dimanche 5 mars 2017

Cérès et Vesta



Greg Egan - Cérès et Vesta - Le Bélial’ Collection Une heure lumière








« Cérès d'un côté, Vesta de l'autre. Deux astéroïdes colonisés par l'homme, deux mondes clos interdépendants qui échangent ce dont l'autre est dépourvu — glace contre roche. Jusqu'à ce que sur Vesta, l'idée d'un apartheid ciblé se répande, relayée par la classe politique. La résistance s'organise afin de défendre les Sivadier, cible d'un ostracisme croissant, mais la situation n'est bientôt plus tenable : les Sivadier fuient Vesta comme ils peuvent et se réfugient sur Cérès. Or les dirigeants de Vesta voient d'un très mauvais œil cet accueil réservé par l'astéroïde voisin à ceux qu'ils considèrent, au mieux, comme des traîtres... Et Vesta de placer alors Cérès face à un choix impossible, une horreur cornélienne qu'il faudra pourtant bien assumer... »

La littérature de science-fiction a traité de multiples façons le thème de l’ostracisme. La figure du mutant reste la plus populaire du domaine classique, et c’est Théodore Sturgeon qui a introduit l’idée, selon l’heureuse formulation de Gérard Klein, que Les Plus qu’humains pouvaient être des moins qu’humains. Mais d’autres auteurs ont abordé le sujet plus directement, Ursula Le Guin en réactualisant le mythe du bouc émissaire dans Ceux qui partent d’Omélas, ou Cordwainer Smith avec les sous êtres de La Planète Shayol transformés en banque d’organes (1)

Cérès et Vesta (2) de Greg Egan raconte une tragédie, le récit d’une révolte et d’un crime contre l’Humanité. La mise à l’écart des Sivadier sur l’astéroïde Vesta au cours d’ un vote « démocratique » précédé d’ une campagne de haine, évoque sans fard la montée de l’antisémitisme en France et en Allemagne et l’avènement d’un  pouvoir fasciste (3) dans les années 30. Le pitch est d’autant plus sensible que l’écrivain a œuvré pour les réfugiés dans le secteur de l’humanitaire. La question de l’éthique de la science draine d‘ailleurs toute son œuvre.

Quel démon pousse le dénommé Denison à entreprendre une campagne de dénigrement contre une partie de la population de Vesta et à remettre en cause le pacte des Fondateurs ? L’argument mercantiliste ne tient évidement pas la route. Camille, héroïne du récit, issue de la lignée Sivadier, dévoile involontairement la vérité. Son désintérêt croissant pour les nouvelles de la Terre symbolise la disparition des valeurs morales de la planète mère chez les habitants des astéroïdes. Cérès et Vesta véhicule ainsi un second  thème classique de science-fiction, celui des arches stellaires dans lesquelles les pactes sociaux et les croyances se redéfinissent perpétuellement.

Egan a bâti son intrigue autour d’un double entrelacement spatial et temporel. La novella démarre par la fuite de Camille, et se poursuit par la narration rétrospective de sa révolte sur Vesta. Son histoire alterne avec celle de Anne, son pendant éthique de Cérès, chargée de l’accueil des migrants. Camille ouvre et clôt le récit. A l’inverse de l’héroïne de Corneille (4) elle ne sacrifie pas son devoir à l’amour. Elle concilie les deux, tout en mesurant les risques encourus. En revanche Anne affronte une situation beaucoup plus difficile. Dans un univers où la science et les machines régissent le quotidien, peut t-on quantifier un choix moral ?

Voilà un aperçu de ce très beau texte au final en coup de poing, dominé par deux figures féminines, vestales en quelque sorte de la conscience humaine.


(1) in Les Seigneurs de L’instrumentalité de Cordwainer Smith
(2) Titre original, The Four Thousand, The Eight Hundred
(3) Jusqu’au J’accuse de Zola relatif à l’affaire Dreyfus et reproduit par Camille.
(4) Horace - Corneille

mardi 28 février 2017

Quartier lointain



Jirô Taniguchi - Quartier lointain - Casterman








Dans mon panthéon personnel de l’art japonais d’après guerre, Quartier lointain de Jirô Taniguchi trône en compagnie des mangas de Tezuka, du Tombeau des lucioles de Isao Takahata, de La balade de l’impossible de Haruki Murakami ou des films d’ Akira Kurosawa.

