samedi 3 janvier 2026

Le goût de l’immortalité

Catherine Dufour - Le goût de l’immortalité - Poche

 

 



Vingt ans avant l'excellent Les Champs de la lune, sans doute le meilleur Ailleurs et Demain Nouvelle Formule, et après quelques ouvrages de fantasy fantaisiste, Catherine Dufour publiait en 2005 Le goût de l’immortalité ouvrage de science-fiction novateur. Un an auparavant, en 2004, Alain Damasio avait sonné le réveil de l’imaginaire français avec La Horde du Contrevent à coup de CD, de Deleuze et de pagination inversée.

 

Rien de tel chez Catherine Dufour qui sous les auspices des Mémoires d’Hadrien nous contait les souvenirs d’une vieille femme résidente d’un gratte-ciel au cœur d’une cité dans une Mandchourie futuriste. L’intrigue surnage tant bien que mal au sein d’un océan de souvenirs et d’aphorismes fleurant bon le Marc-Aurèle des classes d’Humanité de jadis : « A mon âge la culpabilité, si elle existe, n’est qu’une façon comme une autre de tromper l’ennui ». Très vite cependant on oublie Yourcenar pour plonger dans un univers biopunk qui aurait été conçu par un Gibson survitaminé.

 

La narratrice évoque sa rencontre avec « cmatic » un entomologiste chargé d’enquêter sur une épidémie de paludisme surgie en Polynésie avec en bout de course la révélation des secrets d’une immortalité dont le prix est terrifiant. Une adolescente fagotée d’un corps déliquescent, une mère prostituée, une allergologue mystérieuse composent un tableau de personnages glauques. S’y ajoute l’odyssée d’une jeune femme exfiltrée des bas-fonds de Shangaï. Dune dépeignait un univers drogué à l'épice. Les cités du roman de Catherine Dufour, leurs habitants ploient sous les pluies acides et les substances vénéneuses. Pour quelles issues ?

 

Multi primé, Le goût de l’immortalité  est une œuvre d’une lecture parfois difficile. Le récent Les flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert reprend le flambeau d’une science-fiction rare et audacieuse.

« J’envie ces morts. Ils me semblent qu’ils ont passé comme des jonques illuminées, scintillant de dangers et de plaisirs, riches en jeunesse et en beauté tandis que je restais à quai, engoncée dans ma charogne et ma peine »



2026 !


27 commentaires:

Christiane a dit…

Retrouvailles avec Catherine Dufour après "Les champs de lune" ... Je vais essayer de trouver le livre demain. Votre billet annonce une lecture difficile, un parfum de Yourcenar au début...
Comment faites-vous pour lire tous ces livres ?

Christiane a dit…

Chritiane

Anonyme a dit…

oh là j'ai eu beaucoup de mal;mon cerveau vieillit. Je dirais que ça m'occupe. SV

Christiane a dit…

Je me souviens, l'ayant découverte par "Les champs de lune" , d'avoir été séduite puis agacée par l'abondance des descriptions poétiques au début du roman. Elle a un univers à part. Une langue à part. J'avais pensé à des haikus... Puis à l'arrivée de l'enfant un changement d'atmosphère, d'écriture.

Cest vrai que "la lecture, ça occupe" . Le temps est long et lent en hiver...

J'ai été bouleversée par la mort et les brûlures graves de ces jeunes dans la fournaise de la discothèque suisse.

Et là, ce qui se passe au Vénezuela me laisse songeuse. Entrons-nous dans l'ère de l'abolition du droit international du respect de l'intégrité d'un pays par la force brutale, l'enlèvement d'un dirigeant ? Même si le dictateur Maduro n'est guère recommandable, l'annexion dun pays sans vergogne comme cela s'est passé est très inquiétante. Nous ne sommes pas dans une fiction ! Quels sont les intérêts cachés sous la lutte contre le narcotrafic. Qu'en est-il du droit international ?
Alors oui, les livres... mais des signaux inquiétants arrachent à la lecture . Le concert des Nations est discordant. Les idées vont-elles s'imposer uniquement par la force guerrière ?

