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mardi 18 juillet 2023

L’obscurité du dehors

Cormac McCarthy - L’obscurité du dehors - Points

 

 


Deuxième roman de Cormac McCarthy, L’obscurité du dehors est, en dehors des prémices de style et de type de personnages qui constitueront la marque de fabrique des œuvres ultérieures, un récit d’une noirceur absolue. Il raconte l’errance d’un frère et d’une sœur dont le couple vole en éclats à la suite d’une naissance incestueuse. Le premier abandonne le bébé au cœur d’une foret des Appalaches, la seconde part à sa recherche, tâche d’autant plus compliquée qu’un colporteur récupère le bambin.


Tout n’est qu’obscurité dans cette histoire dont les deux personnages principaux ont franchi un au-delà de désespoir, de misère, pour devenir des âmes mortes, subsistant hébétés, d’un peu de maïs, d’eau et de bribes de nourriture mendiés ici ou là au gré de rencontres de personnages plus ou moins à la marge. Les courts dialogues sans tirets et guillemets se fondent dans les descriptions d’un paysage qui n’est autre que celui de l’Enfer :

« Tard dans la journée la route le conduisit dans un marais. Et ce fut tout. Devant lui s'étendait un désert spectral d'où ne dépassaient que des arbres dénudés dres­sés dans des attitudes de souffrance, vaguement hominoïdes comme des figurines dans un paysage de damnés. Un jardin des morts qui fumait vaguement et s'estompait pour se confondre avec la courbure de la terre. Il tâta du pied la tourbe qu'il voyait devant lui et elle se mit à mon­ter, formant une grumeleuse boursouflure vulvaire qui vous aspirait. Il recula. Un vent fade s'exhalait de cette désolation et les roseaux du marais et les noires fougères au milieu desquels il se trouvait s'entrechoquaient dou­cement comme des créatures enchaînées. Il se demandait pourquoi une route devait finir ainsi. »


L’Enfer s’anime parfois de scènes hallucinantes, une barge, contenant Culla Holme et un cheval fou, emportée par les eaux en furie d’une rivière, un troupeau de porcelets dégringolant la pente escarpée d’un chemin trop étroit. Comme dans No country for old men, le Maitre des lieux, accompagné ici de deux sbires, moissonne son content d’âmes, au gré de son humeur.


La sauvagerie, le « wild » est un thème récurrent de l’œuvre de Cormac McCarthy. Mais à l’opposé de La route que l’on pouvait assimiler à une sorte d’Epiphanie, ou De si jolis chevaux, roman d’apprentissage, voir Méridien de sang qui prenait vie dans une écriture impétueuse, L’obscurité du dehors, d’une lecture éprouvante, n’offre aucune échappatoire.

 


NB : Dans Regain de Jean Giono, on retrouve un tel trio, un couple et un rémouleur à la place du colporteur. Mais l’histoire est toute autre.


jeudi 30 mars 2023

De si jolis chevaux

Cormac McCarthy - De si jolis chevaux - Points

 

 



Au siècle dernier, deux jeunes cavaliers texans, Rawlins et John Grady Cole, quittent la ville de San Angelo pour un road trip d’une durée indéterminée en direction du Mexique. Grady, qui est le personnage principal du récit, est l’enfant d’un couple divorcé. Sa mère a repris une carrière théâtrale, son père, à la santé déclinante, vivote dans le ranch familial. En mal d’émancipation du haut de ses 16 ans le jeune homme souhaite prendre la direction du domaine familial. Mais son géniteur, avec lequel il est d’ailleurs en bon terme, s’y oppose. Il décide alors de prendre le large avec Rawlins, un copain à peine plus âgé. Passé la frontière ils croisent un gamin en piteux état qui fait un bout de chemin avec eux. Paniqué par un orage celui-ci perd son cheval. Après l’avoir récupéré le trio se sépare et les deux gens sont embauchés dans une immense hacienda mexicaine. Un jour des gendarmes viennent les chercher.

 

Roman d’apprentissage, road trip, De si jolis chevaux raconte une virée qui tourne mal. Hommes de bonne foi Rawlins et Grady se retrouvent piégés par les circonstances. Grady en particulier oppose à la contingence un mélange de résilience et de courage. Les épreuves sont rudes, un amour qui tourne au fiasco, la disparition des proches, une expérience de mort-limite. S’il se résout à l’inéluctabilité des forces destructrices du monde, rien n’entame en revanche son bras de fer contre l’injustice. 


Aux côtés de figures secondaires comme celles des bourreaux sud-américains, on n'oubliera pas celle du jeune Blevins emporté par son inconséquence, et la présence de la duègne et grande tante d'Alejandra issue d'une noble famille proche des frères Madero, initiateurs de la révolution et de la démocratie mexicaines.

 

Ce qui aurait pu se résumer à une histoire de cow-boys est transcendé par l’écriture de Cormac McCarthy. Qu’il raconte un débourrage de chevaux ou décrive une salle de bal, l’écrivain restitue le réel avec une acuité photographique impressionnante. Mais de même que l’univers matériel dans lequel nous cognons nos existences s’évapore en fumée quantique dès lors que nous pénétrons son cœur, de même McCarthy révèle l’au-delà de mondes dont les courants de force invisibles, fantômes ou destin, traversent leurs occupants.


De si jolis chevaux est au fond un grand roman sur la contingence - celle-là même dont le jeune héros a éprouvé les morsures - et dont la formulation trouve son apogée dans le duel verbal qui oppose Grady et la duègne, avec l'évocation de la violence de l'Histoire et celle exercée sur les femmes.


Extraits :

« Il allait là où il choisissait toujours d'aller quand il partait à cheval, là-bas où l'embranchement ouest de l'ancienne route comanche au sortir du pays kiowa vers le nord tra­versait la partie la plus occidentale du ranch et l'on pouvait en distinguer au sud la trace à peine perceptible sur les basses prairies entre les bras septentrional et intermédiaire du Concho. À l'heure qu'il choisissait toujours, l'heure où les ombres s'allongeaient et où l'ancienne route se dessinait devant lui dans l'oblique lumière rose comme un rêve de temps révolus où les poneys peints et les cavaliers de cette nation disparue descendaient du nord avec leur visage marqué à la craie et leurs longues nattes tressées et tous armés pour la guerre qui était leur vie et les femmes et les enfants et les femmes avec leurs enfants suspendus à leur sein et tous avec le sang en gage de leur salut et pour seule vengeance le sang. Quand le vent était au nord on pouvait les entendre, les chevaux et l'haleine des chevaux et les sabots des chevaux chaussés de cuir et le cliquetis des lances et le frottement continuel des barres des travois dans le sable comme le passage d’un énorme serpent et sur les chevaux sauvages les jeunes garçons tout nus folâtres comme des écuyers de cirque et poussant devant eux des chevaux sauvages et les chiens trottinant la langue pendante et la piétaille des esclaves suivant demi-nue derrière eux et cruellement chargée et la sourde mélopée sur tout cela de leurs chants de route que les cavaliers psalmodiaient en chemin, nation et fantôme de nation passant au son d'un vague cantique à travers ce désert minéral pour disparaître dans l'obscurité portant comme un graal étranger à toute histoire et à tout souvenir la somme de ses vies à la fois séculaires et violentes et transitoires. »

