Eduardo
F. Valera - Pampa - Métailié
Si la publication sous la houlette d’André Volodine de onze romans chez onze éditeurs différents constitue la surprise éditoriale de cette rentrée littéraire, la palme de l’originalité pourrait être attribuée à l’écrivain argentin Eduardo Fernando Valera qui après avoir entrainé jadis ses lecteurs sur les routes patagoniques (Patagonie route 203) les embarque aujourd’hui dans un train fou égaré dans l’immensité de la pampa. Reste à savoir si surprise ou originalité suffisent à caractériser un bon livre.
D’une main assurée quoique lasse, le torse penché à
l’extérieur de sa locomotive, tantôt à gauche, tantôt à droite, le chef
machiniste Olszen tracte depuis des éons un énorme convoi ferroviaire d’une
soixantaine de wagons étalés sur deux kilomètres. Ce Train Postal comporte un
fourgon dédié à cet effet situé à l’arrière. Entre celui-ci et la machine se
succèdent des voitures chargées de tout et n’importe quoi : du sable, des
galets, des troncs d’arbre, des plaques de cuivre et même de l’eau. Sillonnant
la pampa envahie de maïs sauvage, seule nourriture à bord, le train est un
paysage à lui tout seul, mobile dans l’immobile.
Olszen est assisté d’un machiniste fantasque, débarquant
parfois dans une gare pour réapparaitre sur la voie ferré. Un contrôleur de la
Poste - qui se désintéresse complètement du courrier - et son épouse Josefina
complètent l’équipage. Josefina tente de trier l’énorme stock de lettres
accumulé et effectue de menus travaux de lingerie pour des femmes croisées au
hasard des arrêts. Au fil d’une trajectoire guidée par des sémaphores et
aiguillages rouillés, parfois absents des cartes, les occupants du train
s’efforcent de distribuer enveloppes jaunies et textiles, vêtements ou autres,
raccommodés, mais rien n’y fait, tout semble se dissoudre, mémoire des gares,
destinataires absents. L’arrivée d’un général surgi des hauteurs de
l’altiplano, et un peu plus tard d’une foule de réfugié à la suite d’un séisme
va secouer cet univers clos.
Bienvenu dans la géographie des rêves. Les cents
premières pages du roman offrent un délicieux cocktail de poésie du désert et
de poésie de l’absurde, un croisement entre Buzzati et Brecht, complémentés
dans la seconde partie par le Snowpiercer de Bong Joon-ho qu’ont ou ne
manqueront pas de citer les amateurs de littérature de genre. Poésie de
l’absurde que cet inventaire à la Prévert du contenu des wagons, que ces
courriers aux destinataires inconnus, que ces gares, ces villages, ces foules
aux identités défaillantes (Cristallisation secrète de Yoko Ogawa n’est pas
loin). Mais poésie aussi de la Pampa chère à Cendrars et Supervielle, étendue
géométrique plane infinie, espace et temps confondus comme dans Le Monde Inverti
du regretté Christopher Priest.
L’arrivée de Montoya, et le récit de son affrontement
avec Dona Refugio arbitré par une foule de partisans anonymes et indécis casse
le charme de ce rêve ferroviaire. On s’ennuie. La nature a horreur du vide, cet
antique principe aristotélicien s’applique toujours au lecteur. Dommage.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire