dimanche 18 janvier 2026

Omale

Laurent Genefort - Omale - Folio SF

 

 

Pourquoi lisons nous de la littérature de science-fiction ? Dans l’inventaire des désirs que dresse chacun, surgissent, mais pas exclusivement, l’émerveillement, la sidération. Afin de combler ces attentes quelques écrivains ont choisi la voie du gigantisme et imaginé des objets fabriqués par des entités inconnues aux ressources technologiques infinies. Pour Arthur Clarke ce fut Rama, vaisseau cylindrique énigmatique, pour Larry Niven un monde annulaire encerclant un soleil et pour ne pas allonger la liste nous plongerons directement dans la sphère de Dyson cœur du cycle d’Omale.

 

La quatrième de couverture révélant le dénouement de l’intrigue, c’est-à-dire la découverte de la topologie de l’artefact, précisons sans regret que l’objet imaginé par Laurent Genefort est une structure artificielle, une sphère creuse de la taille d’un système solaire englobant son astre, Héliale. Les habitants d’Omale occupent la partie intérieure de l’artefact ce qui représente une superficie équivalant à des dizaines voir des centaines de millions de fois celle de la Terre. Conséquence de ces immensités, la courbure (ou le redressement) de l’horizon est invisible et leur donne l’impression d’une étendue infiniment plate.

 

Les légendes disent que jadis les Vangk ont capturé une partie de la population de la Galaxie et les ont injecté via des trous de ver dans ce nouveau monde. Trois espèces différentes ou « reh » coexistent, les Humains, les impressionnants Chiles et les sages Hodgqins. Longtemps en conflit les deux premières ont conclu un accord de partage de territoire, étant entendu que de gigantesques portions d’Omale restent inexplorées. Le roman débute par la rencontre de quelques représentants des reh tous et toutes embarqués à bord d’un aéronef à destination de Stadtville dans un voyage de quatre mois au-dessus du lac Pacifique. Il y a Sheitane, une humaine, Alessander un elerak ,c’est-à-dire un humain élevé par des Chiles, Hanlorfaïr un Chile rejoint par Sikandadaïr au cours d’une attaque pirate contre le Yyalter, et Amees un Hodgqins. Tous ont répondu à l’appel d’un même mystérieux commanditaire et sont possesseurs d’un fragment d’une coquille d’œuf. Assemblés ils révèlent une forme sphérique.

  

Pas de sidération, pas de récit d’exploration, Omale est un patchwork d’épopées personnelles épiques aiguisant l’attention du lecteur sur les personnages. Chacun d’eux réuni autour d’un plateau de fejij, un jeu traditionnel, raconte son propre parcours, apprenant par là à connaitre et apprécier ses partenaires, y compris l'irascible Sikandadaïr. On compatit au destin d’ Hanlorfaïr, astronome de vocation qui à la suite d’un drame se plia à la volonté parentale de poursuivre des études de médecine, à celui d’Alessander enfant arraché à sa mère et réduit à un état de quasi esclavage chez les Chiles. Rédemption ou accomplissement, tous espèrent toucher au but au terme du roman. Beaucoup de lecteurs ont comparé Omale à Hypérion. J’y ai vu personnellement l’histoire d’une communauté tolkienne. Ce premier pas dans le cycle m’apparait comme une réussite.


29 commentaires:

La convergence des parallèles a dit…

Bôôôôôôô... de la Hard Science Fiction; tu connais mes craintes; mais j'aime bien voir ton premier paragraphe tourner autour des "Big Dumb Object" (BDO). Là je comprend ce que l'on me dit.. et c'est too much.

Anonyme a dit…

Genefort n'est pas Peter Watts :) SV

Anonyme a dit…

C’est tout de même mieux que Pierre Boulle!

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…

Je me souviens : L'Agénor, ce majestueux paquebot transcontinental volant tracté par une locomotive...
Et la couverture du livre si belle... Un recueil de nouvelles, donc, pour le découvrir, l'an passé...
Cest bien que vous soyez revenu avec un nouveau livre de lui.
J'ai cherché sur internet. J'aime bien le visage franc, lumineux de Laurent Genefort. Je l'ai écouté aux Utopiales de Nantes. Sa voix est discrète. Il s'exprime avec modestie et conviction et quand on l'écoute, son monde imaginaire devient proche.
J'ai lu aussi un entretien où il exprime ses interrogations, ses déceptions sur l'atmosphère de notre époque, sur la vie en ces années. Donc, il écrit et ce qu'il écrit est attachant comme ce minerai antigravitationnel dans la première nouvelle. Je me souviens... Cavonite, je crois.
La couverture d'Omale est lunineuse en haut, étrange en bas avec un drôle d'engin.
Merci pour ce billet qui commence par une question que je me pose souvent. J'aime bien votre réponse.
A plus tard...

Christiane a dit…

https://soleilgreen.blogspot.com/2024/05/la-croisiere-bleue.html

C'était là...

Christiane a dit…

Cavorite... Je n'étais pas loin !

S'Anonyme a dit…

esprit de Bob Shaw, es-tu là ?

Soleil vert a dit…

Qui va là ? :):)
dit l'idiot qui avait dans sa bibliothèque Orbitville sous les yeux entre Le monde averti et Le désert du monde ...

Christiane a dit…

Qui est Bob Shaw?

Christiane a dit…

Étrange, étrange... Vous avez dit étrange ?

Christiane a dit…

Plus exactement, dans le film "Drôle de drame", on entend la célèbre réplique «Bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c'est bizarre. »
C'est Louis Jouvet, le sourcil suspicieux, s'adressant à Michel Simon (Édouard Molyneux) qu'il suspecte d'être impliqué dans la disparition de sa femme....

Christiane a dit…

"Drôle de drame", un film de Marcel Carné, scénario et dialogues de Jacques Prévert, (1937) , avec Michel Simon, Louis Jouvet, Françoise Rosay et Jean-Louis Barrault...

Christiane a dit…

Bonjour, Soleil vert. Je squatte encore un peu sous le billet précédent tant la lecture du livre signalé par un ou une anonyme me ravit. Cette traduction de l'œuvre de Lucrèce par Bernard Combeaud est vraiment magnifique.

Anonyme a dit…

La Cavorite propulse en effet Les Premiers Hommes dans la Lune, de HG Wells. Le problème c’est qu’on en a plus retrouvé après…

Christiane a dit…

Ne dirait-on pas que Folon pensait à la cavorite ?
"folon antenne 2 dessin original" https://share.google/2Faax1KHrGHgBSmLy

J J-J a dit…

un message pour vous sur le fil précédent, chère Ch.

Christiane a dit…

Merci.

Christiane a dit…

Rendez-vous, donc, sous le billet précédent.

La convergence des parallèles a dit…

Je rebondis sur le premier propos de S'Anonyme.
Bob Shaw: le créateur du "verre lent" qui absorbe la lumière et les images qu'elle véhicule; les restitue à sa surface à des délais variables allant jusqu'à plusieurd années. Ainsi renaissent des paysages disparus, des êtres défunts qui ont pris la pause de leur vivant, l'été en plein hiver aux fenètres de nos appartements... etc. Une belle idée...

Soleil vert a dit…

Bon, je le ressortirai des mes étagères ...

Christiane a dit…
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Christiane a dit…

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Anonyme a dit…

Euh… s’agit-il d’une référence, et si oui, laquelle?

Christiane a dit…

C'était une très belle page des petits textes en séries de "Monsieur Palomar".
Je l'avais destinée au précédent billet car elle me paraissait dire un peu du regard de Soleil vert et j'annonçais, ayant terminé la relecture de Lucrèce, avoir envie de retrouver le regard d'Italo Calvino sur les aspects multiformes de l'univers, des faits minimes du quotidien, jusqu'aux choses rencontrées.
Là où il cherche l'harmonie, il ne trouve que discorde et déchirements. Il devient désenchanté, taciturne, très attentif par exemple à cette vague qui bat la plage ou cet oiseau migrateur ou ces planètes vues au télescope. Il prend des notes dans ses carnets. Ce livre est fait de ces notes.

Anonyme a dit…

Ok! Je me rappelle avoir vu passer Paloma et Lucrèce !

Christiane a dit…

Alors, vous n'êtes pas perdu.

J J-J a dit…

Moi itou, mais c'était Palomar, en réalité... Et pour Calvino, un lien avec les "cosmicomics"... Il n'avait jamais lu Crèce ;-) , mais nous avons toujours apprécié les voyages intérieurs et les va-en-vient mentaux... Pourquoi nous les enlever ? Bàv,

Christiane a dit…

Mais, JJJ, je ne les ai pas enlevés mais remis sous le billet précédent. J'aime bien ce que vous avez écrit sur Le Clezio. C'est bien vu.