifique, comme ce tiers-monde de rouille où l’instinct de survie et l’appât du gain n’oblitèrent pas les liens de solidarité. On retrouve même par instant dans l’invention des diverses agglomérations qui supplantent l’ancienne Nouvelle-Orléans un peu de la fièvre descriptrice de la Bangkok de La fille automate. Mais n’en demandons pas trop à cet ouvrage dans lequel l’allusion à des cités englouties ou la présence de créatures mi-humaines mi-animales évoquant celles du docteur Moreau appellent à des développements ultérieurs. Reste l’histoire sympathique d’un gamin qui tente d’échapper à sa condition.

3 commentaires:

Greg a dit…

Lu avec plaisir!
J'ai passé un moment sympa.

Soleilvert a dit…

Le suivant l'est aussi !

Greg a dit…

Merci,je note!