mardi 15 juillet 2025

Le livre des passages

Alex Landragin - Le livre des passages - Le Cherche midi

 

                                                                                                     

 

LA BEAUTÉ

 

[…]Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,

De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :

Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

 

 

LE FLAMBEAU VIVANT

 

Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,

Qu’un Ange très-savant a sans doute aimantés ;

Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,

Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.

 

Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,

Ils conduisent mes pas dans la route du Beau ;

Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;

Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.

 

Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique

Qu’ont les cierges brûlant en plein jour ; le soleil

Rougit, mais n’éteint pas leur flamme fantastique ;

 

Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil ;

Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,

Astres dont nul soleil ne peut flétrir la flamme !

 

Charles Baudelaire

 

Fondé en 1978 avec comme fonds de commerce la poésie à compte d’auteur et les bavardages oiseux de personnalités publiques, Le Cherche Midi Editeur, ancienne appellation, a opéré au fil des décennies une mue salvatrice grâce à l’apport de nouveaux collaborateurs talentueux. C’est ainsi que furent créés les collections de référence « Lot 49 » ou « Les Passes-Murailles ». La parution du Livre des Passages (Crossings) d’Alex Landragin, premier ouvrage d’un auteur australien, confirme cette exigence qualitative.

 

De nos jours un relieur parisien se voit confier la fabrication d’un livre secret contenant trois textes dont un inédit de Charles Baudelaire. Le commanditaire, une riche bibliophile, lui demande de travailler dans le plus grand secret et de ne pas en lire le contenu. Une promesse difficile à tenir quand on assemble des pages d’autant qu’à la mort de « la Baronne » l’ouvrage devient la propriété provisoire du fabricant le déliant ainsi de ses engagements.

 

Le premier récit « L’éducation d’un monstre » raconte la rencontre inopinée à Bruxelles de Charles Baudelaire et d’une certaine Edmonde Duchesne de Bressy. Renversé par une voiture à la sortie d’un diner le poète est recueilli par une mystérieuse femme réincarnation de Jeanne Duval, son ancienne maitresse. Edmonde lui dévoile les secrets d’une technique de transmigration (permutation) des âmes dont des insulaires polynésiens seraient les initiateurs : le passage.

 

« La cité des ombres » nous transporte dans le Paris des années 40 peu de temps avant l’arrivée des troupes nazies. Un réfugié juif-allemand fait la connaissance au cimetière Montparnasse de Madeleine Blanc. La jeune femme est à la recherche de « L’éducation d’un monstre », en concurrence avec une mystérieuse société Baudelaire dirigée par Coco Chanel. Alors que tout l’invite à fuir la capitale, le réfugié, tombé amoureux de Madeleine, prend part à sa quête. Elle lui révèle le secret du passage.

 

Le dernier texte « Conte de l’Albatros » donne la clef du roman. Au XVIIIe siècle les habitants de l’ile Oaeetee dans le Pacifique pratiquent un sortilège connus d’eux seuls, l’échange provisoire et réversible des esprits, conçu comme un acte de connaissance réciproque. Un jour débarquent des européens venus vendre des peaux. Les iliens font participer les occidentaux à leur rite. Mal leur en prend car deux jeunes amants Alula et Koahu vont se retrouver malgré eux dans la peau d’étrangers et devront au fil de multiples identités traverser océans et années pour tenter de se retrouver.

 

Outre l'ordre linéaire de lecture, Alex Landragin suggère une séquence alternative balisée par ses soins. Ce jeu de piste a été pratiqué entre autres par Ian M. Banks dans L’usage des armes et Stéphane Beauverger dans Le Déchronologue, - pas toujours de façon convaincante. Préconisons une troisième piste : commencer la lecture par le dernier récit, étant donné, comme l’explique le blogueur Apophis … que le début est la fin du texte.

 

Ces considérations labyrinthiques ne doivent en aucun cas décourager le lecteur qui se voit proposer de voyager dans l’espace et le temps, de côtoyer Baudelaire, et de rêver aux serments d’amour éternel. Intrigue originale, écriture élégante (merci à la traductrice), Le livre des passages est une des satisfactions de l’imaginaire 2025.