Libraire a dit…

Meilleurs vœux pour 2026 à tous et à toutes.

Cette citation qui clôt la chronique de Soleil Vert est troublante.
Oui Christiane le contexte n’est pas très réjouissant. A travers ce drame en Suisse,qu’est ce qui nous est dit de notre propre destin. J’ai l’impression que cette catastrophe devrait nous pousser à méditer sur notre histoire à venir.
Un avertissement ? Un client me faisait remarquer :1937, le Hinderburg,le dirigeable qui s’abîme dans les flammes,un signe funeste de la 2ème guerre mondiale ?
Le Titanic,1912..la grande Guerre qui a suivi.
D’accord avec vous sur la souveraineté des peuples.

Christiane a dit…

Merci, Libraire. J'en avais gros sur le cœur quand j'ai rédigé la fin de mon commentaire. Parfois, on ne peut s'empêcher de faire écho aux drames du temps et au sort des peuples. Ça me soulage vraiment de vous lire. Merci.

Christiane a dit…

Voilà, voilà, voilà.
J'ai donc le livre de Catherine Dufour "Le goût de l'immoralité" entre les mains.
Ça commence comme une lettre adressée à un certain Marc mais ça dure 300 pages donc ce n'est pas une lettre plutôt une sorte de testament en neuf chapitres sans titre.
J'ai apprécié le fait d'être entre deux temps, celui de Marc et elle, celui qu'elle évoque puisque étant traductrice elle a accès par son choix à des textes anciens racontant une autre époque qui, elle-même, est postérieure à l''ère où nous vivons, nous lecteurs de cette fiction.
Ce qui m'a séduite c'est le ton des quarante premières pages. Oui, Yourcenar et Marc Aurele, mais vous avez raison, Soleil vert, on entre vite dans autre chose. Curieusement le thème du livre me rappelle un enregistrement pirate, récent, de Poutine avec un dirigeant coréen alors qu'ils passaient les troupes en revue. J'essaie de transcrire mon souvenir qui peut s'éloigner de l'exactitude des mots prononcés par Poutine mais pas de l'idée. Donc il exprimait l'idée selon laquelle, il était possible maintenant de viser l'immortalite car on pouvait grâce à la science et à la chirurgie remplacer les organes défaillants par une greffe.
Voilà, cher Soleil vert, comment un grain d'actualité éclaire cette fiction de Catherine Dufour.
J'ai lu les premières phrases des neuf chapitres. Racontant sa vie, elle dévoile peu à peu ce à quoi ont abouti tous ces siècles de manipulations génétiques, de désastres climatiques, de guerres impériales, de vengeances des peuples qui ont été pillés par des conquérants aux appétits inassouvissables.
J'ai retrouvé ça et là la délicatesse de son style semée dans un cauchemar. Je l'ai imaginée à sa table d'écriture, créant ce monde, faisant des pauses, analysant l'actualité, déroulant dans son imaginaire cette fiction.
Je vais maintenant reprendre le roman à la page 40.
Jaime bien cette femme écrivain, son style, le chemin qu'elle trace entre ses lectures (Yourcenar, la SF, l'actualité, les civilisations, les langues et son écriture ingénieuse.)
Je ne m'ennuie jamais ici.

Christiane a dit…

https://www.cestplusquedelasf.com/podcasts/le-gout-de-limmortalite

Formidable lien. On y écoute Catherine Dufour parler de so' roman, DE ses éditeurs et de l'époque. Très agréable. Elle semble dynamique, lucide et pleine d'humour.

Christiane a dit…

C'est une histoire bien noire que nous raconte Catherine Dufour mais comme une vieille dame qui ferait de la dentelle, une tasse de thé posée près d'elle.
Dans sa longue, très longue lettre elle fait la place à d'autres voix, celles de personnages ayant partagé en même temps qu'elle cette vie en Manchourie, pays coincé entre la Chine, la Corée, la Russie et ayant subi dans ce long temps - trois siècles -- bien des atrocités.
Donc cette vieille dame au corps de nymphette raconte entre cynisme et indifference - sauf pour les femmes - ce pot pourri d'humanité.
C'est joliment écrit comme si on avait devant les yeux Yourcenar contemplant un Jérôme Bosch... L'enfer, bien sûr !
Écrire... Elle fait bien d'écrire.

