mardi 21 juillet 2026

Le Mur invisible

Marlen Haushofer - Le Mur invisible - Actes Sud

 

 


La collection Babel d’Actes Sud a réédité l’année dernière Le mur du silence de Marlen Haushofer. Paru en 1963 le roman raconte le parcours de survie d’une femme subitement coupée du monde dans une région montagneuse autrichienne. Venue passer quelques jours dans un chalet à l’invitation d’un couple d’amis elle se retrouve brusquement isolée du reste du monde par un mur invisible. Une apocalypse d’origine inconnue s’est abattue sur la planète décimant par-delà cette frontière la faune et les humains, épargnant la végétation.

 

Les propriétaires du chalet partis faire une course ne sont pas revenus et l’héroïne (dont nous ne connaitrons pas le nom) comprend alors qu’ils font partie des victimes. Elle se retrouve seule en compagnie de leur chien, d’une chatte et quelque temps plus tard d’une vache laitière perdue. Les hôtes ont laissé un stock de nourriture, mais la femme se met en devoir d’organiser sa propre subsistance, n’ayant aucune assurance sur la durée de la catastrophe et l’arrivée de secours.

 

Son quotidien se partage alors entre travaux agricoles et la tenue d’un journal. Son courage et la présence des animaux qu’il faut bien nourrir, ou traire dans le cas de la vache, adoucissement son isolement, l’empêchent de sombrer. On apprend qu'elle est veuve et que ses filles s’étaient éloignées d’elle depuis longtemps. Sa soudaine solitude ne fait que prolonger celle de son existence antérieure.

 

Le Mur invisible se lit alors non comme un récit de science-fiction postapocalyptique mais comme un cheminement spirituel à mi-chemin entre les récits de survie (Seul de Richard E. Byrd), les ouvrages de Bernanos ou les films de Bresson. L’héroïne ne croit pas comme l’amiral Byrd à une harmonie entre les créations du cosmos. La Nature n’est pas conçue pour l’homme. A la fois refuge et défi elle condamne les âmes impréparées ou troublées non pas à l’animalité mais à la monstruosité et c’est d’ailleurs l’une d’elles que la solitaire affronte in fine. Cependant une forme de paix s’installe peu à peu dans son existence liée à son inlassable activité quotidienne et elle se fond dans le paysage.

 

Le Mur invisible est le monologue superbement écrit d’une femme qui acquiert durement son autonomie, à la fois enfermée, protégée et libre. On rattache parfois ce roman à l’écoféminisme.

Une autre lecture.

 

EXTRAIT 1

 

« Mais si le temps n'existe que dans ma tête, et si je suis le dernier être humain, il finira avec moi. Cette pensée me rend joyeuse. Il est peut-être en mon pouvoir de tuer le temps. Le grand filet se déchirera et tombera dans l'oubli avec son triste contenu. On devrait m'en avoir de la reconnaissance, mais personne ne saura après ma mort que c'est moi qui ai assassiné le temps. Dans le fond, ces pensées n'ont pas la moindre signification. Les choses arrivent tout simplement et, comme des millions d'hommes avant moi, je cherche à leur trouver un sens parce que mon orgueil ne veut pas admettre que le sens d’un événement est tout entier contenu dans cet évènement. Aucun coléoptère que j'écrase sans y prendre garde ne verra dans cet évènement  fâcheux pour lui une secrète relation de portée universelle. Il était simplement sous mon pied au moment où je l'ai écrasé : un bien-être dans la lumière, une courte douleur aiguë et puis plus rien. Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister. Je ne sais pas si j'arriverai un jour à prendre mon parti de cette révélation. Il est difficile de se défaire de cette folie des grandeurs ancrée en nous depuis si longtemps. Je plains les animaux et les hommes parce qu'ils sont jetés dans la vie sans l'avoir voulu. Mais ce sont les hommes qui sont sans doute le plus à plaindre, parce qu'ils possèdent juste assez de raison pour lutter contre le cours naturel des choses. Cela les a rendus méchants, désespérés et bien peu dignes d'être aimés. Et pourtant il leur aurait été possible de vivre autrement. Il n'existe pas de sentiment plus raisonnable que l’amour qui rend la vie plus supportable à celui qui aime et à celui qui est aimé. Mais il aurait fallu reconnaître que c’était notre seul possibilité, l'unique espoir d'une vie meilleure. Pour l’'immense foule des morts, la seule possibilité de l'homme est perdue à jamais. Ma pensée revient sans cesse là-dessus. Je ne peux pas comprendre pourquoi nous avons fait fausse route. Je sais seulement qu'il est trop tard »

