lundi 22 juin 2015

Le tableau du maître flamand (fiction et peinture 1)



Arturo Pérez-Reverte - Le tableau du maître flamand - Poche




Le tableau du maître flamand inaugure un mini cycle de comptes-rendus de lectures de romans ayant pour objet la peinture. Des œuvres célèbres viennent aussitôt à l’esprit : Le chef d’oeuvre inconnu de Balzac ou Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. On pourrait inclure les écrits enflammés d’Antonin Artaud sur Van Gogh Ces textes mettent en évidence la fascination exercée par l’art pictural sur les écrivains. Visions idéalisées, représentations inquiétantes de l’âme humaine, autant de figures constitutives d’un aboutissement artistique dont l’écriture ne constituerait que l’avant-dernière marche.

Le cas du tableau du maître flamand est un peu particulier. L’auteur, Arturo Pérez-Reverte, spécialiste des thrillers sulfureux dont Club Dumas, adapté au cinéma par Roman Polanski sous le titre La neuvième porte, déplace le centre d’intérêt du roman sur une partie d’échecs peinte par Pieter Van Huys, artiste imaginaire du XVe siècle, originaire de Bruges. L’intrigue se focalise sur le Noble Jeu, élément central du tableau, dont le mouvement supposé des pièces dicte comme un processeur, le déroulement du récit.

Julia, restauratrice de toiles de maîtres dans un Madrid contemporain se voit confiée une huile sur bois de Van Huys. Personnage principal de l’ouvrage, elle se réfugie dans ses activités professionnelles et semble sous la coupe affective de César, son tuteur depuis la mort de ses parents. Son travail de restauration met en évidence une inscription latine invitant à résoudre un mystère vieux de cinq siècles : qui a pris le Cavalier ? Le terme désigne à la fois une pièce de jeu d’échecs et aussi semble t’il, un chevalier, Roger d’Arras, assassiné deux ans avant la réalisation de la toile et qu’une partie oppose au Duc d’Ostenbourg. Cependant que les tractations sur la vente de l’œuvre opposent plusieurs marchands d’art, Julia et César engagent un joueur de club pour résoudre la question posée par l’énigme. C’est alors que des meurtres en rapport avec le tableau viennent se mêler à leur enquête.

Arturo Pérez-Reverte a eu l’ingénieuse idée d’organiser son thriller autour d’une intrigue à miroir. D’une part, la recherche de l’identité du meurtrier du Chevalier à partir d’une analyse rétrograde de la position des pièces de l’échiquier, et d’autre part l’achèvement de la partie - cinq cents après ! – dont les coups sont dictés par l’assassin contemporain. Tout cela peut sembler rébarbatif, bien que dicté par une logique échiquéenne, mais n’oublions pas que les peintres italiens et flamands ne dédaignaient pas les mystères et les anamorphoses.

On sent en l’écrivain un véritable amateur d’art, comme en témoigne la description de la maison de César, et les incursions dans le monde médiéval sont bienvenues et inspirées. Tout ce qui a trait au jeu d’échecs semble correct quoiqu’un peu convenu. La véritable inquiétude surgit à la vue de la réalisation à l’économie de la couverture en édition Poche. Heureusement l’impression est honnête, la retranscription des coups et des diagrammes d’échecs claire et sans faute. La traduction datant de vingt ans (toujours l’économie), quelques scories auraient pu être corrigées. Ainsi l’ouverture « nimzoidia » au lieu de « nimzo-indienne » et l’inusité « analyse rétrospective » à la place du correct « analyse rétrograde ». Ceci écarté, Le tableau du maître flamand est un thriller original et réussi.

4 commentaires:

Nicolas a dit…

Pas du tout accroché à ce roman, pour ma part, qui m'avait beaucoup ennuyé. Quelle déception!

Pablo a dit…

Tout a fait d'accord avec toi Nico,ce livre m'est tombé des mains.
Perez..Perec..Peretz..Variations..

Soleilvert a dit…

Mais Perec et Peretz ça n' a rien à voir. Le premier était un adepte de l'Oulipo avec des ouvrages qui jouent sur le langage. Le second a écrit aussi Club Dumas dont Polansky a tiré "La neuvième porte"

Chica a dit…

"Le peintre des bataille" de Peretz Reverte ,a rapprocher de ce roman.