64 commentaires:

Soleil vert a dit…

Pour faciliter :
Alula->Joubert (le marin)->Jean-François Feuille->Jeanne Duval->Edmonde Duchesne de Bressy->Hippolyte Balthazar->Madeleine Blanc
---------------------------------------------------------------------------------------------------
Koahu->Roblet (le chiurgien)->Baudelaire->Mathilde Roeg->Walter Benjamin->Médecin ?

Christiane a dit…

Donc, je commence par le troisième récit...

Christiane a dit…

C'est une expérience de lecture tout à fait surprenante . J'avais commencé le joli troisième récit quand un signet me renvoya à la page 92. Le temps de m'habituer ... quelques bribes de rêves, et "l'albatros" - très important dans le troisième récit - est évoqué.
Et à ce nom est accolé celui de Baudelaire. Son poème , "l'albatros", du moins un extrait , est alors cité. Et il semblerait que la puissance de la métempsycose ait permis à un personnage du troisième récit de migrer dans l'esprit de Jeanne Duval, la maîtresse de Baudelaire pour lui suggérer l'idée de ce poème.
La métempsycose est effectivement le thème central de ces nouvelles. Nous pouvons aller de l'une à l'autre au gré des indications de l'auteur et retrouver un personnage qui a migré dans l'esprit d'un autre.
C'est un peu compliqué mais très... aérien.
Une sorte de damier, un jeu où les personnages n'habitent que très provisoirement le corps d'un autre.
Le troisième récit me plaisait beaucoup. Une île, bientôt nommée L'Albatros, où les âmes bondissent d'un corps à l'autre et en principe retournent au leur, assez rapidement. Ces transports psychiques donnent aux personnages la pleine connaissance de l'autre et de sa vie. Cela donne des dialogues ahurissants.
Je n'ai pas encore lu le début, Soleil vert l'a bien résumé.
Donc c'est trois en un. Symbole maçonnique ? Religieux ? Ou uniquement ludique ? La couverture du livre est très ésotérique.
Qui sait ? Qui saura ? Peut-être le lecteur, sûrement l'auteur !

Anonyme a dit…

Ésotérique, je ne sais pas. Il existe un ésotérisme d’artiste. Il me semble que le Cherche-Midi fut un temps l’éditeur des Jules Verne inédits sans les traficotages d’ Hetzel fils ou Michel Verne. ..Attention, double diérèse dans Baudelaire!

Anonyme a dit…

« secou/ant dans leurs yeux leurs feux di/amantes »

Anonyme a dit…

Faut-il comprendre que JF Feuille est Jeanne Duval?!?! MC

Christiane a dit…

C'est une certaine Madeleine. Son poème préféré : "L'Albatros". Elle le récite. Et ajoute : "Il l'a volé, ce poème.
- Volé à qui ?
- A moi. (...) C'est moi qui lui ai donné l'idée. Je lui ai raconté le conte de l'albatros, et il en a fait un poème.
- Vous l'avez connu ?
- Oui. Pas dans ce corps, bien sûr. Dans un autre.
- Lequel ?
- Celui de Jeanne
- (...) Vous voulez dire Jeanne Duval ? Sa maîtresse ?
- J'étais sa maîtresse son esclave, sa persécutrice... Et pendant un temps du moins, j'ai aussi été sa muse. (...) Charles était un voleur. il volait à tout le monde : argent, poèmes, livres, amours. (...) Bien sûr, il avait du talent."
Page 98.
Mais suivant le plan de lecture de l'auteur, je ne sais pas ce qui précède la page 92.

Christiane a dit…

En fait page 91. Le début du chapitre , "l'appartement".
Il (?) la trouve dans son lit en se réveillant. Il se souvient du cimetière (?), du raid aérien (?), de l'abri(?).
"Elle m'avait dit son nom ; Madeleine."
Il se souvient souvient que dans son rêve il était sur un trois-mâts, chirurgien de bord .
C'est l'endroit où l'auteur invite le lecteur à venir page 91.
Je vais de découverte en découverte... Il y a un lien logique entre ces deux scènes, celle de la troisième partie et celle-ci et certainement avec les pages qui précèdent. C'est un jeu de piste !

Christiane a dit…

Dans la préface :
"(...) cher lecteur,
. Vous allez devoir décider vous-même si vous souhaitez le lire comme un recueil de nouvelles vaguement liées entre elles, ou comme un roman."
Et à l'adresse du lecteur :
"Ce livre peut être lu de deux façons : conventionnellent ( c'est-à-dire, de la première page at la dernière), ou en suivant l'ordre de la Baronne. Ceux qui opteront pour celui-ci trouveront, à la fin de chaque chapitre, un numéro entre accolades) indiquant à quelle page passer ensuite. Ils commenceront page 209."

