samedi 3 janvier 2026

Le goût de l’immortalité

Catherine Dufour - Le goût de l’immortalité - Poche

 

 



Vingt ans avant l'excellent Les Champs de la lune, sans doute le meilleur Ailleurs et Demain Nouvelle Formule, et après quelques ouvrages de fantasy fantaisiste, Catherine Dufour publiait en 2005 Le goût de l’immortalité ouvrage de science-fiction novateur. Un an auparavant, en 2004, Alain Damasio avait sonné le réveil de l’imaginaire français avec La Horde du Contrevent à coup de CD, de Deleuze et de pagination inversée.

 

Rien de tel chez Catherine Dufour qui sous les auspices des Mémoires d’Hadrien nous contait les souvenirs d’une vieille femme résidente d’un gratte-ciel au cœur d’une cité dans une Mandchourie futuriste. L’intrigue surnage tant bien que mal au sein d’un océan de souvenirs et d’aphorismes fleurant bon le Marc-Aurèle des classes d’Humanité de jadis : « A mon âge la culpabilité, si elle existe, n’est qu’une façon comme une autre de tromper l’ennui ». Très vite cependant on oublie Yourcenar pour plonger dans un univers biopunk qui aurait été conçu par un Gibson survitaminé.

 

La narratrice évoque sa rencontre avec « cmatic » un entomologiste chargé d’enquêter sur une épidémie de paludisme surgie en Polynésie avec en bout de course la révélation des secrets d’une immortalité dont le prix est terrifiant. Une adolescente fagotée d’un corps déliquescent, une mère prostituée, une allergologue mystérieuse composent un tableau de personnages glauques. S’y ajoute l’odyssée d’une jeune femme exfiltrée des bas-fonds de Shangaï. Dune dépeignait un univers drogué à l'épice. Les cités du roman de Catherine Dufour, leurs habitants ploient sous les pluies acides et les substances vénéneuses. Pour quelles issues ?

 

Multi primé, Le goût de l’immortalité  est une œuvre d’une lecture parfois difficile. Le récent Les flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert reprend le flambeau d’une science-fiction rare et audacieuse.

« J’envie ces morts. Ils me semblent qu’ils ont passé comme des jonques illuminées, scintillant de dangers et de plaisirs, riches en jeunesse et en beauté tandis que je restais à quai, engoncée dans ma charogne et ma peine »



2026 !


168 commentaires:

Christiane a dit…

Retrouvailles avec Catherine Dufour après "Les champs de lune" ... Je vais essayer de trouver le livre demain. Votre billet annonce une lecture difficile, un parfum de Yourcenar au début...
Comment faites-vous pour lire tous ces livres ?

Christiane a dit…

Chritiane

Anonyme a dit…

oh là j'ai eu beaucoup de mal;mon cerveau vieillit. Je dirais que ça m'occupe. SV

Christiane a dit…

Je me souviens, l'ayant découverte par "Les champs de lune" , d'avoir été séduite puis agacée par l'abondance des descriptions poétiques au début du roman. Elle a un univers à part. Une langue à part. J'avais pensé à des haikus... Puis à l'arrivée de l'enfant un changement d'atmosphère, d'écriture.

Cest vrai que "la lecture, ça occupe" . Le temps est long et lent en hiver...

J'ai été bouleversée par la mort et les brûlures graves de ces jeunes dans la fournaise de la discothèque suisse.

Et là, ce qui se passe au Vénezuela me laisse songeuse. Entrons-nous dans l'ère de l'abolition du droit international du respect de l'intégrité d'un pays par la force brutale, l'enlèvement d'un dirigeant ? Même si le dictateur Maduro n'est guère recommandable, l'annexion dun pays sans vergogne comme cela s'est passé est très inquiétante. Nous ne sommes pas dans une fiction ! Quels sont les intérêts cachés sous la lutte contre le narcotrafic. Qu'en est-il du droit international ?
Alors oui, les livres... mais des signaux inquiétants arrachent à la lecture . Le concert des Nations est discordant. Les idées vont-elles s'imposer uniquement par la force guerrière ?

Libraire a dit…

Meilleurs vœux pour 2026 à tous et à toutes.

Cette citation qui clôt la chronique de Soleil Vert est troublante.
Oui Christiane le contexte n’est pas très réjouissant. A travers ce drame en Suisse,qu’est ce qui nous est dit de notre propre destin. J’ai l’impression que cette catastrophe devrait nous pousser à méditer sur notre histoire à venir.
Un avertissement ? Un client me faisait remarquer :1937, le Hinderburg,le dirigeable qui s’abîme dans les flammes,un signe funeste de la 2ème guerre mondiale ?
Le Titanic,1912..la grande Guerre qui a suivi.
D’accord avec vous sur la souveraineté des peuples.

Christiane a dit…

Merci, Libraire. J'en avais gros sur le cœur quand j'ai rédigé la fin de mon commentaire. Parfois, on ne peut s'empêcher de faire écho aux drames du temps et au sort des peuples. Ça me soulage vraiment de vous lire. Merci.

Christiane a dit…

Voilà, voilà, voilà.
J'ai donc le livre de Catherine Dufour "Le goût de l'immoralité" entre les mains.
Ça commence comme une lettre adressée à un certain Marc mais ça dure 300 pages donc ce n'est pas une lettre plutôt une sorte de testament en neuf chapitres sans titre.
J'ai apprécié le fait d'être entre deux temps, celui de Marc et elle, celui qu'elle évoque puisque étant traductrice elle a accès par son choix à des textes anciens racontant une autre époque qui, elle-même, est postérieure à l''ère où nous vivons, nous lecteurs de cette fiction.
Ce qui m'a séduite c'est le ton des quarante premières pages. Oui, Yourcenar et Marc Aurele, mais vous avez raison, Soleil vert, on entre vite dans autre chose. Curieusement le thème du livre me rappelle un enregistrement pirate, récent, de Poutine avec un dirigeant coréen alors qu'ils passaient les troupes en revue. J'essaie de transcrire mon souvenir qui peut s'éloigner de l'exactitude des mots prononcés par Poutine mais pas de l'idée. Donc il exprimait l'idée selon laquelle, il était possible maintenant de viser l'immortalite car on pouvait grâce à la science et à la chirurgie remplacer les organes défaillants par une greffe.
Voilà, cher Soleil vert, comment un grain d'actualité éclaire cette fiction de Catherine Dufour.
J'ai lu les premières phrases des neuf chapitres. Racontant sa vie, elle dévoile peu à peu ce à quoi ont abouti tous ces siècles de manipulations génétiques, de désastres climatiques, de guerres impériales, de vengeances des peuples qui ont été pillés par des conquérants aux appétits inassouvissables.
J'ai retrouvé ça et là la délicatesse de son style semée dans un cauchemar. Je l'ai imaginée à sa table d'écriture, créant ce monde, faisant des pauses, analysant l'actualité, déroulant dans son imaginaire cette fiction.
Je vais maintenant reprendre le roman à la page 40.
Jaime bien cette femme écrivain, son style, le chemin qu'elle trace entre ses lectures (Yourcenar, la SF, l'actualité, les civilisations, les langues et son écriture ingénieuse.)
Je ne m'ennuie jamais ici.

Christiane a dit…

https://www.cestplusquedelasf.com/podcasts/le-gout-de-limmortalite

Formidable lien. On y écoute Catherine Dufour parler de so' roman, DE ses éditeurs et de l'époque. Très agréable. Elle semble dynamique, lucide et pleine d'humour.

Christiane a dit…

C'est une histoire bien noire que nous raconte Catherine Dufour mais comme une vieille dame qui ferait de la dentelle, une tasse de thé posée près d'elle.
Dans sa longue, très longue lettre elle fait la place à d'autres voix, celles de personnages ayant partagé en même temps qu'elle cette vie en Manchourie, pays coincé entre la Chine, la Corée, la Russie et ayant subi dans ce long temps - trois siècles -- bien des atrocités.
Donc cette vieille dame au corps de nymphette raconte entre cynisme et indifference - sauf pour les femmes - ce pot pourri d'humanité.
C'est joliment écrit comme si on avait devant les yeux Yourcenar contemplant un Jérôme Bosch... L'enfer, bien sûr !
Écrire... Elle fait bien d'écrire.

Anonyme a dit…

Ah! L’abominable monde Occidental!

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…

Eh bien, vous êtes en forme, MC !

Christiane a dit…

Elle est vraiment élégante dans sa façon d'envisager ses éventuels lecteurs. Elle décrit des faits, souvent insoutenables, par la voix de ses trois narrateurs mais elle laisse chaque lecteur réfléchir à ce fantasme de l'immoralité qui finalement ôte tout prix à la vie.
C'est plein de bon sens la méditation qui se cache sous ce tableau non enviable d'une humanité ravaudée et prolongée par des humains dignes du docteur Frankenstein.
L'être humain, modeste, acceptant d'être éphémère sur cette terre gagne des chagrins et bien du bonheur. Aucune vie n'est banale.
Elle pourrait écrire complètement l'inverse de cette fiction. Déjà dans "Les champs de la lune" .... presque des haikus.
J'apprécie aussi le vocabulaire exact issu de ses études sur la langue chinoise... sans oublier page 23 : "citronné... vert menthe..." ( deux petites notes aquarellées dans un univers en décomposition.
Il est bien ce livre qui a des dessous chics comme dans la chanson de Gainsbourg... "Ne rien dévoiler du tout"...

Anonyme a dit…

Moi je suis dans Camille Flammarion et les Bradytes. D’après les archives de Juvisy, un Bradyte etant un bolide a la course irrégulière, trop lente, et peut-être, selon l’auteur de ce choix , un ovni!