 

EXTRAIT 2

 

« Après, je m'asseyais sur te banc et attendais. La prairie s'endormait lentement. Les étoiles apparaissaient et plus tard la lune se levait et inondait de sa lumière froide le pré. Toute la journée, je languissais après ces heures. C'étaient les seules où j'étais capable de penser sans me faire d'illusions et en pleine lucidité, Je ne cherchais plus un sens capable de me rendre la vie plus supportable. Une telle exigence me paraissait démesurée. Les hommes avaient joué leurs propres jeux qui s'étaient presque toujours mal terminés. De quoi aurais-je pu me plaindre ; j'étais une des leurs et il m'était impossible de les condamner, je les comprenais trop bien. Mieux valait ne plus penser aux hommes. Le grand jeu du soleil, de la lune et des étoiles, lui, semblait avoir réussi ; il est vrai qu'il n'avait pas été inventé par les hommes. Cependant il n'avait pas fini d'être joué et pouvait bien porter en lui le germe de son échec. Je n'étais qu'une spectatrice attentive et enthousiaste, mais ma vie toute entière n'aurait pas été assez longue pour comprendre la plus courte des phases de ce jeu. J'avais passé presque toute mon existence à me débattre au milieu d'humbles soucis quotidiens. Maintenant que presque plus rien ne m'appartenait, j'avais le droit d’être assise en paix sur le banc et de regarder les étoiles qui dansaient dans la noirceur du firmament. Je m'étais éloignée de moi-même aussi loin qu'il était possible à un homme de le faire et je me rendais compte que cet état ne devait pas durer si jevoulais rester en vie, À ce moment-là je savais plus tard que je ne comprendrais pas ce qui m'était arrivé sur l’ alpage. Je prenais conscience que tout ce que j'avais pensé ou fait dans le passé n'avait été qu'une imitation sans valeur. D'autres hommes avaient pensé et agi, avant moi et pour moi. Je n'avais eu qu'à suivre leur trace. Les heures passées sur le banc devant la cabane étaient la réalité, une expérience que je faisais en personne et pourtant pas jusqu'au bout. Presque toujours les pensées étaient plus rapides que les yeux et falsifiaient l'image véritable.

 

Au réveil, quand l'esprit est encore engourdi par le sommeil, parfois je vois des choses avant de pouvoir les classer et les reconnaître. L'impression est terrifiante et menaçante. C'est seulement quand je la reconnais que la chaise avec mes vêtements se change en objet familier. Un instant avant, elle était encore quelque chose d'entièrement étranger qui me donnait des palpitations. Je ne me prêtais pas souvent à ce genre d 'expériences, mais il n'y a rien d'étonnant à ce que je les aie faites. Il n'y avait rien en effet qui aurait pu me distraire ou m'occuper l'esprit, pas de livres, pas de conversations, pas de musique, rien, Depuis mon enfance, j'avais désappris à voir les choses avec mes propres yeux et j'avais oublié qu'un jour le monde avait été jeune, intact, très beau et terrible. Je ne pouvais plus revenir en arrière, car je n'étais plus une enfant et je n'étais plus capable de sentir comme une enfant, mais la solitude me permettait parfois de voir encore une fois, sans souvenir ni conscience, la splendeur de la vie. Peut-être que les animaux vivent jusqu'à leur mort dans un monde de terreur et de ravissement. Ils ne peuvent pas fuir et doivent jusqu'à la fin supporter la réalité. Leur mort elle-même est sans consolation et sans espérance, une mort véritable. Moi, j'étais comme tous les hommes, toujours pressée de fuir et toujours empêtrée dans mes rêveries. Comme je n'avais pas vécu la mort de mes enfants, je m'imaginais qu'elles étaient encore en vie. Mais j'ai vu comment Lynx a été frappé à mort, j'ai vu la cervelle de Taureau jaillir de son crâne brisé, j'ai vu comme Perle avançait péniblement, une chose sans os, perdant son sang, et sans cesse je sens se refroidir dans mes mains le cœur chaud des chevreuils.

