Mick Resnick - Sous d’autres
soleils - Imagine - Flammarion
Sous d’autres soleils est un des quatre volumes signés Mick
Resnick et publiés par Jacques Chambon dans la défunte collection Imagine de Flammarion. Sans surprise il s’agit du
meilleur, tout simplement parce que les huit nouvelles qui composent le recueil
racontent des histoires africaines et que, comme ses fidèles lecteurs le savent,
ce continent dont il n’est pas originaire inspira l’écrivain au plus haut point
jusqu’à atteindre un zénith nommé Kirinyaga. Resnick l’Africain comme dit
Apophis.
Cette passion
l’auteur la raconte dans la préface de cet ouvrage aujourd’hui non réédité. Il
évoque une importante bibliothèque consacrée à ces territoires, les
innombrables safaris effectués et ses investissements dans plusieurs
fondations. L’éditeur Le Bélial’ fera cependant paraitre le 21 Mai 2026 la multirécompensée
pièce du recueil, « Sept vues des gorges d’Olduvaï » en UHL.
« Les
quarante-trois dynasties d’Antarès », comme la précédente nouvelle a
remporté un Hugo, en 1998. La trame très simple, inspirée nous dit Resnick d’un
voyage en Egypte, raconte la visite guidée d’une famille de bof américains du
site prestigieux d’une civilisation disparue. Les trésors archéologiques et les
indications érudites du guide antaréen n’intéressent guère les touristes. Une
histoire qui fait vibrer la fibre de la nostalgie façon Chroniques
Martiennes. C’est aussi par contraste l’évocation d’une solitude morale
La
science-fiction n’est pas la seule thématique seconde de l’ouvrage. « Le
Dieu pâle », autrement dit Le Christ est mis en accusation par des
Dieux africains pour avoir enseigné aux hommes, paix, vie, miséricorde,
compassion, amour, espoir. Mais comment condamner Celui dont les enseignements
ont été des échecs ?
« Epatant »
est un récit enlevé qui rappelle Heinlein par son subtil dosage
d’intelligence et d’humour et aussi en raison d’une narration rédigée au pas
charge comme la première partie de Révolte sur la lune. Le choix du
protagoniste principal de cette histoire, Théodore Roosevelt, n’y est pas
étranger. Comme Dan Simmons et ses Forbans de Cuba (publié aussi par
Jacques Chambon mais réédité depuis), Mike Resnick insère au sein d’un épisode
biographique réel, une aventure totalement imaginaire. Au cours d’un séjour en
Afrique en 1910, l’ancien vingt-sixième président des Etats-Unis décide de
faire du Congo, (en fait l’actuelle république démocratique du Congo) une
nouvelle Amérique et d’en chasser les belges. Ce court roman se lit d’abord comme
un Kirinyaga inversé, l’utopie consistant cette fois en une marche
forcée vers la modernité. Mais quoiqu’il s’en défende le projet de ce Theodore
Roosevelt fictif - qui verra tout de même la RDC acquérir son indépendance en
1960 - est une entreprise colonialiste prônant une urbanisation rapide au prix
d’une déforestation massive et s’efforçant d’éliminer les prérogatives tribales
en imposant des systèmes de gouvernements à l’occidental que les chefs d’états
successifs (et là on est dans le réel) ne manqueront pas de pervertir. Le
silence sur la réalité des exactions belges effraye autant que l’abattage
massif des éléphants auquel le vrai Roosevelt se livrait. Brillant donc mais
avec des zones d’ombres.
Passons sur le
très dispensable « Mwalimu et la quadrature du cercle » (un
combat de boxe entre Amin Dada et Nyerere) et le modeste et mythologique « La fine
équipe » pour s’extasier devant le formidable « Bibi »
Mike Resnick
explique que l’écrivaine Susan Shwartz est venue le trouver avec un synopsis de
récit de science-fiction sur le sida. Elle voulait que l’histoire se déroule en
Afrique et c’est tout naturellement qu’elle a proposé une collaboration à
l’auteur de la trilogie Ivoire.
Tout commence
en Ouganda alors que le VIH fait des ravages dans les villages. Jeremy Harris a
fui l’Europe pour se lancer dans des actions humanitaires. Il assiste la
doctoresse Elizabeth Umurungi qui tente de soulager avec les moyens du bord les
malades et les agonisants. Tous deux ont subi des parcours de vie chaotiques.
Jeremy, porteur sain s’est séparé de son compagnon auquel il a transmis le
virus. Elizabeth après avoir fui son Ouganda natal à l’époque d’Amin a suivi
des études médicales en Suisse avant de retourner sur le continent sans avoir
pu concrétiser des projets personnels. Un jour dans une hutte ils constatent un
cas de guérison. La patiente invoque l’action de « Bibi ». Bibi en
swahili signifie grand-mère. Jeremy part à sa recherche. Comme Clifford Simak
dans « La grotte du cerf qui danse », Mike Resnick fait
intervenir un personnage très ancien. A titre personnel le texte de Resnick m’a
le plus touché.
On conclue avec
l’émouvant « L’exil de Barnabé ». Barnabé est un chimpanzé
doué d’une intelligence peu commune. Il entretient un fort lien affectif avec
la laborantine Sally. Quand les fonds de la recherche viennent à manquer,
l’équipe le relâche en forêt. Mais que faire quand on n’a pour seule aptitude la
faculté de taper sur la bonne touche en réponse à un stimuli? Toutes
proportions gardées un modèle réduit de Des Fleurs pour Algernon.
Au bilan, deux
textes dans mon panthéon personnel, « Sept vues des gorges d’Olduvaï »
et « Bibi », trois forts textes, « Le Dieu pâle »,
« Les quarante-trois dynasties
d’Antarès » et « L’exil
de Barnabé » ; « Epatant ! » n’est pas loin
et les deux derniers restent anecdotiques.
(1) Oui M’sieur Resnick, le couple Mary et Louis Leakey, pas seulement le professeur Leakey, de même que les premiers documentaires animaliers ont été réalisés par Osa ET Martin Johnson, pas seulement l’américain Johnson, de même que le français Yves Coppens co-dirigeait l’expédition découvreuse de Lucy. Pour en revenir au couple Johnson leurs premiers pas en Afrique datent de 1920. Pour mémoire Alice Bradley Sheldon, âgée de six ans s’y aventura avec ses parents entre 1921 et 1922.


6 commentaires:
Soleil vert, je n'ai pas compris quel livre il est possible de commander. Vous dites que le premier est épuisé et que le deuxième ne paraîtra que le 21 mai. Ou bien j'ai mal compris. Pourriez-vous préciser pour cette vieille dame qui fréquente assidûment votre blog?
Le premier peut se trouver en occasion sur des sites marchands , le second paraît le 21 mai.sv
Merci, Soleil vert.
Je suis heureux de constater que tu as apprécié ta lecture, même si j'avais fort peu de doutes sur la question. Je pense que tu conviendras que c'est tout le recueil qu'il aurait fallu rééditer, pas seulement Olduvaï, même si d'un autre côté, publier ce texte en UHL fait également sens, ne serait-ce, vu l'aura de la collection, que pour inciter plus de monde à découvrir d'autres pans de la bibliographie de l'auteur.
Pas mieux que toi. Ma colère silencieuse s'exerce contre l'actuel Ailleurs et Demain qui pourrait faire beaucoup.
mieux
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