C'est avec tristesse que j'apprends la nouvelle de la disparition de John Varley, information du site Locus, relayée par Jean-Daniel Brèque. C'était un écrivain aussi à l'aise dans la forme longue (Le système Valentine prix du Cafard Cosmique 2004) que la forme courte (Persistance de la vision, Champagne bleu ...), domaine dans lequel il excellait. Auteur subtil, il s'attachait à détourner les poncifs du space-opera, le transformant en Dysneyland avec Titan, Sorcière, romans enfouis dans mes malles à l'instar du Canal Ophite, ouanticipant le questionnement sur le genre avec Le Systeme Valentine.
Mais je laisse la parole à Yossarian, me contentant d'une unique recension.
N'y a -t-il pas une idée rejoignant "L'Anomalie" d'Hervé Letellier par cette torsion du temps permettant à une personne de vivre deux destins différents ?
Etonnament, je n'ai jamais lu Varley. Pourtant, ses thèmes pourraient m'attirer ... et sa manière de les exposer. D'autant qu'il semble faire l'unanimité.
il faut quand garder à l'esprit que Varley reste avant tout un auteur des années 70-80. Sa production des années 90 : les deux premiers 'Steel beach', des années 00 : les trois premiers "Thunder" et l'étrange 'Mammoth' (qui fait irrésistiblement penser à Baxter) et des années 10 : un post-apo et deux suites (pour 'Thunder' et 'Steel beach') et pour ces trois décennies une poignée de nouvelles (dont plusieurs sur commande) attestent un évident essoufflement artistique. On doit aussi noter un certain changement d’orientation politique de la part d'un auteur qui semblait plutôt libéral mais qui glisse vers un post-heinleinisme matérialisé par la série 'Thunder' qui fera de l'auteur un lauréat du prix Heinlein en 2009 (et ses nominations répétées aux Prometheus). Mes textes préférés sont sans doute les "Anna-Louise Bach" (dans 'Mannequins' en partie). Pour les complétistes, il existe deux recueils intéressants : "The John Varley Reader" et "Good-Bye, Robinson Crusoe and Other Stories" le premier étant plus accessible financièrement que le second même si tous les deux sont assez rares. S.
Merci Sandrine. Je relirai Champagne bleu, piocherai dans Les Mannequins et peut-etre Millenium en roman. Je n'ai pas vérifié si leur contenu recoupe ceux des recueils que tu cites. SV
"Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! L’air immense ouvre et referme mon livre, La vague en poudre ose jaillir des rocs ! Envolez-vous, pages tout éblouies ! Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies (...)" Qu'il est beau ce poème de Paul Valéry ("Le cimetière marin") qui a inspiré Myasaki dans ce di beau film. Tristesse, douleur et poésie. Regard sur le Japon... La guerre, l'incendie... Un rêve d'aviation, encore... J'ai commandé "Millenium" de Varley Avant j'ai revu "Mon voisin Totoro.. J'aime l'imaginaire de ce grand poète et son ancrage dans le réel dans "Le vent se lève." J'aime ses films, leur beauté raffinée. Son humanisme.
"Je n'ai pas vérifié si leur contenu recoupe ceux des recueils que tu cites"
en pratique, le plus intéressant est le premier ('The John Varley Reader') il contient des textes moins accessibles en VF (parus dans Galaxies ou dans Fiction). Le second est plus un 'beau livre' pour frimer mais n'offre guère de surprises (il coûtait 45$ en 2013, parfait pour des acheteuses compulsives comme moi). S.
J'ai fini de lire "Millénium" (poche -Denoel). Étrange roman un peu vieillot qui s'étire longuement. Les derniers chapitres donnent un peu de pep à l'ensemble. Dans une note, postface , John Varley revient sur le thème du voyage dans le temps. Il révèle que les titres des nombreux chapitres sont empruntés à des auteurs qu'il a aimé lire : Ray Bradbury, Robert Heinlein, H.G. Wells, Paul Anderson, Ray Cummings, Robert Silverberg, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov... Et à quelques chansons comme celle que Humphrey Bogart demande à Sam de lui jouer dans le film "Casablanca". Il signale aussi que le titre "Millénium" est également celui d'un excellent roman écrit par Ben Bova, paru en 1976 et "qui n'a rien à voir avec le voyage temporel."
"J'ai fini de lire "Millénium" (poche -Denoel). Étrange roman un peu vieillot qui s'étire longuement. Les derniers chapitres donnent un peu de pep à l'ensemble." ton 'impression de longueur vient sans doute du fait qu'il s'agit d'une nouvelle (d'ailleurs plutôt courte) rallongée pour en faire un roman.
