Tandis que l'affaire Lewinsky défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l'ancien doyen un passé inouï, celui d'un homme qui s'est littéralement réinventé, et un présent non moins ravageur : sa liaison avec la sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, et talonnée par un ex-mari vétéran du Vietnam, obsédé par la vengeance et le meurtre. »
samedi 4 août 2018
La tache
Tandis que l'affaire Lewinsky défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l'ancien doyen un passé inouï, celui d'un homme qui s'est littéralement réinventé, et un présent non moins ravageur : sa liaison avec la sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, et talonnée par un ex-mari vétéran du Vietnam, obsédé par la vengeance et le meurtre. »
dimanche 17 décembre 2017
Le complot contre l’Amérique
jeudi 1 novembre 2012
L’impuissance et la contingence
«Lorsqu’ il courait avec le javelot bien haut […] et qu’il le larguait alors comme pour le faire exploser, il nous paraissait invincible. »
jeudi 8 décembre 2011
Impitoyable
mardi 18 septembre 2018
Pastorale américaine
dimanche 1 octobre 2017
Nouvellistes américains (2)
Jim Harrison - Légendes d’Automne - 10/18
Légendes d’Automne constitue une excellente introduction à l’œuvre de Jim Harrison, écrivain américain décédé en mars 2016. Ce recueil de trois romans courts ou novellas hérite de Thoreau, de Faulkner et de Twain. L’écriture serrée, sans respiration, semble dictée par la nécessité, accumulant péripéties, émotions et sensations dans une espèce de saoulerie verbale pour paraphraser les propos de Yann Quéffelec.
Au bout de combats sans merci
Hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière » (2)
dimanche 14 novembre 2021
Lord Jim
Joseph Conrad - Lord Jim - Le
Livre de Poche
Peut-être le plus complexe des ouvrages de Conrad,
et aussi d’une lecture difficile, Lord Jim est le fruit d’un long
murissement. Initialement il devait se présenter comme un roman court,
inséré dans une trilogie comprenant Jeunesse et Au
cœur des ténèbres. Insatisfait de la première ébauche ou conscient qu’elle
appelait d’autres développements, l’auteur n’achèvera son travail qu’une
vingtaine d’années plus tard. Si l’on s’en tient aux seuls personnages et au sujet,
le texte ne connaitra pas la foisonnante descendance littéraire, cinématographique
et tout bonnement symbolique d’Au cœur des ténèbres. Quant au romantisme
de son héros Jim, c’est un qualificatif abandonné ne serait-ce que dans le
domaine français depuis Flaubert. Néanmoins le Cantor de Némésis (Philippe
Roth) ne renierait pas ces lignes : « Le temps devait venir où je le
verrais aimé, respecté, admiré, son nom auréolé d'une légende de puissance et
de bravoure, comme s'il avait été de la race des héros ».
L’admiration que l’on porte à cette œuvre vient
(on est en 1900) de l’usage systématique de la déchronologie et de la narration
indirecte. Les faits sont rapportés par des témoins, principalement Marlow et
dans un ordre différent de leur apparition. La première partie raconte un
naufrage et l’attitude lâche, honteuse des officiers maritimes. Un navire
transportant plusieurs centaines de pèlerins sur la mer d’Oman à destination de
la Mecque racle un haut fond. Le capitaine et quelques marins et mécaniciens mettent
à l’eau une chaloupe (1) sans se préoccuper du sort des passagers. Jim,
officier en second, reste paralysé par la peur avant de se jeter à la mer. Il
apprendra plus tard qu’en raison de la faible voie d’eau et des excellentes conditions
de navigation le bateau a pu être remorqué jusqu’à bon port en n’enregistrant
qu’une seule perte humaine, un mécanicien victime d’une crise cardiaque. Le
récit démarre sur la nouvelle vie de Jim dans les ports d’Extrême-Orient après
que sa licence de navigateur lui ait été retirée. Le choix de bouleverser l’ordre
du récit vient minorer l’évènement en lui-même pour en maximiser les conséquences
(2).
![]() |
| La lutte avec le réel |
Comment demander à un homme de se débarrasser
de ses rêves ? Lord Jim se situe dans la filiation du Don
Quichotte de Cervantes. Conrad ou l’exploration du clair-obscur humain.
(1) Douze ans avant un naufrage historique, l’auteur
mentionne le nombre insuffisant de chaloupes du « Patna », cependant
que le héros de son roman se félicite de ne pas naviguer en Atlantique Nord où
dérivent les icebergs…
(2) Le scénario du film Sully de Clint
Eastwood démarre sur les enquêtes qui ont suivi le sauvetage miraculeux des
passagers d’un avion qui a amerri sur l’Hudson. L’acte héroïque est minimisé au
profit du récit d’un homme en proie à une administration.
mercredi 22 août 2018
Le dragon Griaule
![]() |
| McDonald, Brèque, Shepard, Dystopiales 2011 |
Florilège :
mercredi 14 juin 2023
Quelques mots sur Cormac McCarthy
lundi 21 septembre 2026
La Main sur le coeur
Yves
Harté - La Main sur le cœur - Les Passe-murailles
Journaliste et romancier Yves Harté publiait en 2022 ce
qu’on pourrait qualifier d’enquête romancée, La Main sur le cœur. Parti
en Espagne pour tenter de résoudre le mystère de l’identité d’un cabarello
- un chevalier - peint par Le Greco vers 1580 (El cabarello de la mano en el
pecho) l’écrivain voit ressurgir la mémoire d’un ami disparu, deux figures
qui peu à peu, au long du récit, vont se rejoindre au cimetière des illusions
perdues.
