lundi 13 novembre 2017

Le jour de la création


J.G. Ballard - Le jour de la création - Tristram





Parachuté par l’Organisation Mondiale de la Santé dans un pays de l’ex Afrique équatoriale Française, le docteur Mallory rêve de découvrir un nouveau Nil. Son dispensaire vient de fermer, à moitié détruit par un conflit opposant des troupes gouvernementales aux rebelles de Harare. Il compense son inactivité par des recherches hydrologiques, une passion nouvelle qui masque en fait une dérive mentale. Un jour en  arrachant une vieille souche d’arbre, il met à jour un ruisseau qui devient fleuve.


Mallory n’est pas le seul paumé de la région. Sanger, un réalisateur de documentaires en quête d’un second souffle débarque à Port-la-Nouvelle, accompagné d’un assistant indien, et d’une photographe japonaise, La naissance du fleuve capte son attention ainsi que celle du Capitaine Kagwa représentant du gouvernement. Le docteur n’entend pas cependant se laisser déposséder de sa découverte et embarque à bord d’un cargo rebaptisé Salammbô (tout un programme). Noon, une jeune et mystérieuse adolescente transfuge de Harare le rejoint. Ensemble ils remontent le cours à la recherche de sa véritable source.


Avec de telles prémisses, le lecteur pouvait espérer un récit à la Conrad où à la Jim Thompson. Il n’en est rien. Le jour de la création évoquerait plutôt Le monde englouti du même Ballard, voir à la limite le Voyage au centre de Jules Verne pour l’aspect symbolique de la quête des origines. L’écrivain campe une fois de plus un personnage de névrosé obsessionnel aux desseins contradictoires, hanté par le rêve d’un Sahara vert tout autant que par l’idée de tuer sa création fluviale. Le roman gravite autour de lui, tout comme les autres protagonistes entraînés par une giration des songes.


Le récit prend alors un tour onirique où les paysages mentaux disputent à une géographie déjà incertaine la pertinence de la description des lieux. Ballard use magistralement de l’art de transfigurer la réalité. Le fleuve Mallory est le fleuve de la création et du désir. Son cours puissant traverse des jardins exotiques magnifiques avant de s’épuiser dans des marais. La langue de l’écrivain est elle-même fleuve, en inspiration descriptive perpétuelle, dans une fluidité continuelle.


Ce roman confortera dans leur opinion les lecteurs qui estiment que l’auteur de Crash est plus à l’aise dans la forme courte que longue. Les autres prendront le large dans ce « bateau ivre » servi par une écriture incomparable.

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