samedi 25 avril 2026

Sous d’autres soleils

Mick Resnick - Sous d’autres soleils - Imagine - Flammarion

 

 

Sous d’autres soleils est un des quatre volumes signés Mick Resnick et publiés par Jacques Chambon dans la défunte collection Imagine de Flammarion. Sans surprise il s’agit du meilleur, tout simplement parce que les huit nouvelles qui composent le recueil racontent des histoires africaines et que, comme ses fidèles lecteurs le savent, ce continent dont il n’est pas originaire inspira l’écrivain au plus haut point jusqu’à atteindre un zénith nommé Kirinyaga. Resnick l’Africain comme dit Apophis.

 

Cette passion l’auteur la raconte dans la préface de cet ouvrage aujourd’hui non réédité. Il évoque une importante bibliothèque consacrée à ces territoires, les innombrables safaris effectués et ses investissements dans plusieurs fondations. L’éditeur Le Bélial’ fera cependant paraitre le 21 Mai 2026 la multirécompensée pièce du recueil, « Sept vues des gorges d’Olduvaï » en UHL.

 

A la fois requiem et réquisitoire elle retrace une expédition scientifique menée par une équipe d’extra-terrestres dans les gorges d’Olduvaï rendues célèbres par les découvertes anthropologiques du couple Leakey (1). Les explorateurs tentent, en retournant à ses sources, de résoudre le mystère de l’espèce humaine qui édifia pendant 17 000 ans un empire dans les étoiles avant de disparaitre. L’un des extra-terrestres, qui se qualifie de « Sensitif de Niveau  Quatre » possède le don, par « simple » contact, de restituer l’histoire d’un artefact, tout au moins de celui qui le posséda. En sept récits il raconte l’évolution humaine, une espèce déterminée, impitoyable, survivant malgré tout aux cataclysmes ou catastrophes qu’elle a engendré.

 

 

« Les quarante-trois dynasties d’Antarès », comme la précédente nouvelle a remporté un Hugo, en 1998. La trame très simple, inspirée nous dit Resnick d’un voyage en Egypte, raconte la visite guidée d’une famille de bof américains du site prestigieux d’une civilisation disparue. Les trésors archéologiques et les indications érudites du guide antaréen n’intéressent guère les touristes. Une histoire qui fait vibrer la fibre de la nostalgie façon Chroniques Martiennes. C’est aussi par contraste l’évocation d’une solitude morale

 

La science-fiction n’est pas la seule thématique seconde de l’ouvrage. « Le Dieu pâle », autrement dit Le Christ est mis en accusation par des Dieux africains pour avoir enseigné aux hommes, paix, vie, miséricorde, compassion, amour, espoir. Mais comment condamner Celui dont les enseignements ont été des échecs ?

 

« Epatant » est un récit enlevé qui rappelle Heinlein par son subtil dosage d’intelligence et d’humour et aussi en raison d’une narration rédigée au pas charge comme la première partie de Révolte sur la lune. Le choix du protagoniste principal de cette histoire, Théodore Roosevelt, n’y est pas étranger. Comme Dan Simmons et ses Forbans de Cuba (publié aussi par Jacques Chambon mais réédité depuis), Mike Resnick insère au sein d’un épisode biographique réel, une aventure totalement imaginaire. Au cours d’un séjour en Afrique en 1910, l’ancien vingt-sixième président des Etats-Unis décide de faire du Congo, (en fait l’actuelle république démocratique du Congo) une nouvelle Amérique et d’en chasser les belges. Ce court roman se lit d’abord comme un Kirinyaga inversé, l’utopie consistant cette fois en une marche forcée vers la modernité. Mais quoiqu’il s’en défende le projet de ce Theodore Roosevelt fictif - qui verra tout de même la RDC acquérir son indépendance en 1960 - est une entreprise colonialiste prônant une urbanisation rapide au prix d’une déforestation massive et s’efforçant d’éliminer les prérogatives tribales en imposant des systèmes de gouvernements à l’occidental que les chefs d’états successifs (et là on est dans le réel) ne manqueront pas de pervertir. Le silence sur la réalité des exactions belges effraye autant que l’abattage massif des éléphants auquel le vrai Roosevelt se livrait. Brillant donc mais avec des zones d’ombres.

 

Passons sur le très dispensable « Mwalimu et la quadrature du cercle » (un combat de boxe entre Amin Dada et Nyerere) et le  modeste et mythologique « La fine équipe » pour s’extasier devant le formidable « Bibi »

 

Mike Resnick explique que l’écrivaine Susan Shwartz est venue le trouver avec un synopsis de récit de science-fiction sur le sida. Elle voulait que l’histoire se déroule en Afrique et c’est tout naturellement qu’elle a proposé une collaboration à l’auteur de la trilogie Ivoire.

Tout commence en Ouganda alors que le VIH fait des ravages dans les villages. Jeremy Harris a fui l’Europe pour se lancer dans des actions humanitaires. Il assiste la doctoresse Elizabeth Umurungi qui tente de soulager avec les moyens du bord les malades et les agonisants. Tous deux ont subi des parcours de vie chaotiques. Jeremy, porteur sain s’est séparé de son compagnon auquel il a transmis le virus. Elizabeth après avoir fui son Ouganda natal à l’époque d’Amin a suivi des études médicales en Suisse avant de retourner sur le continent sans avoir pu concrétiser des projets personnels. Un jour dans une hutte ils constatent un cas de guérison. La patiente invoque l’action de « Bibi ». Bibi en swahili signifie grand-mère. Jeremy part à sa recherche. Comme Clifford Simak dans « La grotte du cerf qui danse », Mike Resnick fait intervenir un personnage très ancien. A titre personnel le texte de Resnick m’a le plus touché.

 

On conclue avec l’émouvant « L’exil de Barnabé ». Barnabé est un chimpanzé doué d’une intelligence peu commune. Il entretient un fort lien affectif avec la laborantine Sally. Quand les fonds de la recherche viennent à manquer, l’équipe le relâche en forêt. Mais que faire quand on n’a pour seule aptitude la faculté de taper sur la bonne touche en réponse à un stimuli? Toutes proportions gardées un modèle réduit de Des Fleurs pour Algernon.

 

Au bilan, deux textes dans mon panthéon personnel, « Sept vues des gorges d’Olduvaï » et « Bibi », trois forts textes, « Le Dieu pâle »,  « Les quarante-trois dynasties d’Antarès »  et « L’exil de Barnabé » ; « Epatant ! » n’est pas loin et les deux derniers restent anecdotiques.

 

  

 

 

 


(1) Oui M’sieur Resnick, le couple Mary et Louis Leakey, pas seulement le professeur Leakey, de même que les premiers documentaires animaliers ont été réalisés par Osa  ET Martin Johnson, pas seulement l’américain Johnson, de même que le français Yves Coppens co-dirigeait l’expédition découvreuse de Lucy. Pour en revenir au couple 
Johnson leurs premiers pas en Afrique datent de 1920. Pour mémoire Alice Bradley Sheldon, âgée de six ans s’y aventura avec ses parents entre 1921 et 1922.

3 commentaires:

Christiane a dit…

Soleil vert, je n'ai pas compris quel livre il est possible de commander. Vous dites que le premier est épuisé et que le deuxième ne paraîtra que le 21 mai. Ou bien j'ai mal compris. Pourriez-vous préciser pour cette vieille dame qui fréquente assidûment votre blog?

Anonyme a dit…

Le premier peut se trouver en occasion sur des sites marchands , le second paraît le 21 mai.sv

Christiane a dit…

Merci, Soleil vert.