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Christiane a dit…

C'est un roman réaliste. On pense parfois à Zola. Sauf que la narratrice de cette longue lettre de 300 pages est morte. Elle le dit et se décrit comme possédant un corps purulant laissant échapper au niveau des pieds une boue noirâtre. Donc cette immortalité fonctionne avec des cadavres. C'est gai ! Vive ce conte de Noël à la sauce Dufour !
Ce qu'elle décrit est comme une exaspération de ce qui est, de ce qui couve dans notre présent.
Catherine Dufour est érudite. Bien des citations de personnages illustres semblent émerger de ce chaos.
Elle rappelle d'une façon laconique le terrain experimental que fut la Polynésie pour la France en matière d'essais nucléaires daubant dans le même mouvement les quêtes écologiques dont le même pays s'enorgueillit. Juste avant que Cmatic soit envoyé en mission sur ces terres, une recrudescence d'une maladie disparue y sévissant. Et là, il rencontre cette adolescente bizarre qui pourrait bien être cette mystérieuse narratrice morte-vivante...
Camille Flammarion et ses découvertes célestes doit être bien reposant...

Christiane a dit…

Une horde de moustiques modifiés assaillent la population, déposent des sécrétions gluantes sur les moustiquaires. Dans les citernes d'eau croupie se multiplient œufs, larves, nymphes. Ça dégouline et ça rampe.

Y'a d'la joie ! Bonjour, bonjour les hirondelles... chantait Trenet.

Christiane a dit…

"J'ai passé la nuit à regarder ma vérité sous toutes les coutures. J'ai appris que la position de mon corps du temps où il s'enfonçait dans le coma (...) expliquait les lividités cadavériques qui noircissaient mon dos et mes jambes."

Christiane a dit…

Quand la nuit s'est levée de nouveau, je me suis sentie comme en apesanteur au-dessus du lent fleuve des morts. Je n'avais pas à nager au milieu d'eux, dans leurs eaux jaunes et troubles, os contre os, aïeule contre trisaïeule, mais j'étais éclairée par je même soleil triste, qui n'est pas celui des vivants. " (p. 143).

Christiane a dit…

Maintenant, Roméo et Juliette :
"Cmatic m'avait donné rendez-vous dans un bar. Malgré le dégoût et l'angoisse de la longue nuit, j'avais suffisamment quinze ans pour me sentir gonflée de curiosité, bouffie d'orgueil et bourrée de timidité. C'était mon premier rendez-vous avec un homme, après tout. "

S'il savait avec qui il va prendre le thé !

Christiane a dit…

Ah, lui aussi est un mort-vivant... C'est sympa ce conte !

Christiane a dit…

Oh là là, c'est de pire en pire dans la deuxième moitié du roman. La fosse aux supplices pour ceux qui sont infectés
Nus, brûlés... Aie aie aie ! Pas certaine de terminer le livre. Il semblerait qu'elle ait écrit d'autres ouvrages. Je vais chercher.

Christiane a dit…

Donc, des essais :
- L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça, Fayard, 2012
Réédition en 2013 par Le Livre de poche ;
- Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, Fayard, 2014
Réédition en 2015 par Le Livre de poche ;
- La Vie sexuelle de Lorenzaccio, Mille et une nuits, 2014 ;
- Ada ou la Beauté des nombres, Fayard, 2019, 300 p.

Eh bien, cette Catherine Dufour est étonnante !

Christiane a dit…

"Ada ou la beauté des nombres"
"Ada Lovelace, fille du poète Lord Byron, est une lady anglaise perdue dans les brumes du XIXe siècle. Nous voilà cent ans avant le premier ordinateur, et personne ne se doute que cette jeune femme maladive, emprisonnée dans un corset, étouffant entre un mari maltraitant et une mère abusive, s’apprête à écrire le premier programme informatique au monde.
À vingt-cinq ans, déjà mère de trois enfants, Ada Lovelace se prend de passion pour les mathématiques. Elle rencontre Charles Babbage, qui vient de concevoir une machine à calculer révolutionnaire pour l’époque. C’est en la voyant qu’Ada a soudain l’intuition de ce qui deviendra l’informatique. Sans elle, pas d’Internet, pas de réseaux sociaux, pas de conquête de l’espace.

Dans cette biographie truculente – la première consacrée à Ada Lovelace en français –, Catherine Dufour met en lumière le destin méconnu d’une pionnière qui a marqué notre civilisation par son génie et son audace.

D’une vivacité réjouissante."
Suzy Gaidoz

Ça n'a pas l'air inintéressant...

Christiane a dit…

J'ai donc terminé le roman de Catherine Dufour, Le goût de l'immortalite . C'est quand même très compliqué... Très pessimiste sauf le final très aléatoire. Comment faire naître un être humain sain et viable de ces amas de charogne pensante, de ces damnés ? Beaucoup de cruauté, de méchanceté dans les échanges entre tous ces personnages où j'ai fini par me perdre. Des puissances maléfiques. Des virus en pagaille, des insectes mutants donnant la mort. Les siècles passent mais ils ne vieillissent pas puisqu'ils sont des immortels... pourissants.
Sauf pour la narratrice, cette très vieille femme au corps d'enfant couvert de meurtrissures. ...
Son désir final, dans ce monde si laid, si pollué, il vaut peut être mieux qu'il ne soit pas comblé.
Catherine Dufour a écrit d'autres fictions de ce genre. Elle écrit bien mais son style ne suffit pas, dans ce livre, à éclairer la noirceur croissante du roman. Comme "Les champs de lune" paraît léger en comparaison.
J'ai vu deux vidéos d'elle. Elle est dure pour juger son écriture, dure pour juger le monde, l'histoire, l'actualité.
Une lumière dans cette biographie de Ada, la fille du poète Lord Byron, cette grande mathématicienne à l'origine du premier programme informatique au monde avec son mari Charles Babbage. Elle meurt jeune et triste. C'est leur fils, Henry, qui fabriquera certaines paries du calculateur. Mais c'est grâce à un physicien américain, Howard Aiken, que Le prototype laissé à l'abandon dans le grenier de Harvard sera proposé à IBM etque la machine verra le jour. Enfin, Alan Turing, ce grand mathématicien anglais, qui craquera le code des nazis en s'inspirant des travaux d'Ada.
En 1978, le nouveau langage informatique du département de la Défense américain est nommé Ada.
Catherine Dufour dans son élément.

Anonyme a dit…

Ada…Il y avait à l’epoque une bureaucratie civilisée… Que sera-ce, avec celle du Maroufle Trompesque???

Christiane a dit…

C'est bien le thème du goût de l'immortalite, les inventions scientifiques détournées au profit du mal.

Christiane a dit…


Peut-être parce qu'il neige, je repense à ce si beau texte de James Joyce que vous aviez chroniqué, Soleil vert. "Dubliners" et ce chef-d'œuvre, "Les Morts" .
Ah, cette fin inoubliable... Gabriel Conroy, près de sa femme, Gretta, triste et endormie, regarde tomber la neige.
Cette chanson, "The lass of Anghrin", lui a remis en mémoire ce jeune homme, Michael Furey, qui l'avait aimée à Galway et qui était mort pour elle...

"Quelques légers coups frappés contre la vitre le firent se tourner vers la fenêtre. Il s’était mis à neiger. Il regarda dans un demi-sommeil les flocons argentés ou sombres tomber obliquement contre les réverbères. . Oui, les journaux avaient raison, la neige était générale en toute l’Irlande. Elle tombait sur la plaine centrale et sombre, sur les collines sans arbres, tombait mollement sur la tourbière d’Allen et plus loin, à l’occident, mollement tombait sur les vagues rebelles et sombres du Shannon. Elle tombait aussi dans tous les coins du cimetière isolé, sur la colline où Michael Furey gisait enseveli. Elle s’était amassée sur les croix tordues et les pierres tombales, sur les fers de lance de la petite grille, sur les broussailles dépouillées. Son âme s’évanouissait peu à peu comme il entendait la neige s’épandre faiblement sur tout l’univers comme à la venue de la dernière heure sur tous les vivants et les morts."
James Joyce
Dubliners / The Dead / 1914

Christiane a dit…

The lass of Aughrim

Christiane a dit…

L'enfance d'Ada est une longue suite de contraintes (obligée à cinq ans à demeurer allongée sur un banc sans bouger !) , de drogues (opium /laudanum dans ce fameux sirop pediatrique), de souffrances (sa gastrite sera traitée par des poisons divers, les médicaments de l'époque sont chargés de métaux lourds). Accablée de saignées par une mère qui en raffole. Annabella est un peu folle, maltraitante, toxique et loin d'un père qui est aussi attiré par une vie vo'age, tumultueuse et qui a rudoyé la mère d'Ada, l'a terrorisée, violée . Annabella demandera la séparation et la garde de sa fille. En 1824 il meurt. Je découvre l'enfance de cette géniale jeune femme qui mourra prématurément. Elle aura subi l'oppression de l'ère victorienne. Elle lit tout ce qu'on lui met sous la main avec voracité.
Ce livre est plein de surprises...

Christiane a dit…

Je préfère la traduction de Jacques Aubert pour Gallimard en 1974.
"La neige tombait doucement sur le marais d'Allen, et, plus loin vers l'ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière solitaire perché sur la colline où Michael Furey était enterré. Elle s'amoncelait drue sur les croix et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme se pâmait lentement tandis qu'il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l'univers, et, telle la descente de leur fin dernière, évanescente, tomber sur tous les vivants et les morts. "

Christiane a dit…

Passant d'une œuvre de fiction (Le goût de l'immortalite) à un essai (Ada) je comprends mieux la soif de liberté qui doit saisir Catherine Dufour quand elle décide d'inventer un monde et des personnages imaginaires.

Anonyme a dit…

C’est bordélique, mais on vous suit!

Christiane a dit…

Chic, alors !

