vendredi 27 octobre 2017

La forêt sombre


Liu Cixin - La forêt sombre - Actes Sud










Après le succès de curiosité du Problème à trois corps, Actes Sud publie un an après le deuxième volet de la trilogie de Liu Cixin, La forêt sombre. On a le sentiment qu’au bout de  plusieurs parutions la collection Exofictions trouve enfin sa vitesse de croisière. Elle s’est fendue à l’occasion d’une quatrième de couverture en nette amélioration. Espérons qu’une petite main aura la brillante idée de refaire celle du premier tome lors d’une réédition chez Babel (l’équivalent Poche d’Actes Sud).


Autant tuer le suspens immédiatement : l’auteur a créé un space opera monumental.  Les mystérieuses prémisses plantées dans le premier volume donnent lieu ici à des développements et un début de conclusion aux dimensions d’une épopée. Qu’on se le dise, la SF de Grand-Papa, celle d’Isaac Asimov, celle d’Arthur Clarke est de retour et tant pis pour les grincheux. Long (650 pages), un peu poussif -hard SF oblige- l’objet avance dans le marasme éditorial actuel comme un croiseur dessiné par Manchu.



Rappelons les faits. Durant la Révolution culturelle, la jeune Ye Wenjie assiste impuissante à la lapidation de son père par des Gardes Rouges. Son aversion pour une Humanité vouée à la violence trouve des années plus tard un débouché au hasard d’une affectation dans un observatoire astronomique en Mongolie. Elle rentre en contact avec une espèce extraterrestre les Trisolariens condamnés à fuir une planète à l’agonie. Décidés à envahir la Terre et aidés en cela par une organisation humaine secrète, ceux-ci bloquent toute avancée en matière de recherche fondamentale.


Dans le second volume, l’Humanité prépare sa défense. Face à un adversaire au courant de ses moindres faits et gestes, elle nomme quatre Colmateurs ayant pour mission d’élaborer dans le plus grand secret des plans d’actions. Des moyens quasi illimités leurs sont alloués. En réaction les Trisolariens leurs opposent quatre Fissureurs terriens chargés de percer leurs stratégies. Tous les humains ne sont pas d’accord avec cette marche à suivre. Certains prônent une solution d’évasion sélective, très courante d’ailleurs dans la SF anglo-saxonne, mais à laquelle s’oppose violemment Zhang Beihai.


Le plus insignifiant des Colmateurs, Luo Ji attire particulièrement l’animosité des envahisseurs, car il est indéchiffrable. Amoureux d’un fantôme, il semble se réfugier dans ses rêves et oublier sa mission au désespoir des autorités. Héraut d’une nouvelle science, la cosmosociologie, un souvenir de la psychohistoire d’Asimov, ce scientifique ressemble à un Harry Seldon revu par Haruki Murakami. A ses côtés on retrouve le malicieux commissaire Shi Qiang et un autre fort personnage le commissaire politique Zhang Beihai, une spécialité bien chinoise, militaire de devoir autant idéologue que génial stratège. Comme Luo Ji il détient les clefs de l'avenir. Mais leurs chemins divergent.


La narration s’étale sur deux cent ans. Des humains disparaissent, d' autres choisissent l’hibernation pour devancer l’appel dans leur désir de combattre les Trisolariens. Comment vit t-on à l'ombre d'une menace s'étalant sur plusieurs siècles ? Liu Cixin aborde là un thème traité jadis par John Brunner dans Le Creuset du temps. La fin élégante en forme de paradoxe de Fermi ne déçoit pas. Vivement la suite.

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