samedi 10 octobre 2020

La Tour des Damnés

Brian Aldiss - La Tour des Damnés - Le passager clandestin/dyschroniques

 

 

 

Si l’on voulait hiérarchiser la multitude des maux qui frappent l’Humanité, et dont elle est d’ailleurs en grande partie responsable, la surpopulation viendrait en bonne place. « Croissez et multipliez ». Les conséquences de l’antique impératif religieux suscitèrent dès les années 50 des colloques encouragés par un bond en avant de la croissance économique et démographique : l’épuisement des ressources, la dégradation de l’environnement, les alertes sanitaires furent à l’ordre du jour. Dans ce contexte de forte visibilité encore accrue par les travaux du Club de Rome parurent sur le thème quelques ouvrages de science-fiction listés par Philippe Lecuyer. Quelques esprits firent alors valoir que le spectre de la famine prophétisé en 1966 par Harry Harrison dans Soleil vert s’évanouirait grâce aux progrès réalisés en matière de rendements agricoles. Mais la désertification naissante de plusieurs régions du globe générée par le changement climatique, les tensions inter-étatiques autour de la gestion de l’eau de certains fleuves réactivent aujourd’hui l’inquiétude. Guerres et épidémies sont ou seront demain au programme.

 

La Tour des Damnés qui évoque un Monades Urbaines en miniature, relate une expérience de surpeuplement menée par un Centre de recherche ethnographique sous l’égide de l’ONU. Inquiets de la démographie galopante indienne, les responsables du CERGAFD édifient une tour de cinquante étages que rejoignent des groupes de volontaires. La nourriture est fournie par « l’extérieur », des caméras sont placées un peu partout. Plusieurs générations s’écoulent, les humains s’entassent les uns sur les autres. Surgissent des tyrans aux royaumes dérisoires, des mystiques dotés de pouvoirs parapsychiques. Un observateur rebuté par le projet décide de rentrer dans la tour.

 

Un peu moins de 20 ans après la rédaction de la Tour des Damnés, Aldiss reprendra avec Helliconia l’idée de l’observation d’une communauté par une autre. Dans la trilogie précitée un groupe d’astronautes à bout de souffle cloitré dans l’environnement artificiel d’un satellite admire l’épanouissement de la vie sur la planète étrangère. A l’inverse, dans la novella, l’auteur souligne l’inhumanité des instigateurs du projet. Dans l’enfer de la promiscuité et de la misère émerge une communauté violente certes, mais non dénuée de solidarité. Au-delà du message sur les dangers encourus par notre espèce à vouloir se « hisser sur les épaules de génies » Brian Aldiss inventait (ou presque) le concept de téléréalité, forme institutionnalisée du voyeurisme.

 

 

2 commentaires:

Tomtom a dit…

Alors là, dans ma PAL direct ! Le surpeuplement de la planète et les difficultés dans la production agricole dues au réchauffement climatique sont le plus grand enjeu actuel - et non pas futur.

Soleilvert a dit…

La prochaine chronique devrait pas te déplaire non plus