Laurent Genefort - Omale - Folio
SF
Pourquoi lisons nous de la littérature de science-fiction ? Dans l’inventaire des désirs que dresse chacun, surgissent, mais pas exclusivement, l’émerveillement, la sidération. Afin de combler ces attentes quelques écrivains ont choisi la voie du gigantisme et imaginé des objets fabriqués par des entités inconnues aux ressources technologiques infinies. Pour Arthur Clarke ce fut Rama, vaisseau cylindrique énigmatique, pour Larry Niven un monde annulaire encerclant un soleil et pour ne pas allonger la liste nous plongerons directement dans la sphère de Dyson cœur du cycle d’Omale.
La quatrième de couverture révélant le dénouement de l’intrigue,
c’est-à-dire la découverte de la topologie de l’artefact, précisons sans regret
que l’objet imaginé par Laurent Genefort est une structure artificielle, une
sphère creuse de la taille d’un système solaire englobant son astre, Héliale.
Les habitants d’Omale occupent la partie intérieure de l’artefact ce qui
représente une superficie équivalant à des dizaines voir des centaines de
millions de fois celle de la Terre. Conséquence de ces immensités, la courbure (ou
le redressement) de l’horizon est invisible et leur donne l’impression d’une
étendue infiniment plate.
Les légendes disent que jadis les Vangk ont capturé une partie
de la population de la Galaxie et les ont injecté via des trous de ver dans ce
nouveau monde. Trois espèces différentes ou « reh » coexistent, les
Humains, les impressionnants Chiles et les sages Hodgqins. Longtemps en conflit
les deux premières ont conclu un accord de partage de territoire, étant entendu
que de gigantesques portions d’Omale restent inexplorées. Le roman débute par
la rencontre de quelques représentants des reh tous et toutes embarqués à bord
d’un aéronef à destination de Stadtville dans un voyage de quatre mois
au-dessus du lac Pacifique. Il y a Sheitane, une humaine, Alessander un elerak ,c’est-à-dire
un humain élevé par des Chiles, Hanlorfaïr un Chile rejoint par Sikandadaïr au cours d’une attaque pirate contre le Yyalter, et
Amees un Hodgqins. Tous ont répondu à l’appel d’un même mystérieux
commanditaire et sont possesseurs d’un fragment d’une coquille d’œuf. Assemblés
ils révèlent une forme sphérique.
Pas de sidération, pas de récit d’exploration, Omale est un patchwork d’épopées personnelles épiques aiguisant l’attention du lecteur sur les personnages. Chacun d’eux réuni autour d’un plateau de fejij, un jeu traditionnel, raconte son propre parcours, apprenant par là à connaitre et apprécier ses partenaires, y compris l'irascible Sikandadaïr. On compatit au destin d’ Hanlorfaïr, astronome de vocation qui à la suite d’un drame se plia à la volonté parentale de poursuivre des études de médecine, à celui d’Alessander enfant arraché à sa mère et réduit à un état de quasi esclavage chez les Chiles. Rédemption ou accomplissement, tous espèrent toucher au but au terme du roman. Beaucoup de lecteurs ont comparé Omale à Hypérion. J’y ai vu personnellement l’histoire d’une communauté tolkienne. Ce premier pas dans le cycle m’apparait comme une réussite.

7 commentaires:
Bôôôôôôô... de la Hard Science Fiction; tu connais mes craintes; mais j'aime bien voir ton premier paragraphe tourner autour des "Big Dumb Object" (BDO). Là je comprend ce que l'on me dit.. et c'est too much.
Genefort n'est pas Peter Watts :) SV
C’est tout de même mieux que Pierre Boulle!
MC
Je me souviens : L'Agénor, ce majestueux paquebot transcontinental volant tracté par une locomotive...
Et la couverture du livre si belle... Un recueil de nouvelles, donc, pour le découvrir, l'an passé...
Cest bien que vous soyez revenu avec un nouveau livre de lui.
J'ai cherché sur internet. J'aime bien le visage franc, lumineux de Laurent Genefort. Je l'ai écouté aux Utopiales de Nantes. Sa voix est discrète. Il s'exprime avec modestie et conviction et quand on l'écoute, son monde imaginaire devient proche.
J'ai lu aussi un entretien où il exprime ses interrogations, ses déceptions sur l'atmosphère de notre époque, sur la vie en ces années. Donc, il écrit et ce qu'il écrit est attachant comme ce minerai antigravitationnel dans la première nouvelle. Je me souviens... Cavonite, je crois.
La couverture d'Omale est lunineuse en haut, étrange en bas avec un drôle d'engin.
Merci pour ce billet qui commence par une question que je me pose souvent. J'aime bien votre réponse.
A plus tard...
https://soleilgreen.blogspot.com/2024/05/la-croisiere-bleue.html
C'était là...
Cavorite... Je n'étais pas loin !
Enregistrer un commentaire