samedi 24 janvier 2026

Le test de Rungholt

Laurent Genefort - Le test de Rungholt - Albin Michel Imaginaire

 

 

Après la publication chez Albin Michel Imaginaire des Temps Ultramodernes, roman au croisement du rétrofuturisme et du steampunk, Laurent Genefort propose chez le même éditeur un huis clos se déroulant dans la ville de Rungholt. Celle-ci peuplée de volontaires a été isolée du reste de la Terre pendant vingt ans. Notre planète candidate pour intégrer La Mosaïque, un gigantesque ensemble de civilisations peuplant l’univers et la cité en question subit une période probatoire au cours de laquelle seront observées les interactions entre humains et extraterrestres venus y passer quelques temps.


Au cœur du dispositif, Ingrid Belloc, à la tête de l’institut médico-légal, assistée de l’inspecteur Mendoza est chargée de résoudre les crimes liés aux visiteurs aliens le tout sous la surveillance de D’jee’r un des représentants de La Mosaïque. Comprendre, expliciter les circonstances d’un meurtre accidentel ou non afin de les prévenir, favoriserait les chances d’intégration de la Terre dans le complexe intergalactique.


L’Institut bénéficie déjà de l’apport d’outils médicaux de technologie extraterrestre. Une aide précieuse pour le médecin-légiste mais qui n’atténue pas les difficultés rencontrées dans l’autopsie de créatures étrangères. Chacune s’apparente à la découverte d’un monde nouveau, une biologie inédite. Faute de s’appuyer sur un capital de connaissances, d’antécédents, Belloc et Mendoza doivent combiner logique, intuition, biochimie et recherche d’indices avec la contrainte d’un temps imparti pour la résolution de l’enquête sans compter les subtils impératifs diplomatiques.


Le récit est constitué d’une série d’investigations qui mettent en avant un couple d’enquêteurs à l’image de la série X-files ou des romans Les cavernes d’acier et Face au feu du Soleil d’Isaac Asimov. Comme dans l’Illiade chaque mort est différente. Chaque alien aussi. Ils prennent vie en creux, en quelque sorte, à la différence du personnage de Belloc d’une pauvreté psychologique sans doute voulue.  A la vision des millions de civilisations prêtes à intégrer la Terre dans leurs parcours touristiques ou leurs échanges commerciaux du test de Rungholt s’en est superposée chez moi une autre proposée par Clifford D. Simak dans Au Carrefour des étoiles.Sur un thème similaire le célèbre écrivain dessinait le portrait d’un passeur clandestin d’extraterrestres sous la menace constante d’une population parfois hostile, souvent curieuse. Quelque chose somme toute de très moderne m’incitant à répéter une fois de plus l’adage selon lequel un grand livre ne finit jamais de dire ce qu’il a à dire.

 

Le test de Rungholt  - premier volume d’une trilogie - cligne aussi de l’œil en direction de Flaubert surnommé « l’ anatomiste du style », double référence au scalpel de sa plume noté par Sainte-Beuve, et aux opérations chirurgicales paternelles. Comme l’auteur de Madame Bovary Laurent Genefort s’est fortement documenté et en à peine trois cents pages livre un récit original, sans temps mort et à l’écriture sans faiblesse :

« Belloc contempla un instant ce corps étranger que la vie avait déserté. Des myriades de réactions chimiques par seconde, faisant de lui une créature pensante et agissante, avaient définitivement cessé ; d'autres avaient pris le relais, non plus orientées vers l'intégrité corporelle et la lutte contre l'entropie - bref, celles menant du stade de cadavre à celui de squelette, ou quoi que ce soit d'équivalent chez les énonthes. La créature gisant devant Belloc pouvait bien appartenir à une espèce ayant fait crouler des mondes ou des étoiles, avoir commis un génocide ou n'avoir au contraire jamais ôté la moindre existence, y compris pour se nourrir. Sous le scalpel de la médecin légiste, cela ne faisait aucune différence. À l'instant de la mort, l'alien avait été aussi minuscule et seul que n'importe quel humain

Qu'attendez-vous pour le lire ?



