lundi 26 octobre 2020

Samarcande

Amin Maalouf - Samarcande - Le Livre de Poche

 

 

Passe le temps béni de ma jeunesse,

Pour oublier je me verse du vin.

Il est amer ? C’est ainsi qu’il me plaît,

Cette amertume est le goût de ma vie.

 

Omar Khayyâm

 

 

Omar Khayyâm est un poète, astronome et mathématicien Perse né en 1048 à Nichapour, et mort en 1131 dans cette même cité. Ses travaux scientifiques, relatifs notamment à la résolution des équations du troisième degré ou la rédaction de tables astronomiques, ne furent publiés en Europe qu’au XIXe siècle. Il doit sa notoriété universelle à ses poèmes, les fameux quatrains rubaiyat. Il y exprime une vision sceptique de la condition humaine, l’apprentissage difficile de la vérité, des interrogations religieuses étonnamment modernes. Illustration de ses doutes, le nombre exact des rubaiyat et leur interprétation diffèrent selon les époques et les traducteurs. Certains voient dans le Persan un adepte du soufisme, les occidentaux un Pessoa avant la lettre. Bref, comme écrivait Victor Hugo « […] pour être Mystère il n'est pas moins Soleil. »

 

Ces multiples interrogations sur le manuscrit source sans doute disparu ont peut-être incité Amin Maalouf à entreprendre l’écriture de Samarcande qui conte l’odyssée du recueil d’Omar Khayyâm. L’écrivain et académicien franco-libanais s’est taillé une solide réputation en publiant des biographies historiques romancées. Son ouvrage est scindé en deux parties. Les deux premiers livres évoquent la conception des rubaiyat et le parcours du poète sous l’ère des Seldjoukides, les deux suivants les aventures d’un certain Benjamin O. Lesage qui à l’époque de la révolution constitutionnelle persane remit la main sur le précieux volume. Au-delà des péripéties, les deux récits soulignent ce que furent autrefois, en opposition à ces temps actuels de crispation et de repli, les confluences orientales et occidentales : paisibles avec la libre circulation de la pensée grecque chez Avicenne, Al-Fârâbî, Khayyâm, agitées avec la tentative de mise en place d’un parlement et d’abolition d’un régime monarchique à partir de 1905 dans le futur Iran.

 

Le philosophe persan s’installe à Samarcande à l’époque où les troupes Seldjoukides chassent celles de la Transoxiane. Admiré des puissants, mais attaché à son indépendance, il refuse de jouer au maitre espion pour le compte du grand vizir Nizam-el-Molk. Hassan Sabbah son remplaçant, remplira le rôle avec une telle efficacité qu’il fondera l'ordre des assassins. Khayyâm suivra le chemin de l’exil parcourant Ispahan, Bagdad, consacrant son existence autant que faire se peut à la pensée, l’amour, le bon vin. L’histoire de Benjamin O. Lesage est moins prenante. Remis sur la piste du manuscrit par Djamaleddine (Djamal-eddinne el-Afghani) le jeune homme se retrouve indirectement mêlé à l’assassinat du Shah et au cœur de la révolution persane.


Roman historique bien documenté, passionnant dans sa première partie, Samarcande est le récit d’une quête malheureuse d’un chef d’œuvre ancien et surtout l’illustration que la Sagesse échappe éternellement aux hommes.

 

2 commentaires:

Manu a dit…

J'aime beaucoup Maalouf, je n'ai pas encore lu celui-ci, mais il est quelque part dans ma pile.

Soleilvert a dit…

A bientôt alors :)