mercredi 18 mars 2026

Le Désert du monde

Jean-Pierre Andrevon - Le Désert du monde - Le Bélial’- Archive du Futur

 

 

Un homme sans nom et sans passé s’éveille un matin dans la chambre d'une maison inconnue. Il n’a aucune idée de son identité ni des circonstances qui l’ont jeté en ce lieu. Un silence total, mortel règne. Une lente et anxieuse exploration des autres pièces aboutit au même constat : il y a des cadavres partout. Dehors, dans le village, la même scène se répète. Dans les boutiques gisent des commerçants, des clients. Que s’est-il passé ? Des détails intrigants le frappe. Dans le Café, les bouteilles sont vides et les étiquettes illisibles. Dans la Boucherie, la viande n’a pas d’odeur. Plus étrange encore, les mouches n’envahissent pas cette avalanche de corps sans vie. Puis soudain apparaissent des rats. Ils déferlent partout et s’attaquent à la chair humaine. L’homme sans nom, affolé, se retranche en vain dans une pièce. Alors qu’il sombre dans l’inconscience, des voix off, les mêmes qui précédèrent son réveil, s’élèvent…

 

Au sein de sa toute nouvelle collection « Archive du Futur » Le Bélial’ réédite Le Désert du monde, un des meilleurs roman de Jean-Pierre Andrevon paru en 1977 en Présence du futur. L’illustration de couverture s’inspire du millésime 1984 et les dessins de l’auteur ont été repris. « Le plan de la ville a été refait, et confié à Nicolas Fructus. » (Olivier Girard). C’est l’occasion pour une nouvelle générations de lecteurs de découvrir un univers Dickien à la française.

 

Avec l’irruption de Marie-Françoise au cours de la seconde partie, le récit prend un nouveau départ sous les auspices de la fameuse short short story de Fédric Brown (« Le dernier homme sur terre était assis dans une pièce. On frappa à la porte. »). Les rongeurs et les squelettes ont disparu, quelques oiseaux traversent le ciel de porcelaine. Philippe - car le personnage finit par avoir un prénom - partage désormais ses rêves et ses prémonitions avec une femme subitement apparue dans un hôtel. Mais comment édifier un quotidien dans un monde absurde réduit à un village de quatorze maisons ceint par une brume infranchissable ? La vérité entrevue dans leurs songes communs finira par éclater.

  

Tel est l’enfer du Désert du monde selon Jean-Pierre Andrevon. Le jour, un univers inanimé, des nuits peuplées de rêves de guerres sans fin. Ce texte de science-fiction post-apocalyptique au rythme lent et à l’écriture précise envoutent encore le lecteur. Près d’un demi-siècle après, l’alliage de l’incongruité et du désespoir ne se défait pas. On pense à Simulacron 3 de Daniel Galouye ou pourquoi pas à L’Anomalie, à la série télévisée Le Prisonnier ou au film The Truman Show. Mais ce livre incontournable de la science-fiction française porte la marque inimitable d’Andrevon, entre humour sarcastique et réquisitoire implacable. Témoignage aussi d’un temps où nucléaire rimait souvent avec fin du monde. Le nucléaire aujourd’hui énergie verte ? L’auteur des Hommes-machines contre Gandahar n’a pas dû s’en remettre.

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