Christiane a dit…

Et Soleil vert conseille aussi la lecture alternative en commençant par le troisième récit.

Anonyme a dit…

Cette histoire de Baudelaire voleur est très discutable ! Et le dialogue cité aussi. MC

Christiane a dit…

Ce n'est pas un ouvrage historique mais une fiction qui est troublante, effectivement, par les emprunts à certaines personnalités et faits historiques pour mieux les détourner.
Le lecteur est pris par des sentiments contradictoires dont le plaisir de la reconnaissance et le rejet de propositions discutables.
Maintenant, qu'une ancienne maîtresse assez malmenée par Baudelaire se venge en enlaidissant le portrait qu'elle fait de lui, c'est une banalité...

Christiane a dit…

Me voici enfin, de report en report, au début de cet étrange livre. "L'éducation d'un monstre". Page 25.
C'est donc Baudelaire qui prend la parole ( "Un épisode honteux".)
Il annonce, pêle-mêle qu'il a contracté la vérole auprès de Jeanne Duval, dont une tendance à ne plus distinguer le réel de l'imaginaire dans un état frôlant la démence.
Il s'adresse par écrit à une jeune fille, nommée Mathilde, qui est sous la garde de Madame Edmonde au sortir du couvent.
Il lui écrit être poète, âgé de quarante-trois ans, ajoute qu'il a quitté Paris pour s'installer à Bruxelles, suivant les traces de son éditeur Auguste Poulet-Malassis. Il y vit pauvrement.
C'est là que commence l'histoire qu'il lui raconte. On est en mars 1865.
Un soir il est invité chez Madame Hugo. Comme il parle abondamment, et mal , de Bruxelles et Paris, Charles Hugo en rage lui demande de s'arrêter, voir de sortir.
Il part donc avec son ami Auguste dans la nuit brumeuse...

Christiane a dit…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire

Voilà un biographie qui colle bien à la fiction que je suis en train de lire d'Alex Landragin - "Le livre des passages" .

Christiane a dit…

"Pour faciliter :
Alula->Joubert (le marin)->Jean-François Feuille->Jeanne Duval->Edmonde Duchesne de Bressy->Hippolyte Balthazar->Madeleine Blanc
---------------------------------------------------------------------------------------------------
Koahu->Roblet (le chiurgien)->Baudelaire->Mathilde Roeg->Walter Benjamin->Médecin "


Ça ce n'est pas très clair !

Christiane a dit…

Ah, j'y suis. Je commence à y voir clair dans cette aventure imaginaire de Charles Baudelaire. ( Ou peut-être utilisation d'un de ses contes Inédits....)
Ainsi après avoir été rejeté du souper des Hugo pour cause de comportement discourtois et avoir fait route avec son ami quelques temps, il se retrouve seul. Froid, neige, flaques d'eau, pavés glissants. Un fiacre le déséquilibre, il tombe, se blesse un peu. Un passant lui propose de venir se reposer chez sa maîtresse comme il titube. Et là , hop, direction la page 239 : Pierre Joubert ( le passant).

Christiane a dit…

C'est tout à fait insolite. Comme nous sommes face à des métempsycoses multiples, en principe trois par individu, pierre Joubert nous est présenté avec un drôle de pedigree !
"Naissance 1771
Premier passage 1791
Second passage 1825
Date de décès inconnue "

Christiane a dit…

Et voilà qu'on assiste à un passage. Le narrateur (Joubert ?) quitte son corps avec regret, "l'hébétude d'une âme dont on vient brutalement, à son insu, de rompre les amarres. L'âme ignorante de ce qui vient de lui arriver se réveille dans son nouveau corps en état de choc. "Donc, il n'est plus Alula. Il nage désespérément vers le navire prêt à partir. Il ne doit sa survie qu'à la vigie qui crie : " un homme à la mer !"
Tous le connaissent sur le bateau. Il retrouve son hamac. Tout lui est alors familier et étrange...

Christiane a dit…

J'essaie de réécrire ces passages :
Alula deviendrait Joubert le marin puis Jean-François Feuille.