"Il signale aussi que le titre "Millénium" est également celui d'un excellent roman écrit par Ben Bova, paru en 1976 et "qui n'a rien à voir avec le voyage temporel."" effectivement, c'est une histoire de colonies lunaires en révolte écrite avec les pieds et la sensibilité politique de Bova "agrémentée " d'une ridicule histoire d'amour (à la Bova aussi) qui ne serait pas déplacée dans un Harlequin. S.
Merci, S. Je ne connaissais pas du tout cet auteur. En cherchant sur le net je me suis attardée sur la présentation de Millénium. Le thème : collision de deux avions un DC10 et un 747. Catastrophe majeure et fictionnelle du XXe siècle mise en déroute par une intervention extraterrestre (?). Si certains passagers étaient soustraits à la collision au cours du vol par une modification du temps... (Si je n'avais pas lu "L'anomalie" d'Hervé Letellier, je n'aurais certainement pas eu la curiosité d'acheter ce livre paru en 1989.)
Ce que vous dites est important : étirer une nouvelle pour la transformer en roman... Cela explique peut-être ce qui au long de ces 300 pages m'est apparu secondaire, pesant. Le ton de veut plein d'humour... Alors John Varley porte des gros sabots.
Deux personnages alternent racontant leur avancée dans cette recherche pas ordinaire. Un enquêteur alcoolique plein de charme, Bill Smith, qui dirige l'enquête sur les lieux du Crash. Une présence feminine, Louise Baltimore chargée du détournement des passagers. Je n'ai pas réussi à accrocher à l'intrigue, sauf peut-être à la fin.
Ce qui est le fond de ce "sauvetage" c'est une question : les sauver ? Pourquoi ? L'avenir, le présent, bien des siècles plus tard, - le temps de Louise - est-il porteur d'espérance. Justifie-t-il que l'on prolonge la vie de ces passagers ? Donc c'est cela qui m'a intéressée. Un choix difficile après les catastrophes qui s'enchaînant ont rendu la planète invivable et la présence d'êtres humains, hasardeuse...
Le choix des passagers à kidnapper dans "Millenium" est intéressant. Ils doivent être suffisamment anodins, sans attache familiale pour pouvoir ne pas perturber l'avenir par leur disparition. C'était un des charmes du rab de Letellier. Un être humain prenant la place de lui-même avec un décalage dans le temps, pouvant agir différemment avec ses proches dans le but , puisqu'il connait son avenir, d'éviter ce qui s'est mal passé.
"Ce que vous dites est important : étirer une nouvelle pour la transformer en roman... Cela explique peut-être ce qui au long de ces 300 pages m'est apparu secondaire, pesant. Le ton de veut plein d'humour... Alors John Varley porte des gros sabots."
cette pratique (rallonger des textes) est (était) de fait assez commune dans le milieu de la SF. Comme celle du fix-up (bricoler un roman avec des textes précédemment publiés), elle est une conséquence des conditions économiques de production de la SF écrite, à savoir qu'il était (est) rare pour un écrivain SF de vivre de sa plume, même pour un auteur de midlist (=de notoriété moyenne) et ce d'autant plus dans le domaine des textes courts. D'où cette réutilisation d'écrits existants dans une optique d'optimisation financière. Dans ce cas précis, c'était d'autant plus facile que "Air Raid" est initialement parue sous le pseudonyme de Herb Boehm (avec une bio plus ou moins bidon) dans le tout premier numéro de la revue IASFM (Isaac Asimov's Science Fiction Magazine). La raison en étant que ce numéro contenait déjà un texte signé Varley ("Good-Bye, Robinson Crusoe"). S.
Ce qui est étrange, S., c'est que d'essai en essai, des problèmes essentiels sont posés. Qu'est-ce qui donne de la valeur à la vie ? Qu'est-ce qui lasse de la vie comme dans le roman terrible, "Martin Eden" (qui préfère s'effacer d'un monde où il ne reconnaît plus ses valeurs). Cette préoccupation touche de près des jeunes femmes de notre temps qui pour certaines refusent de mettre au monde un enfant de peur de lui offrir un futur désolant. Nous avançons à saute-ruisseau d'une petite joie à l'autre, faisant de nos trésors une paix intérieure, précaire mais belle. Je ne lisais jamais de science-fiction avant ce blog mais Soleil vert m'a intéressée. Il y a du passeur en lui...
Dans le roman Millénium de John Varley, qui peut bien prononcer ces mots ? C'est un des personnages... "Enfin, peut-être que ça marchera ce coup-ci, que je puisse enfin goûter ce repos que je me suis bien promis de prendre, le septième jour."