Anonyme a dit…

Ah! L’abominable monde Occidental!

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…

Eh bien, vous êtes en forme, MC !

Christiane a dit…

Elle est vraiment élégante dans sa façon d'envisager ses éventuels lecteurs. Elle décrit des faits, souvent insoutenables, par la voix de ses trois narrateurs mais elle laisse chaque lecteur réfléchir à ce fantasme de l'immoralité qui finalement ôte tout prix à la vie.
C'est plein de bon sens la méditation qui se cache sous ce tableau non enviable d'une humanité ravaudée et prolongée par des humains dignes du docteur Frankenstein.
L'être humain, modeste, acceptant d'être éphémère sur cette terre gagne des chagrins et bien du bonheur. Aucune vie n'est banale.
Elle pourrait écrire complètement l'inverse de cette fiction. Déjà dans "Les champs de la lune" .... presque des haikus.
J'apprécie aussi le vocabulaire exact issu de ses études sur la langue chinoise... sans oublier page 23 : "citronné... vert menthe..." ( deux petites notes aquarellées dans un univers en décomposition.
Il est bien ce livre qui a des dessous chics comme dans la chanson de Gainsbourg... "Ne rien dévoiler du tout"...

Anonyme a dit…

Moi je suis dans Camille Flammarion et les Bradytes. D’après les archives de Juvisy, un Bradyte etant un bolide a la course irrégulière, trop lente, et peut-être, selon l’auteur de ce choix , un ovni!

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Christiane a dit…

C'est un roman réaliste. On pense parfois à Zola. Sauf que la narratrice de cette longue lettre de 300 pages est morte. Elle le dit et se décrit comme possédant un corps purulant laissant échapper au niveau des pieds une boue noirâtre. Donc cette immortalité fonctionne avec des cadavres. C'est gai ! Vive ce conte de Noël à la sauce Dufour !
Ce qu'elle décrit est comme une exaspération de ce qui est, de ce qui couve dans notre présent.
Catherine Dufour est érudite. Bien des citations de personnages illustres semblent émerger de ce chaos.
Elle rappelle d'une façon laconique le terrain experimental que fut la Polynésie pour la France en matière d'essais nucléaires daubant dans le même mouvement les quêtes écologiques dont le même pays s'enorgueillit. Juste avant que Cmatic soit envoyé en mission sur ces terres, une recrudescence d'une maladie disparue y sévissant. Et là, il rencontre cette adolescente bizarre qui pourrait bien être cette mystérieuse narratrice morte-vivante...
Camille Flammarion et ses découvertes célestes doit être bien reposant...

Christiane a dit…

Une horde de moustiques modifiés assaillent la population, déposent des sécrétions gluantes sur les moustiquaires. Dans les citernes d'eau croupie se multiplient œufs, larves, nymphes. Ça dégouline et ça rampe.

Y'a d'la joie ! Bonjour, bonjour les hirondelles... chantait Trenet.

Christiane a dit…

"J'ai passé la nuit à regarder ma vérité sous toutes les coutures. J'ai appris que la position de mon corps du temps où il s'enfonçait dans le coma (...) expliquait les lividités cadavériques qui noircissaient mon dos et mes jambes."

Christiane a dit…

Quand la nuit s'est levée de nouveau, je me suis sentie comme en apesanteur au-dessus du lent fleuve des morts. Je n'avais pas à nager au milieu d'eux, dans leurs eaux jaunes et troubles, os contre os, aïeule contre trisaïeule, mais j'étais éclairée par je même soleil triste, qui n'est pas celui des vivants. " (p. 143).

Christiane a dit…

Maintenant, Roméo et Juliette :
"Cmatic m'avait donné rendez-vous dans un bar. Malgré le dégoût et l'angoisse de la longue nuit, j'avais suffisamment quinze ans pour me sentir gonflée de curiosité, bouffie d'orgueil et bourrée de timidité. C'était mon premier rendez-vous avec un homme, après tout. "

S'il savait avec qui il va prendre le thé !

