dimanche 1 février 2026

Un lieu ensoleillé pour personnes sombres

Mariana Enriquez - Un lieu ensoleillé pour personnes sombres - Editions du sous-sol

 

 

Depuis Ce que nous avons perdu dans le feu, deux autres recueils de nouvelles de l’écrivaine argentine Mariana Enriquez ont paru dans l’Hexagone, Les Dangers de fumer au lit - son premier ouvrage - , et le présent Un lieu ensoleillé pour personnes sombres. Comme d’habitude Buenos Aires trace les contours d’une géographie de la misère, de l’étrange, de l’horreur peuplée de personnages féminins confrontés à une faune ou des situations angoissantes. Morts, fantômes, revenants, body horror, la panoplie du genre métaphorise les détresses sociales et les douleurs individuelles.

 

« Julie » conte ainsi le retour d’un couple d’argentins et de leur fille à Buenos Aires. Installés aux Etats-Unis ils projettent en secret de faire interner à moindre frais leur enfant, jeune femme souffrant de troubles psychiatriques. Derrière l’émotion, une satire familiale mordante.

 

Emma, médecin, s’astreint à un sacerdoce dans son quartier défavorisé, apaiser les fantômes de gens assassinés qui viennent hurler leur douleur à la porte des maisons de leurs proches. Et si « Mes morts tristes » s’inspirait des « Mères de la place de Mai » ?

 

Dans « Le malheur sur le visage » une femme subit l’effacement inexpliqué de sa face, une malédiction héritée de sa mère victime d’un violeur toujours sévissant, le pitch métaphorisant ici l'anonymisation de la victime : « La maison de Tina était à quelques mètres. Elle courut le plus rapidement possible, les clés de Tina à la main, au cas où elle n'ouvrirait pas immédiatement. Elle les avait toujours sur elle en cas d'urgence, et ceci était une urgence. Elle cou­rut avec le vent en plein visage et ça ne faisait pas mal, c'était agréable, ce visage dont elle ne savait plus si c'était le sien, s'il était toujours là, si c'était celui de sa mère ou de sa grand-mère, si elle allait trouver la maison ou courir jusqu'au fleuve, si tout raconter à sa fille allait provoquer la fin ou juste un rire moqueur du siffleur, qui n'arrêtait pas, qui paraissait de plus en plus près, si tout raconter serait pas un autre piège comme celui des pieds dont les empreintes mènent toujours ailleurs loin de leur propriétaire. »

 

On citera l’original « Différentes couleurs composées de larmes ». Un vieil homme cède gratuitement les robes de collection de sa défunte épouse à des acheteuses. Elles ne savent pas que leur mécène a projeté sur ces vêtements toute la haine accumulée contre sa femme. Plus classique « Un artiste local » raconte les déboires d’un jeune couple ayant choisi de passer quelques jours de vacances dans un village abandonné.

 

Les autres textes ne déméritent pas confirmant que Mariana Enriquez est bien la Blackstar de la littérature argentine.

 

 

 

 

SOMMAIRE (traduction Anne PLANTAGENET)

 

1 - Mes morts tristes (Mis muertos tristes

2 - Les Oiseaux de nuit (Los pájaros de la noche),

3 - Le Malheur sur le visage (La desgracia en la cara),

4 - Julie (Julie)

5 - Métamorphose (Metamorfosis)

6 - Un lieu ensoleillé pour personnes sombres (Un Lugar soleado para gente sombría),

7 - Les Hymnes des hyènes (Los himnos de las hienas

8 - Différentes couleurs composées de larmes (Diferentes colores hechos de lágrimas

9 - La Femme qui souffre

10 - Cimetière de frigos (Cementerio de heladeras)

11 - Un artiste local (Un artista local)

12 - Yeux noirs (Ojos negros)






14 commentaires:

Christiane a dit…

Donc cette femme écrivain s’inspire de l'univers de David Lynch, et de David Bowie. Ces douze nouvelles mettant en scènes des femmes assassinées, torturées ressemblent à des cauchemars horribles, écrites heureusement avec humour et poésie.
C'est l'Argentine... où se côtoient les mystères des légendes de revenants, le crime et la douceur de vivre.
Voyage mouvementé en perspective pour une lectrice insatiable !
Mariana Enriquez est dites-vous la blackstar de la littérature Argentine. La chanson de Bowie est bien belle. En avez-vous la traduction ? Je crois qu'il y chante la mort façon Baudelaire, divinité ensorcelante...

Anonyme a dit…

Dites au mons l’Etoile Sombre! Ça aura plus de gueule que ce franglais emprunte on ne sait où à on ne sait qui!

Christiane a dit…

Cherchez et vous trouverez...

Christiane a dit…

Blackstar, le dernier album de David Bowie sorti deux jours seulement avant sa disparition le 10 janvier 2016, acclamé pour son audace est un ultime adieu artistique poignant.

Christiane a dit…

Bowie y raconte un cycle éternel : la mort, suivie d’une renaissance. Il chante, d’une voix spectrale :

"Le jour de sa mort, quelque chose se produisit.
Son esprit s’éleva d’un mètre et s’écarta.
Quelqu’un d’autre prit sa place et cria courageusement :
« Je suis une Étoile Noire. »

Christiane a dit…

https://popetry.wordpress.com/2016/08/01/popetry-traduction-david-bowie-blackstar/
Voilà une traduction possible.

Christiane a dit…

Un lieu ensoleillé, de Mariana Enríquez : Le soleil noir de Mariana Enríquez - En attendant Nadeau https://share.google/ejXrFLmEqHYorXDxM

Un beau regard sur ces nouvelles et sur Mariana Enriquez

Christiane a dit…

La couverture du livre est fascinante (une peinture signée Guillermo Lorca).

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Actualittés .com Mariana Enriquez ”Ce monde est profondément bizarre ”. Intéressante interview .

Anonyme a dit…

Donc cette femme écrivain s’inspire de l'univers de David Lynch, et de David Bowie

non, c'est mon délire. SV

Christiane a dit…

Toutefois, Elle dit à la Maison de la Poésie, en fin d'entretien l'influence de musiques, de chansons qui l'ont inspirée.
À la fin du livre elle en dresse la liste.
Son univers, elle en parle bien. J'envie les gens qui comprennent sa langue car la traductrice résume plus qu'elle ne traduit...
Mais lisant la première nouvelle, et l'écoutant, je comprends votre rapprochement. C'est une femme passionnante, très agréable à regarder, à écouter. Elle parle avec tant de légèreté de ses nouvelles. Il y a de la joie en elle, plus que dans ses nouvelles !

Christiane a dit…

https://actualitte.com/article/126808/interviews/mariana-enriquez-ce-monde-est-profondement-bizarre

Oui, c'est vrai. Voilà le lien. Merci.

Christiane a dit…

Lien impossible à ouvrir