Je ne suis pas le seul. Une espèce de relation privilégiée s’est nouée entre le public occidental et le grand-maître aujourd’hui disparu. Cela tient d’abord à la maturité des textes, celui d’un auteur de gekiga selon le terme consacré, d’un écrivain à part entière pour tout dire, sans oublier un graphisme évocateur de la BD belge. Toutes ces observations sont connues. Je n’ai point d’autre intention que de rendre hommage.

Quartier lointain, ouvrage marquant de la seconde période de l’auteur et que blogger in fabula associe au Journal de mon père, raconte l’irruption inopinée d’un homme dans son propre passé. Terminant une journée de travail à Kyoto, Hiroshi Nakahara prend par inadvertance un train  pour Kurayoshi, ville de son enfance, au lieu de regagner son domicile à Tokyo. S’assoupissant sur la tombe de sa mère il a la surprise de se réveiller dans la peau de ses 14 ans en 1963, avec la conscience d’un adulte. En charge d’une famille, Hiroshi doit désormais tenir le rôle d’un rejeton. D’abord désarçonné par la situation, son angoisse cède progressivement le pas devant le bonheur de retrouver les êtres chers disparus, sa mère et surtout un père qui avait quitté le foyer familial sans explication. Si le passé exprime, selon l’expression de Jacques Goimard (1) « la saveur des souvenirs heureux », toutes les portes ne donnent pas forcément sur l’été. Hiroshi Nakahara va tenter de résoudre la grande énigme sombre de son enfance, tout en observant et revivant à la fois les premières étapes de sa vie : le temps du collège et des copains, les premières émois amoureux.

Vient le moment où Hiroshi s’interroge sur les conséquences de cette quête et des modifications futures qu’elle peut induire sur son…présent. Après tout n’est il pas responsable de sa propre tribu ? Mais l’originalité du récit se situe ailleurs. Le préfacier de Quartier lointain assimile le texte à une expérience de vie. A cet élément de langage contemporain, on pourrait associer la figure de Kierkegaard. Le père de l’existentialisme avait, dans une fiction très autobiographique, initié le concept de reprise (2). Un jeune homme tente de relancer sa vie en refaisant un voyage heureux effectué jadis à Berlin, dans l'espoir d'y retrouver les émotions d’alors. L’entreprise se solde par un échec. Cette idée un peu bizarre devient beaucoup plus pertinente sous l’angle esthétique. Une reprise théâtrale exprime une relecture d’un texte, animée par une mise en scène et une interprétation nouvelles. Ainsi Quartier lointain formule le désir de revivre sa vie dans sa totalité, en pleine conscience. Une démarche spirituelle exprimée dans un graphisme cinématographique, entrecoupé parfois de pleines pages où domine le ciel.

Acteurs principaux, le père comme le fils, apportent une dimension éthique à l’histoire. L’un comme l’autre soumettent leur liberté à l’impératif du devoir. Les personnages féminins adultes, la mère de Hiroshi, la grand-mère, Tomiko Osawa, restent en retrait comme figés dans l’acceptation de leur destin. Taniguchi offre là une vision du Japon traditionnel des années 60 encore marqué par le conflit de la seconde guerre mondiale.

Richesse du récit, délicatesse des sentiments, hauteur morale, dans la narration de cette investigation d’un homme sur son passé, comme dans toute son œuvre, Jirô Taniguchi ouvre inlassablement des espaces de beauté et de compréhension.




(1) Préface à l’anthologie Poche des Histoires de voyage dans le temps
(2) Sören Kierkegaard - La Reprise - Flammarion 

samedi 25 février 2017

Mordred



Justine Niogret - Mordred - Pocket




 

Abordant le rivage arthurien, Justine Niogret s’attaque dans un court roman à la figure de Mordred. Il y aurait là matière à un drame shakespearien. L’hérédité de ce chevalier, qu’on trouvera sur le Net, mais qu’on ne détaillera pas ici pour ne pas déflorer l’intrigue, n’est en effet pas commune.