Jeanne Duval serait Edmonde, puis Hippolyte, puis Madeleine.

Koatu serait Roblet le chirurgien puis Baudelaire.

Et enfin, Mathilde serait Walter Benjamin.
Beaucoup de ces personnages me sont encore inconnus et je n'ai peut-être pas compris les signes mathématiques de Soleil y. De plus des hommes deviennent des femmes et inversement. Quel méli-mélo ! Je n'ai pas encore rencontré Coco Chanel !
Et en plus il s'agit d'une lecture alternative !
Bonne mère ! Tout le monde n'est pas stratège au jeu d'échecs ! Ma spécialité c'est plutôt la macédoine. Je mélange les petits bouts de chacun et j'avale un mets indéfinissable....

Christiane a dit…

Il y a un élément qui me manque dans ces "passages". Qu'est-ce qui les provoque ? Sont-ils subis ou désirés ? Pas de formule magique.... Une sorte de grande houle qui traverse le temps et l'espace au nom de l'amour amour ( troisième histoire) où deux ont fait un pour survivre. Et vient la belle légende de "L'Albatros". Je crois que c'est le sens du billet de Solei vert, ce qu'il a compris. Pour moi ce n'est pas évident car à l'opposé de cette quête il y a le couple infernal de Charles Baudelaire et Jeanne Duval. Et cette impression de hasard dans ces métempsycoses assez inquiétantes, intrusives, inexpliquées. Enfin, il me reste plein de chapitres à lire...

Anonyme a dit…

J’ignore si la scène de Bruxelles chez les Hugo est exacte. Je pense que non, Mais Charles Hugo avait bien épousé une belge, Alice Lahaene dans ces années là..,

Christiane a dit…

Je ne pense pas qu'elle soit exacte bien qu'il n'aimait pas Bruxelles mais il fallait qu'il se retrouve seul dans la nuit d'hiver pour rencontrer Joubert, personnage important à qui il passe la main. Toutefois la famille Hugo s y trouvait. Voir la bio en lien plus haut.

Anonyme a dit…

Indication d’un autre ordre de lecture : je pense surtout (parce que je ne connais pas les autres) à Marelle.
e.g.

Christiane a dit…

Oui effectivement ce roman de Julio Cortazar a une structure comparable annoncée en début de livre.

Christiane a dit…

Sur ce bateau, il se retrouve peu à peu. (Je est un autre !) :
"Je te cherchais du regard - le nouveau toi, dans le corps du sage des étrangers. Mais à cet instant, je me souvins, sans avoir à faire le moindre effort, que les étrangers n'en étaient pas, qu'ils étaient français, que leur guérisseur était un chirurgien et qu'il s'appelait Roblet. Et ainsi les souvenirs de mon nouveau corps, continuèrent à me revenir, naturellement et d'eux-mêmes, comme des bulles remontant à la surface de l'eau."
Là, e.g., les inspirations de Landragin et de Cortazar diffèrent complètement. Le plan et la lecture suivant ce plan, oui, mais la métempsycose c'est ici.

Christiane a dit…

"Le 24 avril 1864, très endetté, il part pour la Belgique afin d'y entreprendre une tournée de conférences. Cependant, ses talents de critique d'art éclairé rencontrent peu de succès. Il se fixe à Bruxelles, où il rend plusieurs visites à Victor Hugo, exilé politique volontaire. Il prépare un pamphlet contre son éphémère pays d'accueil qui représente, à ses yeux, une caricature de la France bourgeoise. Le féroce Pauvre Belgique restera inachevé. Souhaitant la mort d'un royaume qu'il juge artificiel, il en résume l'épitaphe en un mot : Enfin !"
Wikipedia

Anonyme a dit…

Ce qui est exact c’est qu’Hugo de 1861, date où il va voir Waterloo pour les Misérables, à 1870, part régulièrement une fois dans l’année pour le Luxembourg, Laurent avec sa famille pour la Belgique, ou le Luxembourg, ou le Rhin. Donc le détail peut être exact. Par ailleurs, le mariage de Charles doit se situer ces années-là.Charles, qui abandonne la création littéraire, et joue beaucoup en attendant de donner naissance à Georges et Jeanne Hugo…

Christiane a dit…

J'aime croiser la précision de vos remarques avec la folie de ce livre !