Christiane a dit…

C'est dommage, "Ada, ou la beauté des nombres" ne parle pas beaucoup de... la beauté des nombres mais de la vie pourrie de cette pauvre Ada. Désirant échapper à la ferule de sa mère, Ada épouse un homme qui ne l'a rendra pas heureuse, ses maternités non plus. Il lui reste les hommes, le jeu, la drogue, l'alcool. Comment dans cet échec de sa vie a-t-elle pu réussir à trouver des amitiés propices à ses recherches mathématiques ? La vie est un grand mystère. Que de ressources dans le psychisme humain ! Dans le fond, les fictions épargnent le lecteur. Personne n'y souffre ni ne meurt en vrai... Mais les fictions, surtout celle-ci est pétrie de réel... L'écriture est un sortilège, la lecture aussi. Le langage est scissipare... Comment conserver sa pleine liberté. Pour lire, il ne faut pas avoir peur de se perdre. Mais il y a une béance quelque part. La lecture permet de l'approcher.

Anonyme a dit…

j'aurais du penser à la traductionde la Pleiade !

Par contre "La neige tombait doucement sur le marais d'Allen, et, plus loin vers l'ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon." ... s'il y a bien qq chose contre laquelle je me bats ici ce sont les répétitions. SV

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Christiane a dit…

Mais non, mais non, c'est comme dans un chant justement. La mélodie inscrite dans la parole. Un double temps d'accès à la parole. Gabriel Conroy s'effondre. Le Soleil ne tourne plus autour de son couple . "Il l'observait dans son sommeil comme s'ils n'avaient jamais lui et elle, vécu ensemble comme mari et femme. (...) Un par un, ils devenaient tous des ombres. Mieux valait passer hardiment en cet autre monde, dans la pleine gloire de quelque passion, que de s'effacer et de dessécher lamentablement au fil des années. "
Cest une mélodie inscrite dans une parole qui avait bouleversé Gretta.
Cette fin des" Morts" est comme les battements de son cœur.
"lentement... doucement... evanescente...", ce ne sont pas des redondances, c'est le retour du même, une nécessité rythmique, le même plaisir qu'à écouter "La fille d'Aughrim". Tout avait commencé par une chanson, tout finit par une... chanson...

Christiane a dit…

Une antériorité de la musique sur le verbe.

Christiane a dit…

Léo Ferré la chante aussi cette chanson triste :
"Avec le temps, avec le temps va, tout s'en va
Même nos plus chouettes souv'nirs
Ça t'a une de ces gueules
Dans les Galeries j'farfouille
Dans les rayons d'la mort...."

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Christiane a dit…

"Léo Ferré / avec le temps" https://share.google/YEQz1ZYdP1k2Zsw4f

Christiane a dit…

doublon

Christiane a dit…

On continue ? C'est si bon... Une belle page sur Joyce et la chanson d'Aughrim dans la nouvelle, "Les Morts" , par Jacques Aubert :

https://www.ciutatdeleslletres.com/wp-content/uploads/2020/11/Jacques-Aubert.pdf

Christiane a dit…

Ada meurt d'un cancer généralisé dans d'atroces souffrances.

Anonyme a dit…

Soit :) SV

Christiane a dit…

J'aime beaucoup lire ou écouter Jacques Aubert, le grand spécialiste et traducteur de Joyce et Woolf. Bonne soirée très cher So'eil multicolore.

Christiane a dit…

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/du-jour-au-lendemain/jacques-aubert-virginia-woolf-7810884

Écoutez si vous avez le temps. C'est très intéressant. Un dialogue dans la nuit entre Alain Veinstein et Jacques Aubert à propos de Virginia Woolf et James Joyce

Anonyme a dit…

Ce soir écoute cavalieri rusticana, arlesienne suite 1&2 etc. SV

Christiane a dit…

Cavalleria rusticana... Ne l'entend-on pas dans Le Parrain (3) de Francis Ford Coppola. Et il me semble que dans "La Nausée" , Sartre l'évoque.
Comment Écoutez vous cette musique ? À la radio ? Par un disque ? Au concert. Ça serait bien un lien pour goûter un peu de cette beauté sicilienne.
Ça ne m'étonne pas de vous.

Christiane a dit…

"cavalleria rusticana/ final du Parrain 3" https://share.google/IVxPtbmtg3W3iJ1bt

Anonyme a dit…

Cavalleria rusticana dans Raging Bull.SV

Christiane a dit…

"Cavalleria rusticana dans Raging Bull." https://share.google/PeFcFfBrYexSJR3le
Cest le même morceau ?

Christiane a dit…

Pour "La Nausée" c'est juste une indication vers la page 240. Madeleine est dans sa chambre. Roquentin lui demande de poser un disque sur le phonographe. Quand elle tourne la manivelle, il espère qu'elle n'a pas mis "encore" Cavalleria rusticana. Lui veut du jazz, du saxo en particulier un air qu'il répète en boucle.

Christiane a dit…

Madeleine c'est la serveuse.

Christiane a dit…



Lintermezzo sans le cinéma, juste l'orchestre !
On devient vite épris de cette musique....
"Arlesienne suite 1 et 2 /cavalleria rustica" https://share.google/1Ax5HW6VEe9RpJWR2

Christiane a dit…

Le goût de l'immortalite est vraiment une fiction désespérante. C'est bien que Catherine Dufour ait créé avec d'autres auteurs de science-fiction le collectif Zanzibar Pour écrire des nouvelles plus positives.
Dans les champs de lune il y avait cette poésie, cette attention à la petite fille perdue.

Anonyme a dit…

Cavalleria Rusticana? MC

Anonyme a dit…

Je ne crois pas que Bizet et Mascagni jouent dans la même catégorie…MC

Christiane a dit…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cavalleria_rusticana
Pourquoi comparer avec Bizet?

Christiane a dit…

Science-fiction
"Zone de rêve collectif
Nos avenirs nous appartiennent. Encore faut-il les imaginer et les rendre contagieux. Un collectif d’auteurs de science-fiction, ou plutôt de « science-friction », choisit de créer des outils de libération des imaginaires,
Dans "Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l’imagination",
l’auteur de fantasy Neil Gaiman demande : « Regardez autour de vous. Je suis sérieux : arrêtez-vous un instant et regardez autour de vous l’endroit où vous vous trouvez. Je vais vous signaler un détail tellement évident qu’on tend à l’oublier. Le voici : c’est que tout ce que vous pouvez voir, murs compris, a, à un moment donné, été imaginé. »
Et c’est ainsi que le groupe Zanzibar est né : « Malgré les outils de prospective et les cabinets de futurologie des grandes entreprises, malgré l’omniprésence du discours voulant que demain soit pareil à aujourd’hui, à hier, ou ne soit tout simplement pas, nous restons convaincus que nos avenirs — communs et individuels — nous appartiennent, et que nous avons le pouvoir de les imaginer, de jouer avec, de les expérimenter et les construire à notre guise. Nous sommes un collectif d’auteur-es de science-fiction. Nous rêvons nos textes comme des endroits où se rencontrer, où penser et commencer à désincarcérer le futur » (Zanzibar, Minifeste).

Nous avons constaté que notre avenir commun avait une tête d’accident de voiture, et nous ne nous résignons pas. Zanzibar n’est ni un club d’écrivains ni un mouvement littéraire. Zanzibar espère être une plante rhizomateuse et étendre son réseau souterrain pour relier les imaginaires. Zanzibar regroupe Stéphane Beauverger, Alain Damasio, Catherine Dufour, Mathias Echenay, Léo Henry, Laurent Kloetzer, Sylvie Laisné, luvan, Norbert Merjagnan, Sabrina et Stuart Pluen Calvo."

Christiane a dit…

Mais le Mal et les méchants fascinent car ils sont imprévisibles, on ne sait pas comment ils fonctionnent, on ne peut pas se projeter en eux.
Si le bien l'emporte, tout est en équilibre mais si le Mal l'emporte, c'est désespérant.
Le bien l'emporte en épilogue, il ne pourrait être la matière de la fiction qui deviendrait plate, ennuyeuse . Sauf à s'immerger dans l'art, la beauté.
Et si l'on joint le Mal à la beauté, Baudelaire et ses fleurs vénéneuse ouvrent une béance.
La science-fiction dans cette réflexion ? C'est un rhizome qui à partir du réel franchit la limite de ce qui est connu.

Anonyme a dit…

Parce que l’Arlesienne, c’est de Bizet.

Anonyme a dit…

MC

Christiane a dit…

Peut-être écoutait-il les deux... Est-ce une raison pour prendre ce ton autoritaire. Il y avait d'autre façon d'exprimer votre étonnement, me semble-t-il mais cela demande du tact...

Christiane a dit…

J'ai lu dans vos liens les réponses de Robert Silverberg (entretien Le Point). Elles sont très profondes. A propos du moteur de la fiction, quelle justesse dans ses idées :

"Les êtres inadaptés entrent en conflit avec leur environnement. Or c'est le conflit qui fait la fiction."

De livre en livre, d'entretien en entretien c'est une véritable méditation sur la littérature qui est conduite ici.
Juste une inquiétude. La vraie vie, notre vie n'est pas dans les livres. Elle est notre aventure humaine, nos liens, nos rencontres, nos joies, nos chagrins.
Il ne faut pas être en cage dans un monde virtuel où seuls les écrans et les livres seraient nos interlocuteurs.
Je suis heureuse, Soleil vert, quand vous disparaissez. Je me dis : il vit sa vie loin du blog et il a raison. Il écoute des musiques aimées et il a raison. Il marche, il dort, il mange, il chante, il fait ses courses, se prépare de bons petits plats, reçoit ses amis, va leur rendre visite, partage des tendresses...
Mais quand il revient, un nouveau livre dans sa besace : quelle joie!

