samedi 16 mai 2026

Le Grand Silence

Robert Silverberg - Le Grand Silence - J’ai Lu

 

 

 

Elles atterrirent et occupèrent la Terre pendant un demi-siècle, mirent l’Humanité à genoux et nul ne découvrit l’objet de leur quête ni ne comprit quoique ce soit aux activités auxquelles elle se livrèrent et auxquelles participèrent hommes et femmes réduits en esclavage. Elles, ce sont les Entités extra-terrestres imaginées en 1998 par Robert Silverberg dans un roman hommage à H. G. Wells.


 

La noosfere indique que trois nouvelles ("Against Babylon", "Hannibal's Elephants", "The Pardoner's Tale") datant d'une dizaine d'années et traduites en français (deux en pdf, la première chez J'ai Lu) ont été intégrées à divers endroits du roman après modifications. Le roman lui-même ne mentionne pas ce fait (en tout cas pas dans l’ exemplaire HaperPrism de 1999) ce qui est assez inhabituel. Ensuite selon Silverberg (mais pas selon Hartwell qui donne pour le premier texte un ordre inverse nouvelle=>roman), il rédigera trois nouvelles qui sont des "extraits" du roman ("Beauty in the Night", "On the Inside", "The Colonel in Autumn"). Les deux derniers textes disparaitront sans laisser de trace (publiés uniquement dans Science-Fiction Age), le premier figurera dans plusieurs anthologies (des Best-Of). On pourrait postuler pour un procédé du type fix-up mais la quantité de matière utilisée paraît assez faible, les trois textes faisant un vingtaine de pages chacun (il y a deux novelettes et une short story) au regard de la taille du roman fini (450 pages en moyenne). Du coup le diagnostic fix-up reste sujet à caution.

 

Le Grand Silence se présente comme une chronique familiale étalée sur cinquante ans, synopsis inhabituel dans le genre science-fiction et plutôt réservé à la littérature dite générale (Dieu sait que les français s’en sont fait une spécialité depuis Zola jusqu’à Lemaitre). Le récit met en scène le clan Carmichael, une famille de soldats et de fermiers solidement implantée dans un ranch du sud de la Californie au-dessus de Santa-Barbara. C’est dans ce relatif isolement protecteur que le Colonel Anson Carmichael III décide de créer un mouvement de résistance à l’annonce de l’arrivée et des premières exactions des envahisseurs qui en coupant sur une longue période l’électricité sur la planète, provoquent un recul civilisationnel sans précédent, dans un quasi-remake du Ravage de Barjavel.

 

Au sein du clan tous attendent le déclic technologique qui permettra de passer à la contre-offensive. Mais le Temps forge où défait les caractères. Le frère du Colonel meurt à bord de son DC3 en tentant d’éteindre le gigantesque incendie consécutif à l’atterrissage des Entités, le fils prodigue Anson IV sombre dans l’alcool, le mauvais fils Ronald révèle à l’inverse des aptitudes au commandement que l’on croyait dévolues à son père. Certains quittent le ranch, d'autres reviennent de Los Angeles que les extra-terrestres enferment dans de vastes murailles. Dans ce livre qui évoque un Désert des Tartares inversé, puisqu’il ne s’agit pas d’attendre l’ennemi mais l’instant où l’on pourra le repousser, se succèdent de belles pages : l’amour tragique de Mike pour sa femme Cindy, le discours sur la résistance du Colonel (résister, c’est d’abord transmettre l’idée de liberté). Il y aussi comme le souligne Pierre-Paul Durastanti, l’apparition de Khalid, profil de personnage cher à Silverberg, un  « emmuré » à la Dick Muller ou David Selig qui peine à fendre l’armure.

 

Quelque soient les qualités de Roma Aeterna et de quelques autres de ses derniers ouvrages, Robert Silverberg signait là comme un chant du cygne et pour aller plus loin encore il faudra attendre Spin de Robert Charles Wilson pour retrouver pareille densité humaine dans un roman de science-fiction.

 

 

 

 

Cette fiche a été rédigée par Sandrine et Soleil vert


31 commentaires:

S'Anonyme a dit…

"Un biographe a-t-il tenté d'approcher sa vie ? "
non, les ouvrages qui tentent de cerner l’écrivain sont assez anciens. On a, dans l'ordre chronologique, Clareson (1983, évidemment pas à jour), Elkins & Geenberg (1992, recueil d'essais de diverses plumes), Chapman (1999, qui contient quelques pages sur The Alien Years), le dernier étant non seulement le plus récent mais aussi largement le meilleur.
Pour approcher Silverbob, le mieux est sans doute de consulter ses écrits de non fiction (comme Asimov, il a beaucoup commis beaucoup de paratexte) soit dans les innombrables ouvrages auxquels il a contribué ou qu'il a rassemblé, soit, de façon plus rapide, dans les quelques recueils d'articles de sa plume.
Il existe aussi une bonne trentaine d'interviews de lui (y compris en français) et même un livre entier de conversations avec l'auteur (2016, par son "héritier" -?- Zinos-Amaro).

Christiane a dit…
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Anonyme a dit…

En effet, on ne peut pas ne pas songer à Spin et la trilogie correspondante de CR Wilson…

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…
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S'Anonyme a dit…

en fait dans la VO, il est dit "Cessna 104-FG", comme le 104 n'est pas un nom de modèle de ce constructeur, il s'agit plus probablement de l'immatriculation de l'appareil : N104FG (on est aux USA). Pour de vrai, cette immatriculation est celle d'un Piper PA-28 (c'est le même genre d'avion, un quadriplace léger).
Aéro S.

John Warsen a dit…

Vive Silverberg ! Vive Robert Charles Wilson ! Et vive nous qui les célébrons ! cet été, si je trouve 5 minutes, je relis Sturgeon, y'a un Omnibus assez complet.

Christiane a dit…
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Soleil vert a dit…

"Sous les mots se cache une histoire contemporaine qui, elle, n'est pas de la science-fiction..."

L'incendie gigantesque de la Californie rappelle celui de 2025.

Christiane a dit…
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Anonyme a dit…

Lisez! Vous verrez bien les intentions de l’auteur!

Soleil vert a dit…

Il y a ce fossé d'incompréhension entre les Terriens et les Entités, que l'on voyait déjà à l'oeuvre dans "Rendez-vous avec Rama" de Clarke. L'autre surprise c'est cette mise en avant d'une chronique d'une famille sur plusieurs générations, alors que l'invasion semble réléguée au second plan. J'irai même faire une comparaison avec le film "Les sept mercenaires" et les réflexions finales du vieux villageois. SV