jeudi 18 mai 2017

Le peintre d’éventail (fiction et peinture 4)



Hubert Haddad - Le peintre d’éventail - Folio/Zulma



« Ecoute le vent qui souffle. On peut passer sa vie à l’entendre, en ignorant tout des mouvements de l’air. Mon histoire fut comme le vent, à peu près aussi incompréhensible aux autres qu’ à moi-même »





Romancier, poète, dramaturge et essayiste, Hubert Haddad né en 1947 à Tunis explore sans relâche les ressources de l’écriture au travers d’univers fantasmagoriques. Une inventivité qui lui a valu un Renaudot, le prix Louis Guilloux pour le présent ouvrage et le Grand Prix de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son œuvre. Un de ses romans L’univers figure dans La bibliothèque de l’entre deux monde de Francis Berthelot

Le ciel s’abat sans relâche sur la tête de Matabei Reien, designer de talent. Orphelin de père et de mère, il doit fuir précipitamment la ville de Kobe après la mort accidentelle d’une jeune fille et le séisme de 1995. Il trouve refuge au Nord du Japon dans la région boisée d’Atôra, au sein d’une pension de famille. S’il n’est pas insensible au charme de Dame Hison, maitresse des  lieux, il délaisse la fréquentation des pensionnaires pour se réfugier dans le magnifique jardin attenant entretenu par  Osaki Tanako, jardinier au talent sans égal mais aussi peintre renommé d’éventails. Matabei devient son apprenti puis son successeur, tentant de refermer les blessures du passé dans l’enfouissement végétal et pictural. Mais une série d’évènements lui barre la voie du Zen.

La lecture suscite des appréciations partagées. D’abord une interrogation sur l’évocation a minima des évènements tragiques de Kobe qui semble plaquée un peu artificiellement au début du récit et aurait dû faire davantage écho à l’ épilogue. On se souvient que dans L’ homme qui tombe de Don De Lillo, l’odeur de naphtaline du 11 Septembre 2001 poursuivait le héros jusque dans les casinos de Las Vegas. J’aurais aimé aussi en apprendre un peu plus sur les techniques de fabrication et de peinture des éventails.

Dans ce récit d’initiation mettant en scène trois générations de peintres, les cheminements intérieurs des deux narrateurs Matabei et Hi-Han prennent le pas sur les autres personnages. A l’image de  la nature, ceux-ci entretiennent des relations frustres, violentes ou sensuelles. Pour le reste, les floraisons stylistiques d’Hubert Haddad se déploient en jardin extraordinaire. On lui doit de véritables haïkus en prose. Ainsi page 32 de l’édition Folio : « Escalader les pentes juste avant l’aube avec en tête un rêve de daims et d’ibis huppés. Si tôt, le chant du rossignol prend une inflexion lasse. A t-il veillé toute la nuit ? ».

A part quelques réserves de construction le lecteur se perd avec délices dans ce labyrinthe verbal.


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6 commentaires:

Anonyme a dit…

Coucou camarade,
Je sais que cela n'a rien avoir avec ton excellent article, mais sans doute la nouvelle éveillera-t-elle sans doute ton intérêt.
Hop !
http://www.cafardcosmique.com/phpBB2/viewtopic.php?t=7392

Amicalement,

Ubik

Anonyme a dit…

Deux fois "sans doute"
M'apprendra à me relire...

Soleilvert a dit…

Ça doit être l'émotion ...
J'ai mis un bout de temps avant de retrouver mon mot de passe. Tout est foutu !

xavier a dit…

Une deuxieme lecture s'impose.Il est vrai qu'on bute un peu sur la construction;mais c'est ce qui fait le charme de ce roman.

Soleilvert a dit…

Un autre de ses romans se déroule à Pondichéry, et j'ai bien envie de succomber à cet "orientalisme" (enfin extrême-orientalisme puisqu'il s'agit de l'Inde du Sud)

Anonyme a dit…

Pour rebondir sur la construction..le propre du labyrinthe
c'est bien de s'y perdre!