Christiane a dit…

Ah, lui aussi est un mort-vivant... C'est sympa ce conte !

Christiane a dit…

Oh là là, c'est de pire en pire dans la deuxième moitié du roman. La fosse aux supplices pour ceux qui sont infectés
Nus, brûlés... Aie aie aie ! Pas certaine de terminer le livre. Il semblerait qu'elle ait écrit d'autres ouvrages. Je vais chercher.

Christiane a dit…

Donc, des essais :
- L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça, Fayard, 2012
Réédition en 2013 par Le Livre de poche ;
- Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, Fayard, 2014
Réédition en 2015 par Le Livre de poche ;
- La Vie sexuelle de Lorenzaccio, Mille et une nuits, 2014 ;
- Ada ou la Beauté des nombres, Fayard, 2019, 300 p.

Eh bien, cette Catherine Dufour est étonnante !

Christiane a dit…

"Ada ou la beauté des nombres"
"Ada Lovelace, fille du poète Lord Byron, est une lady anglaise perdue dans les brumes du XIXe siècle. Nous voilà cent ans avant le premier ordinateur, et personne ne se doute que cette jeune femme maladive, emprisonnée dans un corset, étouffant entre un mari maltraitant et une mère abusive, s’apprête à écrire le premier programme informatique au monde.
À vingt-cinq ans, déjà mère de trois enfants, Ada Lovelace se prend de passion pour les mathématiques. Elle rencontre Charles Babbage, qui vient de concevoir une machine à calculer révolutionnaire pour l’époque. C’est en la voyant qu’Ada a soudain l’intuition de ce qui deviendra l’informatique. Sans elle, pas d’Internet, pas de réseaux sociaux, pas de conquête de l’espace.

Dans cette biographie truculente – la première consacrée à Ada Lovelace en français –, Catherine Dufour met en lumière le destin méconnu d’une pionnière qui a marqué notre civilisation par son génie et son audace.

D’une vivacité réjouissante."
Suzy Gaidoz

Ça n'a pas l'air inintéressant...

Christiane a dit…

J'ai donc terminé le roman de Catherine Dufour, Le goût de l'immortalite . C'est quand même très compliqué... Très pessimiste sauf le final très aléatoire. Comment faire naître un être humain sain et viable de ces amas de charogne pensante, de ces damnés ? Beaucoup de cruauté, de méchanceté dans les échanges entre tous ces personnages où j'ai fini par me perdre. Des puissances maléfiques. Des virus en pagaille, des insectes mutants donnant la mort. Les siècles passent mais ils ne vieillissent pas puisqu'ils sont des immortels... pourissants.
Sauf pour la narratrice, cette très vieille femme au corps d'enfant couvert de meurtrissures. ...
Son désir final, dans ce monde si laid, si pollué, il vaut peut être mieux qu'il ne soit pas comblé.
Catherine Dufour a écrit d'autres fictions de ce genre. Elle écrit bien mais son style ne suffit pas, dans ce livre, à éclairer la noirceur croissante du roman. Comme "Les champs de lune" paraît léger en comparaison.
J'ai vu deux vidéos d'elle. Elle est dure pour juger son écriture, dure pour juger le monde, l'histoire, l'actualité.
Une lumière dans cette biographie de Ada, la fille du poète Lord Byron, cette grande mathématicienne à l'origine du premier programme informatique au monde avec son mari Charles Babbage. Elle meurt jeune et triste. C'est leur fils, Henry, qui fabriquera certaines paries du calculateur. Mais c'est grâce à un physicien américain, Howard Aiken, que Le prototype laissé à l'abandon dans le grenier de Harvard sera proposé à IBM etque la machine verra le jour. Enfin, Alan Turing, ce grand mathématicien anglais, qui craquera le code des nazis en s'inspirant des travaux d'Ada.
En 1978, le nouveau langage informatique du département de la Défense américain est nommé Ada.
Catherine Dufour dans son élément.

Anonyme a dit…

Ada…Il y avait à l’epoque une bureaucratie civilisée… Que sera-ce, avec celle du Maroufle Trompesque???