Mariana
Enriquez - Un lieu ensoleillé pour personnes sombres - Editions du sous-sol
Depuis Ce que nous avons perdu dans le feu, deux autres recueils de
nouvelles de l’écrivaine argentine Mariana Enriquez ont paru dans l’Hexagone, Les
Dangers de fumer au lit - son premier ouvrage - , et le présent Un
lieu ensoleillé pour personnes sombres. Comme d’habitude Buenos Aires trace
les contours d’une géographie de la misère, de l’étrange, de l’horreur peuplée
de personnages féminins confrontés à une faune ou des situations angoissantes.
Morts, fantômes, revenants, body horror, la panoplie du genre métaphorise les détresses
sociales et les douleurs individuelles.
« Julie » conte ainsi le retour d’un couple
d’argentins et de leur fille à Buenos Aires. Installés aux Etats-Unis ils
projettent en secret de faire interner à moindre frais leur enfant, jeune femme
souffrant de troubles psychiatriques. Derrière l’émotion, une satire familiale
mordante.
Emma, médecin, s’astreint à un sacerdoce dans son quartier
défavorisé, apaiser les fantômes de gens assassinés qui viennent hurler leur
douleur à la porte des maisons de leurs proches. Et si « Mes morts
tristes » s’inspirait des « Mères de la place de Mai » ?
Dans « Le malheur sur le visage » une femme
subit l’effacement inexpliqué de sa face, une malédiction héritée de sa mère
victime d’un violeur toujours sévissant, le pitch métaphorisant ici l'anonymisation
de la victime : « La maison de Tina était à quelques mètres. Elle
courut le plus rapidement possible, les clés de Tina à la main, au cas où elle
n'ouvrirait pas immédiatement. Elle les avait toujours sur elle en cas
d'urgence, et ceci était une urgence. Elle courut avec le vent en plein visage
et ça ne faisait pas mal, c'était agréable, ce visage dont elle ne savait plus
si c'était le sien, s'il était toujours là, si c'était celui de sa mère ou de
sa grand-mère, si elle allait trouver la maison ou courir jusqu'au fleuve, si
tout raconter à sa fille allait provoquer la fin ou juste un rire moqueur du
siffleur, qui n'arrêtait pas, qui paraissait de plus en plus près, si tout
raconter serait pas un autre piège comme celui des pieds dont les empreintes
mènent toujours ailleurs loin de leur propriétaire. »
On citera l’original « Différentes couleurs
composées de larmes ». Un vieil homme cède gratuitement les robes de
collection de sa défunte épouse à des acheteuses. Elles ne savent pas que leur
mécène a projeté sur ces vêtements toute la haine accumulée contre sa femme.
Plus classique « Un artiste local » raconte les déboires d’un
jeune couple ayant choisi de passer quelques jours de vacances dans un village
abandonné.
Les autres textes ne déméritent pas confirmant que Mariana
Enriquez est bien la Blackstar de la littérature argentine.
SOMMAIRE (traduction Anne PLANTAGENET)
1 - Mes morts tristes (Mis muertos tristes
2 - Les Oiseaux de nuit (Los pájaros de la
noche),
3 - Le Malheur sur le visage (La desgracia en
la cara),
4 - Julie (Julie)
5 - Métamorphose (Metamorfosis)
6 - Un lieu ensoleillé pour personnes sombres (Un Lugar soleado
para gente sombría),
7 - Les Hymnes des hyènes (Los himnos de las
hienas
8 - Différentes couleurs composées de larmes (Diferentes
colores hechos de lágrimas
9 - La Femme qui souffre
10 - Cimetière de frigos (Cementerio de heladeras)
11 - Un artiste local (Un artista local)
12 - Yeux noirs (Ojos negros)

14 commentaires:
Donc cette femme écrivain s’inspire de l'univers de David Lynch, et de David Bowie. Ces douze nouvelles mettant en scènes des femmes assassinées, torturées ressemblent à des cauchemars horribles, écrites heureusement avec humour et poésie.
C'est l'Argentine... où se côtoient les mystères des légendes de revenants, le crime et la douceur de vivre.
Voyage mouvementé en perspective pour une lectrice insatiable !
Mariana Enriquez est dites-vous la blackstar de la littérature Argentine. La chanson de Bowie est bien belle. En avez-vous la traduction ? Je crois qu'il y chante la mort façon Baudelaire, divinité ensorcelante...
Dites au mons l’Etoile Sombre! Ça aura plus de gueule que ce franglais emprunte on ne sait où à on ne sait qui!
Cherchez et vous trouverez...
Blackstar, le dernier album de David Bowie sorti deux jours seulement avant sa disparition le 10 janvier 2016, acclamé pour son audace est un ultime adieu artistique poignant.
Bowie y raconte un cycle éternel : la mort, suivie d’une renaissance. Il chante, d’une voix spectrale :
"Le jour de sa mort, quelque chose se produisit.
Son esprit s’éleva d’un mètre et s’écarta.
Quelqu’un d’autre prit sa place et cria courageusement :
« Je suis une Étoile Noire. »
https://popetry.wordpress.com/2016/08/01/popetry-traduction-david-bowie-blackstar/
Voilà une traduction possible.
Un lieu ensoleillé, de Mariana Enríquez : Le soleil noir de Mariana Enríquez - En attendant Nadeau https://share.google/ejXrFLmEqHYorXDxM
Un beau regard sur ces nouvelles et sur Mariana Enriquez
La couverture du livre est fascinante (une peinture signée Guillermo Lorca).
Actualittés .com Mariana Enriquez ”Ce monde est profondément bizarre ”. Intéressante interview .
Donc cette femme écrivain s’inspire de l'univers de David Lynch, et de David Bowie
non, c'est mon délire. SV
Toutefois, Elle dit à la Maison de la Poésie, en fin d'entretien l'influence de musiques, de chansons qui l'ont inspirée.
À la fin du livre elle en dresse la liste.
Son univers, elle en parle bien. J'envie les gens qui comprennent sa langue car la traductrice résume plus qu'elle ne traduit...
Mais lisant la première nouvelle, et l'écoutant, je comprends votre rapprochement. C'est une femme passionnante, très agréable à regarder, à écouter. Elle parle avec tant de légèreté de ses nouvelles. Il y a de la joie en elle, plus que dans ses nouvelles !
https://actualitte.com/article/126808/interviews/mariana-enriquez-ce-monde-est-profondement-bizarre
Oui, c'est vrai. Voilà le lien. Merci.
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