Christiane a dit…

Relu hier les dernières pages d'"Orlando" de Virginia Woolf. Cet éclatement de la personnalité d'Orlando et du paysage est tout à fait extraordinaire. Entre littérature, rêve et science... fiction.

Christiane a dit…

Qui eut dit qu'en ce jour ensoleillé et froid je me retrouverais, en septembre 1963, rue Lamarck face à cet escalier qui monte, si raide, vers la rue Caulaincourt avec Jean. Je comprends qu'il ait fait un détour par la rue des Saules. Moins essoufflant !
Il allait être en retard. Toute la famille serait là sauf lui. Car François, son frère, allait recevoir un prix pour son troisième roman, "Sans nouvelles de vous". "Près de l'entrée, sur deux tréteaux, des exemplaires du roman ceints d'un bandeau rouge étaient empilés."
Tiens, ça me rappelle la sortie d'un autre roman de Pierre Lemaitre...
Et voilà comment j'entre dans le dernier roman de Pierre Lemaître, "Les Belles promesses".
Jean ne peut à cet instant imaginer ce que le choix anodin de ce détour va provoquer dans sa vie...
Cest le nouveau billet de Pierre Assouline qui a scellé ces retrouvailles avec un écrivain qui m'avait bouleversée par un livre, "Au revoir, là-haut", paru en 2013, et l'adaptation réussie qui avait suivi avec le film d'Albert Dupontel à l'écriture duquel il participa.
C'était encore un billet de Pierre Assouline qui m'avait orientée vers ce roman qui obtiendrait quelques semaines plus tard, le prix Goncourt .
Ces cinquante premières pages m'ont accrochée pour deux raisons. La première, retrouver mon quartier d'enfance, un parcours qui m'est familier. La deuxième, l'incendie de cet immeuble vécu au plus près par Jean qui s'y précipite pour essayer de sauver une femme dont il entend les cris.
L'incendie.... Nous sommes encore dans celui du bar discothèque en Suisse qui, il y a quelques jours, à coûté la vie à quarante personnes dont beaucoup de jeunes et provoqué l'hospitalisation dans les services de grands brûlés d'une centaine d'autres.
Et me voilà embarquée dans un roman qui me happe. Je reconnaîs là les histoires à suspense qu'aime inventer Pierre Lemaitre. Les décalages aussi. On lui en veut d'être absent ("- Ton père rate toujours ce qui est intéressant !") ... Puis on le découvre à l'hôpital inquiétant de la vie d'un bébé et d'une femme... Puis la famille fait tout pour cacher son identité aux journalistes.
Donc il a sauvé le bébé, maintenant orphelin. Pour la mère c'était trop tard.
Les débuts de roman de Pierre Lemaitre sont toujours réussis.
Et voilà, déjà page 53. Le ciel se teinte d'un soleil déclinant. Quand Soleil vert est silencieux, j'aime faire un passage sur le blog de Pierre Assouline. Ses billets invitent à la lecture, également.

Christiane a dit…

Cette famille ne fait pas envie. Certains personnages sont vraiment antipathiques, sournois comme la mère, l'épouse.
Il y a un chat débonnaire, très sympathique, lui. Un chat tranquille, assez âgé qui observe tout ce monde. Un pur personnage de Simenon ! Des pages rafraîchissantes qui allègent l'atmosphère familiale.
Ça parle beaucoup d'industrie, de travaux dans Paris.
J'étouffe un peu sauf quand le chat paraît...
Ceci dit, ils ne sont pas sympas mais les portraits sont justes, caustiques à souhaits. Je préférais le début, les cinquante premières pages. Après, Pierre Lemaitre laisse un peu tomber ses lecteurs pour évoquer les enfants de Jean et de sombres histoires de meurtres, des années avant cette année-là.
C'est souvent là que je décroche parce que mon attente vagabonde ailleurs. Mais c'est l'auteur qui commande son roman, qui l'écrit à sa façon. Et il épluche, il épluche, enlève des couches de non-dit pour que le lecteur sache bien les conséquences de chaque acte, de chaque pensée de ses personnages.
Une sorte de notaire cupide rode autour de ces gens là... L'argent, l'argent, l'argent...
Mais le chat, j'espère bien qu'il va revenir, pleine page !
Et puis Pierre Lemaitre a toujours besoin du passé pour bâtir ses romans puis il l'étire comme la guimauve à la fête foraine.
Peu d'oubli dans ses romans. Il pétrit à pleine plume toute cette famille industrielle.
Pierre Assouline a collé une Déesse rutilante avec des couleurs comme les enfants les aiment en haut de son billet. Oui, bien sûr, ce n'est pas pour rien... Et un periph plein de vitesse où les phares des voitures tracent un sillon dans la nuit.
Mais comme j'ai aimé la rue Lamarck, l'escalier raide qui se continue d'ailleurs de l'autre côté de la rue Caulaincourt pour arriver sur la Butte par l'arrière, la vigne, le Lapin agile. Des rues qui n'en finissent pas de monter... C'était mon village, là-haut, autrefois, surtout le dimanche. L'évasion des enfants à l'heure où la famille s'assoupissait autour du café. Nous étions libres... mais c'est surtout les escaliers Becquerel qui étaient notre fief. Nous étions des passe-murailles, des vrais Poulbots , des traîne-savates. C'était bien.

Christiane a dit…

https://www.montmartre-secret.com/article-montmartre-rue-becquerel-102719477.html

Christiane a dit…

DS

Christiane a dit…

Parfois aussi j'entre dans les terres d'écriture de Paul Edel. C'est un terrain mouvant où la création l'emporte sur la critique littéraire. C'est un monologue où les vagues de mille lectures fracassent les mots comme coquillages ou galets. Une plage entre falaises et océan rageur. Parfois, dans la baie , mer étale, parfums iodés.

Christiane a dit…

Mais ma base, mon port d'attache c'est ouvrant cette porte au fond du Web, le blog de Soleil vert. Des chroniques surgies de ses lectures parfois anciennes, une savante architecture se ramifiant sur d'autres chroniques, d'autres livres, d'autres écrivains. Un patchwork de musiques où il est bien difficile de trouver la mémoire d'années passées car l'un devient multiple.

Christiane a dit…

Un monde de fractales...

Christiane a dit…

Deux initiales accolées se prononçant Comme Le nom déesse...

Christiane a dit…

Elle ressemble à une goutte d'eau...

Christiane a dit…

Soleil vert dit: 12 janvier 2026 à 13h56
L’article émouvant de Pierre Assouline sur Simon Leys.
Un Voltaire moderne a qui seule l’Australie offrit un poste universitaire. Il rejoint Camus et Orwell dans mon panthéon personnel (je connais mal l’oeuvre de Raymond Aron).

https://larepubliquedeslivres.com/

Merci.

Christiane a dit…

https://larepubliquedeslivres.com/pour-saluer-pierre-ryckmans-et-simon-leys/

Le bon lien !

Anonyme a dit…

Pierre Lemaitre! Drôle d’idée,…

Anonyme a dit…

Et dans le ed temps, si dans l’air du temps…

Anonyme a dit…

Même temps. MC

Anonyme a dit…

Suis en train de lire le Pierre Versini sur Lucrèce ( Lucrèce, Champs) Les cinq premiers chapitres bouleversent tout ce que nous pensions savoir. Une dette est ayee à Florence Dupont sur le théâtre…Mais tout le reste est neuf! Suis à la page 96.,..

Anonyme a dit…

MC ( qui peut lire ça ?)

Christiane a dit…

Je n'avais pas lu ce billet, Soleil vert. En 2014, je m'étais éloignée de la RDL.
Merci d'évoquer Simon Leys. Que de souvenirs de lecture...
Entre deux, je reviens à Pierre Lemaitre, à son exploration de cette famille imaginaire qui lui permet de traverser le siècle.
J'ai aussi fait un saut chez Paul Edel. Son texte est frémissant de sensations, de mémoire.
Cette peur retrouvée dans la salle de ce restaurant dont la vitre donnait sur le ravin en contrebas. L'enfant imaginait qu'elle pouvait se briser et qu'alors, il tomberait dans le torrent.
J'ai vécu la même peur de mon petit-fils. Je l'avais embarqué sur un de ces bateaux qui remontent le canal de l'Ourcq depuis l'Arsenal jusqu'au bassin de la Villette pour répondre à ses questions sur les écluses. Il devait avoir six ans...
Pensant lui faire plaisir, je l'avais installé sur le siège placé près de la vitre. Quand nous sommes arrivés à l'écluse, le bateau fit une halte, le temps que le sas se remplisse. L'eau libérée par des trappes au bas des portes fermant le sas, bouillonnait. Soudain j'ai senti sa peur. Il me serrait la main nerveusement. C'est là qu'il murmura : - Si la vitre cassait, je tomberai dans cette eau et je serais mort. Elle est trop forte. Nous avons changé de place...
Quand j'ai lu ce texte de Paul Edel, ce souvenir m'est revenu, intact, douloureux.

Christiane a dit…

Croisières sur le canal Saint Martin | CANAUXRAMA https://share.google/k1QZ1xiuOygiqSJlJ

Christiane a dit…

https://editions.flammarion.com/lucrece/9782080452412

Pierre Vesperini?

Christiane a dit…

Canal saint Martin

Christiane a dit…

Pour en revenir au roman de Pierre Lemaitre, terrible quand il entre dans les jeux de pouvoir de la mère sur ses trois enfants. Elle a l'art de créer des jalousies, des rancunes, des frustrations.
Il y a dans la littérature des personnages de mère, terribles. Je pense à Folcoche d'Hervé Bazin, aux Roman's de François Mauriac. Étrange mythe de la dévoration...

Christiane a dit…

Et ces mères possessives, emprisonnant par leur idolâtrie, leur amour insensé, leur fi's dans leurs rets.
Je pense à Romain Gary qui écrit dans "La promesse de l'aube" : « Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »
Celle d'Albert Cohen, pas mieux, transformée en idole...
Vous prendrez bien un soupçon de Genetrix, la terrible mère imaginée par François Mauriac.