 

« Il se souvint d’Alejandra et de la tristesse qu'il avait vue pour la première fois dans l'inclinaison de ses épaules et qu'il avait cru comprendre mais dont il ne savait rien et il ressentit une solitude qu'il n'avait pas connue depuis l’enfance et il se sentit tout à fait étranger au monde qu’il aimait encore pourtant. Il pensait que dans la beauté du monde il y avait un secret qui était caché, Il pensait que pour que batte le cœur du monde il y avait un prix terrible à payer et que la souffrance du monde et sa beauté évoluaient l'une par rapport l'autre selon des principes de justice divergents et que dans cet abyssal déficit le sang des multitudes pourrait être le prix finalement exigé pour la vision d'une seule fleur. »

 

 « Il s'arrêta son chapeau à la main sur la terre qui ne portait aucune marque. Cette femme qui avait travaillé pour sa famille pendant cinquante ans. Elle avait gardé sa mère au berceau et elle avait travaillé pour sa famille bien avant que sa mère ne vînt au monde et elle avait connu et gardé les oncles de sa mère les fils Grady qui étaient de vrais sauvages et qui étaient tous morts depuis si longtemps et il restait là avec son chapeau à la main et il l'appela son Abuela il lui dit adieu en espagnol puis il fit demi-tour et remit son chapeau et tourna son visage humide vers le vent et resta un moment les bras tendus devant lui comme pour reprendre l'équilibre ou bénir la terre là où il était ou peut-être comme pour ralentir le monde qui fuyait dans sa course folle et semblait n'avoir nul souci ni des vieux ni des jeunes ni des riches ni des pauvres ni des basanés ni des visages pâles ni de lui ni d'elle. Nul souci de leurs luttes, nul souci de leurs noms. Nul souci des vivants ni des morts. »

dimanche 3 juillet 2022

La route

 

 Cormac McCarthy - La route - Points

 




Un homme, un enfant déambulent dans une contrée sans nom, poussant un caddie rempli de bric et de broc, en direction d’un Sud approximatif. Une apocalypse, sans doute nucléaire au vu de l’interminable recensement de métaux et ferrailles fondus, a tout dévasté, hommes et paysage confondus. Le père et le fils progressent au sein d’un brouillard de suie et de cendres. Les nuits sont profondes comme définitives, les aubes sales. Eviter les cannibales, fouiller les ruines à la recherche de nourriture et de tout ce qui pourrait contribuer à la survie, se protéger du froid et de la pluie tel est l’enjeu quotidien. Entre les deux êtres quelques paroles de réconfort comme seule lumière.


Vingt ans après l’Enfer pourpre de Méridien de sang, Cormac McCarthy récidivait avec une désespérance monochrome traversée par un contre-chant d’amour illuminant le requiem aeternam. La litanie des actes de survie, la découverte des forêts en deuil des oiseaux et des bêtes, l’irruption dans des maisons abandonnées, sont égrenées dans de courts paragraphes à la mesure du souffle court de l’homme atteint d’une pneumonie ou d’une tuberculose. Comme dans L’Iliade la vie du texte nait de la mort, ici des répétitions descriptives mais toujours renouvelées de lieux à l’agonie. Les dialogues brefs mais essentiels dérogent aux mises en forme habituelles. Pas de guillemets, de tirets. Les voix font corps avec la narration, lâchées dans un minimalisme à la Beckett :

Il y a d’autres gentils. C'est ce que tu as dit.

Oui.

Alors où ils sont ?

Ils se cachent.

De qui est-ce qu'ils se cachent ?

Les uns des autres.

Il y en a beaucoup ?

On n’en sait rien.

Mais il y en a quelques-uns ?

Quelques-uns. Oui.

C'est vrai ?

Oui. C'est vrai.

Mais ça ne l'est peut-être pas.

Je crois que c'est vrai.

D'accord.

Tu ne me crois pas ?

Si je te crois.

D’'accord.

Je te crois toujours.

Ça m'étonnerait.

Mais si. Il le faut bien. 

 

Le père protège le fils, mais le fils sauve – au sens spirituel - le père. Tu ne tueras pas ton prochain, tu ne le mangeras pas, tu lui fourniras une aide. Dieu, plusieurs fois invoqué ne répond pas, mais son souffle s’incarne dans la respiration paternelle. Le passage de témoin entre les deux générations constitue l’essentiel du livre, au sein du mystère de « ces choses plus anciennes que l’homme », d’un Univers incompréhensible. Faut-il répéter chef d’œuvre ?

« Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d'ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l'eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D'une chose qu'on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu'elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l'homme et leur murmure était de mystère. »

mercredi 14 juin 2023

Quelques mots sur Cormac McCarthy

Je n’ai lu que trois romans de l’auteur américain Cormac McCarthy décédé hier, auxquels s’ajoute l’adaptation filmée des frères Cohen de No country for old men. C’est peu mais suffisant pour redécouvrir « le pouvoir écrasant du langage » à travers des pages parfois hallucinantes. A l’image de l’urbain Don DeLillo, il avait célébré l’Amérique des grandes profondeurs mais tout au Sud dans les paysages immenses et austères de la frontière mexicaine. Un London ou un Faulkner dont les œuvres comme Méridien de sang ou No country for old men seraient placées « Sous le soleil de Satan ». Transcendant cette sauvagerie il avait célébré dans La route ou De si jolis chevaux la résilience d’une Humanité arcboutée sur quelques valeurs fondamentales, l’amour filial et paternel, la volonté de ne pas plier sous la contingence du réel. Comme Roth, et en attendant Pynchon, DeLillo et King, il aura été dispensé des plus grands honneurs. Homme discret, il dirait que le bruit n’est rien comparé à la Création.

jeudi 7 septembre 2023

Suttree

Cormac McCarthy - Suttree - Points

 

 



Sorti de prison après une participation mineure dans un casse, Cornélius Suttree se réfugie dans une barge sur la rivière Tennessee dans la banlieue de la cité de Knoxville. Il mène une vie de marginal survivant misérablement de quelques pêches. Ils sont quelques-uns à errer ainsi dans ce paysage de friche industrielle d’où émerge un entrepôt ferroviaire. Les incursions dans la ville aboutissent à des bars et des soûleries. Qui est Suttree ? McCarthy laisse filtrer très peu de choses en six cents pages : un rejeton issu d’une famille honorable, sa propre famille qui le chasse de l’enterrement de son propre fils, une liaison tragique … L’esprit de Suttree est à l’image de ces fleuves boueux, eaux mortes et tourbillons profonds. Il s’identifie à la léthargie pourrissante des lieux. Son existence s’accommode de l’imprévoyance des courants, de projets avortés, mais c’est aussi un homme de rupture, un fugitif, poursuivi par quelque Artémis vengeresse ou ses propres fantômes - comme le révèlent les dernières pages.

