dimanche 31 mai 2026

La Cité des marches

Robert Jackson Bennett - La Cité des marches - Albin Michel Imaginaire/Le Livre de Poche

 



« Il y a soixante-dix ans, Bulikov est tombée. La capitale du Continent, capable de conquérir et d’asservir les peuples, a perdu ses dieux protecteurs, exterminés par un chef de guerre de Saypur, une colonie autrefois réduite en esclavage. Les opprimés sont alors devenus les maîtres. Dans la foulée a eu lieu une mystérieuse catastrophe, le Cillement.

Aujourd'hui l'ancienne cité divine n'est plus que l'ombre d'elle-même, mais conserve néanmoins quelques vestiges de sa gloire passée, comme ces immenses escaliers brisés qui ne relient plus la terre aux cieux. Lorsqu’un célèbre historien y est retrouvé assassiné, le ministre des Affaires étrangères envoie en territoire occupé l’une de ses meilleures espionnes, Shara Thivani. Or son enquête se révèle plus difficile que prévu, car elle touche un domaine très sensible : le passé divin du Continent. Un passé proscrit, que nul n’a le droit d’évoquer. »


Avec sa nouvelle trilogie des Cités divines Robert Jackson Bennett emprunte les pavés de l’Urban fantasy, sous-genre littéraire que l’on affectionne ici, tout en clignant de l’œil du côté des Maitres Enlumineurs via l’épisode bien-nommé du Cillement. De quoi s’agit-il ? Saypur et Bulikov s’opposent comme jadis l’Espagne et son or face à l’industrieuse Angleterre. Dans une ultime bataille les mettant aux prises, le chef de guerre de la colonie élimine les Divinités protectrices du Continent dont un certain Taalhavras dit le bâtisseur. Privé de ses fondements magiques défiant les lois de la gravité, la capitale Bulikov s’effondre. Il faudra au lecteur une bonne dose de suspension d’incrédulité pour accepter qu’une simple arme puisse détruire des Entités modeleuses de réalité.

 

Bien des années plus tard Shara Sagreha, descendante du légendaire Kaj de Saypur, vient enquêter sur le meurtre d’un ami, l’historien Efrem Pangyui. Il semble que Bulikov n’ait pas encore révélé tous ses secrets … Voilà un bon thriller où chaque personnage, Vinya la toute puissante tante de Shara, Vohannes notable de Bulikov et ancien amant de la détective, Sigrud énigmatique et musculeux garde du corps, recèle agissements et passé troubles. Shara et Sigrud ont fort à faire face à des adversaires retors dont une créature surgie du bestiaire de Lovecraft.  What else ? Vivement la suite.


19 commentaires:

Christiane a dit…

C'est bon de retrouver les rives dun blog ou rêver. Merci, Soleil vert.

Soleil vert a dit…

"Rives" est le mot clef de ma prochaine lecture. :)

Christiane a dit…

Rive... Quand on vient de la mer après une longue traversée mouvementée on aspire au retour.
Ici, c'est mon Ithaque. On tire la barque sur la rive... Poser le pied sur la terre et une joie plus forte que les combats et les dangers passés.
Ici, on entre dans un monde différent.
Un escalier brisé ne relie plus ce qui l'avait été. "Pourquoi le ciel est-il ceint de fumée ?"

Christiane a dit…

Page 32 une question importante : "Est-ce que tant de choses ont pu subitement disparaître en quelques minutes ?"
Ce n'est pas la disparition qui l'étonne mais la rapidité de cette démolition qui ne laisse que du vide.
Drôle de phénomène...

Christiane a dit…

Cette enquête policière au début du roman est étonnante. Un mort, une femme enquêtrice, Shara.
S'il n'y avait eu cette scène de procès au début, on ne songerait pas du tout à un roman de science-fiction mais à un roman policier. .
Donc, le procès.
Il y est question d'une question à débattre : celle de "l'intention, les conséquences semblant plus importantes que les intentions. De plus ces conséquences semblent "abstraites". C'est un procès des Regulations Temporelles.
On ne sait qui plaide à la défense, ( ah oui, c'est écrit plus loin, Yaroslav) qui est jugé. On sait juste que le tribunal est à Bulikov, qu'une femme gouverneur, Turyin Mulaghesh, s'impatiente. Quant au procureur Jindash il gribouille, semblant être concentré.
La foule composée de Saypuriens, qui est rassemblée dans la salle et assiste au procès, est marquée par la maladie, la pauvreté et une agressivité à peine dissimulée.
Le litige est une enseigne qui évoquerait une divinité, un dieu quelconque, ce qui semble interdit.
L'accusé a beau répéter qu'il n'a "aucune affiliation à la moindre Divinité, qu'il ne sait ce qu'elles étaient ni de qui elles étaient..." et que son enseigne c'est une coïncidence, rien n'y fait !