Christiane a dit…

Et Proust et le baiser du soir tant attendu... Et Duras et cette mère... agitée...
Tant de mère, y compris celles qui ont manqué... Georges Perec, "W ou le souvenir d'enfance" ... La discrète et idéale "Sido" qu'évoque avec tant de justesse, l'écrivain Colette...
Et les nôtres dont nous ne parlons jamais, notre secret de tendresse.

Anonyme a dit…

Oui, Vesperini. C’est au delà du très bien. Il exagère un peu mais il fait penser…

Anonyme a dit…

Ah oui, je vois l’erreur. J’eus un Versini, autrefois , et j’ai mélangé les noms de l’un et de l’autre! Versini, c’était les Liaisons Dangereuses…,

Christiane a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Vous ratez quelque chose, mais je ne peux vous y forcer…

Christiane a dit…

Peut-être plus tard. Là, beaucoup de livres en cours de lecture et d'autres en attente. Chacun trouve son chemin de lecture. Que le vôtre vous apporte de la joie.

Christiane a dit…

Le final des "belles promesses" de Pierre Lemaitre est noir et amusant... Le lisant, je revoyais ma mère, ne voulant rien jeter tant que ça pouvait servir, détricoter nos pulls devenus trop petits et un peu usés. C'était un des trois enfants qui tendant ses avant-bras attendait patiemment que tout fut détricoté, enroulé en pelotes prêtes à l'emploi... pour une nouvelle création.
Bien sûr, il ne fallait pas que le chat se saisissant d'une pelote contrarie son travail de déconstruction !
Mon salut amusé à Pierre Assouline. On ne peut faire plus tordu que ce roman. Que va-t-il nous tricoter, maintenant, ce stratège de l'effacement, l'autre Pierre, le maître de la famille Pelletier ?

Christiane a dit…

Oui, JJJ, j'ai déroulé jusqu'au bout l'écheveau de ce feuilleton, enroulé autour de la mère arachnide qui semble née des mains de Louise Bourgeois. Pauvre Bouboule devenu assassin par exasperation, Thérèse, la sœur de Geneviève devenue sa bonne mais qui aura son heure de gloire et qui, involontairement, émoustillera le fils... La fille arrachée à son école, à ses amies pour devenir le faire valoir de la mère, l'autre fils se transformant en enquêteur vacillant entre dénoncer ou ne pas dénoncer son frère. Le chat qui saura faire culbuter le destin de l'infâme. Et puis le petit Michel sauvé de l'incendie que deux personnages voudraient bien accaparer, lui et surtout sa cagnotte. Le tireur fou, celui-là il fallait bien l'inventer comme maître du chamboule-tout délivrant François d'une situation inextricable.
Du Liban retrouvé éphémèrement un parfum de cuisine orientale et la tendresse d'une femme.
Enfin ceux, les anonymes qu'on expulsé pour construire le périphérique... Les campagnes qui meurent doucement, exangues... La DS ne sera pas le bolide de la mort juste une belle voiture aux formes rondes et aérodynamiques qui aura fait rêver un ingénieur...
Voilà, la pelote est déroulée ou... enroulée ? Qu'en pense le chat de maître Pierre ?

Christiane a dit…

Supplément pour clarifier la longue suite des fils et des filles, des maris, des épouses, des amants, des parents :
Les parents qu'on avait connus à Beyrouth : Louis et Angèle .
Des 4 enfants nous retrouvons en France, années 1960, seulement : Jean, François, Thérèse . Le quatrième est mort à la guerre.
Jean dit Bouboule marié à l'atroce Genevieve. Leurs deux enfants : Colette et Philippe.
Joseph : le chat.
Cest du couple bancal de Jean et Geneviève que vont naitre tous les drames et complications. Pierre Lemaitre veille à une fin morale : les méchants punis, les gentils soufflent un peu dans un final très cocasse où le chat s'en sortira... pas comme Le chat de Simenon qui lui, périra par la jalousie haineuse d'une certaine épouse admirablement incarnée au cinéma par Simone Signoret face à un Jean Gabin royal et taiseux.
Ça sera tout pour aujourd'hui concernant Les Atrides incarnées par les Pelletier.

Christiane a dit…

Jean, François et Hélène. Thérèse c'est la tante, côté maternel.

Christiane a dit…

Voyez-vous, JJJ, mon impression, certainement discutable est que Pierre Lemaitre est passionné par la construction de ce roman qui doit terminer sa série. Et il y réussit fort bien. Mais les personnages, je n'arrive pas à m'y attacher. D'abord, ils sont nombreux. Là, j'ai bien dû en oublier trois ou quatre. Mais surtout, ils ne sont pas attachants. Peut-être pas assez approfondis. Trop d'action laisse dans imprécision les motivations profondes des uns et des autres. Simenon fait l'inverse. De beaux personnages qu'il prend le temps de modeler et une action souvent lente, presque immobile, laissant le temps de réfléchir.
Pierre Lemaitre est irréprochable dans sa trilogie, ses premiers romans. Là dans ces quatre-là, il se laisse emporter par la joie de construire une histoire faite de rebondissements parfois cocasses. (L'érection du jeune Philippe caché dans le placard puis surgissent tel un diablotin devant Thérèse est un beau morceau, très drôle et un peu émouvant.) Autre défaut commun aux grands feuilletons du XIXe siècle, trop de lieux, de périodes différentes. La guerre d'Algérie, les grands travaux de Paris, les difficultés des agriculteurs, l'industrie automobile, le Liban... Les générations qui n'en finissent plus de se prolonger... C'est une façon d'écrire, très respectable mais il m'est arrivé souvent d'avoir envie de hâter le rythme de la lecture tout en aimant revenir au livre, sachant que je retrouverai les personnages tels qu'en eux-mêmes. Le confort ouaté des grandes sagas familiales...
J'ai aimé, par contre, la surprise d'une note inutile, juste pour le plaisir. Ainsi, page 18, "Surgit un chien affolé au poil roussi qui se précipita dans la rue et disparut." C'est au cœur de la grande scène de l'incendie le passage du réel admirablement croqué.

Vous écrivant, je regarde un vieux film de 1954 de David Lean : "Chaussure à son pied". Revoir pour la énième fois Charles Laughton dans le rôle d'Henri Hobson Dans son échoppe de cordonnier dans l'Angleterre victorienne, veuf et avare avec trois filles à marier c'est un grand plaisir !

Bon, il est temps que Soleil vert vienne m'étonner.

Christiane a dit…

Sauf la petite Co'ette qui tient tête à sa mère avec une force tranquille.

J J-J a dit…

Merci Ch. pour votre lecture de Lemaitre. Puis-je la copier/coller et l'incruster sur le blog de PA, 'vu que les erdéliens ne viennent pas tous visiter le blog de SV, mais que beaucoup se souviennent de vous). Or, vous semblez la seule à avoir lu le dernier tome de sa tétralogie... Et m'avez quasi convaincu de le laisser tomber pour le moment, alors que... comme vous, j'avais été "fan" des premiers. Belle journée.

Christiane a dit…

Pas de problème, JJJ. Bonne journée.

Christiane a dit…

Je crois, JJJ, que le choix de Pierre Lemaitre est d'avoir choisi une famille plutôt que un ou deux personnages et c'est lourd à tirer une famille, surtout sur un siècle !

Christiane a dit…

Sur ces deux enfants !

Christiane a dit…

Encore un ajout, JJJ. Au fond, j'en veux à Pierre Lemaitre d'avoir terminé son roman comme un conteur l'aurait fait, en voulant donné du sens à ces destins. Or, si j'ai une certitude c'est que dans l'univers on ne trouve pas d'objectif discernable, juste un chaos rendant illisible tout mythe théologique !
Il reste la littérature fantastique, là, il faut grappiller sur le blog de Soleil vert.
Pierre Lemaitre est trop optimiste dans le final de cette saga. Comme si le dieu-écrivain décidait du sort de chacun de ses parsonnages... Seul le siècle faisant s'ébouler les espérances des "Trente glorieuses" donne un visage de folie, cette sensation de désastre à notre temps . Voltaire ricane avec ses obscurs contes. L'histoire de Babel n'a pas besoin d'un dieu jaloux ! Qui pourrait croire que les hommes veulent se comprendre dans un monde sans frontière ?
L'ordre ? P. Lemaitre veut remettre le monde en ordre, au moins chez les Pelletier... Y a-t-il un autre moteur que le hasard pour faire sebouler les stratégies humaines ? Les hasards du roman ne sont pas vraiment des hasards mais un jeu de stratégie lentement élaboré par l'écrivain qui puise dans les faits divers qu'il adore, matière à relancer le suspens. (Belle trouvaille que son tireur fou !). C'est un joueur. Il s'amuse de ses trouvailles comme un gamin qui serait heureux que son intention soit passée inaperçue.
Cest dommage que mes remarques vous incitent à ne pas lire le roman. Vous me privez d'une lecture qui m'obligerait peut-être à revoir mes impressions. J'aime les avis différents des lecteurs sur un livre, un texte. Ça donne le plaisir de relire !

J J-J a dit…

Plus tard, peut-être, Ch.... Et j'ai cru comprendre que la saga n'était pas terminée, qu'un 5e tome serait quasi déjà écrit, parcourant les descendants d ela famille Pelletier durant les années 70 à 90... Il est vrai que quand on tient un filon qui rapporte, pourquoi irait-on gâcher le plaisir d'un lectorat fidèle ?... Peut-être Lemaitre est-il trop redevable à la fidélité de ses lecteurs pour ne pas vouloir les décevoir. On ne sait pas toujours trop ce qui meut les gens.... Regardez Marie-Hélène Lafon... elle creuse toujours le même sillon, et pourtant ne dit jamais la même chose. Cela dit, cette romancière secrète est d'une bien autre envergure, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Bien à vous et à votre passion d'échanger, en outre...