C’est un personnage alité, gravement blessé au cours d’un combat qui lui a pratiquement brisé le dos, que l’auteur de Chien du Heaume nous présente. Loin du monstre de la tradition, le lecteur découvre un homme luttant contre la douleur, en proie au doute, hanté par son enfance, incertain de son avenir, et transformé par le destin en machine de guerre. De ses premières années il garde le souvenir d’une existence champêtre au contact d’une mère aimante et mystérieuse qui l’a initié aux secrets des plantes. Il bénéficie de la protection prestigieuse de son oncle, le roi Arthur, un père de substitution.

Mordred renoue avec les ambiances de fantasy médiévale dont l’écrivain s’est fait une spécialité. Pas une phrase qui ne soit laissée en friche. Le texte se parcourt comme un sentier de cueillette et de dégustation d’images et de métaphores : le sang crisse, le ciel est un ventre lourd de pluie, on déguste les tisanes chaudes du souvenir, la douleur est un chien assoupi etc. … L’écriture atteint un point d’orgue page 147, avec ce monologue d’Arthur dont mon camarade Ubik cite quelques extraits. J’ai été inutilement sévère avec leur formulation médiéviste. Car il faut bien le dire, l’assimilation d’un esprit humain à un gouffre où viennent s’abreuver des monstres connus de nous seuls, n’a rien à envier à Hugo ou William Blake.

Gilles Dumay qualifie justement l'ouvrage de poésie en prose. Or la poésie pure s’oppose au narratif. On ne trouvera pas ici d’intrigue charpentée ponctuée de scènes de batailles  sur laquelle se jettent habituellement les amateurs de fantasy, mais un roman bâti sur une quête identitaire, conçu comme un rêve éveillé, un texte de fièvre. On espère toutefois que Justine Niogret élargira ses prochains récits pour nous livrer - qui sait ? - un Espoir-du-Cerf ou un Terremer.




jeudi 16 février 2017

Le Glamour



Christopher Priest - Le Glamour - Denoël Lunes d’encre








Les grands philosophes, dit-on, réécrivent toujours la même œuvre. Les romanciers, à leur façon, ne parviennent parfois pas à couper le cordon ombilical avec un texte, fut-il terminé. A l’image d’un travail de deuil ininterrompu, le processus créatif ne cesse pas, aboutissant soit à des commentaires ou à des préfaces, bref à une intertextualité, soit, comme dans le cas du Glamour de Christopher Priest, à une refonte du roman.

Refonte d’ailleurs est un bien grand mot. Paru initialement en 1986 chez Laffont sous le titre Le don, réédité plusieurs fois, ce récit bénéficie tout à la fois d’une retraduction, d’une réécriture très partielle de la cinquième partie et d’un allègement de la seconde partie. Mais l’architecture d’ensemble n’est pas modifiée. Le titre original de l’édition britannique The Glamour est identique. Il faut en conclure que si Priest a retravaillé ce roman, le regard du lecteur, et en premier chef de l’éditeur et du traducteur, a aussi changé. Ceci est une caractéristique de l’écrivain anglais : on ne lit pas seulement son œuvre, on y est narrativement et subtilement intégré.

De quoi s’agit-il ?
Richard Grey, cameraman professionnel de la BBC, suit une convalescence dans un hôpital du sud du Devon, un comté du sud-ouest de l’Angleterre. Gravement blessé lors d’un attentat de l’IRA, il souffre d’une amnésie partielle. Des séances d’hypnose ne parviennent pas à débloquer la situation. Mais la visite d’une jeune femme nommée Susan Kewley qui prétend avoir eu une liaison avec lui éveille sa curiosité et ils repartent tous les deux prématurément à Londres. Le chapitre suivant relate la période qui a précédé l’attentat. On y apprend que Richard et Susan se sont rencontrés lors d’un voyage en France et que la jeune femme tente de mettre fin à une autre liaison avec un écrivain, Niall. Sans succès d’ailleurs, ce qui provoque la rupture des deux premiers. La quatrième partie évoque les événements consécutifs au départ de l’hôpital. Surpris, le lecteur découvre que Richard et Susan n’ont jamais voyagé en France, mais ont fait connaissance dans un pub londonien. Il comprend alors que le déroulement de la troisième partie est une invention de la mémoire défaillante de Richard et apprend aussi que les trois protagonistes dont l’agaçant et omniprésent Niall ont un don d’invisibilité, que Priest appelle glamour.