 

Cela, c'était la réalité, Parce que j'ai vu et senti tout cela, il m'est difficile de rêver en plein jour. J'ai une forte aversion contre les rêveries et je sens qu'en moi l'espérance est mort. Je n'en ai pas peur. Je ne sais pas si j'aurai assez de force pour vivre seulement en face de la réalité. Souvent, j'essaie de me traiter comme un robot : fais ceci et va là-bas et n'oublie pas de faire cela. Mais je n'y parviens qu'un court instant. Je suis un mauvais robot. Je reste un être humain qui pense et qui sent et je ne pourrai pas perdre l'habitude de le faire. C'est pourquoi je suis assise ici et écris tout ce qui s'est passé sans me soucier de savoir si les souris mangeront ou non ces pages. Ce qui importe c'est d'écrire et puisqu'il n'y a plus de conversation possible, je dois m'efforcer de continuer ce monologue sans fin. Ce sera le seul récit que je laisserai ; en effet, quand il sera achevé, il n'y aura plus dans la maison un seul bout de papier sur lequel écrire. Voilà déjà que je tremble en pensant au moment où il faudra que j'aille au lit. Ensuite je resterai les yeux grands ouverts jusqu'à ce que la chatte rentre et que sa chaude proximité me permette de trouver le sommeil tant désiré. Mais je ne serai pas pour autant hors de danger. Si je suis sur mes gardes, des rêves peuvent me surprendre, les rêves noirs de la nuit. »

 


31 commentaires:

Anonyme a dit…

comme un avant-gout du roman survivaliste de Jean Hegland, "Dans la forêt", Ne trouvez vous pas ?

Christiane a dit…

C'est une très belle idée de lier sa solitude avant le mur à sa solitude après le mur. Je me demande quelle fin elle a pu trouver à cette histoire de mur... C'est intéressant cette double fonction du mur : protéger mais isoler.
Mais elle n'est pas vraiment seule. Ce chien, une vache, des oiseaux peut-être, des insectes. Le ciel est-il le même au-dessus de son espace et hors du mur ? Étonnant...

Soleil vert a dit…

Un récit de SF se serait interrogé sur la nature et l'étendue de ce mur ...
Pour vous
J'ai trouvé un instagram de d'Ormesson récitant un poème de Yourcenar. Belle diction, mais le poème n'était pas complet !
Voici donc : VOUS NE SAUREZ JAMAIS

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

Soleil vert a dit…

Fin août je vise (il parait le 22/08) :
Pampa de Eduardo F. Valera chez Métailié

Christiane a dit…

Comment répondre à une telle beauté toute entière bercée de sérénité ? Il est certain jardin que l'on approche avec un double né dans la grande nuit et ses brassées d'étoiles.

Christiane a dit…

Cela me laisse donc un mois pour lire ce roman étrange.
Un mur invisible ? Drôle d'affaire... On s'y cogne mais on le voit pas. On ne sait où il s'arrête, s'il cerne ou si seulement il sépare. Que sépare-t-il d'ailleurs? Qu'y a-t-il de l'autre côté du mur.?
Quelle présence fascinante...

Anonyme a dit…

Dans un récit de science fiction classique, on aurait pu imaginer une réserve conçue par des envahisseurs alors que le reste de l’Humanité est détruite.Mais tel n'est pas le dessein de l'autrice.
P.S : d'ici là et avant le "Pampa" je parlerai d'un autre ouvrage SF
SV

Christiane a dit…

Je profite des derniers moments qui me séparent de la lecture du livre pour imaginer la suite. Ensuite c'est Marlène Haushofer qui dirigera mes pensées. Son dessein semble placer cette femme dans une situation extrême de solitude imposée. Cet état changera-t-il sa relation aux autres.
Pour l'instant, seul le chien Lynx revient de l'ailleurs où on disparu les gens qu'elle s'apprête à retrouver. C'est un bon début qui sent l'imprévu.

