mardi 14 juillet 2026

La Route de Roswell

Connie Willis - La Route de Roswell - Actes Sud

 

 


L’auteur de ces lignes n’a pas fait grand honneur à cette autrice américaine mainte fois primée et dont un seul ouvrage - mais quel ouvrage ! – figure dans ma bibliothèque, Le Grand Livre (1). Lu exactement il y a vingt-huit ans, je ne saurais trop recommander, si vous pouvez vous la procurer, l’édition de 2014 J’ai Lu comprenant Sans parler du chien et surtout une préface de Laurent Leleu, Connie Willis et le hors champ de l’Histoire.


 

En 2023 à l’âge de soixante-dix-huit ans, elle revient en force avec La Route de Roswell, une comédie en forme de road trip, traduite dans l’Hexagone cette année dans la collection Exofictions d'Actes Sud. Son héroïne Francie débarque à l’aéroport d’Albuquerque au Nouveau-Mexique et tente de rejoindre Roswell pour assister au mariage de sa meilleure copine de fac, Serena. Autant l’une est rationnelle et pragmatique, autant l’autre enchaine les fréquentations de doux dingues. Et les dingues ne manquent pas dans le coin puisqu’un festival d' OVNI se déroule sur les lieux du mariage et que tout le monde y rapplique. Sur place elle trouve une Serena perdue dans les préparatifs et une salle de cérémonie transformée en local de congrès pour ufologie. Allant chercher un accessoire dans la voiture de son amie elle est capturée par un … extraterrestre qui l’oblige à prendre la route dans une direction indéterminée.

 

La bestiole en question que Francie finit par surnommer Indy en raison de ces innombrables tentacules semblables à des fouets, ressemble à un virevoltant - ces espèces de buissons emportés par le vent dans les westerns -. D’abord paniquée, elle comprend qu’Indy ne lui veut aucun mal mais cherche à rejoindre un lieu ou un membre de son espèce désigné par l’incompréhensible TSURRISPOINIS qu’il affiche régulièrement sur un tentacule. En cours de route l’ET embarque contre leur gré l'escroc et autostoppeur Wade, Lyle un fondu d’ufologie capturé dans une station-service, Eula Mae abonnée aux machines à sous et Joseph contraint d'héberger ce petit monde hétéroclite dans son camping-car rebaptisé « la diligence de La Chevauchée fantastique ».

 

D’une certaine façon La Route de Roswell présente une similitude avec le Morwenna de Jo Walton. L’intrigue est le vecteur de la célébration d’un imaginaire, la littérature de science-fiction chez Walton, les films de western et de science-fiction chez Willis, cette délicieuse mythologie clinquante qui s’étend de Le Jour où la Terre s’arrêta (version de 1951) à Men in black complétée par la cartographie funambulesque de Roswell, de la zone 51, et toute la « littérature » ufologique de concert.

 

Le maître-mot de ce roman est l’humour. Le cartésianisme des uns s’oppose au délire interprétatif cinématographique des autres (mais à quoi se référer quand on est face à un ET ?) ; l’occasion aussi de constater combien ce pan de culture américaine est devenu auto-référentiel. Malicieusement Connie Willis ne se prive pas de brouiller les cartes entre le réel et la fiction. Au final La Route de Roswell est un livre très plaisant malgré quelques longueurs dans la seconde moitié.

 

 

 

(1)   Exofictions fournit en tête de La Route de Roswell une liste des ouvrages de Connie Willis mentionnant par exemple l’année 2004 pour la publication française du Grand Livre alors que la première édition date de 1994 et la plus récente de 2017.


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