Christiane a dit…

Koahu (Joubert) et Alula (Roblet, le médecin aux dons de guérisseur)... Quelle histoire ! Vont-ils se rejoindre et atteindre l'île Oaeetee avant qu'il ne soit trop tard ?

Christiane a dit…

Ah, j'ai trouvé pour ces "passages". Il faut que celui qui veut migrer regarde longuement l'autre dans les yeux.
D'où l'importance de l'œil sur la couverture du livre, œil aussi dans les tatouages
Il me semble , parfois, hors métempsycose, avoir senti à quel point on vacille quand on regarde intensément un être dans les yeux. C'est comme une porte qui s'ouvre et qui donne accès à l'intime de l'autre.
Qu'est-ce que le regard ? Très important dans les portraits - photos ou peintures.
Ce livre est plein de dévoilements...

Anonyme a dit…

Diable! Il faut choisir qui l’on regarde ! Et le grand malade de 1866 a-t-il encore bon œil ? MC

Christiane a dit…

Joli cette remarque !
Quel grand malade ? Baudelaire ? Il faut qu'il y ait un rapport avec l'œil... Je donne ma langue au chat !

Christiane a dit…

Et voilà, Jean-François Feuille, page 268. C'est donc avec lui que Joubert a choisi de vivre son passage. Il est très vieux, toujours dans la Marine et attend de croiser un capitaine de navire qui puisse commander un retour dans l'île.
Et ça se passe un lundi de juillet 1825. C'est un peintre complètement ruiné et qui est las de la vie qui entre dans le cabaret.
Ce n'est pas un capitaine de navire, ni même un marin.
Joubert lui propose de faire son portrait et surtout de bien s'attarder sur les yeux qu'il dit pouvoir faire changer de couleur par concentration mentale. Le naïf demande à voir ce prodige. Il doit juste le regarder droit dans les yeux....
Et hop ! Page 113....

Christiane a dit…

"La vente aux enchères". Page 113.

On le retrouve avec Madeleine. Dernières semaines de la Troisième République. Survivre malgré le nazisme...
Elle continue de lui narrer le conte de l'albatros.
Et surtout elle est obsédée par la vente aux enchères du manuscrit de Baudelaire qui doit avoir lieu le lundi suivant . Celui qui commence dit-elle par cette phrase :
"Alors que j'écris ces mots, il me vient à l'esprit que je n'ai jamais connu de récit plus incroyable que celui que je m'apprête à vous relater, ma chère enfant."
Comment connait-elle la première phrase de ce manuscrit inédit, si ce n'est...

Christiane a dit…

Vie de bohème. Elle sort toutes les nuits féline et très maquillée. Quand il se réveille au matin, il la trouve assise dans un fauteuil, elle lui lit du Baudelaire.
"Viens , mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate. "

Christiane a dit…

Oh MC, vous pourriez jouer le rôle de Jean-François Feuille vous qui aimez ces lieux de vente.

Ici, l'Hôtel Drouot . Salle 10 à l'étage .
Il était arrivé tôt (comme vous) pour voir les articles exposés figurant au catalogue des ventes.
Pour ne pas attirer l'attention , il feint de s'intéresser à une première édition de Mallarmé, à des lithographies de Daumier. Jusqu'à voir enfin le cahier ancien, relié en peau de chagrin, posé ouvert sur un lit de velours bleu : "L'Éducation d'un monstre, Ch. Baudelaire."
Gants blancs pour pouvoir le manipuler.
Il lit les premières lignes. La phrase exacte que Madeleine avait citée de mémoire - mot pour mot. Donc elle connaissait intimement le manuscrit. Il vérifie les titres de chapitre.... Ce sont celles qu'elle avait annoncées et... celles de ce livre que nous sommes en train de lire.
Enfin la vente du cahier arrive. Bignon dit que le manuscrit aurait été écrit par Baudelaire à la fin de sa vie, dans le style d'Edgar Allan Poe....
Le marteau marque la fin de la vente. Il n'a pu suivre les enchères.... Il suit l'acquéreur, Vennet, croit le reconnaître. Un bouquiniste ?

Il est chouette ce livre, me plaît de plus en plus. Merci, Soleil vert.