Christiane a dit…

J'aime bien effacer mes commentaires, c'est comme une marée qui emporte les mots algues au loin. Et quand vous nettoyez la plage. C'est tout propre, tout lisse comme le rivage au matin. Si on marche sur le sable mouillé cela laisse des traces. Des mouettes criaillent. Le vent est iodé. Et là on repense à l'histoire lue. Des souvenirs reviennent parfois loin de l'intrigue. Cela peut être la rumeur de la langue, un rythme, une image.
Je relis des commentaires., ceux de S. grande lectrice qui sait prendre des distances avec un auteur. Ceux de M. C, souvent comparatifs. Il a envie de parler de ses lectures plus que de celle proposée par S. V. "La Convergence des parallèles" c'est toujours énigmatique, mots précis, pas de trémolos. La libraire vient trop peu souvent. Et puis les anonymes... Et puis vous, un bon guide de cordée.
Parfois je reprends le livre, impression de plaisir ou d'oubli.
Mais peu à peu c'est un temps de marée montante. Les mots reviennent différents lavés à grande eau écumeuse. .
Donc aujourd'hui je n'ai encore rien écrit sur ce mur invisible ou presque. Je pense aux grands mimes dont Marceau. Comme ils ont su nous faire sentir des murs invisibles.
Jaime bien ce blog. Je relis cette rêverie, "Vous ne saurez jamais où votre âme voyage..."

Christiane a dit…

Première apparition du mur invisible, page 11.
"je me cognai durement la tête et reculai en chancelant. (...) Interdite, j'allongeai la main et je sentis quelque chose de froid et de lisse : une résistance lisse et froide à un endroit où il ne pouvait y avoir rien d'autre que de l'air."

Très crédible.

Christiane a dit…

Donc en palpant elle suit cette surface dure et lisse et transparente jusqu'à retrouver un petit ruisseau.

Passage très réussi :
"Le niveau de l'eau avait légèrement monté et le ruisseau débordait. Pourtant les eaux étaient basses. (...)
De l'autre côté du mur- j'ai pris l'habitude d'appeler cette chose "le mur", il fallait bien lui donner un nom puisqu'elle existait -, de l'autre côté donc, le ruisseau était à sec sur une courte distance, puis un mince fi'et d'eau recommençait à couler. Sans doute l'eau s'était-elle déjà creusé un chemin à travers les roches calcaires perméables. Le mur ne devait donc pas être profondément enfoncé dans le sol. "

Christiane a dit…

Cette note : "cette tâche me semblait ce qu'il y avait de plus urgent à accomplir et elle m'absorba assez pour m'empêcher de penser à autre chose."
Fine observation des motivations inconscientes de nos comportements.

Christiane a dit…

En ce début de roman où la vie et la mort sont séparées par un mur, invisible, je pense à un conte d'Oscar Wilde, "Le géant égoïste".
Le géant construit un mur autour de son château pour se protéger des enfants vo'eurs de pommes. Alors l'hiver et la mort s'installent dans son jardin. Les arbres meurent. Les oiseaux aussi. Les rires des enfants ont disparu. Il connaît la solitude et la tristesse jusqu'au jour où un enfant étrange se glisse par une fente du mur dans le jardin....
Bien sûr rien à voir avec les personnages de ce roman sauf que d'un côté du mur, la mort s'installe.
Je me demande qui a créé ce mur, dans quel but ?

Christiane a dit…

Une pensée étonnante page 18. "pendant la nuit un mur invisible était descendu ou bien s'était élevé et que dans la situation où j'étais il ne m'était pas possible de trouver une explication à ce fait."
Donc un mur magique qui n'a aucun sens. Très kafkaien tout cela...

Christiane a dit…

Je comprends maintenant pour qu'elles raisons vous aviez cité Argo le chien d'Ulysse et Lynx celui qui tient compagnie, seule compagnie réconfortante à cette jeune femme prisonnière de ce mur. C'est quasiment le même chien capable d'un attachement sans faille, d'intuition, de partage de pensée, de vie offerte jusqu'au dernier soupir.
C'est une belle réponse qui m'avait d'abord étonnée.

Christiane a dit…

Ah, je n'ai pas rêvé !
Page 38
"J'observe que je n'ai pas écrit mon nom. Je l'avais donc presque oublié et je n'y changerai rien. Puisqu'il n'y a plus personne pour prononcer mon nom, il n'existe plus."

