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samedi 2 novembre 2019

Mars la verte



Kim Stanley Robinson - Mars la verte - Pocket





Mars la rouge contait l’arrivée des Cent premiers dans un nouveau monde et leur espoir d’indépendance. Tout ceci se brise en 2061. Sur Terre une troisième guerre mondiale brève mais deux fois plus meurtrière que la précédente oppose une oligarchie composée d’entreprises transnationales, aux populations démunies. L’ascenseur spatial est détruit. Après le conflit, l’Autorité transitoire qui a remplacé l’ONU entend poursuivre la terraformation de Mars. Les colons historiques survivants sont impitoyablement chassés. Mais leur rêve n’est pas éteint. Dispersés un peu partout sur la planète, ils ont survécu grâce à leur ingéniosité. L’un d’entre eux Sax Russel se rend à Burroughs sous une fausse identité pour découvrir le contenu des projets des multinationales.


Alors que le débat fait rage entre clandestins « Rouges » d’Anne Clayborn déterminés à laisser le globe en l’état et les partisans de la terraformation comme Sax, Mars se transforme peu à peu. La mise en orbite de gigantesques déflecteurs solaires, le percement de moholes, la modification progressive de l’atmosphère contribuent à élever la température au point de congélation de l’eau. Une flore famélique, à l’image des lichens, commence à apparaître dans les régions glacières.


On ne lit pas Mars la verte, on immerge dans un monde et un temps autres. Oubliez la cinématographie à base de photographies colorées au filtre orange ou rouge. Découvrez avec Kim Stanley Robinson des paysages aux à-pic gigantesques, le régolithe, les roches noires, les reliefs karstiques, les moraines glacières, des levers de soleil insensés … Nul doute que sa connaissance de l’Antarctique a pu inspirer à l’auteur les innombrables descriptions de cette Terre lointaine, supports des excursions des pionniers.


Mars la verte est aussi le récit de l'existence d’une communauté humaine fraternelle. Il débute là où Mars la Rouge prenait fin, dans la petite cité de Zygote où Hiroko préside aux destinées d’une société matriarcale. On découvre de nouveaux visages comme Nirgal ou Jackie Boone aux côtés des anciens toujours présents grâce au traitement de longévité accrue. Tous, dans l’underground, la clandestinité se sentent martiens et tentent de vivre et résister à l'oppression terrestre dans un nouvel univers magnifique et hostile.


En Pocket, le roman atteint les 800 pages. C’est long, c’est beau et chiant à la fois, c’est un monument de littérature de science-fiction.

vendredi 9 novembre 2018

Mars la rouge


Kim Stanley Robinson - Mars la rouge - Pocket





Objet d’une curiosité humaine quasi-immémoriale et plus récente de la part des scientifiques, des romanciers et des cinéastes, la planète Mars revient peu à peu dans l’actualité. Outre les rediffusions télévisées des films Mission to Mars ou The Martian, une série présentée comme une docufiction a vu le jour en 2016. C’est l’occasion pour moi de revenir sur la trilogie majeure de Kim Stanley Robinson longtemps délaissée en raison d’un préjugé absurde. Les premiers romans de cet écrivain, Les menhirs de glace et Le rivage oublié avaient révélé un auteur subtil. Mais j’avais en mémoire les débuts fascinants d’Orson Scott Gard dont le génie inventif se perdit dans ses fantasy ultérieures. Enfin tout écrivain, estimai-je, ambitionne de publier un pavé commercial qui le consacrera définitivement aux yeux du grand public et pas forcément à ceux de ses admirateurs.


Tous ces a priori sont balayés par Mars la rouge . En décembre 2026, cinquante américains et cinquante russes font route à bord de l’Ariès vers la planète du Dieu de la guerre. A leur tête un triumvirat formé par John Boone, le Neil Armstrong des lieux, Frank Chalmers et Maya Katarina Toitovna. Un triumvirat qui est aussi un trio amoureux dont les tensions rythment la narration. Les Cent premiers partagent le rêve d’une utopie martienne, loin de la Terre natale noyée par la misère et les conflits. Alors qu’ils livrent un combat colossal pour passer d’un quotidien en mode survie à une existence supportable, les divergences surgissent. Faut-il comme le revendique le biologiste Sax entamer la terraformation sans tarder, ou à l’instar d’Anne la géologue préserver la beauté minérale de cette terre ? L’un des protagonistes les plus secrets, Hiroko, tranche la question en abandonnant le site pour fonder une seconde colonie dans un endroit inconnu.


Personnage central, Boone déploie tous ses efforts pour maintenir la cohésion de la communauté humaine tout en préservant l’espoir utopique d’un monde nouveau régi par ses propres lois. Mais alors que le projet connaît ses premiers succès, que l’amorce d’une vie biochimique parcourt les sols, que l’atmosphère se densifie, que les humains quittent les caveaux de Underhill pour s’installer dans des cités sous dôme, les multinationales terriennes entrent en jeu pour tenter de rafler la mise.


Kim Stanley Robinson a réalisé un travail considérable, étalé sur dix-sept années selon Claude Ecken. On ne lit pas Mars la rouge, on plonge en immersion dans un autre monde, le lecteur déambule sur le régolite, arpente les canyons ou se balade sur la plateforme d’Olympus Mons à vingt et un kilomètres d’altitude. Les inévitables considérations scientifiques liées à ce type d’ouvrage ne nuisent pas à la marche du récit, d’autant que l’écrivain, peut-être inspiré par l’ouvrage de Robert Heinlein Révolte sur la lune, ne fait pas l’impasse sur l’environnement politico-économique. Comme tous les grands romanciers, l’auteur s’approprie le temps ; les pionniers dont certains disparaissent sont rejoints par d’autres migrants, de nouveaux enjeux surgissent, Mars elle-même évolue.


La lecture achevée, on se souviendra de la beauté minérale et multiple de ce monde, tout autant que de la force des personnages créés par Kim Stanley Robinson. L’ultime dialogue entre Maya et Hiroko rappelle l’épilogue de Chroniques Martiennes. Ça tombe bien, Mars la rouge rejoint le fameux livre de Ray Bradbury au Panthéon littéraire martien en compagnie de La guerre des mondes de H.G Wells.