Donc étrange debut de roman qui dévoile sans dévoiler et qui superpose deux intrigues. J'essaie de décrypter sans trop relire le billet de Soleil vert. Je l'ai lu et apprécié mais quand j'ouvre le livre j'aime être sans idée préconçue, juste découvrir. Et là c'est très tentant. C'est intéressant, bien écrit. Une atmosphère d'étrangeté plane. Les noms de lieux et de personnes placent cette fiction dans un domaine imaginaire, à une époque inconnue dans le futur. Il semble que ce pays où se tient ce procès a été sous la coupe de dieux autoritaires maintenant déchus et que les occupants, depuis soixante quinze ans ont du mal à gouverner...

Christiane a dit…

Mais le mort n'est pas n'importe qui. C'est le Dr Efrem Pangyui, un professeur émérite de l'université qui vivait pour son travail, très proche de Shara. Il était passionné par les mains qui disait-il dévoilaient l'inconscient de quelqu'un si elles étaient bien observées. D'ailleurs "il touchait toujours tout quand il découvrait quelque chose de nouveau."
Shara se demande pour quelle raison il a été assassiné. Son bureau a été fouillé, retourné.
Pourquoi ses vêtements étaient découpés ? Ses écrits, déchirés, jonchent le sol de son bureau.
Voilà qui est passionnant. Que savait ce professeur qu'on a voulu faire taire ?

Christiane a dit…

Ça alors !
Il est arrivé à cette ville ce que le sculpteur César fait aux vieilles carcasses de voitures : la ville à été "compressée" avec ses maisons, ses églises, ses habitants. Jamais rencontré cette idée dans une autre fiction. On dirait un enfant rageur qui détruit son bonhomme de pâte à modeler en le comprimant en ses deux paumes.
Évidemment ce qui reste de la ville est plus qu'étrange, des ruines qui ne ressemblent à rien de connu... sauf à une maquette qui aurait pu être exposée au Centre Beaubourg, l'année où s'est tenue une rétrospective concernant ce que César avait pu compresser dans sa vie de sculpteur !
C'est inquiétant et fascinant ce qu'une machine peut obtenir en compressant des objets familiers... Et dire qu'on remet des Césars aux acteurs pour les récompenser... Quelle symbolique se cache là-dedans ?

Christiane a dit…

https://theconversation.com/la-physique-de-la-matiere-selon-le-sculpteur-cesar-208039

Alors Ce lien, ne le ratez pas. C'est de la science... fiction. Inouï

Christiane a dit…

Il y a dans ce roman des remarques qui revoient à notre vie quotidienne. Une d'elles , page 74, me rappelle une expérience vécue récemment... Ailleurs.
"Et quand on perd un débat, le mieux reste de détourner la conversation. (...)
C'est une technique de camouflage, vous voyez : caché en pleine vue."
Le plus sage, c'est de ne jamais plus y penser...

Soleil vert a dit…

Je ne pensais pas à cela, mais pourquoi pas ?

Christiane a dit…

Soleil vert, c'est dans le récit du Dr Efrem Pangyui, 1682, pages 88 et 89 .
" Mais dans la mesure où Taalhavras était le dieu bâtisseur, tout ce qu'il avait érigé disparut en même temps que lui ; et à en juger par l'immense devastation du Cillement (...), la nature de ces alterations échappe sûrement à l'esprit des mortels.

La plus sainte des cités s'est contractée sur elle-même en un soubresaut brutal, ce qui a défait la nature même de la ville.

Des bâtiments ont implosé pour se réduire à une unique pierre, entraînant tous leurs occupants vers ce qu'on peut supposer être un sort atroce.

Un effondrement cosmique"

Mon imagination a fait le reste. J'ai pensé à une compression de César sauf que la presse hydrolique est remplacée par la main de cette Déité, Taalhavras .

Christiane a dit…

Ces pages sont magnifiques. On dirait un film projeté à l'envers où on revient au début. C'est comme si ce dieu bâtisseur aspirait en lui ce qu'il avait créé. Aspiration monstrueuse qui provoque une compression, un écroulement. Une scène qui rejouirait un cinéaste épris de cosmogonie. La fin d'un monde, peut-être le début d'un autre.

Christiane a dit…

C'est vraiment un étrange roman, Soleil vert. Ces dieux renvoyés à leur hauteur... restent les hommes qui peinent à faire quelque chose de bien de leur liberté retrouvée. Trop de rage, de désir de vengeance, de goût du pouvoir leur font faire de mauvais choix. L'interdit n'est pas une solution, que ce soit dans les images ou les paroles. De plus il se passe des choses inexplicables de l'ordre de la magie. Des gens disparaissent. Des morts ne sont pas morts. D'étranges objets se métamorphosent. Dans le milieu du livre des batailles féroces qui me laissent pantoise. Ça me fait le même effet que les passes au rugby où les coups de pied au football. Je ne comprends jamais pourquoi tous ces gens courent après un ballon qu'ils renvoient dés qu'ils l'ont attrapé. Bref, revenons à cette fiction. La petite espionne Shara s'en sort pas trop mal. Elle pense, elle ruse , elle est perspicace. Ce Dr qui a été tué avait trouvé quelque chose d'important. Il lui a laissé la possibite de trouver ce secret. Mais il lui faut être en même temps Sherlock Holmes, Arsène Lupin et Maigret.
Ça vole ça plane ça s'écroule. Quel bord.. ce bouquin !
Je ne sais pas ce qu'elle va trouver mais je me demande s'il restera un seul survivant à la fin de l'histoire ! Çà me plaît beaucoup car je continue à avancer dans le brouillard !

Christiane a dit…

Quelle joie d'écouter Sylvia Serfaty, mathématicienne chercheuse au Laboratoire Jacques-Louis Lions, auteur du livre "Des équations personnelles" (Flammarion), reçue ce matin par Guillaume Erner dans les matins de France Culture.
Elle est simple, gaie, sérieuse et parle de ses recherches avec une telle évidence, une telle passion. Cet entretien coupé par des nouvelles de l'actualité donne du bonheur.
Aujourd'hui elle entre à l'académie des sciences. Bravo !

Christiane a dit…

Je crois que Robert Jackson Bennett a lu "Les Confessions" de Saint Augustin, en particulier le livre douzième.
Dans le chapitre XXII de ce livre, intitulé "Objections et hypothèses", il pose une question qui est un terreau pour la science-fiction.
"(...) il y avait donc quelque chose que Dieu n'avait pas créé, et avec quoi il devait faire le ciel et la terre ? Car l'Ecriture ne raconte pas que Dieu ait fait cette matière (...)"
Ce qui laisse un abîme de temps et d'inconnu avant l'apparition du ciel et de la terre...
Comme si on ne savait pas où était Dieu avant la création, qu'est-ce qu'Il était...
L'aventure écriture de Bennett se situe dans cet abîme hors du temps et de la Connaissance. Un mode inconnu où d'autres entités pourraient apprendre dans un temps réversible, donc futur, qu'elles avaient été façonnées par Autre qu'elles, pour occuper un rôle auquel cette Inconnaissance les avait destinées.

Christiane a dit…

Y a-t-il des "métis" des dieux dans cette histoire comme dans la mythologie grecque, des êtres mi-humains, mi-dieux, ayant des pouvoirs magiques et devant cacher leur origine ?

Christiane a dit…

Page 282, soit le plein milieu du roman. Je commence à comprendre ce qui se passe dans cette étrange ville. Plein de métamorphoses touchant des objets, des structures, le paysage urbain. Qui les provoque. Les déités ont toutes été exterminées sauf une qui a disparu refusant cette gestion des cités autoritaire.
Shira cherche...
C'est bien. Il y a conflit entre dieux et politique.

Christiane a dit…

Une autre vision possible que je découvre page 298.
"Tout le monde raconte que le clocher du Siège à rétréci durant le Cillement! Mais ce n'est pas vrai ! (...)
La tour n'a jamais rétréci ! C'est tout le temple qui a dû s'enfoncer dans la boue ! (...)
La structure s'enfonce tout simplement dans le sol et y reste cachée (...) "

Christiane a dit…

J'apprécie le final qui surplombe l'intrigue laissée à la page 282 pour s'intéresser à la liberté des hommes et des déités du roman. Qui disparaît et pour quelles raisons ? Quels personnages se retrouvent et pour quelles raisons ? Lesquels se quittent et pour quelles raisons ?
C'est une fiction qui prépare une suite possible mais pas indispensable. Celle-ci tient debout et donne des réponses claires et pertinentes. Ce qui reste en suspens c'est l'énigme que les personnages sont pour eux-mêmes et face à laquelle l'intrigue donne une charoente. Une sorte de château de cartes qu'un souffle pourrait démolir comme la ville de Bulkilov..