24 commentaires:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mill%C3%A9nium_(roman)
Qui pourrait en dire plus sur ce roman ?
https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=2766
N'y a -t-il pas une idée rejoignant "L'Anomalie" d'Hervé Letellier par cette torsion du temps permettant à une personne de vivre deux destins différents ?
???
SV
Sur internet c'est variable. Pas chez vous.
Etonnament, je n'ai jamais lu Varley. Pourtant, ses thèmes pourraient m'attirer ... et sa manière de les exposer. D'autant qu'il semble faire l'unanimité.
Ses nouvelles en priorité. SV
il faut quand garder à l'esprit que Varley reste avant tout un auteur des années 70-80.
Sa production des années 90 : les deux premiers 'Steel beach', des années 00 : les trois premiers "Thunder" et l'étrange 'Mammoth' (qui fait irrésistiblement penser à Baxter) et des années 10 : un post-apo et deux suites (pour 'Thunder' et 'Steel beach') et pour ces trois décennies une poignée de nouvelles (dont plusieurs sur commande) attestent un évident essoufflement artistique.
On doit aussi noter un certain changement d’orientation politique de la part d'un auteur qui semblait plutôt libéral mais qui glisse vers un post-heinleinisme matérialisé par la série 'Thunder' qui fera de l'auteur un lauréat du prix Heinlein en 2009 (et ses nominations répétées aux Prometheus).
Mes textes préférés sont sans doute les "Anna-Louise Bach" (dans 'Mannequins' en partie). Pour les complétistes, il existe deux recueils intéressants : "The John Varley Reader" et "Good-Bye, Robinson Crusoe and Other Stories" le premier étant plus accessible financièrement que le second même si tous les deux sont assez rares.
S.
Merci Sandrine. Je relirai Champagne bleu, piocherai dans Les Mannequins et peut-etre Millenium en roman. Je n'ai pas vérifié si leur contenu recoupe ceux des recueils que tu cites. SV
"Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies (...)"
Qu'il est beau ce poème de Paul Valéry ("Le cimetière marin") qui a inspiré Myasaki dans ce di beau film. Tristesse, douleur et poésie. Regard sur le Japon... La guerre, l'incendie... Un rêve d'aviation, encore...
J'ai commandé "Millenium" de Varley
Avant j'ai revu "Mon voisin Totoro.. J'aime l'imaginaire de ce grand poète et son ancrage dans le réel dans "Le vent se lève." J'aime ses films, leur beauté raffinée. Son humanisme.
Miyazaki
"Je n'ai pas vérifié si leur contenu recoupe ceux des recueils que tu cites"
en pratique, le plus intéressant est le premier ('The John Varley Reader') il contient des textes moins accessibles en VF (parus dans Galaxies ou dans Fiction). Le second est plus un 'beau livre' pour frimer mais n'offre guère de surprises (il coûtait 45$ en 2013, parfait pour des acheteuses compulsives comme moi).
S.
J'achève la lecture de Martin Eden. SV
Roman déchirant, difficile à oublier.
J'aime la fin qu'il a choisie...
Un billet serait formidable.
J'ai fini de lire "Millénium" (poche -Denoel). Étrange roman un peu vieillot qui s'étire longuement. Les derniers chapitres donnent un peu de pep à l'ensemble.
Dans une note, postface , John Varley revient sur le thème du voyage dans le temps. Il révèle que les titres des nombreux chapitres sont empruntés à des auteurs qu'il a aimé lire : Ray Bradbury, Robert Heinlein, H.G. Wells, Paul Anderson, Ray Cummings, Robert Silverberg, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov... Et
à quelques chansons comme celle que Humphrey Bogart demande à Sam de lui jouer dans le film "Casablanca".
Il signale aussi que le titre "Millénium" est également celui d'un excellent roman écrit par Ben Bova, paru en 1976 et "qui n'a rien à voir avec le voyage temporel."
"J'ai fini de lire "Millénium" (poche -Denoel). Étrange roman un peu vieillot qui s'étire longuement. Les derniers chapitres donnent un peu de pep à l'ensemble."
ton 'impression de longueur vient sans doute du fait qu'il s'agit d'une nouvelle (d'ailleurs plutôt courte) rallongée pour en faire un roman.
"Il signale aussi que le titre "Millénium" est également celui d'un excellent roman écrit par Ben Bova, paru en 1976 et "qui n'a rien à voir avec le voyage temporel.""
effectivement, c'est une histoire de colonies lunaires en révolte écrite avec les pieds et la sensibilité politique de Bova "agrémentée
" d'une ridicule histoire d'amour (à la Bova aussi) qui ne serait pas déplacée dans un Harlequin.