Christiane a dit…

Marie Hélène Lafon... C'est une terre, une origine, une solitude mais surtout une écriture qui fouille tout, les cœurs, les corps, les silences, les gestes. Quelqu'un de rare que, toutefois, je préfère lire qu'écouter. Elle est ou à été professeur de lettres et continue à l'être quand elle est face à un public ou un journaliste. Quand on la lit, elle s'efface derrière son texte et c'est bouleversant et tenu. Jamais de trémolos. Elle se tient droite et fière. J'ai lu ses romans, les ai aimés sauf celui l'essai sur Cézanne. J'attends d'elle le retour à son domaine privilégié. Là aussi une famille, toute petite, à vif. Elle s'en est sortie parce qu'elle est partie.
Un être magnifique. Des livres rares.
Pour Pierre Lemaitre. Il déborde avec gourmandise de ces années où il n'était pas écrivain, reconnu comme tel. Il écrit beaucoup. Le filon Pelletier, il ne peut le quitter.
Qu'est-ce qui éteint une famille ? La mort ? S'il n'y a plus d'enfants, plus de mémoire.
Je pense à d'autres sagas qui m'ont bouleversée, celle des Camondo écrite par Pierre Assouline devant ce qui s'est arrêté... le massacre de la famille par les nazis. Et cet Hôtel particulier. La beauté de la maison, des meubles, des objets, des livres. Une vie arrêtée, bouleversée . Ce n'est plus une fiction, c'est de l'empathie portée par une plume grave.
Mais qui suis-je pour juger de la qualité d'écriture d'un écrivain ? Je n'écris pas. Je lis. Je lis, donc je suis injuste. Je ne peux, comme M.C. que je respecte infiniment, exprimer un jugement définitif sur un livre, un auteur. J'ai besoin de penser à ces hommes, ces femmes qui ont passé des heures à écrire, à relire, à corriger, à consulter leurs notes, à se décourager, à reprendre.
Le reste... la publicité, les entretiens, les plateaux télévisés c'est après, après la solitude de l'écriture. Lire, c'est aussi une solitude. Accepter de partager ses impressions : redoutable ! sauf quand ce sont des êtres vrais, sans médisance ou polémique qui s'expriment, seulement un silence, un accord ou un désaccord vivifiant.

J J-J a dit…

Je n'écris pas. Je lis. Je lis, donc je suis injuste. ///
La justesse, celle de savoir où est sa propre honnêteté et modestie... Mais une immense modestie. Sans doute pas inintéressée après coup (pour susciter un échange éventuel, un partage), mais néanmoins une pulsion gratuite sur le moment, insouciante des réactions provoquées ou du silence engendré.

J J-J a dit…

Je crois que MC n'a jamais vraiment cru à son propre talent d'érudit capable de porter un jugement définitif sur une œuvre ou un auteur... On détecte trop souvent sous sa plume un aplomb masquant mal une indécision à l'égard de son propre statut. Cela me l'a rendu sympathique à la longue, alors que j'étais aveuglé et donc, agacé par ses prises de position politiques ultra conservatrices. Je n'avais pas compris, d'emblée, qu'elles n'avaient pas d'importance décisive.

Christiane a dit…

Pas simple de vous répondre, JJJ. Non, ce n'est pas de la coquetterie! Surtout pour la lecture d'un roman. L'écrivain s'exprime avec tant de précautions pour dire sans dire, pas trop tôt, pas trop tard, amplifiant certaines scenes, là où le lecteur se contenterait de quelques lignes, choquant sans l'avoir voulu, suivant son thème. Et le lecteur avance avec tout son vécu, ses lectures précédentes, ses auteurs préférés, ceux qui le laissent indifférent. Il y a le style reconnu, aimé ou juste toléré, le siècle, ses références et coutumes, l'état politique du monde qui rend plus ou moins sensible à certains échos trouvés dans le roman. J'adore ce risque : lire. J'adore ce bonheur : lire.

Nous vivons dans nos propres fictions, nous racontant notre vie avec notre point de vue.

Le fait que les échanges gagnent du terrain sur internet transforme aussi les échanges, les réduisant. (quand c'est trop long, on ne lit plus !). Parfois, on voudrait avoir l'autre en face de soi, livre en main, pour partager tel ou tel passage. Donc oui, c'est fragile d'échanger sur un roman...
De plus, j'adore relire et parfois je ne reconnais plus mes impressions antérieures. Alors, oui, je choisis la spontanéité quitte à me contredire quelques temps après.
J'adore échanger avec vous sur les livres. C'est toujours joyeux et pas compliqué !

Christiane a dit…

C'est extra votre façon de l'approcher. Je n'avais vraiment pas pensé à ce pile où face !

J J-J a dit…

Ce qui est chic avec vous, c'est que vous ne fuyez jamais une timide amorce de dialogue... Je vous fais éprouver de la joie et de la simplicité..., cela m'est tout à fait incroyable, moi qui m'imagine toujours en triste sire tordu et alambiqué. Vraiment merci, Ch., pour rester aussi spontanément ce que vous êtes, dans votre écriture infinie, jamais assouvie, jamais rassasiée et toujours passionnément éprise.

Christiane a dit…

ou

Anonyme a dit…

Qu’est-ce. Que c’est que cette connerie? MC

Anonyme a dit…

Ceci s’ adresse à jjj

Christiane a dit…

Oh, M. C., voilà que vous faites des écarts de langage comme Rosanette ?
Cest très amusant.
Nos têtes pensantes s'encanaillent-elles ?

Christiane a dit…

C'est évident ! Il est dans la joie, dansant au clair de lune. Ne lui en voulez pas. L'essentiel, c'est qu'il vous aime bien.

J J-J a dit…

ah bonjour MC !... Je ne vous veux aucun mal, voyons donc !... bien au contraire. Ne fuyez pas les "conneries". On n'est pas "maqués", hein ? :-)

Christiane a dit…

Très drôle, JJJ, vous êtes en forme !

Anonyme a dit…

Oui cela m'arrive. Il faut savoir en profiter. Belle journée à vous...

Christiane a dit…

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2017/11/21/lucrece-philosophe-vesperini/

M.C., Pascal Angel parle avec precision du livre que vous lisez. Qu'est-ce qui vous passionne dans cette lecture ?

J J-J a dit…

Je me souviens d'un bouquin de M Onfray qui évoquait son enthousiasme pour Lucrèce (de natura rerum) et la prt active qu'il joua dans une nouvelle édition entièrement revisitée..
Il fut une redécouverte, quatre siècles après les présocratiques.
https://marenostrum.pm/la-conversion-vivre-selon-lucrece-michel-onfray
Pascal Engel, plutôt, non ?

Christiane a dit…

Cadeau du matin, JJJ, puisque vous évoquez.
De Valérie Novarina des textes réunis sous le titre "Devant la parole" (P.0.L.).
Des méditations sur la parole, le langage.
Un de mes préférés : "Le débat avec l'espace".
Je lis, page 78, quelques lignes qui me rappellent notre conversation d'hier sur les livres, le langage.
"La langue, qui est notre chair, ne peut être domestiquée. Les écrivains que j'aime ne sont pas tant ceux qui la maîtrisent, mais ceux qui sont terrassés par elle, qui la combattent et sont parfois vaincus, emportés par le flot."
C'est un texte très fort où il évoque l'acteur qui, au théâtre, rend visible la parole. Celui qui tient les mots, dont" la voix creuse l'espace."
C'est un petit livre que l'on garde, un peu secret.
Le texte qui suit, le plus long, évoque deux œuvres de Piero della Francesca et d'Andrea Mantegna.
Encore une méditation sur l'espace et le temps. Une méditation de plus en plus obscure. Je m'y suis enfouie avec délice.
Ce livre est un mystère. Je le garde comme tel. Bonne journée.

Christiane a dit…

vous l'évoquez

Christiane a dit…

Oui, Engel.

J'ai lu le bel ouvrage de Lucrèce, "De la Nature".. Physique et poésie tissées pour approcher d'une grande liberté épicurienne loin des dieux et du fatum. Le hasard...encore, comme éboulement de nos certitudes.
Je ne connais pas le livre que vous évoquez.
Mais j'ai souvent pensé que René Char et Albert Camus, à L'Isle-sur-Sorgue, devaient parler de cet éblouissement....

Christiane a dit…

https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-0491-3

C'était une soirée à l'Odéon, un soir...

Christiane a dit…

https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/deces-du-dramaturge-valere-novarina-dynamiteur-du-langage-97405697f8c5d999c6762b3533804190

Donc il est mort... Il entre dans le silence...

Christiane a dit…

Je viens d'ouvrir votre lien. L'exposé de Michel Onfray est clair.
Cest quand même incroyable cette voix qui s'exprime depuis ce lointain passé avec tant de liberté.
J'aimerais que M. C. nous éclaire sur cet essai de Vesperini.

Christiane a dit…

En 2011

Christiane a dit…

Huit jours, c'est long, S. V. Quand revenez vous ?