Du don au glamour

Comme à son habitude, dans ce récit à plusieurs voix, l’écrivain anglais ouvre progressivement un espace spéculatif qui perturbe le lecteur : Grey et Niall sont-ils la même personne ? Doit-on considérer Richard et Susan comme les personnages d’un roman de Niall... ? Cependant le véritable moteur narratif du roman n’est pas la mémoire mais l’invisibilité. Etre invisible selon Priest, c’est être ignoré socialement. Le glamour renvoie à la Grande Bretagne des années Thatcher, où s’exercent aussi bien la violence des inégalités sociales que celle de l’IRA. Dans le récit Susan Grey évoque ses rencontres fugitives avec d’autres invisibles. Tous sont des marginaux dérobant des produits de première nécessité pour survivre et sont exclus des systèmes de santé.

On retrouve un thème classique de la littérature de science-fiction à savoir l’ostracisme ou la malédiction dont souffrent les mutants. Robert Silverberg en avait fait le fil conducteur d’un de ses plus grands ouvrages L’oreille interne,
Van Vogt ou Théodore Sturgeon la matière de classiques du genre. Pour renforcer cette métaphore de la disparition sociétale, Christopher Priest effectue un parallèle entre l’invisibilité et l’hypnose. On est exclu non pas parce qu’on ne se conforme pas aux codes sociaux, mais parce que l’observateur [le Pouvoir] vous ignore. Si l’on voulait une justification de la réédition de ce roman vingt ans après la voici : la réussite sociale aujourd’hui ne se mesure pas à l’aune de l’épaisseur d’un CV mais bien à la visibilité médiatique, au glamour serait-on tenté de dire.

Or ce terme explique l’écrivain anglais est issu d’un vieux mot écossais glammer. Un glammer est un sortilège qu’utilisait une jeune fille pour dissimuler la beauté de son fiancé aux autres prétendants. L’usage actuel de ce mot est donc en totale contradiction avec sa signification première, sauf peut-être à considérer les images des icônes du glamour comme une métaphore ou un miroir du néant, néant des foules voyeuristes et sentimentales, néant des exclus de tous bords. En définitive la séduction est une malédiction.

Le glamour est un grand roman qui renouvelle totalement le thème de l’invisibilité, une œuvre transfictionnelle du calibre des Ecrits fantômes de David Mitchell. On savait que Christopher Priest était un maître de la littérature spéculative. On découvre un romancier de la souffrance sociale.