Christiane a dit…

Sans que je ne m'en rende compte je réalise que le récit est maintenant au passé. "Quand je repense à cet été, il m'apparaît accablé de labeur et de peine."
Donc, il y a eu un futur, une issue. Elle ajoute : "Je ne sais pas comment j'ai réussi à survivre à cette période."
Donc, elle a survécu. C'est rassurant. La tension est tombée.
Elle semble avoir eu faim donc la claustration a duré longtemps.
Il y a un passage très surprenant qui doit être commun à bien des prisonniers survivant dans des conditions difficiles. Ainsi page 48 : "Je tenais bon, mais je ne savais plus pourquoi c'était si important de le faire et je me contentais de vivre au jour le jour."

Christiane a dit…

Tous ces êtres immobiles de l'autre côté du mur n'ont pas l'apparence de cadavres. I's devraient être putrefiés or, il n'en est rien. I's sont figés dans la beauté de leur dernier instant de vie. "Ils ne paraissaient pas morts mais faisaient penser à des choses qui n'auraient jamais été vivantes. Entièrement inorganiques. Et pourtant, vivants, ils l'avaient été." Et soudain elle repasse à son temps présent. Lynx dont elle évoquait la mort dans les pages précédentes est à nouveau bien vivant et marche à ses côtés.
C'est très étrange son jeu de conjugaison, ce passé qui est percé de scènes où le temps n'est pas encore venu.
Elle évoque avec tant de tendresse la vache et le chat qui se sont joints au duo, elle et Lynx.
Et tout cela est raconté alors que je n'ai lu que 20% du roman.
L'imparfait est pour elle le temps du présent. Le passé composée, le souvenir de ce passé. L'attente est attisée par cette avance sur le récit dont elle tarde à donner la clé. C'est très intelligemment construit.
C'est très très mystérieux. Un grand livre plein de suspens.

Christiane a dit…

C'est Robinson dans son île. Elle fait le tour de son domaine, protégée par "son" chien.

Christiane a dit…

L'incendie en Gironde est terrifiant. Le Var, pareil. L'Espagne idem. Cet été est meurtrier pour la nature, les bêtes. Grâce aux pompiers peu de victimes. Sacrés hommes courageux, tellement utiles...

Christiane a dit…

Et si je me trompais ? Si c'est toute une vie, du moins quelques années qu'elle racontait parce qu'elle sent que ses forces baissent que la mort approche qu'elle ne saura jamais ce qui s'est passé pour qu'un matin elle se retrouve séparée d'un monde mort par un mur invisible. C'est un roman poignant. On ne sait pas. On lit et la durée s'installe effaçant les repères qu'elle avait dans la vie d'avant. Est-ce un cadeau la survie comme ça ? Qu'est-ce qui fait qu'elle ne se tue pas, qu'elle ne se laisse pas mourir. Ce n'est pas l'histoire du premier homme c'est peut-être l'histoire du dernier être vivant épargné on ne sait pourquoi on ne sait par qui... sur la planete Terre. Je crois que s'il devait avoir une suite, comme P. Roth, écrivant "Un homme", elle continuerait à écrire après sa mort pour dire qu'elle est morte. Mais pour l'instant je ne suis qu'au début de ce récit troublant. Jamais lu un truc pareil....

Christiane a dit…

Il me semble que ne pouvant plus parler à un humain, elle parle à ses bêtes. Elle n'a pas de vie intellectuelle, elle agit, soigne les bêtes, cultivé son aren't, fait du foin, bricole. Une activité très soutenue pour ne pas sombrer dans la folie. Elle March beaucoup. Son territoire est vaste a6 cause de la forêt. L'achat te attend des petits, la vache un veau. D'où sortent les mâles ? On ne sait. C'est le chien qui semble le plus proche. La chattecest i'dependante. La vache... Pas grand chose. C'est une vache. Bref, quelle vie désespérante. Mais elle est touchante dans sa simplicité.