Anonyme a dit…

Ce qui est intéressant, c’est la remise à zéro des indicateurs. Qu’est ce que la ledit latine? Pourquoi a-t-ielle une forme encyclopédique , comme dans le cas présent. Ce qui amène à s’interroger sur la nature exacte de son modèle, la poésie grecque. Et le statut du poète latin, passant à celui de simple imitateur. La ou les choses se compliquent, c’est que le choix du poème de Lucrèce ne correspond semble-t-il pas à une conviction propre, Le choix de l’ Épicurisme correspond à une logique de cour, non de conviction. Ce qui amène à scruter )j’en suis la) le dédicataiire, personnage très imposant puisque possédant à Athènes l’emplacement où les ruines de la maison d’ Epicure. Pour autant , Lucrèce joue avec les concepts de l’épicurisme, sans les retenir tous. On peut même dire que certains sont mis à mort! Il est proposé de lire le De Natura non comme un poème philosophique, ce qui n’a pas de sens alors, mais comme un poème épique, l’épopée ayant tardivement conservé ce merveilleux scientifique dont on l’a privée. On comprendra que devant cette démonstration qui mobilise l’Histoire littéraire, mais pas que, la perception des genres antiques, et effectue une sorte de révolution copernicienne, le tout princièrement exprimé, je ne sois pas resté les bras ballants.,,,










Anonyme a dit…

Notre. Ceci ne résume que les 172 pages d’un bouquin qui en comprend 556…. MC

Christiane a dit…

Merci, M. C. pour cette analyse qui ôte un peu de charme à l'idée que je me faisais de ce beau texte dont j'aimais imaginé qu'il était un long poème philosophique émerveillé et inquiet quant à la nature sur terre et dans l'espace, bien loin "des dieux, hors du monde et des choses humaines" , indifférents au sort et des hommes et de la terre.
Je pense que ce livre érudit ne dit pas de mensonge mais ayant lu le compte-rendu que je vous avais mis en lien, je pressentais la fin d'un rêve. C'est pour cela que je vous avais dit que je le lirai pas. Même s'il est comme vous le ressentez admirable. Je comprends, ayant lu quelques méditations historiques de vous que votre monde est fiable, solide, argumenté, le monde des chercheurs, des analystes. J'ai la légende dorée, pas celle des saints personnages de science-fiction mais celle de certaines personnalités qui ont laissé, allez savoir pourquoi, matière à rêver. Donc, je continue à percevoir l'écriture de Lucrèce comme les méditations d'un sage et les pensées d'Épicure comme une avant scene de la beauté, loin des dieux insensés. Rêverie et paix naissant de la contemplation du bien, de la volupté. Ma thebaïde dans cette époque tumultueuse... Qu'importent les erreurs de ma lecture qui rend le monde à l'homme, la nature à ses lois du "vivace et du bel aujourd'hui", les astres à leur marche dans une sphère infinie, loin du surnaturel, juste dans la profondeur du vide. " Rien n'est sorti de rien. Rien n'est l'œuvre des dieux."(...)
Et la loi de l'espèce en hasard se résout. "

Christiane a dit…

"Dans le vide se meut la matière féconde."(...)
Et qui nous blâmera, si par la poésie,
Tout ce que nous touchons est frotté d'ambroisie? "
Bonne lecture, cher ami et compliments à ce grand érudit, Mr Vesperini.

Christiane a dit…

imaginer

Anonyme a dit…

Il est très bien écrit, oui. Mais consolez-vous ! Après Vesperini viendra quelqu’un qui essaiera de renverser son travail. C’est la Loi de la Recherche, rien n’est définitif, et Lucrèce n’a donc pas fini de vous « parler »! Je reconnais à ce type de recherche le mérite de faire penser. Ce n’est pas rien…. MC

Anonyme a dit…

Ceci indépendamment de tout conflit pro ou anti-Lucrèce….

Anonyme a dit…

PS Je ne lis jamais les liens qu’on m’envoie, parce qu’incaptables sur cet I phone…

Christiane a dit…

Vous êtes chic, M. C. J'aime beaucoup ce dialogue.

Anonyme a dit…

Je me permets de m'immiscer dans l'affaire Lucrèce en suggérant la récente et admirable traduction de la version latine de Rerum Natura par Bernard Chombeaud
https://www.google.com/search?q=lucrece+traduit+par+chombeaud&rlz=1C1GCEA_enFR1067FR1067&oq=lucrece+traduit+par+chombeaud&gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIJCAEQIRgKGKABMgkIAhAhGAoYoAEyCQgDECEYChigAdIBCTczMzdqMGoxNagCCLACAfEFprSTGHWz6q3xBaa0kxh1s-qt&sourceid=chrome&ie=UTF-8#fpstate=ive&vld=cid:5d0bdaf6,vid:VKJsOwjD5P4,st:0

Christiane a dit…

Merci, infiniment. Quel bonheur de mieux pouvoir apprécier ce texte sublime.
"Lucrèce construit un monde de matière avec des atomes qui tombent dans le vide, il n'y a rien d'autre et tout en découle : les dieux existent, mais ils n'ont que faire des hommes. Dès lors, la vie est faite pour le bonheur. La mort n'est pas à craindre, elle n'est que désorganisation puis réorganisation de la matière. Il n'y a pas d'arrière-monde, la religion est une superstition. Le plaisir est le souverain bien à viser. Ce poème contient une infinité de propositions éthiques et morales qui permettent de mener une vie philosophique en général et une vie épicurienne en particulier."

Toute une page d'extraits de cette traduction. Un régal !

Traduit par Bernard Combeaud, préface de Michel Onfray.

Christiane a dit…

Découvrez cette vidéo : "lucrece traduit par combeaud" https://share.google/mqlSZ4irdog8sMfnZ

Écouter pendant 10 minutes Bernard Combeaud évoquer Lucrèce Cest émouvant et passionnant. La vidéo est magnifique faisant défiler derrière B. Combeaud une matière fluide d'étoiles et d'infinis.
C'est la fête ! Et quelle voix douce...
Désolée, M. C. Si vous ne pouvez pas ouvrir ce lien. C'est vraiment un moment exquis !

Christiane a dit…

J'ai hâte d'avoir le livre entre les mains pour me laisser emporter par ce grand souffle. Merci encore, Anonyme.

Christiane a dit…

900 pages de bonheur ! Quel beau livre. J'apprécie le titre : "La naissance des choses", qu'il soit bilingue, les nombreuses références... Le format du livre, son poids permettant une lecture confortable, la qualité de l'impression, du papier...
Commencer ce livre par la correspondance de Bernard Combeaud et Michel Onfray, "À bâtons rompus", est une belle idée.. Puis l'avant propos de Bernard Combeaud qui doit ressembler à la vidéo que j'ai mis en ligne hier. Puis une liste des noms des manuscrits latins et enfin. Et enfin, et enfin ce texte que j'attendais. Encore merci.

Mais j'ai vu un nouveau billet de Soleil vert. Joie parfaite.

Christiane a dit…

Ces extraits de la correspondance entre Bernard Combeaud et Michel Onfray et l'introduction de Bernard Combeaud répondent en partie au questionnement de Pierre Vesperini concernant l'écriture de ce poème. Lucrèce a-t-il écrit sur commande ? Est-ce une imitation ?...
Une rencontre devait avoir lieu entre Pierre Vesperini et Bernard Combeaud autour de Lucrèce et de ce texte. La mort l'a rendue impossible. Michel Onfray lui offrit une traduction publiée par Denis Mollat. Il reçut en retour ce courrier électronique : "Sa traduction est vraiment magnifique. Je n'en ai jamais lu de si belle."

Pourquoi une nouvelle traduction ?
Bernard Combeaud passa en revue celles qui existaient, en loua certaines mais ajouta "je ne lisais toujours pas en français le Lucrèce que je lisais en latin. (...) Rendre en prose un poème étranger est une opération du même ordre qu'adapter un roman pour le cinéma ou que transposer une partition pour un autre instrument que celui pour lequel elle avait d'abord été composée. Dans les deux cas, on change alors non de langue seulement, mais bien de langage. En ce sens, Lucrèce n'avait jamais encore été ce que j'appelle traduit , du moins en français. "

C'est passionnant.

Christiane a dit…

Je découvre sous la beauté et la musique du poème des intuitions bouleversante.
Ainsi dans le Chant I
Le vide.
"Parmi les Choses en effet l'on compte aussi le Vide.
(...) Le Vide est un milieu donc, une impalpable vacance :
Que s'il n'était. Comment comprendre alors le mouvement ?"

Christiane a dit…

Cette notion de Vide me rappelle la peinture chinoise traditionnelle. Les espaces qui apparemment sont vides sont des espaces de calme, de repos évoquant l'eau, le ciel, la terre. Comme dans la calligraphie. Ils créent dans l'œuvre une tension, un contre-équilibre, le moteur de l'énergie.
François Cheng l'écrit aussi en parlant de Cézanne : "Il sait que plus il se fait vide, plus il est à même de se laisser habiter par une immense chose qui le dépasse, par cette force géologique qui, depuis le cœur de feu originel, effectue son irresistible montée, et qui, de strate en strate, gagne l'air libre de l'espace sans limites." (Notes prises lors d'une conférence au Collège des Bernardins consacrée à la beauté et à la vérité.

Cest à la fois de la physique mais aussi de l'art.

Christiane a dit…

François Cheng le dit aussi dans ces "cinq méditations sur la mort- autrement dit sur la vie" :
"Il nous faut ici marquer une pause pour nous expliquer sur ce paradoxe, sur ce "rien" qui ne doit surtout pas être confondu avec le néant. Contenant la promesse du Tout, le Rien désigne le Non-être, ce Non-être n'étant autre que ce par quoi l'Être advient. "
Je commence à comprendre où veut en venir Lucrèce...

Christiane a dit…

Et Lucrèce continue :
"(...) où n'était nul espace, un espace s'élide.
Après quoi se remplit ce lieu qui d'abord était vide."

Puis il se heurte à la limite :
"Mais puisque, en tout ce qui naît, du vide se développe
Cela nécessite, au pourtour, une ferme enveloppe ;
Car que chose garde du vide en son intimité,
Les lois de la raison ne le peuvent admettre,
Que tout n'y soit par un entour solide limité (...)"

C'est extraordinaire, on voit un homme penser, en direct et ceci au cours de la première moitié du 1er siècle avant J-C.

