Robert
Silverberg - Le Grand Silence - J’ai Lu
Elles atterrirent et occupèrent la Terre pendant un
demi-siècle, mirent l’Humanité à genoux et nul ne découvrit l’objet de leur quête
ni ne comprit quoique ce soit aux activités auxquelles elle se livrèrent et
auxquelles participèrent hommes et femmes réduits en esclavage. Elles, ce sont
les Entités extra-terrestres imaginées en 1998 par Robert Silverberg dans un
roman hommage à H. G. Wells.
La noosfere indique que trois nouvelles ("Against
Babylon", "Hannibal's Elephants", "The
Pardoner's Tale") datant d'une dizaine d'années et traduites en
français (deux en pdf, la première chez J'ai Lu) ont été intégrées à divers
endroits du roman après modifications. Le roman lui-même ne mentionne pas ce
fait (en tout cas pas dans l’ exemplaire HaperPrism de 1999) ce qui est assez
inhabituel. Ensuite selon Silverberg (mais pas selon Hartwell qui donne pour le
premier texte un ordre inverse nouvelle=>roman), il rédigera trois nouvelles
qui sont des "extraits" du roman ("Beauty in the Night",
"On the Inside", "The Colonel in Autumn").
Les deux derniers textes disparaitront sans laisser de trace (publiés
uniquement dans Science-Fiction Age), le premier figurera dans plusieurs
anthologies (des Best-Of). On pourrait postuler pour un procédé du type fix-up mais
la quantité de matière utilisée paraît assez faible, les trois textes faisant
un vingtaine de pages chacun (il y a deux novelettes et une short story) au
regard de la taille du roman fini (450 pages en moyenne). Du coup le diagnostic
fix-up reste sujet à caution.
Le Grand Silence se présente comme une chronique
familiale étalée sur cinquante ans, synopsis inhabituel dans le genre science-fiction
et plutôt réservé à la littérature dite générale (Dieu sait que les français s’en
sont fait une spécialité depuis Zola jusqu’à Lemaitre). Le récit met en scène
le clan Carmichael, une famille de soldats et de fermiers solidement implantée
dans un ranch du sud de la Californie au-dessus de Santa-Barbara. C’est dans ce
relatif isolement protecteur que le Colonel Anson Carmichael III décide de créer
un mouvement de résistance à l’annonce de l’arrivée et des premières exactions
des envahisseurs qui en coupant sur une longue période l’électricité sur la
planète, provoquent un recul civilisationnel sans précédent, dans un quasi-remake
du Ravage de Barjavel.
Au sein du clan tous attendent le déclic technologique qui
permettra de passer à la contre-offensive. Mais le Temps forge où défait les
caractères. Le frère du Colonel meurt à bord de son DC3 en tentant d’éteindre
le gigantesque incendie consécutif à l’atterrissage des Entités, le fils
prodige Anson IV sombre dans l’alcool, le mauvais fils Ronald révèle à l’inverse
des aptitudes au commandement que l’on croyait dévolues à son père. Certains quittent le ranch, d'autres reviennent de Los Angeles que les extra-terrestres enferment dans de vastes murailles. Dans ce
livre qui évoque un Désert des Tartares inversé, puisqu’il ne s’agit pas
d’attendre l’ennemi mais l’instant où l’on pourra le repousser, se succèdent de
belles pages : l’amour tragique de Mike pour sa femme Cindy, le discours sur
la résistance du Colonel (résister, c’est d’abord transmettre l’idée de
liberté). Il y aussi comme le souligne Pierre-Paul Durastanti, l’apparition de
Khalid, profil de personnage cher à Silverberg, un « emmuré » à
la Dick Muller ou David Selig qui peine à fendre l’armure.
Quelque soient les qualités de Roma Aeterna et de
quelques autres de ses derniers romans, Robert Silverberg signait là comme un
chant du cygne et pour aller plus loin encore il faudra attendre Spin de
Robert Charles Wilson pour retrouver pareille densité humaine dans un roman.
Cette fiche a été rédigé par Sandrine et Soleil vert

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