Connie Willis - La Route
de Roswell - Actes Sud
L’auteur de ces lignes n’a pas fait grand honneur à cette
autrice américaine mainte fois primée et dont un seul ouvrage - mais quel
ouvrage ! – figure dans ma bibliothèque, Le Grand Livre (1). Lu
exactement il y a vingt-huit ans, je ne saurais trop recommander, si vous
pouvez vous la procurer, l’édition de 2014 J’ai Lu comprenant Sans parler du
chien et surtout une préface de Laurent Leleu, Connie
Willis et le hors champ de l’Histoire.
En 2023 à l’âge de soixante-dix-huit ans, elle revient en
force avec La Route de Roswell, une comédie en forme de road trip, traduite
dans l’Hexagone cette année dans la collection Exofictions d'Actes Sud. Son héroïne Francie
débarque à l’aéroport d’Albuquerque au Nouveau-Mexique et tente de rejoindre
Roswell pour assister au mariage de sa meilleure copine de fac, Serena. Autant
l’une est rationnelle et pragmatique, autant l’autre enchaine les
fréquentations de doux dingues. Et les dingues ne manquent pas dans le coin
puisqu’un festival d' OVNI se déroule sur les lieux du mariage et que tout le
monde y rapplique. Sur place elle trouve une Serena perdue dans les préparatifs
et une salle de cérémonie transformée en local de congrès pour ufologie. Allant
chercher un accessoire dans la voiture de son amie elle est capturée par un …
extraterrestre qui l’oblige à prendre la route dans une direction indéterminée.
D’une certaine façon La Route de Roswell présente une similitude avec le Morwenna de Jo Walton. L’intrigue est le vecteur de la célébration d’un imaginaire, la littérature de science-fiction chez Walton, les films de western et de science-fiction chez Willis, cette délicieuse mythologie clinquante qui s’étend de Le Jour où la Terre s’arrêta (version de 1951) à Men in black complétée par la cartographie funambulesque de Roswell, de la zone 51, et toute la « littérature » ufologique de concert.
Le maître-mot de ce roman est l’humour. Le cartésianisme des uns s’oppose au délire interprétatif cinématographique des autres (mais à quoi se référer quand on est face à un ET ?) ; l’occasion aussi de constater combien ce pan de culture américaine est devenu auto-référentiel. Malicieusement Connie Willis ne se prive pas de brouiller les cartes entre le réel et la fiction. Au final La Route de Roswell est un livre très plaisant malgré quelques longueurs dans la seconde moitié.
(1)
Exofictions fournit en tête de La Route de Roswell
une liste des ouvrages de Connie Willis mentionnant par exemple l’année 2004
pour la publication française du Grand Livre alors que la première édition date
de 1994 et la plus récente de 2017.


5 commentaires:
Oui, il a l'air plaisant, de la manière dont vous le racontez. Un brin ouf, mais plaisant... Quelle foi dans tous vos comptes rendus. Perso, je vous beaucoup d'admiration à votre entreprise par montes et para vaux, j'admire les obstinés... Depuis 28 ans, dites-vous ?
Belle suite, SV !
(JJJ)
je voue
par monts et par vaux
bien sûr...
je ne suis pas surprise que tu trouves quelques longueurs à ce roman.
La "screwball comedy" telle que la pratique Willis est, à mon avis, difficile à tenir sur un format long. La novella est sans doute le format idéal comme en témoignent des textes comme "Remake", "Bellwether" ou "Uncharted territory" (publiés en volumes isolés, y compris en VF). À l'exception de "Crosstalk" (et encore), la longueur est l'ennemie de Willis qui sur de tels formats a tendance à se prendre un peu trop au sérieux (et à être trop sérieuse, comme dans les deux Black out, le NDE "Passage" ou dans "Le grand livre") et à finir par être lassante (l'exemple type étant l'interminable hommage à Jerome K Jerome de "Sans parler du chien").
J'ai toujours préféré ses nouvelles, même si c'est du prévisible (comme sa série de textes de Noël, rassemblées dans le recueil "Miracle") ou si c'est à peine de la SF ("In the late cretaceous" ou "At the Rialto").
S.
Merci S
Oui mais l'idée de départ était intéressante. Créer un extraterrestre non belliqueux, d'une apparence nouvelle, n'ayant aucun langage succeptible de permettre une communication. L'héroine, Francie cherche à communiquer avec cette créature.
Le deuxième point qui m'a intéressée c'est le lieu que Connie Willis choisit, hautement symbolique, la route de Roswell..
Roman effectivement trop long, trop éparpillé, trop empli de références cinématographiques, trop de péripéties moyennement captivantes. Mais de jolis passages.
Enregistrer un commentaire