 

Suttree se situe dans le prolongement de L’ obscurité du dehors, caractéristique du mouvement littéraire Southern Gothic, avant le basculement de Méridien de sang et l’émergence de westerns sauvages et d’un style lyrique élargissant encore la patte métaphorique et mystique de l’auteur. Au chapitre des allégeances, Huckleberry Finn vient bien sur à l’esprit, mais les premières œuvres de Faulkner s’avèrent prégnantes comme en témoigne cet extrait du Hameau : 

« Il remarque alors le retour de ce qu’il a découvert pour la première fois trois jours auparavant : que l’aurore, la lumière, ne vient pas du ciel sur la terre mais est produite par la terre elle-même, comme si elle soupirait. Sous la voûte tissée par les racines aveugles des herbes et des arbres, dans les ténèbres aveugles des dépôts vaseux et des riches détritus du temps, dans le royaume des vers anonymes et toujours en appétit et dans l’inextricable enchevêtrement des os connus — ceux d’Hélène de Troie et des nymphes, des évêques mitrés ronflant, des sauveurs, des victimes et des rois — l’aurore s’éveille, s’infiltre vers la surface, se fraie un passage à travers d’innombrables canaux rampants (…) puis, s’aventurant plus haut, rampe le long des troncs aux écorces ridées, le long des branches, d’où, soudain, plus forte, de feuille en feuille, et se dispersant avec une soudaine rapidité, mélodieuse de toutes les gorges ailées et rutilantes, elle éclate dans l’air et emplit le néant terrestre de la nuit d’un coup de tonnerre couleur jonquille. Faulkner - Le Hameau »

 

« L’enchevêtrement des os ». McCarthy va développer cette idée tout au long du roman créant une scénographie inspirée des toiles de Jérôme Bosch. La putrescence, celle des objets de consommations, des rejets humains de toutes sortes, des entrailles des produits de pêche, coexiste avec la vie. On ne se lasse pas aussi des descriptions fluviales. Au-delà des réminiscences cinématographiques d’un Renoir, l’écrivain montre que le Réel est inépuisable. Le tableau est égayé par quelques personnages dont Gene Harrogate « rat des villes » pour lequel il éprouve une affection filiale, malgré des projets insensés qui conduisent invariablement le jeune homme au pénitencier. Les échanges sont courts - y compris dans les scènes de beuverie - comme dans La Route.

 

Le préambule de quatre pages, que l’on pourra lire ici rappelle que McCarthy comme Lovecraft est originaire de Providence. N’y manque que l’apparition d’une créature d’outre-monde. Lovecraftien aussi ce délire cosmologique de Suttree alors gravement malade en fin de récit : « Son décentrement astronomique le situait au-delà du décalage vers le rouge et il s'interrogea sur la géographie de ces espaces et sur la manière dont le monde s'engrène avec le monde qui est au-delà du monde ». Mais voici le préambule de ce roman qui avec Méridien de sang et De si jolis chevaux chapeaute l’œuvre du grand auteur américain.

 

« Cher ami, maintenant qu'aux heures poudreuses et sans horloge de la ville les rues s'étirent sombres et fumantes et fumantes dans le sillage des arroseuses, et maintenant que les ivrognes et les sans-logis ont échoué à l'abri des murs dans des ruelles ou des terrains vagues, que les chats vont étiques et les épaules saillantes dans les sinistres environs, en ces conduits de brique pavés ou laqués de suie où les ombres des fils électriques muent en harpe gothique les portes des caves, nul être ne marchera hormis toi.

D'antiques murs de pierre, que les intempéries n'ont pas ! fouaillés logeaient dans leurs strates des os fossiles, des scarabées de calcaire froissés au fond de cette mer intérieure disparue. Des arbres frêles et noirs de l'autre côté de ces grilles là-bas où les morts ont leur métropole en miniature. Etrange architecture de marbre, stèle et obé­lisque et croix et petites dalles usées par la pluie où les noms s'estompent avec le temps. Terre regorgeant des chefs-d'œuvre du fabricant de cercueils, les os pulvéru­lents et la soie gâtée, le linceul souillé de charogne. Là-bas sous la lumière bleutée du réverbère les rails du trolley filent dans le noir, incurvés tels les ergots du coq dans la pénombre de chrysocale. L'acier exsude la chaleur du jour, on la sent à travers la semelle de ses souliers. Au-delà de ces murs d'entrepôts ondulés le long de petites rues sablonneuses où des autos éviscérées languissent sur des socles de parpaings. A travers des labyrinthes de sumac, de phytolaques et de chèvrefeuilles flétris donnant m les remblais d'argile striés du chemin de fer. Vrilles grises qui s'orientent vers la gauche en cet hémisphère nord ; ce qui les tord façonne aussi la coquille du buccin Hautes herbes jaillies du mâchefer et de la brique, y bulldozer cabré en un solitaire abandon contre le ciel nocturne. Traverse ici. Par les cœurs de croisement et les éclisses où les locomotives crachent tels des lions dans r obscurité du dépôt, Vers une ville plus obscure, au-delà des réverbères aveuglés à coups de pierres, au-delà des cabanes de guingois qui fument et des chiens de faïence et des pneus badigeonnés dans lesquels poussent des fleurs salies, Le long du pavé raviné, le lent cataclysme de l'abandon, les fils qui font ventre de poteau en poteau entre les constellations, d'où pendent ficelles de cerf-volant, bolas faits de bouteilles entravées ou jouets d'enfants plus jeunes. Campement des damnés. Alentours où peut-être de suppurants lépreux rôdent sans clochette. Au-dessus de la chaleur et de l'improbable silhouette de la ville une lune cuivrée s’est levée et les nuages filent devant elle pareils à de l’encre diluée. Les immeubles plaqués sur la nuit for­ment un rempart à un monde plus lointain, abandonné, aux projets oubliés. Des paysans arrivés de loin avec de la terre sous leurs souliers restent assis au marché à longueur de journée muets comme des carpes. Cette ville construite en dehors de tout modèle connu, architecture bâtarde, catalogue des œuvres humaines, condensé d'aberration, de désordre, de folie. Un carnaval de formes dressées dans la vallée qui a tari la sève de la terre à des lieues à la ronde.

Murs d’usines en briques sombres et vétustes, rails d’une voie de desserte envahie d’herbes folles, un écoulement bleu fétide dans lequel dansent les noirs filaments de déchets sans nom. Plaques de tôle parmi les carreaux dans les huisseries de fenêtres rouillées. Un croissant de lune grimace dans le globe du réverbère là où une pierre a frappé et par cette ouverture s'écoule vers le sol à travers la perpétuelle spirale d'insectes montant vers les nues une pluie fine et régulière des mêmes formes roussies et sans vie, 

