Claudine
Le Tourneur d’Ison - La Bibliothèque d’Alexandrie - Les éditions du Cerf
« En l’an 1550, note Alfred Whitehead au début de
son livre Science and the Modern World, l’Europe avait moins de connaissances
qu’Archimède qui mourut en 212 avant Jésus-Christ ». A travers
l’histoire de la Bibliothèque d’Alexandrie - dont le lecteur apprend qu’elle
n’a pas brûlé en 48 avant JC ! – Claudine Le Tourneur d’Ison retrace
l’émergence et l’éclosion des savoirs mésopotamiens, égyptiens et grecs, leur
quasi-disparition sous la chrétienté naissante. Elle évoque la déambulation des
caravanes arabes qui transmirent le peu d’Aristote , d’Euclide et de Ptolémée
restant aux universités de Cordoue, de Fez, de Damas, de Bagdad avant d’aboutir
à Rome allumant le feu de la Renaissance.
L’autrice est journaliste et documentariste. Diplômée de l’école
du Louvre, elle fut l’élève de Christiane Desroche-Noblecourt. Elle exprime
dans ses ouvrages une passion incoercible pour l’Egypte. Aux sources de la
création de la bibliothèque d’Alexandrie se trouve une querelle d’héritage de l’immensité
des territoires acquis par le grand conquérant. Un de ses généraux, Ptolémé,
pressentant la fragilité de l’Empire, choisit de s’installer en Egypte en y
emmenant d’ailleurs le char funéraire du légendaire macédonien. Pressentant que
Savoir et Pouvoir s’adossent l’un à l’autre il décida de recueillir et de sanctuariser
l’ensemble des connaissances du monde antique dans un somptueux bâtiment entouré
de jardins luxuriants. Le travail fut perpétué inlassablement par ses deux
successeurs. Sous leurs ordres une armée d’employés, de lettrés fit
l’acquisition de centaines de milliers de « volumens » - les papyrus -
les traduisit et les indexa. Une seconde bibliothèque, le Sérapéum fut
même construite.
L’extinction de la dynastie des Lagides fut à l’origine de
la disparition progressive des bibliothèques d’Alexandrie. L’incendie ordonné
par Jules Cesar détruisit le flotte égyptienne mais n’atteignit pas les
précieux bâtiments construits plus en retrait. En revanche l’autrice relate la
destruction du Sérapéum en 391 sur ordre de l’évêque Théophile. Les monothéismes et le culte du Livre unique s’accommodent mal de la pluralité des Savoirs. Les Grecs avaient conçu une science sans eschatologie, interprétant
leur destin dans la marche des constellations à l’image des anciennes civilisations
du Proche et de l’Extrême-Orient qui faisaient coexister astronomie et
astrologie.
La mémoire des esprits dont les écrits remplirent les
rayonnages de ces temples donne le vertige. Au IIIe siècle avant JC, l’astronome
Aristarque de Samos formula une théorie de l’héliocentrisme qui ne fut
officiellement acceptée par l’église chrétienne qu’en 1992 et encore par un
pape compatriote de Copernic ! Ajoutons à cette liste Platon, Aristote, Pythagore,
Euclide, Thalès, Eratosthène qui calcula la circonférence de la Terre, l’atomisme
de Démocrite etc.
La lutte contre l’obscurantisme souligne Claudine Le
Tourneur d’Ison n’a pas de fin. Rien ne garantit la pérennité de la
transmission de la connaissance et son accès. Quarante-huit pièces de théâtre nous
sont parvenues sur un corpus antique grec estimé à 2000. Quand disparaissent
les Savoirs comme en 391, disparaissent aussi les figures qui les portent,
comme celle de la mathématicienne Hypatie assassinée par des chrétiens
fanatiques à Alexandrie en 415. Surgit alors l’intolérance communautaire et
religieuse. Phénomène plus ancien, plus insidieux et non mesurable l’avènement
de l’écriture sonne la fin des savoirs oraux. Qui sait ce que nous avons perdu ?
En tout cas si la grandeur d’Alexandrie a disparu, celle de l’Egypte persiste.
Mille musées dans le monde dont par exemple quatre au Japon lui sont
consacrés.
Il faut souligner la fluidité de l’écriture de Claudine
Le Tourneur d’Ison au service d’une érudition sans défaut. J’aurais un
minuscule reproche, l’absence d’un index, quoique l’ouvrage dépasse à peine
trois cent pages. La bibliographie fournie en annexe témoigne des trois années
d’effort que consacra l’autrice à la rédaction de l’ouvrage.

3 commentaires:
Le sous titre est très important. L’autrice remet les choses à sa juste place,cela fait écho à l’IA. La première intelligence du monde ne serait elle pas humaine d’abord. À l’époque les moyens étaient rudimentaires et pourtant quel outil de puissance. À méditer.
Une thèse québécoise reprise par Alain Viala en nos contrées nous assure que l’ histoire d’ Hypathie est un mythe forgé. , et ceci depuis trente ans. Le voir repris comme une vérité historique n’´incline pas à trouver le livre bon. A noter que le Calife Omar, qui eut sa part de destruction,, ne semble pas y apparaître…cela fait bien des omissions. Il a existé livre assez récent sur les Bibliothèques perdues, et peut-être plus serieux. …
MC, je suppose. Viala et pourquoi pas Teddy de Montreal ?
Sur Hypatie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypatie
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