mardi 7 février 2017

Humeur : Victor Hugo - RUY BLAS - Acte III - Scène II




RUY BLAS, survenant.
Bon appétit, messieurs !
Tous se retournent. Silence de surprise et d'inquiétude. Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face.
                    Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
– Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L'Espagne et sa vertu, l'Espagne et sa grandeur,
Tout s'en va. – nous avons, depuis Philippe Quatre,
Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;
En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;
Et toute la Comté jusqu'au dernier faubourg ;
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues
De côte, et Fernambouc, et les montagnes bleues !
Mais voyez. – du ponant jusques à l'orient,
L'Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme si votre roi n'était plus qu'un fantôme,
La Hollande et l'Anglais partagent ce royaume ;
Rome vous trompe ; il faut ne risquer qu'à demi
Une armée en Piémont, quoique pays ami ;
La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La France pour vous prendre attend des jours propices.
L'Autriche aussi vous guette. Et l'infant bavarois
Se meurt, vous le savez. – quant à vos vice-rois,
Médina, fou d'amour, emplit Naples d'esclandres,
Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres.
Quel remède à cela ? – l'État est indigent,
L'état est épuisé de troupes et d'argent ;
Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères,
Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères.
Et vous osez ! ... – messieurs, en vingt ans, songez-y,
Le peuple, – j'en ai fait le compte, et c'est ainsi ! –
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable, et qu'on pressure encor,
A sué quatre cent trente millions d'or !
Et ce n'est pas assez ! Et vous voulez, mes maîtres ! ... –
Ah ! J'ai honte pour vous ! – au dedans, routiers, reîtres,
Vont battant le pays et brûlant la moisson.
L'escopette est braquée au coin de tout buisson.
Comme si c'était peu de la guerre des princes,
Guerre entre les couvents, guerre entre les provinces,
Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,
Morsures d'affamés sur un vaisseau perdu !
Notre église en ruine est pleine de couleuvres ;
L'herbe y croît. Quant aux grands, des aïeux, mais pas d'oeuvres.
Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.
L'Espagne est un égout où vient l'impureté
De toute nation. – tout seigneur à ses gages
À cent coupe-jarrets qui parlent cent langages.
Génois, sardes, flamands, Babel est dans Madrid.
L’alguazil, dur au pauvre, au riche s'attendrit.
La nuit on assassine, et chacun crie: à l'aide !
– Hier on m'a volé, moi, près du pont de Tolède ! –
La moitié de Madrid pille l'autre moitié.
Tous les juges vendus. Pas un soldat payé.
Anciens vainqueurs du monde, Espagnols que nous sommes.
Quelle armée avons-nous ? À peine six mille hommes,
Qui vont pieds nus. Des gueux, des juifs, des montagnards,
S'habillant d'une loque et s'armant de poignards.
Aussi d'un régiment toute bande se double.
Sitôt que la nuit tombe, il est une heure trouble
Où le soldat douteux se transforme en larron.
Matalobos  a plus de troupes qu'un baron.
Un voleur fait chez lui la guerre au roi d'Espagne.
Hélas ! Les paysans qui sont dans la campagne
Insultent en passant la voiture du roi.
Et lui, votre seigneur, plein de deuil et d'effroi,
Seul, dans l'Escurial, avec les morts qu'il foule,
Courbe son front pensif sur qui l'empire croule !
– Voilà ! – l'Europe, hélas ! Écrase du talon
Ce pays qui fut pourpre et n'est plus que haillon.
L'état s'est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste !
Ce grand peuple espagnol aux membres énervés,
Qui s'est couché dans l'ombre et sur qui vous vivez,
Expire dans cet antre où son sort se termine,
Triste comme un lion mangé par la vermine !


Photo : copyright TNP 2011

vendredi 3 février 2017

Le choix



Paul J. McAuley - Le choix - Le Bélial’ Collection Une heure lumière








Dans un futur proche, la montée des eaux  a noyé les terres du Nord et de Est de l’Angleterre, ainsi que les cotes européennes. Deux adolescents tentent de survivre dans le Norfolk. Lucas vit dans une caravane située sur un îlot artificiel, aux côtés de sa mère, une ancienne universitaire et écologiste désormais alitée. Il subsiste en travaillant pour le père de Damien, pécheur de crevettes, ou des maraîchers. Damien rêve de s’affranchir du joug paternel et de partir dans les étoiles.

Or les étoiles sont venues à l’humanité. Des extraterrestres ont établi un contact avec notre espèce, et en échange de la possibilité d’exploiter les ressources du système solaire, lui fournissent des outils pour se débarrasser de la pollution causée par l’activité industrielle. Tout le monde dont Julia la mère de Lucas, ne voit pas d’un bon oeil cette intrusion dans les affaires humaines. Au début de l’histoire un des dragons nettoyeurs vient s’échouer sur un banc de sable, ce qui suscite la curiosité de la population locale et des deux jeunes hommes.

On retrouve dans cette novella le McAuley dénonciateur des catastrophes écologiques, de Féerie (1) ou des diables blancs (2). La forme courte lui permet d’épurer son propos. Comme le Ballard du Monde englouti et du Géant noyé, il dépeint la beauté tranquille d’une Terre agonisante, alors qu’en arrière plan l’Humanité se prépare peut être à échanger un désastre contre un autre. Un choix qu’effectueront les adolescents et les sépareront définitivement.

Texte beau et sensible, Le choix est peut être la meilleure novella publiée à ce jour dans la collection Une heure Lumière du Bélial’.


(1)  Féerie-J'ai Lu Millénaires
(2)  Les diables blancs - Ailleurs et Demain