Ici au confluent du ruisseau, les champs dévalent vers la rivière, la boue dans laquelle une multitude de rigoles dessine un delta révélant des os et d'infects déchets tapis dans d'épaisses alluvions, un varech de cageots et, de condoms et de pelures. Vieilles bottes de conserve, vieux bocaux et objets domestiques déglingués pointent du bour­bier fécal des marécages comme des repères dans les vallées sans chemins de la démentia praecox. Un monde delà de toute imagination, malveillant et tangible et dissocié, les vieilles ampoules grillées, polypes tondus opalescents couleur de crâne ballottant aveuglément au fil l’eau et des yeux d'huile fantomatiques et çà et là les fumes échouées et nauséabondes d'humains, fœtus bour­souflés comme des oisillons aux yeux de lune et bleuâtres ou d'un gris éteint. Plus loin dans l'obscurité la rivière coule en un suintement paresseux vers des mers méridio­nales, s'échappant des cultures de maïs couchées par la pluie et des méchantes récoltes et des jardins limoneux des métayers du Nord, creusant son chemin comme la poussière d'os, lourde du passé, rêves épars dans l'eau en quelque sorte, rien n'étant jamais perdu. Les barges oscil­lent sur leurs amarres. La boue de morte-eau le long de la rive s’ étale, côtelée et luisante, telle la flèche caverneuse de quelque animal monstrueusement enfoui et, au-delà, la campagne s'éloigne vers le sud et les montagnes, là où les chasseurs et les bûcherons dormaient jadis dans leurs bottes à la lueur mourante de leurs milliers de feux et pour­suivaient leur chemin, antiques aïeux teutoniques aux yeux ignés par la lumière visionnaire d'une massive avidité, vague après vague de brutalité et de démence, leurs cervelles garnies d'équivalents sans traces de tout ce qui fut, maigres Aryens avec leur recueil sémitique abrogé ranimant les drames et les paraboles qui s'y trouvent, et indifférents, et pâles, avec une nostalgie que rien, sinon le retour complet des ténèbres ne pourrait apaiser.

Nous voici arrivés dans un monde au cœur du monde.

Dans ces étendues autres, ces hostiles cloaques et friches interstitielles que les justes voient du train ou de voiture rêves d'une autre vie. Contrefaits ou noirs ou détraqués fuyards de tout ordre établi, étrangers en tous pays.

La nuit est calme. Comme un camp avant la bataille. La ville assaillie par une chose inconnue qui viendra de la forêt ou de la mer ? Les sentinelles ont fortifié le palis, les portes sont fermées, mais hélas la chose est à l'intérieur, en devinez-vous la forme ? En devinez-vous la prison ou l'em­preinte du visage ? Est-ce une tisserande, sanglante navette lancée à travers une dimension du temps, une cardeuse d’âmes dans la trame du monde ? Une chasseresse avec des chiens, ou bien des haridelles squelettiques tirent-elles son charroi funèbre par les rues, et annonce-t-elle son commerce à chacun ? Cher ami, il ne convient pas de s'ap­pesantir sur elle car c'est justement ainsi qu'elle est invitée à entrer.

Le reste en effet n'est que silence. Il s'est mis à pleuvoir. Une fine pluie d’été, on l’aperçoit tombant à l’oblique dans les lumières de la ville. La rivière s'étire dans un graal de quiétude. D'ici sur le pont, le monde en dessous semble un don de simplicité. Curieux, rien de plus. En bas, dans des cryptes de lumière tombée un chat s'évapore de pierre en pierre sur les pavés ronds d’un noir liquide et reliés en prestes antipodes d’un côté à l'autre de la rue obscurcie de pluie pour disparaître, chat et contre-chat, dans les chan­tiers défoncés au-delà. Pâle éclair d'été loin en aval Un rideau se lève sur le monde occidental, Une fine pluie de suie, d'insectes morts, de petits os anonymes. L'assis­tance attend enveloppée d'une toile de poussière. Dans les orbites vidées du crâne du crane de l’interlocuteur dort une araignée et les ruines articulées du bouffon pendu se balancent, agitées par les mouches, pendule d'os en habit bigarré. Des silhouettes à quatre pattes vont et viennent sur les planches. Les formes plus primitives survivent. »


dimanche 2 mai 2021

Méridien de sang

 

Cormac McCarthy - Méridien de sang - Points

 

 



La sauvagerie au cœur de l’être humain traverse l’Histoire, les mythes, la littérature, le cinéma. Ursula Le Guin, dans un essai « La théorie de la fiction-panier » en contestait la légitimité et la représentation. Quel fut à l’origine l’outil le plus utile : le panier ou la flèche ? Elle donne une illustration saisissante de cette vision masculine dominante à travers 2001 l’odyssée de l’espace : « […] Où est cette chose merveilleuse, grande, longue et dure, un os, je crois, avec lequel l’homme-singe du film cogne quelqu’un pour la première fois puis, grognant d’extase après avoir perpétré le premier meurtre, le lance vers le ciel où, tourbillonnant, il devient un vaisseau spatial accélérant dans le cosmos pour le fertiliser et produire à la fin du film un adorable fœtus, un garçon évidemment, dérivant dans la voie lactée sans (assez étrangement) utérus, sans matrice ? Je ne sais pas. Je m’en moque. Je ne raconte pas cette histoire. Nous l’avons entendue, nous avons tout entendu à propos de tous les bâtons, de toutes les lances et de toutes les épées, de toutes les choses avec lesquelles on peut cogner et piquer et frapper, de toutes ces choses longues et dures… […] ». Le panier, objet matriciel, n’est cependant pas tout à fait inconnu de la littérature. Prenez les Oulhamrs de La guerre du feu. Dans ce « roman des âges farouches », leur tribu se désole d’avoir perdu le feu. Le feu qui donne sa saveur aux aliments, repousse le froid et les bêtes sauvages. Les Oulhamrs le conservaient dans une cagette, détruite après un conflit. Promis à l’extinction, l’un d’entre eux fait une découverte plus extraordinaire que l’os. Avec du silex et des brindilles, on peut créer des flammes à volonté. Adieu le panier, on va pouvoir se remettre à massacrer.

 

A ce sujet Méridien de sang ne s’embarrasse d’aucun faux semblant. Western noir, d’une violence inouïe, il navigue entre Dante et Au cœur des ténèbres. A l’origine le texte se présente comme une chasse aux indiens en 1849-1850 au Mexique et dans les états américains limitrophes. Puis le récit se dilue progressivement dans un ressassement de paysages et une litanie de massacres aveugles, portés par un style cumulatif - peut-être représentatif du roman US puisque Philippe Jaworski traducteur du Vieil homme et la mer indiquait supprimer les « et » d’un ouvrage voué pourtant à la simplicité - conjugué à l’usage de l’imparfait. Les résumés des péripéties en tête de chapitre remettent un peu d’ordre dans l’intrigue et un peu de rationalité dans l’esprit du lecteur. Pas pour longtemps. « Le diable est dans les détails » rappelait judicieusement Gilles Dumay dans une recension de La route, dont Méridien de sang constitue une préfiguration. Les détails, ce sont les descriptions minutieuses des terres traversées et des actes de violence. Il y a comme une géologie de l’horreur dans laquelle les vivants et le langage se dissolvent, réduits à une pantonyme de fête des morts mexicaine. Le texte s’écarte en cela d’Au cœur des ténèbres. Chez Conrad le Mal irradiait d’une source mystérieuse dont Wurtz ne constituait peut-être qu’un épiphénomène et le paysage une fièvre indéfinissable, uniforme que le narrateur s’efforçait de combattre.

