dimanche 6 septembre 2026

Pampa

Eduardo F.  Valera - Pampa - Métailié

 

 

 

Si la publication sous la houlette d’André Volodine de onze romans chez onze éditeurs différents constitue la surprise éditoriale de cette rentrée littéraire, la palme de l’originalité pourrait être attribuée à l’écrivain argentin Eduardo Fernando Valera qui après avoir entrainé jadis ses lecteurs sur les routes patagoniques (Patagonie route 203) les embarque aujourd’hui dans un train fou égaré dans l’immensité de la pampa. Reste à savoir si surprise ou originalité suffisent à caractériser un bon livre.

 

D’une main assurée quoique lasse, le torse penché à l’extérieur de sa locomotive, tantôt à gauche, tantôt à droite, le chef machiniste Olszen tracte depuis des éons un énorme convoi ferroviaire d’une soixantaine de wagons étalés sur deux kilomètres. Ce Train Postal comporte un fourgon dédié à cet effet situé à l’arrière. Entre celui-ci et la machine se succèdent des voitures chargées de tout et n’importe quoi : du sable, des galets, des troncs d’arbre, des plaques de cuivre et même de l’eau. Sillonnant la pampa envahie de maïs sauvage, seule nourriture à bord, le train est un paysage à lui tout seul, mobile dans l’immobile.

 

Olszen est assisté d’un machiniste fantasque, débarquant parfois dans une gare pour réapparaitre sur la voie ferré. Un contrôleur de la Poste - qui se désintéresse complètement du courrier - et son épouse Josefina complètent l’équipage. Josefina tente de trier l’énorme stock de lettres accumulé et effectue de menus travaux de lingerie pour des femmes croisées au hasard des arrêts. Au fil d’une trajectoire guidée par des sémaphores et aiguillages rouillés, parfois absents des cartes, les occupants du train s’efforcent de distribuer enveloppes jaunies et textiles, vêtements ou autres, raccommodés, mais rien n’y fait, tout semble se dissoudre, mémoire des gares, destinataires absents. L’arrivée d’un général surgi des hauteurs de l’altiplano, et un peu plus tard d’une foule de réfugié à la suite d’un séisme va secouer cet univers clos.

 

Bienvenu dans la géographie des rêves. Les cents premières pages du roman offrent un délicieux cocktail de poésie du désert et de poésie de l’absurde, un croisement entre Buzzati et Brecht, complémentés dans la seconde partie par le Snowpiercer de Bong Joon-ho qu’ont ou ne manqueront pas de citer les amateurs de littérature de genre. Poésie de l’absurde que cet inventaire à la Prévert du contenu des wagons, que ces courriers aux destinataires inconnus, que ces gares, ces villages, ces foules aux identités défaillantes (Cristallisation secrète de Yoko Ogawa n’est pas loin). Mais poésie aussi de la Pampa chère à Cendrars et Supervielle, étendue géométrique plane infinie, espace et temps confondus comme dans Le Monde Inverti du regretté Christopher Priest.

 

L’arrivée de Montoya, et le récit de son affrontement avec Dona Refugio arbitré par une foule de partisans anonymes et indécis casse le charme de ce rêve ferroviaire. On s’ennuie. La nature a horreur du vide, cet antique principe aristotélicien s’applique toujours au lecteur. Dommage.


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