Tout commence à Tolède par la lecture d’une notice
accompagnant la toile du Greco représentant le célèbre portrait du cabarello.
La description qui en est faite, celle de « Juan de Silva y
Silveira, comte de Portalegre, surnommé le Manchot ou le Mutilé, soldat à Oran
où il fut accusé de trahison » contredit la version soutenue par la
conservatrice du Prado, celle d’un autre Juan de Silva, « marquis de
Montemayor, chef militaire de la forteresse de l’Alcazar et que Philippe II
venait de nommer notaire du royaume ». Entre le notaire et
l’aventurier le romancier ne balance pas longtemps. Cet homme au visage grave,
au bras gauche presque tombant, quasi-masqué par Le Greco, au regard alourdi
par une paupière gauche abaissée ne peut être que la proie d’un destin
contraire dont il s’efforce en vain de contrarier le cours. Dès lors la fiction
prend le pas sur l’investigation.
protagonistes de ce roman - et des voyages de jeunesse effectués en Espagne avec Harté. Veilletet romancier et également journaliste embaucha son cadet dans le quotidien bordelais Sud-Ouest. Il est des amitiés encombrantes ou bavardes comme de celle de Bouvard et Pécuchet, d’autres discrètes comme celle de la nouvelle « Les deux amis » de Maupassant, histoire de deux taiseux, taiseux en fraternité, taiseux devant l’ennemi, qui inspira peut-être à Vercors Le silence de la mer. Harté et Veilletet partageaient une même passion pour l’Espagne. Deux solitaires dit Pierre Assouline; certes, mais avec une prédisposition à l’affabulation pour l’ainé.
De tous ces longs périples ibériques, on peut, aux lourds après-midi madrilènes des années 70
dont les rues résonnent des fureurs des exploits tauromachiques sur fond de
remugles franquistes, préférer, et c’est mon cas, l’austérité des plateaux
castillans et le souvenir de la présence d’un contemporain du Greco, Cervantes :
Voilà ce que dit le regard multiplié à
l'infini du Caballero dont la prédominance n'était contestée que par une autre
représentation : celle du Quichotte peint par Picasso, silhouette semblant
émerger d'une brume de chaleur au-dessous d'un soleil qui tourne comme une roue
de charrette. Le Caballero et don Quichotte nous livrent le même message. Ils
rappellent aux siècles à venir quel fut le socle d'une identité castillane et
le ciment d'un imaginaire espagnol.
Ainsi commence le roman de Cervantes
qui décrit un paysage. Un paysage mental et physique que l’on croit voir encore
de nos jours, plaine fauve et castels que le temps érode, laissant les pierres
s'effriter. On y devine la campagne alentour, les champs au printemps, le
peuple dont on partage la vie et les gisons, les maigres repas, bouts de pain
frottés d’ail ou trempés dans le vinaigre et arrosés d'huile, œufs et morceau
de lard, rondelles d'oignon, soupe allongée d'eau. On entend encore le bruit
des écuries, les ébrouements des chevaux et le claquement des sabots sur la
cour pavée de cailloux comme des armes qui s'entrechoquent. On distingue dans
l'ombre les portraits d'ancêtres, de celui qui obtint la parcelle et que
suivaient des chiens efflanqués. Et tout l'univers alentour : compagnies de
perdreaux, cailles dans les chaumes, chapelle contiguë à la gentilhommière.
Le Quichotte est l'autre face de
l'hidalgo du Greco. Il est sa version pitoyable, burlesque et décharnée, son
prolongement, dans un absurde de situation où il pourrait basculer si ne le
retenait son tragique orgueil. Considérez-les tous les deux. Droits comme des
I, de cette rectitude qu'il faut que rien n'ébranle sous peine de se voir
plonger dans un désarroi d'humiliation. Le Quichotte est l'hidalgo désarticulé,
rossé, moqué. Il se redéploie, impavide comme un jouet mécanique dont la seule
fonction est de se redresser. Se tenir droit, voilà l'objectif ultime. »
Petit
roman à l’écriture étincelante La main sur le cœur raconte ce douloureux
et mystérieux point d’inflexion de l’existence humaine, qu’Hemingway qualifiait
de mort intérieure et Philip Roth de rabaissement. Dommage que l’éditeur et ses tirages numériques pourraves ne soient pas à la hauteur du texte.