 

Trois personnages émergent du récit, un enfant dont l’auteur dit que la violence grondait en lui avant la parole, un juge ou prétendu tel, peut-être le Diable, inventoriant son domaine dans un registre, débitant des discours insensés sur la beauté de la guerre - ou du Mal ? - et le Capitaine Glanton, figure historique d’un massacreur d’indien. On ne trouvera pas ici de récit d’apprentissage, pas de voie salvatrice. Le roman débute par les pérégrinations du gamin qui s'efface un temps au profit d'autres acteurs. 


Il faudrait trouver un antonyme à Outremonde pour caractériser l’univers de Méridien de sang, ouvrage totalement hallucinant porté par une écriture inouïe et la traduction remarquable de François Hirsh.

 

Extrait 1

« Le vent souffla toute la nuit et la fine poussière leur mettait les dents à vif. Du sable partout, du gravier dans tout ce qu'ils mangeaient. Au matin un soleil hagard couleur d'urine se leva à travers des panneaux de poussière sur un monde flou et indistinct. Les animaux n'en pouvaient plus. Ils s'arrêtèrent et établirent un bivouac sec sans bois et sans eau et les pitoyables poneys se blottissaient et pleurnichaient comme des chiens

Cette nuit-là ils passèrent par une région électrique et sauvage où d'étranges formes de molles flammes bleues couraient sur le métal des harnais et les roues des chariots tournaient dans des cerceaux de feu et de petites figures de lumière bleu pâle venaient se jucher dans les oreilles des chevaux et dans les barbes des hommes. Toute la nuit des nappes d'éclairs sans origine palpitèrent à l'occident derrière les nuées d'orages nocturnes, muant le désert en jour bleuâtre, les montagnes sur cet horizon éphémère massives et noires et livides comme une terre d'un autre ordre dont la vraie géologie n'était point la pierre mais la peur. »

 

Extrait 2

« Ils avaient égorgé les bêtes de somme et ils avaient fait sécher la viande et se l’étaient partagée et ils allaient sous l'éperon des montagnes sauvages sur une immense plaine de soude accompagnés par le gronde­ment de tonnerre des orages secs du côté du sud et par des rumeurs de lumière. Sous une lune gibbeuse cheval et cavalier étaient entravés à leur ombre sur le sol de neige bleuâtre et à chaque fulguration à mesure que l'orage progressait ces formes se cabraient traînant, derrière elles un terrible appendice comme une troisième manifestation de leur présence découpée noire et farouche sur le terrain dénudé. Ils continuaient. Ils allaient comme des hommes chargés d'un dessein dont les origines leur étaient antérieures, comme les héritiers naturels d'un ordre à la fois implacable et lointain. Car même si chacun restait à part et distinct, ils formaient à eux tous une chose qui n'avait encore jamais été et il y avait dans cette âme collective des vides à peine concevables, comme ces régions laissées en blanc sur les anciennes cartes où vivent des monstres et où rien n'existe du monde connu que des vents hypothétiques. »

 

Extrait 3 (l’attaque des Comanches)

 

« […] plusieurs hommes de la compagnie avaient commencé à reculer sur leurs montures et d'autres à volter dans la confusion quand surgit un peu plus loin sur le flanc droit des poneys une horde fabuleuse de lanciers et d'archers à cheval dont les boucliers couverts d'éclats de miroirs brisés projetaient des milliers de soleils éclatés dans les yeux de leurs ennemis. Une légion d'horreurs au nombre de plusieurs centaines, à demi nues ou habillées de tenues attiques ou bibliques, ou vêtues de toilettes surgies d'un rêve fébrile, d'une garde-robe de peaux de bêtes et de soyeuses fanfreluches et de morceaux d'uniformes encore marqués du sang de leurs précédents propriétaires, manteaux de dragons transpercés, jaquettes de cavalerie à brandebourgs et passements, l'un en haut-de-forme et l’autre avec un parapluie et un autre avec des bas blancs et un voile de mariée taché de sang et quelques-uns coiffés de couvre-chefs de plumes de grue ou de casques de peau brute rehaussés de cornes de taureau ou de bison et un autre arborant une jaquette à queue-de-morue mise devant derrière mais à part cela tout nu et un autre dans l'armure d'un conquistador espagnol, le plastron et les épaulières montrant encore les profondes indentations d'anciens coups de masse d'armes ou de sabre portés dans un autre pays par des hommes dont le squelette n’était que poussière, et beaucoup avec leurs nattes traînant à terre nouées au crin enchevêtré d'autres animaux et les oreilles et la queue de chevaux galonnées de bouts de toile de vive couleur et un autre sur un cheval dont la tête tout entière était peinte au vermillon et tous les visages des cavaliers criards et grotesques grimés comme une compagnie de clowns à cheval, mort hilare, tous hurlant dans une langue barbare et chargeant au galop comme une horde surgie d'un enfer encore plus atroce que la terre sulfureuse du Jugement chrétien, éructant et jappant et enveloppés de fumée comme ces créatures vaporeuses des régions inconnaissables où l'œil s'égare et la lèvre palpite et bave. »


mercredi 15 mars 2023

Immobilité

Brian Evenson - Immobilité - Rivages

 

 

 

Joseph Horkaï se réveille après avoir été « stocké », lui apprend un certain Rasmus, une trentaine d’années. Il n’a aucune mémoire ou presque des évènements ayant précédé sa perte de conscience. A peine se souvient-il du « kollaps », c'est-à-dire de l’apocalypse responsable de l’éradication d’une bonne partie de l’Humanité. Lui-même n’est pas au mieux. Il a perdu l’usage de ses membres inférieurs et les hommes qui l’entourent insistent pour lui injecter un produit dans sa colonne vertébrale afin de stopper la progression d’une infection. Pire, ses questions n’engendrent que des réponses évasives. Il semble néanmoins que ses réanimateurs aient besoin de ses services pour récupérer un cylindre dont il serait le seul à connaître l’emplacement. Il part donc, assisté de deux costauds, des « mules », qui le portent tour à tour sur leurs épaules.

  

Ecrivain américain ayant déjà été traduit et publié dans la collection Lot 49 du Cherche-Midi, Brian Evenson vient se rappeler aux bons souvenirs de ses lecteurs avec deux romans parus en début d’année L’Antre chez Quidam et Immobilité chez Rivage. Transfuge de l’église mormone, romancier et universitaire, il parvient à renouveler les thèmes éculés de la quête identitaire et de la survivance postapocalyptique en crayonnant des univers épurés à l’aide d’une écriture minimaliste. Immobilité est une road story encore plus âpre que La route de Cormac McCarthy. Joseph Horkaï ne cesse de tenter de dissiper le brouillard dans lequel se sont dissous l’histoire du monde et celle de son propre destin, entreprise non sans danger nous rappellent Le mythe d’Icare ou Le Disque Rayé de Kurt Steiner. Evenson, sans délayer son propos, réussit à déployer un récit peu factuel de 250 pages. C’est tout à fait remarquable.