S.
Merci, S. Je ne connaissais pas du tout cet auteur. En cherchant sur le net je me suis attardée sur la présentation de Millénium. Le thème : collision de deux avions un DC10 et un 747. Catastrophe majeure et fictionnelle du XXe siècle mise en déroute par une intervention extraterrestre (?).
Si certains passagers étaient soustraits à la collision au cours du vol par une modification du temps...
(Si je n'avais pas lu "L'anomalie" d'Hervé Letellier, je n'aurais certainement pas eu la curiosité d'acheter ce livre paru en 1989.)
Ce que vous dites est important : étirer une nouvelle pour la transformer en roman... Cela explique peut-être ce qui au long de ces 300 pages m'est apparu secondaire, pesant.
Le ton de veut plein d'humour... Alors John Varley porte des gros sabots.
Deux personnages alternent racontant leur avancée dans cette recherche pas ordinaire. Un enquêteur alcoolique plein de charme, Bill Smith, qui dirige l'enquête sur les lieux du Crash. Une présence feminine, Louise Baltimore chargée du détournement des passagers.
Je n'ai pas réussi à accrocher à l'intrigue, sauf peut-être à la fin.
Ce qui est le fond de ce "sauvetage" c'est une question : les sauver ? Pourquoi ? L'avenir, le présent, bien des siècles plus tard, - le temps de Louise - est-il porteur d'espérance. Justifie-t-il que l'on prolonge la vie de ces passagers ?
Donc c'est cela qui m'a intéressée. Un choix difficile après les catastrophes qui s'enchaînant ont rendu la planète invivable et la présence d'êtres humains, hasardeuse...
https://varley.net/story/air-raid/
Voilà pour la nouvelle.
https://writingatlas.com/story/2392/john-varley-air-raid/
Voilà pour la lire en ligne.
Le choix des passagers à kidnapper dans "Millenium" est intéressant. Ils doivent être suffisamment anodins, sans attache familiale pour pouvoir ne pas perturber l'avenir par leur disparition.
C'était un des charmes du rab de Letellier. Un être humain prenant la place de lui-même avec un décalage dans le temps, pouvant agir différemment avec ses proches dans le but , puisqu'il connait son avenir, d'éviter ce qui s'est mal passé.
rab/roman
"Ce que vous dites est important : étirer une nouvelle pour la transformer en roman... Cela explique peut-être ce qui au long de ces 300 pages m'est apparu secondaire, pesant.
Le ton de veut plein d'humour... Alors John Varley porte des gros sabots."
cette pratique (rallonger des textes) est (était) de fait assez commune dans le milieu de la SF. Comme celle du fix-up (bricoler un roman avec des textes précédemment publiés), elle est une conséquence des conditions économiques de production de la SF écrite, à savoir qu'il était (est) rare pour un écrivain SF de vivre de sa plume, même pour un auteur de midlist (=de notoriété moyenne) et ce d'autant plus dans le domaine des textes courts. D'où cette réutilisation d'écrits existants dans une optique d'optimisation financière.
Dans ce cas précis, c'était d'autant plus facile que "Air Raid" est initialement parue sous le pseudonyme de Herb Boehm (avec une bio plus ou moins bidon) dans le tout premier numéro de la revue IASFM (Isaac Asimov's Science Fiction Magazine). La raison en étant que ce numéro contenait déjà un texte signé Varley ("Good-Bye, Robinson Crusoe").
S.
Ce qui est étrange, S., c'est que d'essai en essai, des problèmes essentiels sont posés. Qu'est-ce qui donne de la valeur à la vie ? Qu'est-ce qui lasse de la vie comme dans le roman terrible, "Martin Eden" (qui préfère s'effacer d'un monde où il ne reconnaît plus ses valeurs). Cette préoccupation touche de près des jeunes femmes de notre temps qui pour certaines refusent de mettre au monde un enfant de peur de lui offrir un futur désolant.
Nous avançons à saute-ruisseau d'une petite joie à l'autre, faisant de nos trésors une paix intérieure, précaire mais belle.
Je ne lisais jamais de science-fiction avant ce blog mais Soleil vert m'a intéressée. Il y a du passeur en lui...
Dans le roman Millénium de John Varley, qui peut bien prononcer ces mots ? C'est un des personnages...
"Enfin, peut-être que ça marchera ce coup-ci, que je puisse enfin goûter ce repos que je me suis bien promis de prendre, le septième jour."
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