Anonyme a dit…

Je ne les aime pas tant que ça. J’y passe pour des tableaux que je ne peux acheter, et parfois pour des livres à prix plus cléments. Souvenir, des Mémoires de La Rochefoucauld, exemplaire de François Victor Hugo, enlevé à 40 euros, puisque égaré par le vendeur, mais retrouvé (par moi) après la vente, ce qui m’autorisait à proposer un prix sans risquer de rival. Or J étais venu pour lui…Pour le reste, il y a de tout à Drouot, des Nervaliens un peu fous aux intégristes pas si bêtes en passant par de purs hommes d’ affaires! Je parle des Commissaires-Priseurs et experts…Bien à vous. MC

Christiane a dit…

C'est surtout bien pour regarder les objets exposés avant la vente. Cela me rappelle certain salon de la gravure , du livre et des objets anciens au grand Palais et l'inouï d'un porte cigare dédicacé pour un poète du XIXe siècle. Vous l'aviez signalé et c'était une belle sortie.

Christiane a dit…

Donc, un grand retour en arrière. " De touchantes retrouvailles". Page 39
Baudelaire a des nuits agitées. Il rêve d'une mer agitée, d'un navire aux voiles déployées et surtout d'une enchanteresse aux yeux couleur d'obsidienne...
Il pense avec nostalgie à Jeanne Duval qui ne cessait de lui répéter qu'ils étaient tous les deux les âmes réincarnées d'un ancien oiseau-dieu. ..

Un matin il se réveille en sursaut dans un lit douillet à baldaquin. Une. Lumière douce révèle un boudoir aristocratique...
Il se souvient...

C'est juste après qu'il ait été heurté par la roue d'un fiacre, au sortir du souper chez les Hugo, à Bruxelles. Il a mal partout...

Christiane a dit…

C'est dans un Hôtel particulier qu'il s'éveille. Giacomo qui l'avait secouru la veille lors de sa chute veille à son confort. C'est je majordome de sa mystérieuse hôtesse, Madame Edmonde de Bressy.
Elle apparaît enfin... portant une somptueuse robe noire mais le visage masqué par un voile de tulle sombre. Le soulevant , un instant, elle découvre un visage hideusement défiguré.
Repas fin partagé...
Elle lui offre l'hospitalité et lui confie que toutes les histoires fantasmagoriques de Jeanne Duval étaient vraies puis elle se retire dignement.
Quelle scène romantique et inquiétante suivie d'un lendemain matin énigmatique :
"Comment vous sentez-vous aujourd'hui, monsieur Baudelaire ? Mieux ?"
Bien sûr elle va lui raconter la belle histoire de Koahu et Alula. De l'île de Oaeetee... du chirurgien Roblet et du matin Joubert... De l'albatros...
"Charles"... est étonné.

Dîtes, Soleil vert, cela ressemble au conte des mille une nuit. Ce livre est interminable. Un vrai sortilège piégeux où l'on est renvoyé d'avant ven arrière infiniment.

Cette Edmonde de Bressy est-elle Jeanne Duval ? Baudelaire ne peut s'y résoudre ! Y a-t-il eu une métamorphose lors d'un passage ?
Pour le convaincre elle lui dit qu'il l'appelait Shérazade !

Décidément, je suis envoûtée !

Christiane a dit…

C'est un peu sombre ces retrouvailles. Edmonde était-elle Jeanne ? Elle refuse de l'être encore avec cette laideur qui étrangement la rend libre
Lui , est désespéré.

L'auteur nous arrache notre désarroi et nous envoie dare dare page 275.

Nouveau chapitre : "Jean-François Feuille". Le maussade...
Il a apporté des souvenirs lors du passage mais il a aussi hérité de la pensée de l'autre. Il se regarde assis face à Joubert hébété. Lui continue son chemin. Pas terrible ce qu'il est devenu....

C'est diabolique ce jeu de chamboule-tout !

Il gagne son peu comme portraitiste en Louisiane.... Rencontre Hortense Michaux, vieille fille en âge, un peu naïve, en faisant son portrait . L'épouse sans passion et s'installe dans la plantation familiale . Grossit, mange trop, aspire à un autre passage.

Jeanne , 13 ans , va tout dynamiter.. C'est une jeune esclave métisse de la plantation, fille adultérine du maître..... Elle devient son désir d'un nouveau passage.
Or, c'est lui qui est chargé d'aller les vendre au marché aux esclaves à La Nouvelle-Orléans, en bateau sur le fleuve. Il pourrait se sauver en France sur un bateau à vapeur en partance pour Marseille après son... forfait...
Suite page 53.
J'ai mal au coeur avec cette lecture ! Cat tangue....

