Pierre
Bordage - Les Guerriers du silence - Neptune
La déclinaison des fleurons des éditions de l’Atalante dans
leur toute nouvelle collection de poche Neptune offre l'opportunité de relire
le premier d’entre eux, Les Guerriers du silence du regretté Pierre
Bordage décédé en décembre 2025. L’occasion aussi de rendre hommage à un de ces
auteurs français qui réveillèrent le genre fin des années 80, début des années
90, avec la volonté de raconter des histoires, de renouer avec le sens of
wonder. Le roman de Pierre Bordage premier volume d’une trilogie qui
comprend Terra Mater et La Citadelle d’Hyponéros connut un grand
succès commercial et critique. Le plus difficile fut paradoxalement de trouver
un éditeur, la profession reculant pendant des années devant la longueur de
l’ouvrage.
Une ombre maléfique s’étend sur la Confédération de Naflin.
Une race non humaine, les Scaythes d’Hyponéros, s’infiltre dans les rouages de la
puissante Eglise du Kreutz, mettant au service de l’Inquisition leurs
étonnantes facultés mentales. Êtres asexués issus d’une « cuve matricielle»
dans laquelle ils sont réinjectés à la moindre défaillance, ils renversent
patiemment les pouvoirs en place dans les mondes de la Confédération, éliminant
sans pitié les opposants avec l’assentiment des prêtres. C’est alors qu’au sein
de cet empire du mal surgit un personnage falot, employé d’une agence de la
CILT, compagnie de transfert par téléportation. Il facilite la fuite d’une
syracusaine fille de Sri Alexu, un maître de la science inddique, discipline à
même de contrecarrer les pouvoirs des Scaythes. Elle-même en transmet au jeune
homme les premiers rudiments. Leur seul espoir de combattre « l’axe du
mal » est de réunir trois de ces maitres. Pendant ce temps les Scaythes
poursuivent leur œuvre de destruction aidés par les assassins de la secte de
Pritive, et après avoir proclamé sur la planète Bella Syracusa l’avènement de
l’église kreuzienne et son irrésistible ascension dans la Confédération,
éliminent le régent du Marquinat, et détruisent la chevalerie de l’Ordre absourate.
Formidable récit épique, mythologique, hindouiste, Les
Guerriers du silence est d’abord un théâtre de cruauté dans lequel
s’affrontent des esprits à l’image du Village des damnés, de L’Homme
démoli, de Dune et qu’un chemin de lumière et d’espoir vient enfin
éclaircir dans une conclusion qui rappelle Seigneur de lumière de Roger
Zelazny. « La citadelle de silence » dans laquelle se réfugient Tixu
Oty et Aphykit, pour échapper aux agressions psychiques des Scaythes, s’inspire
du śūnyatā bouddhique. Elle explicite le titre du roman. Le soin apporté aux
descriptions qui ne ralentissent pas le rythme de l’intrigue, l’onctuosité de l’écriture
et les surprises comme l’épigraphe du chapitre XXII semblant sorti tout droit du
Cantique des Cantiques ou d’un poème mystique soufi renforcent la beauté de l’ensemble.
Les avis divergent sur la qualité des deux suites. Contentons-nous déjà de
cette merveille.

8 commentaires:
Résumé , ça ne paraît pas si merveilleux , Mais prenons garde.
Il en fallait au moins deux, non ?... Un pelé et un tondu anonymes...
La vie de Pierre Bordage est vraiment insolite. Il a laissé le souvenir d'un homme bon, humaniste, travaillé par un mysticisme plutôt oriental et toujours en opposition à ce qui, dans les religions instituées, s'oppose à la liberté de conscience.
Je vais quand même essayer de voir ce qui est important pour lui dans cette fiction.
"J’essaie de me faire une petite place, modeste laboureur des mots, dans le sillon éternel et fécond tracé par les grands faiseurs d’histoires », avait expliqué Pierre Bordage, cité par sa maison d’édition.
"Quand je rentrais en écriture, j'arrivais dans mon bureau le matin après avoir emmené les enfants à l'école quand ils étaient petits. Je me mettais à l'écriture et puis voilà, je suis tombé dans la transe. Je ne contrôle rien. J'écris. J'écris ce qui arrive. Mes personnages agissent par eux-mêmes. Je les suis, tout simplement. Je les écoute. Ce sont eux qui m'emmènent visiter leur univers. Et je me rendais compte qu'il s'était passé 4 heures et que j'avais écrit 5-6 pages. Je n'avais pas vu le temps passer."
Pierre Bordage
"Enfant, lorsque je lisais des contes, des mythologies, je me sentais immédiatement transporté dans un ailleurs. Cet effet, je l'ai ensuite retrouvé en première année d'université dans la science-fiction. On a l'impression d'être transporté immédiatement dans l'ailleurs. Et ça donne le vertige. Cet effet vertige, je l'ai toujours cherché, je l'ai toujours cultivé, aussi bien en tant que lecteur qu’en tant qu'auteur."
Pierre Bordage
J'aime bien ce roman à partir de la page 555.
Pour une centaine de pages, seulement.
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