26 commentaires:

Christiane a dit…

Pour l'instant elle marche. Ingrid Belloc, c'est son nom. Ses talons claquent sur le trottoir fendillé. Son attention se porte sur une plante qui jaillit de la fissure. Ce n'est pas une plante terrestre. Elle continue son chemin, à déjà mal aux pieds.
Croise un alien, baisse la tête pour ne pas engager la conversation. Pas envie. Pas de temps à perdre.
Sur le parking, "des jambes masculines dépassent de la portière avant gauche ouverte d'un vieux break reliées à un postérieur remuant" . L'homme cherche apparemment quelque chose qui a dû tomber dans sa voiture.
Elle me p'ait car complètement différente de ce que j'aurais imaginé. Description succincte. Cette femme se dirige vers son lieu de travail : l'institut medico-légal.
Elle sait qu'elle travaillera en binôme avec l'inspecteur Mendoza...
Dans le livre on l'appelle Belloc. Elle a été recrutée pour ses qualités professionnelles.
La ville où elle habite une maison de fonction vieillotte n'est pas remarquable. Rungholt, nom d'emprunt. (Nom intéressant. Une ville de ce nom a réellement existé au large de la côte danoise, noyée au XVIIe siècle mais ce n'est pas celle-ci sous les eaux dont il s'agit.) Ici, un vague paysage du nord de l'Europe, grise, avec mines et fonderie abandonnées. Reste des cheminées en brique lezardees. Mais IML flambant neuf.
Donc un confinement. Ville expérimentale coupée du reste de la Terre pendant vingt ans mais exposée au reste de l'univers par une cinquantaine de portails. .
Déjà un alien à disséquer !

Cest gai ! Sympa le nouveau roman choisi par Soleil vert ! Mais un certain ton désinvolte me plaît.

Anonyme a dit…

Ca va fort, avec Laurent, en ce moment... ! Bàv :-) !

Christiane a dit…

Très drôle !

Christiane a dit…

Le mot "test" dans le titre me renvoie, peut-être à tort, à un problème qu'il faut résoudre d'une façon cérébrale.
Deux des trois personnages présents au début de cette fiction me paraissent être du côté cérébral, Belloc et l'alien chargé de surveiller leur travail. Mais elle, me paraît capable de stratégie contrairement à cet alien réagissant comme une machine redoutable certainement formaté par une grille de lecture.
L'inspecteur, tel qu'il se présente, un peu pataud, apporterait le contre-pouvoir du cœur, de la compréhension.
Je me demande aussi si le nom de cette ville expérimentale n'a vraiment aucun rapport avec celle réelle qui a été engloutie, métaphoriquement.
J'aime bien la distance que provoque cette fiction sur ma lecture . Du moins l'impression que j'ai qu'il faut observer le texte très attentivement. C'est construit, c'est évident d'une façon énigmatique dès le début. Un peu une atmosphère à la Conan Doyle...

Christiane a dit…

La première dissection est brève, saisie en 40 pages. C'est comme une série policière. On fait connaissance avec le couple Belloc Mendoza. Elle est d'une redoutable intelligence, sachant anticiper sur ce qu'elle va trouver. Ici, la cause du décès d'un humain. Lui, est mal à l'aise (odeur-sang- gestes de dissection) mais c'est un fin observateur. Il éprouve une gêne à ce que l'alien ait assisté à cette dissection car il s'agissait dun être humain... De plus, la cause du décès, fort surprenante, prouve que l'alien qui en est la cause n'a pas voulu tuer mais jouer...
Très étrange.
L'ensemble de cette première aventure est placée sous le signe du réalisme : ville, salle de dissection, apparence et caractères de Belloc et Mendoza.
Les aliens ne sont pour l'instant que des présences secondaires. Ils semblent pulluler dans cette ville. Ils sont moches et peu sympathiques. Quelle idée de vouloir les intégrer à la population terrienne. Je les sens menaçants mais cachant bien leur jeu. Bizarre, bizarre...

Christiane a dit…

C'était bien lui qu'elle avait vu de dos dans le parking penché à l'avant du vieux break gris. Il a des moustaches qu'il ne veut pas raser bien que Belloc lui a fait remarquer qu'elles posent problème en salle de dissection sauf s'il porte un masque.
Ce sont des petits détails qui me plaisent, qui donnent une tendresse humaine à ce récit glaçant.

