Olaf
Stapledon - Créateur d’étoiles - Le Bélial’
Ouvrage séminal par excellence de la littérature de science-fiction, Créateur d’étoiles publié en 1937 est le quatrième ouvrage du philosophe et romancier anglais Olaf Stapledon. Récit métaphysique et théologique qui ambitionne d’embrasser la création toute entière et les fins dernières, il influença l’œuvre des plus éminents auteurs anglo-saxons du genre (Aldiss, Clarke, Lem etc.) ; Olivier Girard cite même dans sa préface un courrier admiratif de Virgina Woolf. Dans le domaine français je citerai Le Gambit des étoiles de Gérard Klein, Pour Patrie l’espace de Francis Carsac ou La nuit du faune de Romain Lucazeau, liste non limitative.
Créateur d’étoiles diffère de tous ses successeurs
par l’adoption d’un type de narration
unilinéaire sans dialogues. Le récitant prend son envol d’une colline de la
Terre à la rencontre des étoiles. Pas de transformation spectaculaire façon
« Chrysalide » de Ray Bradbury. Ce pourrait être une rêverie
qui emporte le voyageur à des vitesses ultra-luminiques dans l’univers à la rencontre de soleils éclatants rouges, bleus, jaunes mais aussi de planètes habitées. La
première le met en présence des « Autres Hommes » qui communiquent
par des sens olfactifs et gustatifs hyper développés. Il se lie d’amitié avec
l’un d’entre eux, Bvalltu, et leurs esprits fusionnant ils partent à la
recherche de nouvelles consciences. Par accrétions successives avec d’autres individus
ils forment un esprit collectif, une noosphère à La Teilhard de Chardin, Gestalt
s’étendant aux galaxies et nébuleuses, à la poursuite du Créateur
d’étoiles.
Chaque espèce rencontrée ( Echinodermes, Nautiloïdes,
créatures symbiotiques crustacé et pisciforme, hommes-plantes etc.) est prétexte,
outre un descriptif des particularités physiques, à une étude sociale, dans un
relativisme swiftien. Elevant le débat Stapledon dresse l’inventaire de
différents modèles de société fondées sur la religion de l’amour, sur
l’individualisme proclamé et en tire des conclusions peu optimistes; des
crises emportent certaines civilisations, d’autres parviennent à bâtir une
utopie.
Un ordre, un dessein prévaut-il dans le Cosmos de
Stapledon ? Indifférent à ses créatures le Créateur d’étoiles ressemble au Dieu
horloger de Voltaire, mais un Dieu qui casserait ses univers-jouets pour en
élaborer d’autres sans supprimer pour autant les douleurs et les souffrances
des minuscules consciences qui l’habitent. On trouve un écho de ce désabusement
dans la préface de l’auteur de ce fabuleux ouvrage:
« Alors qu'une catastrophe pire que celle de 1914
menace l'Europe, on pourrait accuser ce livre de distraire inutilement les
esprits de la défense, désespérément urgente de la civilisation contre le
barbarisme moderne.
Année après année, mois après mois s’aggrave la
situation périlleuse dans laquelle se trouvent nos sociétés, si précaires et
fragmentées. À l'étranger, le fascisme se fait plus brutal et intraitable dans
ses conquêtes extérieures, plus tyrannique envers ses propres citoyens, plus
barbare dans son mépris de la vie de l'esprit Même dans nos propres pays, nous
avons des raisons de redouter une tendance à la militarisation et aux restrictions
de nos libertés civiles. En outre, une décennie chassant l’autre, aucune mesure
résolue n'est prise pour atténuer l'injustice de notre ordre social. Notre
système économique usé jusqu'à la corde condamne des millions de citoyens à la
frustration.
Pour un écrivain, il est difficile dans ces conditions
de suivre sa voie avec courage et en gardant un jugement équilibré. Certains
se contentent de hausser les épaules et se retirent des crises centrales de
notre époque. Ceux-là, mentalement barricadés contre les luttes les plus
vitales de notre monde, produisent inévitablement des œuvres qui non seulement
ne signifient rien pour leurs contemporains, mais qui sont également
subtilement hypocrites. Car ces auteurs, consciemment ou non, doivent
s'arranger pour se convaincre que la crise traversée par le monde humain
n'existe pas, qu'elle est moins importante que leur propre travail, ou encore
que rien de tout cela n'est leur problème. Mais cette crise, d'une suprême
importance, existe bien et elle nous concerne tous. Comment qui que ce soit
d'intelligent et d'informé pourrait-il prétendre le contraire sans
s'illusionner ? […] »

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