Peut-être bien que MC avait posé une bonne question dans son commentaire du 15 juillet : "Faut-il comprendre que JF Feuille est Jeanne Duval?!?! MC ..."

Anonyme a dit…

Ça m’a l’air en effet bien compliqué ! Il faut m’excuser, je travaille ces temps ci pour une communication qui , si tout va bien, sera faite en Suisse en fin d’année , donc pas de temps pour Charles et son labyrinthe!

Anonyme a dit…

Ah oui, l’étui à cigare de Musset. Dans le genre il y a ces temps-ci l’abécédaire spécialement imprimé pour le jeune Louis XIV! Prix museal!

Anonyme a dit…

Chez Comellas!

Christiane a dit…

Oui, exactement !

Christiane a dit…

Charles et son labyrinthe ! On ne peut mieux résumer la situation !

Christiane a dit…

Peut-être plus tard... Là, ce roman m'aide à ne pas penser à mardi !

Christiane a dit…

Sur quel thème travaillez-vous ?

Anonyme a dit…

( le Salon du Livre Ancien, c’est différent! On y trouve des choses, et pas aux enchères! On trouve aussi la solution d’énigmes: On s’est demandé où Corneille avait été chercher une citation d’ Averroes faisant de la Tragédie un « art de louer ». Mais on n’imagine pas combien les Littéraires sont peu curieux de philosophie, et la question en est restée la. Elle a pourtant trouvé sa réponse l’an dernier au Salon pour qui sait regarder un peu:Tout simplement dans la version latine en dix sept volumes de son Commentaire D’ Aristote , publié en Europe au dix septième siècle, et presente au dit Salon par Nosbuch. Et voilà une énigme résolue ! Corneille avait accès à l’oriental par le latin, via sans doute la Bibliothèque des Jésuites de Rouen, où il effectua , comme beaucoup d’élèves en France à l’époque, toute sa scolarité!

Christiane a dit…

Oui, bien sûr, pas à acheter encore que ..
Mais que de choses vues... qui transformaient ce lieu en antre des trésors. Ce qui m'avait surprise, le calme du lieu. On pouvait s'arrêter et échanger avec tous ces chercheurs d'objets devenus rares car remontant du passé des écrivains, des artistes, de familles les ayant possédés et le contraste avec une vie bourdonnante à l'extérieur, la foule où l'on trace un chemin de mémoire.
Je me souviens de la joie d'avoir vu cet étui dont vous parliez alors que nous ne nous sommes jamais rencontrés. J'aime ce monde où l'on peut mener deux vies dont celles des amitiés épistolaires.

Christiane a dit…

Le chapitre "Le Palais de justice" qui va de la page 131 à la page 151 est un délice. L'île Saint-Louis, l'île de la Cité, le quai Malaquais, le pont Saint-Michel , le quai de la Tournelle, les bouquinistes...Vennet et le manuscrit de Baudelaire, .... Le miséreux quartier Saint-Marcel, la Bièvre, rues étroites et cadavre énuclé... Et enfin le Commissaire Massy de la police judiciaire. Quai des Orfèvres...
Où l'on parle de Coco Chanel, de la Société Baudelaire et de métempsycose.
Pendant ce temps on brûle des documents , des archives, dans les cours des bâtiments administratifs par crainte de l'arrivée des armées ennemies.

Christiane a dit…

Oh là là, j'abandonne ! Ce n'est pas le livre des passages c'est le livre du mouvement perpétuel. On n'en sort pas de ces métamorphoses avec , hors Baudelaire et ses poèmes émiettés dans le récit, toujours ce couple qui veut et se retrouver et retourner dans leur île. Je les laisse dans leur labyrinthe après un énième retour dans la première partie du livre. C'est un cycle complet avec multiples rinçages et essorages. Vite je monte au-dessus voir la nouvelle surprise !