Christiane a dit…

La science-fiction horrifique depuis 1979 présente les aliens comme des monstres voulant nuire à la race humaine. Ah, Ridley Scott !
Comment ensuite aborder à la fiction de Laurent Genefort sans ressentir une crainte en découvrant toutes ces sortes d'aliens vivant aux côtés des humains dans cette vieille Europe "mosaïque" ?
Je ne comprends pas bien la raison d'être de cette ville confinée où un tests devrait homologuer ou non cet état de fait. La période où se passe cette fiction n'est pas précisée. Je ne vois pas de trace de récit post-apocalyptiqye, juste une Terre épuisée et plein d'aliens allant et venant dans un univers très habité... . Une ville en friche, assez sale et au milieu cet institut medico - légal tout neuf chargé d'autopsie des cadavres d'humains et d'aliens pour voir s'ils sont compatibles. L'hôpital est crasseux et semble plus ou moins abandonné. Tout cela pour l'instant me semble très aléatoire...

Christiane a dit…

Je cherche dans le billet de Soleil vert des explications, des éclaircissements.
"(...) s’en est superposée chez moi une autre proposée par Clifford D. Simak dans" Au Carrefour des étoiles".Sur un thème similaire le célèbre écrivain dessinait le portrait d’un passeur clandestin d’extraterrestres sous la menace constante d’une population parfois hostile (...) "

Intéressant mais pour l'instant je ne vois ni passeur, ni créature extraterrestre sympathique demandant de l'aide à un humain.

Par contre je comprends que ce test devrait servir à évaluer la candidature de la Terre pour intégrer une sorte de confédération de planètes, toutes habitées par des créatures extraterrestres.

Bigre ! Ça ne fait pas envie !

Christiane a dit…

Y a-t-il dans cette fiction une métaphore donnant à voir ces aliens comme figures possibles des étrangers, des immigrés, des clandestins qui dans divers pays occidentaux créent, par leur affluence due aux guerres, aux famines, au dérèglement climatique, des réflexes de crainte, de perte d'identité, de théories du "grand remplacement" ?
Cela me rappelle aussi le regard méprisant des européens sur les habitants des pays conquis en Afrique, en Amérique latine, dont certains "spécimens" devenaient des attractions à l'exposition universelle qui fit courir les foules au début du XXe siècle. Des analyses dites scientifiques avec dissection de cerveaux à l'appui pour insinuer que la "race blanche" serait supérieure aux autres "races".
Autant de pratiques, de façons de penser condamnables pas si éloignées que cela...

Christiane a dit…

Le mot xénophobie d'origine grecque vient du mot xenos qui signifie étranger et du mot phobos qui signifie peur.
Peur de ce qui est étranger...

Anonyme a dit…

- "je ne vois ni passeur ..." normal c,est dans le roman de Simak
- les ET ont toujours été présentés de façon ambivalente : sympa dans "contact" "premier contact", "ET", "rencontre du troisième type" et malveillants dans "alien", "la guerre des mondes", la chose d'un autre monde" etc.SV

Anonyme a dit…

et dans ce roman, ce sont ds la plupart des cas des victimes SV

Christiane a dit…

Merci, SV.
Mais je n'oublie pas qu'en France, "les régimes de la IIIe République (1875-1939) et de la IVe République (1945-1958) multiplient les dispositifs juridiques pour contrôler et limiter les entrées d’indigènes sur le territoire métropolitain par crainte de l’envahissement. Des chercheurs et hauts fonctionnaires, en relation avec l’INED (Institut National d’Études Démographiques) construisent intellectuellement la différenciation entre populations migrantes « assimilables » et « inassimilables » par la France. " (notice Wikipedia sur la Xénophobie).
J'aime beaucoup les références que vous donnez de "Premier contact" et de "Rencontres du troisième type". Films que j'ai aimés par l'espérance qu'ils semaient. Tant mieux si la fiction de Laurent Genefort nous conduit vers autre chose que la peur et l'exclusion !

Christiane a dit…

C'est que justement page 65, Belloc se pose ces questions en dissequant le cadavre d'un alien qu'on vient de conduire à l'IML. :
"Postulons un crime xénophobe.
- Qu'est-ce qui vous permet de supposer de la xénophobie dans ce qui s'est passé ?" objecta D'jee'r à brûle-pourpoint.
Belloc avait presque oublier son existence. "
(D'jee'r est Le surveillant alien qui est présent dans la salle de dissection.)

Christiane a dit…

Je pense à Gustave Flaubert enfant. Le père de Flaubert était chirurgien et disséquait des cadavres. La salle de dissection donnait sur le jardin familial. Gustave observait tout ce qui se passait par la fenêtre... Il en parle dans des correspondances.
En est-il de même pour Laurent Genefort ? :-)

Anonyme a dit…

Non. SV

Christiane a dit…

Bien, on avance...