  

Il cite en début d’ouvrage un extrait de Fin de partie (1), une pièce de théâtre de Samuel Beckett. Le début de la quatrième page de couverture des Editions de Minuit, rédigée par Roger Blin, renvoie au livre d’Evenson et … à l’illustrateur : « Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domes­tique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. ». Mais il semble aussi que l’écrivain américain ait retenu du célèbre dramaturge sa prédilection pour les dialogues de sourds dont il fit sa marque de fabrique dès les premières représentations d’En attendant Godot. En voici un exemple dans Immobilité :

 

« Une fois engagés sur cette route, ils progressèrent plus rapidement

 - C'est prometteur, dit la mule qui marchait à ses côtés, voix à peine audible dans le haut-parleur.

Son haut-parleur devait être saturé de poussière, à moins ce ne soit son micro qui soit mal aligné.

-Lequel des deux es-tu ? lui demanda Horkaï.

La mule trébucha puis se ressaisit. Elle s'approcha, s’appuya sur l'épaule de l'autre Q, sa main posée légèrement sur le flanc de Horkaï.

 - Je suis le plus âgé, lui répondit-il.

- Le premier, dit Horkaï.

Le Q secoua la tête.

- Le premier de nous deux. Mais pas le premier.

-     Pardon, fit Horkaï. Je ne me souviens pas comment s'appelle le plus âgé.

-     Je ne pense pas qu'on vous ait dit comment s'appelle le plus âgé.

-     Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Le plus âgé de vous deux. Ton nom.

-     Ah, répondit le Q. Il fallait le dire. Je m'appelle Qatik.

-     Qatik. Bien sûr.

-     Pourquoi dites-vous « bien sûr » ? Est-ce inévitable ?

-     Horkaï haussa les épaules.

-    Je n'en sais rien. C'est juste une façon de parler. Pourquoi avez-vous été choisis pour cette mission ?

-    C’est un honneur d'avoir été choisis.

-    D'accord, mais pourquoi ? Pourquoi vous deux ?

-    Vous êtes notre raison d'être.

-    Comment c'est arrivé que je sois votre raison d'être ?

-    Vous l'avez toujours été, lui répondit Qatik.

Ils marchèrent un moment sans dire mot, Qatik toujours appuyé sur son frère. Horkaï revint à la charge.

-    Qu'est-ce que tu penses de Rasmus ? Qatik se tut un moment.

-    Que voulez-vous dire ? lâcha-t-il enfin. Rasmus est ce qu'il est

-    Qu'est-ce que tu veux dire par « il est ce qu'il est » demanda Horkaï» l'air confus.

-    Exactement cela, lui répondit Qatik. Rasmus est Rasmus

-    Ça n’explique pas ce que tu pense de lui. Est-ce que tu l’aimes bien ?

-    Il est ce qu’il est. Il a sa raison d’être. Qui suis-je pour juger de la manière dont il l’accomplit ? Sa raison d’être est différente de la notre et je suis loin de l’appréhender aussi clairement que la mienne. C’est propre à chacun. Je suis sûr que vous comprenez.

- D’accord, j’imagine. Mais en quoi ça répond à la question de savoir si vous l’aimez bien ? »



(1) « L'infini du vide sera autour de toi, tous les morts de tous les temps ressuscités ne le comble­raient pas, tu y seras comme un petit gravier au milieu de la steppe. »

Samuel Beckett, Fin de partie

 

samedi 9 avril 2022

Au nord du monde

Marcel Theroux - Au nord du monde - Zulma

 

 

 

Réfugiée à Evangeline, une ville du nord de la Sibérie désormais déserte, Makepeace Hatfield vit une existence immobile partagée entre la mémoire des siens et le dur labeur quotidien qu’impose sa survie dans un milieu très rude. Autrefois son père, instruit dans la foi quaker comme la plupart des soixante-dix mille colons venus le rejoindre, avait entamé une nouvelle vie dans ces terres louées par le gouvernement russe, loin d’un monde gangrené par la pauvreté et les dérèglements climatiques. Mais l’espoir d’une refondation disparut lorsque la ville ne sut quelle attitude adopter face aux attaques et tentatives de pillages de bandes armées. L’opposition entre les pacifistes groupés autour de James Hatfield et les tenants d’une défense sans concession se mua en violence. Désormais seule à bord au bout d’une longue séquence de temps ponctuée de meurtres et de départs, Makepeace entasse livres et souvenirs dans la demeure familiale.


 « Je croyais être née dans un monde jeune qui vieillissait sous mes yeux. Mais quand ma famille est arrivée ici, le monde était déjà vieux. Je suis née dans le monde le plus vieux qui soit. Ce monde avait tout l'air d'un canasson à bout de forces que de vieilles blessures font boiter, bien décidé à envoyer valser son cavalier. Quant à mes parents, qui disaient aimer la simplicité du travail bien fait et le langage franc et direct de la Bible, il y avait derrière eux un monde de pierres du souvenir, d'avions et de cités de verre qu'ils voulaient désapprendre. Il y a plein de choses que je voudrais désappren­dre, mais on ne peut feindre l'innocence. Ne pas savoir est une chose, faire semblant de n'avoir jamais su, c'est une imposture. Pendant que moi, Charlo et Anna on s'amusait comme des fous dans la boue en s'imaginant qu'on avait trouvé le Paradis terrestre, et que les autres colons se félicitaient d'avoir eu la prévoyance atterrir dans un coin parfait de notre planète meurtrie, le monde qu'ils avaient laissé derrière eux allait à vau-l'eau. Quelle arrogance nous a fait croire que nous étions assez loin pour être à l'abri ? »


Marcel Theroux est un romancier, reporter et documentariste préoccupé par les questions environnementales. Une incursion en décembre 2000 dans la zone d’exclusion de Tchernobyl et la rencontre d’une vieille femme solitaire qui cultivait son potager contaminé furent à l’origine de la conception d’Au nord du monde. Présenté comme un western de la steppe et de la taïga, ce qui n’est pas tout à fait faux et a le mérite d’attirer le chaland, l’intrigue pioche dans la veine des récits post apocalyptiques. Deux avant auparavant Michael Chabon avait planté le décor d’une communauté Yiddish exilée en Alaska. Mais Theroux trace plutôt sa route dans les traces de Cormac McCarthy et plus profondément dans le dernier tiers du texte, dans celles de Stalker.


Robinson d’un monde disparu, Makepeace voit son univers basculer lorsqu’elle surprend une jeune fille chinoise tenter de lui dérober des livres pour en faire du combustible. Elle prend sous sa protection l’adolescente engrossée par un pillard. Mais la mort de Ping et de son bébé la plonge dans le désespoir des dépositaires d’héritages intransmissibles. Apercevant un jour un avion, elle prend alors la route, car malgré tout « j’étais comme Papa. J’avais besoin d’un autre monde pour racheter le présent ».


Au nord du monde raconte l’histoire d’une survivance au sein d'une nature hostile mais non dépourvue de beauté, peuplée de rares communautés d'individus impitoyables. Les espoirs, les combats perdus ou gagnés, l’errance mentale de cette femme en quête de sa vérité prennent le lecteur aux tripes. Mais le roman va plus loin encore confrontant deux visions du monde, l’un happé par la course technologique, l’autre tenaillé par ses racines. Comme le suggère l’écrivain il se pourrait que le destin de l’Humanité résulte en un improbable mélange des genres et que nous soyons condamnés comme cette paysanne ukrainienne à subsister sur le terreau contaminé de nos fautes. Western ou science-fiction ne manquez pas de lire cet ouvrage.