Christiane a dit…

Et la trouvaille :
"Les corps premiers sont donc robustes par compacité :
Ce n'est pas autrement, qu'étant saufs pour l'éternité,
Ils font depuis la nuit des temps renaître toute chose."

Je cherche dans "Poussières d'étoiles" d'Hubert Reeves, le chapitre où il parle de la matière qui s'organise.
"L'histoire de l'univers, c'est l'histoire de la matière qui s'organise."
Toutes ces particules qui erraient dans le magma chaotique et qui s'organisent d'une façon epoustouflante. La force de gravité qui entrera en œuvre.

Je ne m'en lasse pas...

Christiane a dit…

Le début du chant deuxième est une merveille poétique et un regard amusé sur le fonctionnement de la pensée humaine :
"Douceur, sur l'abîme immense, où les vents troublent les flots,
Pour qui depuis la terre voit l'ahan des matelots !
Non que d'un autre sans doute on aime à guigne la peine.
Mais voir ce que l'on s'épargne est d'une douceur certaine."
(Michel Onfray s'était essayé à traduire ces quatre vers avant de connaître celle-ci de Bernard Combeaud. Avec modestie il note l'excellence sidérante du travail de traduction de Bernard Combeaud.

Christiane a dit…

JJJ, si vous passez par ici, sachez que j'ai lu votre commentaire sur ce film que je ne connais pas. Ce que vous dites de la mort, de la peur de la mort par cette femme, de ces femmes de cette enfant qui regarde, silencieuse... De cette maison... Du lien que vous faites avec La maison vide de Laurent Mauvignier. C'est un texte bouleversant. Du grand JJJ. Merci.

Christiane a dit…

Le chant de "La naissance des choses" de Lucrèce dans cette traduction de Bernard Combeaud est vraiment magnifique :
"Du gouffre à l'infini partout bâille l'immensité! (...)
L'on sait donc désormais qu'aucun repos n'est accordé
Aux atomes lancés parmi l'étendue infinie,
Où sans cesse les agite un mouvement qui varie. (...)
Là tu verras dans l'air maints points d'or de mainte manière
Se mêler par escadrons aux mille rais de lumière,
S'affronter sans relâche en leurs tourbillons éternels (...) "


Il me semble voir" La nuit étoilée" de Van Gogh...

Christiane a dit…

Il s'agit du film "Les Échos du passé” de Mascha Schilinski.

Christiane a dit…

C'est sur la rdl le 19 janvier à 9h36.

J J-J a dit…

Au passage, merci de votre remarque sur le film de M. Shilinski... Et merci aussi pour "l'anonyme" (JJJ - oups ) qui vous avait signalé le Combeaud/Onfray sur Lucrèce... J'étais sûr qu'il vous parlerait, si d'éventure vous étiez passée à côté... Vous restez toujours hyper à l'écoute du Cosmos et des Cosmicomics... Et c'est incroyable. Bien belle journée sur le nouveau billet.

Christiane a dit…

Joie!

Christiane a dit…

Oui, JJJ, c'est un beau cadeau que cette lecture du poème de Lucrèce traduit par Bernard Combeaud. Plus j'avance dans les chants, plus je redécouvre que Lucrèce est un poète tragique. Ce fut déjà mon impression, il y a quelques années quand je découvris ce poème.
Dans le Chant 3 il affronte la mort. Reprise au début du chant 4.
Je sentais déjà ces pensées sombres dans les tourbillons et tournoiments des atomes dans les chants précédents. Est-ce pour cela que j'ai pensé aux toiles de nuit de Van Gogh.
Lucrèce se sépare des superstitions pour être face à l'indifférence d'une nature toujours en mouvement où la mort est suivie de la vie, où la vie est suivie de la mort par une continuelle transformation. Il est même assez crû quand il s'approche du corps des morts.

Angoisse qui vous a saisi en voyant ce film, "Les Échos du passé” de Mascha Schilinski.
" Toucher les morts"... Et cet "œil", ultime regard frontière, qui se voilera quand la vie semblera quitter le corps.

Et pourtant, comme vous, il apaise dans les sombres moments de la vie. Comme si la joie pouvait être compassion des affligés qui souffrent mais sans le recours à la religion. Un peu à la façon de Diderot, du siècle des Lumières.
Tout ça est étonnant... Éclairer avec du tragique... Obscure lumière.

Christiane a dit…

tournoiements

Christiane a dit…

Je sens, JJJ, quelque chose qui court tout au long du poème et qui devient un mur d'angoisse et de peur dans ce final terrible : la grande peste, le Mal. La mort et l'absurde surfant dans un monde de hasard aveugle.
"La religion, le sacré, fardeaux bien inutiles,
Ne pesaient rien alors face au malheur des temps."
(v.1276 - v.1277). Chant 6. Page 547)

Comment ne pas penser à "La Peste" de Camus ? Aucune consolation, aucun espoir. Il ne reste qu'un bûcher funèbre rougeoyant. Un monde sans Dieu.

Une seule solution : revenir au début du poème et lire, chant premier (v.1-v.5) : "Mère des fils d'Énée, volupté de l'homme et des dieux,
Aime Vénus qui, sous la voûte aux routes constellées,
Et la Mer porte-nefs et la Terre au fruit généreux
Vas peuplant - puisque par toi toutes les vies animées
Sont conçues, et, décloses, voient le soleil radieux-(...)
Oui, dès que les jours sous l'avril rajeunissent et rient,
Dès que, libre, revit le souffle fécond du zéphyr,
Le peuple ailé, Divine, aux cieux annonce ta venue"

Oui, retour à la Naissance des choses.... à la Vie...

Christiane a dit…

Merci, cher JJJ. ,-que j'ai cru, Anonyme -d'avoir versé en ma vacance ce terrible et beau poème de Lucrèce. .

Christiane a dit…

"La peste d’Athènes est le nom sous lequel est désignée une épidémie ayant touché la Grèce antique de 430 à 426 av. J.-C. Elle a été rapportée par Thucydide, dans le Livre II de son Histoire de la guerre du Péloponnèse.
Elle a causé plusieurs dizaines de milliers de morts, dont celle de Périclès, soit un quart à un tiers de la population, en marquant la fin d’une époque privilégiée. Sa nature exacte n’a pas été éclaircie, le typhus en est la cause la plus probable... "

Christiane a dit…

Ma précédente lecture de ce poème, c'était : "De la Nature" avec une introduction d'Elisabeth De Fontenay, et un texte traduit par Alfred Ernout. Aux éditions Belles Lettres en présentation bilingue. J'avais beaucoup aimé, également. Un texte plus fluide que celui de Bernard Combeaud.
Mais l'occasion de relire ce poème, traduit différemment, m'a permis de mieux approcher le caractère de Lucrèce, tiraillé entre paix et angoisse. La mort, les grandes calamités du dernier livre, dont la peste, apportent à sa pensée un paradoxe : ne pas interpréter, comprendre mais également une ouverture à l'absurde si rien n'a de sens, si tout est fruit du hasard, si la Terre continuera de valser dans le cosmos entière ou en morceaux, avec ou sans l'humanité.
Que la Fantasy et la science-fiction aient pris le relais en imaginant des mondes différents, des planètes différentes, des êtres vivants différents, des robots, des entités ne m'étonne pas. C'est une façon de conjurer l'angoisse, la peur. Car notre trésor c'est la conscience, pouvoir penser, se souvenir, être lucide ou basculer dans un effacement progressif de nos facultés intellectuelles... Qu'importe... Il reste la Vie, l'amour, la curiosité, l'imaginaire. Être là, debout si l'on peut...
Qu'il ait imité Epicure? Question secondaire. Les artistes ne cessent de s' imiter...
Le délire nocturne de JJJ sur la peur est à l'amble du questionnement de Lucrèce. Étrange texte dont Il gardera Le secret... Étrange personnalité ce JJJ, qui, bien que bourré de tendresse, aime provoquer, jouer avec le langage, ferrailler avec les quetelleurs, s'agenouiller devant un clair de lune.
C'est ainsi, un peuple virtuel emporte par la fièvre des mots là où le réel est ailleurs, dans le quotidien souvent inquiétant ou usant, banal, répétitif.
Envie de relire Italo Calvino . La lecture... mon univers.
A plus tard.

Christiane a dit…

J'ai choisi "Monsieur Palomar", tellement rêveur et doux au milieu du chaos du monde.

Christiane a dit…

Voici donc cet extrait de Monsieur Palomar (à la plage...)

"Monsieur Palomar est plongé dans un monde desincarné, intersections de champs de force, diagrammes vectoriels, faisceaux de droites qui convergent, divergent, se réfractent. Mais en lui demeure (...) la sensation que l'on est là mais qu'on pourrait ne pas y être, dans un monde qui pourrait ne pas être mais qui est là. (...) Ceci est mon habitat pense Palomar, qu'il n'est question ni d'accepter ni d'exclure, car je ne peux exister qu'au milieu de tout ceci. Mais si le sort de la vie sur terre était déjà scellé.... "

Christiane a dit…

Suite :
"Si la course à la mort devenait plus puissante que toute possibilité de réparation ? (...)
Jadis, des millions de siècles durant, les rayons du soleil se posaient déjà sur l'eau avant qu'il n'existât des yeux capables de les saisir. (...)
Monsieur Palomar pense au monde sans lui : celui infiniment vaste d'avant sa naissance, et celui bien plus obscur d'après sa mort ; un monde qui demain, à cause d'une catastrophe ou d'une lente usure, resterait aveugle. Qu'adviendra-t-il donc dans un tel monde ? (...)
Il pense à l'univers instable en ses confins, ouvrant en son sein d'autres univers, de corps célestes, nébuleuses, Champs de forces, intersections de champs, ensembles d'ensembles..."