Christiane a dit…

cultive son arpent
La chatte attend des petits

Christiane a dit…

C'est très bien écrit. On sent l'auteur. Il y a presque une impossibilité que cette femme simple écrive comme cela puisque c'est un journal. Elles sont deux : l'auteur et le personnage. Ce qui est délicat, bien observé c'est tout ce qui concerne les bêtes et la nature. C'est comme si c'était un rêve éveillé de l'auteur. Il me manque juste une adéquation entre l'écriture qui a tant de qualités et ce personnage qui ressemble à la Félicité de Flaubert.
C'est une question de langage, oui de langage. Si Marlen Haushofer la décrivait en gardant la main, je marcherais à fond mais comme c'est son personnage qui parle, ça devient plus compliqué. Je n'arrive pas bien à expliquer ce que je ressens. Une sorte de dédoublement instable qui est produit par l'écriture, superbe.

Christiane a dit…

Mieux que mes commentaires, cet extrait page 72.
"elle était loin d'être une géante, juste une femme surmenée, à l'intelligence moyenne, condamnée à vivre dans un monde hostile aux femmes, un monde qui lui parut toujours étranger et inquiétant. Elle en savait un peu sur pas mal de choses mais sur la plupart elle ne savait rien du tout et, en général, dans son esprit dominait un désordre effrayant. C'était bien assez pour la société dans laquelle elle vivait et qui d'ailleurs était aussi ignorante et accablée qu'elle. "

Christiane a dit…

Cette femme aurait-elle pu écrire : "C'était un bruit fantomatique, quelque chose que je n'aurais pas dû entendre et que j'entendais quand même. J'ai vécu bien d'autres orages dans la forêt mais je n'ai jamais entendu (...). Ou bien ce son ne fut qu'une illusion de mon ouïe assourdie par le fracas. "

Christiane a dit…

Les deux extraits donnés par S. V sont de sombres méditations philosophiques, écrites dans une langue superbe.
Ce livre est la longue traversée d'un exil involontaire privée peu à peu d'une issue favorable. La mort et le néant viennent terrasser tout désir de fuite ou d'attente de secours. L'espace où elle survit de plus en plus difficilement s'agrandit au fur et à mesure qu'elle l'explore jusqu'au moment où elle décide de ne plus sortir de la forêt qui devient son choix ultime . Une intrusion mystérieuse et éphémère vers le milieu du livre n'apportera aucun sens nouveau à cette aventure. Elle montrera seulement que la priorité pour elle sont ses bêtes. Le fait que le récit passe souvent au passé semble indiquer qu'elle a vécu longtemps cette vie de prisonnière survivante au milieu de rien.
Seules les p'antes semblent survivre à ce désastre, même pas les animaux. Elle attend la mort comme une usure du vivre.
Le seul regret que j'éprouve c'est cette personne un peu frustre qui vient prendre l'identité de la narratrice comme une fausse note (langage), mais c'est une lecture qui échappe peu à peu à cette situation invraisemblable. Il reste un être humain avec des capacités peu communes de philosopher quand tout se meurt. Un livre qui ne pourra être oublié.

Christiane a dit…

S.V l'avait signalé dans son billet mais j'avais oublié.

Christiane a dit…

J'ai bien conscience, S. V, que mes commentaires si nombreux ne sont pas ce qu'on attend sur un blog. J'espère qu'ils n'envahissent pas trop cet espace. Ce ne sont plus des commentaires mais une sorte de journal d'une lectrice évoquant librement le livre qu'elle est en train de lire et d'autres pensées qui lui viennent générées par cette lecture. Puisque ces mots passés par votre modération apparaissent c'est que vous acceptez leur présence. Alors merci.
C'est un dépôt souvent éphémère (effacement.!) d'écriture. Un dépôt qui fait partie de la lecture.
Mais ce qui reste important quand on ouvre votre blog, Soleil vert, c'est ce que vous construisez de livre en livre une immense bibliothèque de l'étrange tantôt philosophique tantôt poétique et souvent en relation avec les ouvrages de science-fiction.
Vos liens sont superbes ouvrant sur d'anciens billets ou d'autres livres ou d'autres critiques littéraires. Et puis vos musiques, vos extraits de films. C'est tout un monde.
Une belle mémoire parfois intime dans la colonne de droite.
Bravo pour ce monde enfoui "au fond du web" Chanceux ceux qui la découvrent.

Soleil vert a dit…

Vous êtes ici chez vous, ne vous inquiétez pas

Christiane a dit…

Merci, l'ami, l'accueil est bon. Je me repose chez vous.