 

dimanche 21 février 2021

La Montagne morte de la vie


 

Michel Bernanos - La Montagne morte de la vie - L' Arbre Vengeur

 

Embarqué « à l’insu de son plein gré » selon une formule humoristique, dans un galion à une époque indéterminée et pour une destination qui ne l’est pas moins, un jeune homme raconte la succession d’aventures épouvantables dont il fut la proie. A bord, l’apprenti mousse devient le souffre-douleur de l’équipage avant que le cuisinier Toine ne le prenne sous sa protection. Ce court répit s’achève bientôt. Sous l’Equateur le vent tombe, les provisions s’épuisent et les hommes affamés sombrent dans le cannibalisme. Le navire reprend sa course mais sombre dans le tourbillon d’une tempête apocalyptique analogue au maelstrom décrit par Edgar Poe dans son récit Manuscrit trouvé dans une bouteille. Seuls rescapés, accrochés au mat, l’aide cuisinier et Toine abordent une ile déserte.

 

Rédigé en dix neuf jours en 1963, La Montagne morte de la vie constitue le point d’orgue de l’œuvre de Michel Bernanos. Me référant aux investigations du préfacier Juan Asensio, le titre du roman évoque le nom d’un personnage du Dit du Marin de Coleridge, « Le Cauchemar-vie-en-la-mort ». Les grands textes, et celui de Bernanos ne fait pas exception, cousinent avec leurs homologues : Poe, Machen, les végétaux inquiétants d’Algernoon Blackwood, L’œil dans le ciel de Dick (!) ou La Route de Cormac McCarthy sans oublier les histoires de vaisseaux maudits comme Le Hollandais volant ou Le Psautier de Mayence de Jean Ray.

 

L’ouvrage prend son envol dans la seconde partie. Le paysage insulaire arpenté par les naufragés baigne dans une lueur pourpre, l’eau y compris. Le sol résonne de l’étrange battement d’un cœur gigantesque. L’horizon est dominé par une montagne rougeoyante. Ce n’est pas le Sinaï des Dix Commandements. Dieu a déserté la contrée. Toine, comme le narrateur de la fiction de Jean Ray ne reconnaît pas les constellations. Il est tout aussi incapable d’identifier les arbres. Désireux de connaître le fin mot de l’histoire les deux hommes tentent d’atteindre le sommet, ignorant l’assaut végétal et minéral contre eux.

L'Enfer de Dante vu par Gustave Doré

Juan Asensio évoque à travers la figure de Monsieur Ouine, l’influence paternelle. Nul doute qu’il y ait là une nouvelle voie d’investigation de l’œuvre de Michel Bernanos. De l'emprise du paysage dans Le Murmure des Dieux à la prédation de La Montagne morte de la vie on franchit un degré. Chez Georges le père, Le Journal d’un curé de campagne racontait la lutte inlassable d’un homme d’église pour raviver la foi de sa paroisse. L’incroyance, le Mal, mais aussi la boue, la pluie quotidienne, le ciel bas se coalisaient contre son ministère. Le prêtre livrait un combat féroce contre la pétrification des consciences (1). Il est perdu dans le texte du fils, au cours d’un final saisissant. En dernier lieu le lecteur averti invoquera également la figure de Gorgone.

 

Cette belle édition d’un incontestable chef d’œuvre, à laquelle on ne reprochera qu’une couverture ratée, est complétée par un conte moyenâgeux plus anecdotique Ils ont déchiré Son image.

 

 

 

 

(1)   « . Je n’ose pas dire qu’elle [la conscience] se décompose par-dessous, elle se pétrifie plutôt. » Journal d’un curé de campagne- Georges Bernanos (Merci Paul Edel)


vendredi 1 novembre 2024

La Sonde et la Taille

Laurent Mantese - La Sonde et la Taille - Albin Michel Imaginaire

 

 

Le légendaire Conan a vieilli, beaucoup vieilli. L’octogénaire roi des Sept Nations de l’Hyperborée, repu de batailles dont les épisodes sanglants hantent ses rêves, régente désormais son Royaume depuis la citadelle de Kaldré devenue le siège d’une énorme administration. Depuis trop longtemps peut-être. Tout semble échapper à sa vigilance et à celle de ses conseillers. Son corps aussi le trahit ; les années ont bien entamé la vigueur du colosse et une néphrite enflamme son bas-ventre. Alors que ses vassaux présentent leurs doléances lors de la Septaine, une congrégation religieuse vitupère contre le monarque et prophétise des Temps de désordre et de renouveau. Pire, dans la foulée de l’opération chirurgicale décidée et exécutée par ses médecins, des troupes insurrectionnelles débarquent dans son fief.

 

Surgi du diable Vauvert, ou presque - nonobstant plusieurs recueils de nouvelles fantastiques dont un alléchant hommage à Jean Ray - Laurent Mantese entre d’emblée dans la cour des Jaworski, Niogret et autres Ferric avec un ouvrage de dark fantasy tout simplement incroyable. Un tour d’horizon éclair dévoile un personnage hors norme, Conan vieux, un pitch assez simple, la traque d’un roi fugitif, le tout porté par une écriture paroxystique attelée à la description d’un univers organique infiniment cruel. Le premier chapitre happe le lecteur avec un récit horrifique. Ce registre fantastique qui ressurgit à la fin du roman n’éclipse pas la tonalité fantasy de l’ensemble. La remarque judicieuse du xeelee Weirdaholic sur quelque parentèle avec Gargantua, pourrait laisser entrevoir la naissance d’une école française de l’imaginaire dont les pères fondateurs auraient pour nom Rabelais et quelques Parnassiens: Leconte de l’Isle n’aurait pas renié les sonnets disséminés ici et là par Laurent Mantese. On ne saurait nier non plus l’influence anglo-saxonne, en particulier arthurienne voire tolkienne dans la thématique du déclin de la nature et des êtres consécutif à celle du roi, considéré non plus comme un pacificateur mais l’Ordonnanceur de toutes choses :

« La vie immémoriale, la vie sans long questionnement ni palabre inutile, la vie que des milliers de générations avaient vécue sans colère et sans peine parce qu'il n'y en avait pas d'autres et que cela était très bien ainsi, la vie d'avant la mort, la vie des semailles et des courtils où l'on retournait la terre à la bêche et qu'on engraissait joyeusement avec toutes sortes de déchets, la vie du miel à la couleur ambrée qu'on ne puisait qu'à moitié dans les maisons des mouchettes pour leur permettre de passer l'hiver, la vie des champignons levés sous les fougères et des fruits sauvages cueillis dans la forêt, la vie foisonnante et criarde des basses-cours et des mies à qui l'on donnait des prénoms, la vie des épis de blé vigoureusement fauchés à la faucille par les hommes et liés en bottes par les femmes, la vie des chaumes enflammés sous le soleil de midi et qui finissaient de brûler sous le grand ciel infini constellé d'étoiles blanches, la vie des moissons ruisselant en poussière d'or sous le piétinement des mulets et les volées du fléau, cette vie-là n'était plus. Nul ne curait plus les fossés à la houe ; nul ne tondait plus les moutons qui se perdaient affolés, à la merci du loup, dans les col­lines ensauvagées ; nul ne tirait plus le lait des vaches, qui beuglaient sans fin dans les champs, les mamelles pleines à crever, ou qu'on voyait agoniser longtemps dans les étables, le cou pris dans les licols noués à la chaîne des murs, leur mufle désespérément tendu vers l'entrée de l'étable où le paysan ne reparaissait plus ; nul ne pressait plus le raisin dans les cuves et nul ne cueillait plus les glands aux branches alourdies des vieux chênes.