Christiane a dit…

Le chapitre 6 est vraiment intéressant. Un dialogue entre Ingrid Belloc et une journaliste, Mme Malinovski permet de mieux connaître ce docteur Belloc.
Elle dit que "l'autopsie est une violence faite au corps, le fait de transformer un défunt en objet" seulement justifié par la recherche de la vérité.
Quand elle pense à l'alien qu'elle vient d'autopsier elle exprime une pensée triste : "cet alien est mort loin de chez lui. Peut-être par notre faute, ou du simple fait de sa présence sur notre monde."(...) un être doué de raison et de sentiments, qui aurait pu vivre encore trente ans, ou peut-être mille. "
C'est donc une femme qui, malgré une apparente froideur, a une grande sensibilité. Elle est capable d'éprouver de l'empathie pour les aliens.

Christiane a dit…

Dans le chapitre 5, D'jee'r qui est un alien se permet de dire au docteur Belloc :
" Quant à votre bestiole..." Elke lui répond : "- Évitez à l'avenir d'appeler les aliens de cette manière, si vous voulez continuer d'assister à mes autopsies."
Ce court échange de paroles prouve que des aliens peuvent être méprisants pour d'autres sortes d'aliens...

Christiane a dit…

Pourquoi cette phrase page 86 ?
"Un avantage de la présence des aliens au quotidien était que l'extraordinaire ne provoquait plus de sideration chez les humains."

Christiane a dit…

Comment Ingrid Belloc, médecin légiste, spécialiste en anatomie-pathologie, voit son travail.
"Je suis comme ça. Dans mon métier, la sentimentalité, c'est l'ennemie. Je dois aux corps qui me sont confiés une lucidité sans faille."(p. 147)
Mais bien avant dans le livre, (p. 71), elle pense :
"À mesure qu'elle explorait ce monde inconnu, le puzzle se complétait. Un sentiment de connivence avec son sujet s'était emparé d'elle, une empathie différente de ce qu'elle ressentait d'ordinaire vis-à-vis de ses congénères. La joie de voir l'harmonie émerger du chaos de pièces disparates et composer un être autrefois vivant, support d'une conscience équivalente ou supérieure à la sienne. (...) Se pouvait-il qu'elle soit exogène ? "(p.70).
C'est vraiment un personnage intéressant. Elle me fait penser à la linguiste de "Contact".

Christiane a dit…

Non, "Premier contact" de Denis Villeneuve.

Christiane a dit…

Sauf que Louise Banks, la linguiste de Premier contact, cherche à comprendre le langage alien, là où Ingrid Belloc (Test de Rungholt) cherche à comprendre les aliens par leur corps mort.

Christiane a dit…

Page 160. La moitié du livre est lu.
Pas un seul enfant...
Quatrième partie. Le découpage en parties est un peu aléatoire...
Il semble que ce sont les populations alien qui aient décidé de ce test afin d'admettre ou de refuser la Terre et ses habitants dans le monde mosaïque auquel appartiennent déjà d'autres planètes habitées par différentes sortes d'aliens.
C'est surprenant car ici les terriens n'ont pas de rôle décisionnaire.
Il semble que les terriens veulent migrer vers d'autres planètes, la leur, la Terre, étant épuisée (ressources, climat, maladies, guerres, pollution, dérèglement climatique...).
Ingrid Belloc doit démontrer quoi au juste ? Que les terriens sont compatibles avec les aliens ?

Christiane a dit…

Ce n'est pas une fiction morbide-ce que je craignais à cause de la nature de l'institut médico-légal- mais c'est surtout une sorte de quête policière dont je ne discerne pas encore le motif. Il se précise par les réflexions d'Ingrid Belloc.
Les restrictions du temps donné à ses travaux et à la durée de la présence des corps qu'ils doivent rendre après autopsie et restauration, donnent une tension aux différentes enquêtes.
Je suis à l'hécatombe... Massacre ou sorte de fosse commune de corps sans tête...

Christiane a dit…

Je n'aime pas du tout la quatrième partie, aberrante et inutile. La cinquième partie, brève et pessimiste, rappelle un peu le film "Soleil vert".
Le roman est inégal. Je retiens les trois premières parties.