Paul Di Filippo - Un An dans
la Ville-Rue - Le Bélial’ Collection Une heure lumière
Diego Patchen est un écrivain de Cosmos-Fiction, - nous
dirions dans notre univers de « science-fiction » -, qui publie des
nouvelles dans le magazine Mondes miroirs. Il vit chichement dans un des
Blocs de Vilgravier un des quartiers d’une Ville qui s’étend linéairement à
l’infini, ruban de béton bordé d’un côté par les Voies (de chemin de fer) et de
l’autre par le Fleuve. Deux soleils éclairent et chauffent ce monde délirant où
des « Psychopompes » encore appelées « Femmes de pêcheurs »
emmènent tels des anges les défunts sur L’Autre rivage. Auteur talentueux à
succès, tout irait pour le mieux pour Diego s’il n’avait à charge un père
ingérable et un copain en couple avec une héroïnomane qui le fait replonger
dans le trafic interdit d’écailles…
Des trois ouvrages de Paul Di Filippo présents dans ma bibliothèque,
aucun ne se ressemble. Pages perdues, un bijou de l’éditeur J’ai
Lu, met en scène Anne Frank, Antoine de Saint-Exupéry et Kafka dans des
univers alternatifs. Langues étrangères paru chez Ailleurs & Demain
est un ouvrage quasi-pornographique. Ici l’auteur propose un texte qu’on
pourrait qualifier de new weird, affirmation négociable.
Un An dans la Ville-Rue, qu’aurait pu rédiger
Diego Patchen, est par une sorte de mise en abyme un texte de science-fiction
sur un écrivain racontant des histoires de science-fiction, qu’illustre l’image
du ruban de Moebius, orthographié ici « Mobius ». Ce ne sont pas les
seules altérations lexicales du récit dans lequel les ingénieurs deviennent des
« engigneurs ». Lesdites altérations culminent d’ailleurs à
l’incompréhension absolue lorsque Diego débarque dans le lointain quartier de
Palmerade dont les habitants parlent un langage inconnu.
Le paradoxe d’Un An dans la Ville-Rue est de raconter
le quotidien haut en couleurs de personnages évoluant dans un décorum
dystopique, un cauchemar constitué par l’alignement de millions de Blocs ;
Diego habite le 10.394.850e ! Pas de Big Brother dans les
parages, mais des individus se chargeant au mieux de leurs intérêts y compris dans
l’illégalité comme Zohar l’ami encombrant. Hormis Volusia la pittoresque
compagne de Diego et quelques municipaux, les protagonistes évoluent dans le
milieu de l’édition, rédacteur en chef, auteurs … Bien sûr, Di Filippo s’y
raconte.
Tout est fiction nous dit-il dans cette novella très
originale qui rejoint la communauté des villes étranges du futur. Laissons le mot de la fin à ce disciple de Raymond Queneau avec une définition de Pompier :
dérouleur de câble.
PS : A signaler dans ce blog une réécriture de la
fiche : Adrian Tchaikovsky - Sur la route d’Aldébaran - Le Bélial’Collection Une heure lumière

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