Anonyme a dit…

Les lecteurs de livres anciens sont des gens tranquilles au Grand Palais ou Faubourg du Temple. On ne risque pas d’être agresse par l’un d’eux. Ils collectionnent, ou se laissent aller de livre en livre, et se disent que tel pourra faire l’objet d’ une lecture, d’un article, d’ une thèse, ils lisent aussi des livres sur les livres, tout spécialement les oubliés, que des bibliographes et collectionneurs sérieux concoctent pour eux. )Merci Dussert et Walberck!) Tout cela ne nécessite pas de grandes dépenses nerveuses. Pour le reste, c’est un peu la loterie des prix, qu’on ne doit pas oublier parce
qu’elle existe. Le marchandage est aussi une tradition qui demeure vivace dans certains stands. On fait semblant de rabaisser, et parfois, on baisse vraiment, quoique le premier scénario soit le plus courant. Des libraires viennent y faire leur courses, des livres inconnus mais de premier ordre émergent. Le Recueil presque complet des Assemblees du Clergé, dinosaurien avec ses vingt volumes, est un cas. Un Père Anselme aux blasons colorés en est un autre ( il est connu, mais les blasons sont d’ordinaire graves noir et blanc. ) Et dans le Labyrinthe, se cache toujours un petit trésor…. MC

Anonyme a dit…

Note Vingt Volumes in Folio!!!

Christiane a dit…

Oui, c'est tout à fait cela. Belle esquisse.

Christiane a dit…

Pour lequel ?

Anonyme a dit…

« Les Assemblées du Clergé, », avec les Discours des membres. Le rituel s’est poursuivi sous toute la Monarchie. Intéressant pour savoir quand s’applique le Concile de Trente ( tardivement, par l’ Évêque de Luçon, le futur Richelieu,) ou repérer les phases de la Querelle Jésuites Jansénistes par Évêques interposés…ça parait des bondieuseries, mais ça ne l’est pas. Plutôt Une carriere de documents historiques!

Christiane a dit…

Donc, roman chaotique, lassant à la longue. Au jeu des transformations, on ne sait plus qui est qui... Au passage un ratage voulu par l'auteur, avec un passage vers un être peu recommandable qui multipliera les délits, les crimes.
Une richesse évidente du livre : cette connaissance de Paris, admirablement mis en scène.

Christiane a dit…

J'ai finalement repris la lecture du Livre des passages à partir du chapitre Jeanne Duval - quand elle reçoit deux visiteuses qui désirent connaître son histoire. Et là tout devient cohérent.
Je crois que la lecture recommandée par l'auteur où il faut suivre son plan diabolique, égare le lecteur.
Dommage car l'histoire de Jeanne Duval est très belle.

Christiane a dit…

J'en ai profité pour redécouvrir "L'atelier du peintre" de Courbet avec ces deux Jeanne Duval, celle qui a été effacée et qui est visible comme un spectre et l'autre à gauche de la porte. C'est Jeanne Duval qui avait demandé à Baudelaire de ne pas figurer sur la toile si près de lui.

Christiane a dit…

Ceci est bien raconté dans le chapitre la concernant.

Christiane a dit…

Toutefois, ce n'est pas de la métempsycose (orthographe possible choisie par l'auteur) qui est la transmigration des âmes après la mort. Dans ce roman la mort n'a aucun rôle. Cette juste une pratique de "passage".
Le roman raconte ces vies dues aux multiples passages de Koahu et Alula. Le retour désiré vers l'île de Oaeetee et peut-être la fin de ce voyage. Pour toutes ces vies, il n'est donné aucune précision sur la date de la mort. Au centre, Jeanne Duval et Baudelaire qui attirent l'attention par ce qu'ils sont connus et sont un repère vite perdu puisque eux aussi dans cette fiction sont victimes des passages. Les poèmes de Baudelaire, des pans de sa vie hantent ce roman.
Bien sûr il faut une goélette marchande qui fait la liaison entre Tahiti, les îles Marquises et Oaeetee car il n'y a pas de vaisseau spatial dans ce roman ni de téléportation !
Le problème pour la lectrice que je suis c'est que je ne sais plus qui en 1881, approche de l'île, qui est cette femme, sans identité , non mariée , toute vêtue de noir, en robe d'amazone, haut-de-forme et voile qui met pied à terre à Louisville.

Christiane a dit…

Serait-ce Alula ?

Christiane a dit…

Aucune importance. Elle repart et vé provoquer un septième passage pour échapper à ses poursuivants ! Bref, je n'y comprends plus rien ! Quelle galéjade !