Et ainsi par cette lente désagrégation et par ce lent pourrissement de toute vie sociale, la maledisance et la haine des autres, la crainte du futur et l'incessante angoisse de chaque jour avaient fait remonter des catacombes et des grottes puantes où on les avait chassés, du temps de l’opulence, les diseurs de destin et les grippeminauds, les rebouteux guérisseurs de la peste et les ensorceleurs, les mages rapineurs et les prophètes lycanthropes, on les voyait revenir au grand jour et s'enhardir sur les routes, en jetant dans les airs des poignées de charmognes et de sortilèges qu'ils crachaient hors de leur bouche baveuse avec des hurlement de possédés, des imprécations formidables et des injures pour le ciel et pour la terre, pour les dieux et les démons, et on les écoutait gravement et on ne leur faisait point offense, on leur donnait même quand ils frappaient aux portes le peu qu'il restait, une croûte de pain, un coin de paille et un cruchon de vin, pour ne point attirer sur soi le guignon, et l'on racontait que ces nuiteux infâmes se réunissaient les jours de lune rousse au sommet des collines, dans les profonds des forêts et des bois, dans les marais fétides aux joncs camoufleurs de cadavres, […] » Dans cette veine inspiratrice, l’apparition finale des nornes peut évoquer celle des sorcières au début de Macbeth.

 

Il y a dans La Sonde et la Taille des moments d’introspection magnifiques succédant à des scènes de massacre ou de torture (âmes sensibles s’abstenir),  procédé de monologues intérieurs connu depuis Joyce. Au sein de cette désespérance surgit la figure de Colin, enfant handicapé que le monarque avait recueilli jadis, seul survivant de l'anéantissement d'un village de pêcheurs. Colin n’est pas l’idiot narrateur de Shakespeare ni le Benjy Compson de Faulkner, mais le protégé et le protecteur de Conan contre la déraison, le bruit et la fureur, son fils déclaré et aimé. Mantese croque avec délices les fieffés coquins qui traquent le duo avec un souci de détail qui confine au bestiaire.

 

Evoquant la qualité du style de l’écrivain, l’éditeur a cité dans la  quatrième de couverture Méridien de sang de Cormac McCarthy. On pourra s' assurer de l'analogie en comparant « l’attaque des Comanches - extrait 3 », avec la prose de Laurent Mantese :

« Par l'escalier, au même instant, arriva en gueulant une horde de guerriers vêtus de hardes et de harnois incroya­blement dépareillés, glanés sur les champs de massacre les plus lointains et les plus extravagants, et Cassius les vit couler vers lui tel un torrent boueux et malodorant en poussant des cris de joie et des injures triomphales, et la stupéfaction de leur venue lui fut si grande qu'il ne put que les contempler bouche ouverte, pâle comme un mort, les regardant de ses, yeux exorbités l'encercler et le bousculer en ricanant.

Ces mercenaires portaient tous, sous leurs vestes de peaux, des chemises à longues et larges manches, des chitons de laine grossièrement filée, des tuniques diverses, bigarrées, déchiquetées et balafrées de mille coupures ou accrocs, tenus aux hanches par des cordelettes ou des bandeaux de toile cousus hâtivement, Certains, sous ces entassements absurdes d'habits dépareillés, symboles de la barbarie des routes, de la fureur des pillages et de la monstruosité des tortures et des viols, exhibaient, malgré le froid, leurs poitrines velues, lardées de coups de lame ou de poignard qu'ils arboraient sans fierté excessive, habitués à ne faire naître partout où ils passaient qu'une désolation funeste, une implacable horreur sur les visages pétrifiés de leurs ennemis.

Et toute cette légion de pendards cruels vomie des enfers, aux yeux fous de ceux qui sont passés sans espoir de retour de l'autre côté de la commune humanité, aux oreilles cachées par de longs cheveux hérissés, aux barbes hideuses et négligées, aux visages brutaux et hilares d'égorgeurs et de coupeurs de tripes, puait la fosse d'aisances et le trou à fumier, les ragoûts hâtivement mangés au coin des feux de camp, les carcasses rongées abandonnées aux vers et aux mouches, les haleines empuanties par la gâterie fétide des dents jamais lavées, les vêtements portés sans soin depuis de très longs mois, depuis les après-midi brû­lants d'août jusqu'aux nuits glacées de décembre, la crasse ordurière et les pelures innommables des entrecuisses et du cul grattées et caressées du bout des doigts et ramenées à l'air libre - qu'on essuie à ses chausses en les tachant de marbrures noirâtres -, l'acre et tenace relent du sang qui les enveloppait comme un voile de fumée, la cendre des ossements dégorgés par milliers des bûchers nocturnes dressés par leurs mains d'assassins sur les collines - et tout cela faisait se lever, dans les piétinements des montures qu'ils traînaient derrière eux, les raclements de gorge, les rires fous et le cliquetis des armes et des armures, la peur des massacres à venir et des douleurs sans nom.

Ils portaient également tous, à des degrés divers d'ex­travagance, des armes dégueulées par toutes les batailles menées autour du monde, à pied, en mer, à cheval, dans toutes les provinces et contre tous les peuples, machettes à lame courbe, marteaux de guerre au manche de bois coiffé de têtes de plomb, masses, piques, sabres droits ou pertuisanes, sacquebutes et vouges aux lames emmanchées sur de longs bâtons qui servaient à sectionner les jarrets des chevaux, dagues, poignards, haches de jet ou de guerre, fléaux, cimeterres des lointaines contrées du Kosala ou du Khitai, de Stygie et du Punt, et même des faucilles, des serpes et des couteaux de pierre volés sans doute à d'innocents et pleutres paysans. »

 

En inaugurant la collection Albin Michel Imaginaire, Gilles Dumay déclarait vouloir attirer les auteurs français. Un choix stratégique payant puisqu’après les chocs Romain Lucazeau et Marguerite Imbert, voici la percussion Laurent Mantese. Lecteurs hexagonaux de David Gemmell, faites une pause et venez admirer dans La Sonde et la Taille les derniers combats de Conan le Barbare et les inépuisables ressources de la langue française.

 

 

 

 

 

 

Post-scriptum : Le Petit lexique à l'usage des lecteurs de Franck Ferric, Jean-Philippe Jaworski et consorts, enrichi au fur et à mesure des parutions, est désormais logé dans l’item Passeports pour le futur visible dans le blog en affichage web.