mardi 4 août 2020

Les armes secrètes


Julio Cortázar - Les armes secrètes - Folio






Avertissement : cette relation contient de nombreux spoilers. Il me semble n’avoir pas eu d’autres choix pour aller un tant soit peu au fond des choses et tenter de comprendre ces textes complexes.


Figure marquante de la littérature argentine comme son légendaire compatriote Borges, Julio Cortázar laisse l’image, comme hélas de trop nombreux écrivains sud-américains, d’un déraciné opposé à la dictature de son pays. Tristes années qui virent l’émergence des Videla, Pinochet et consorts et les ambiguïtés d’un Castro célébré par Garcia Marquez mais rejeté par le péruvien Vargas Llosa. Certains comme Sepulveda choisirent l’errance perpétuelle et l’apaisement des mots. D’autres comme Cortázar, exprimèrent dans leur œuvre une fragmentation identitaire encore accrue pour l’auteur de Marelle par la disparition de son père. Extrait d’une production protéiforme, Les armes secrètes groupe onze nouvelles.


« Je est un autre ». L’assertion rimbaldienne éclate dans plusieurs des fictions du recueil et notamment dans deux récits purement fantastiques « La nuit face au ciel » et « l’axolotl ». Le premier raconte l’émergence dans une autre réalité d’un motocycliste hospitalisé après un accident de la route. Ses nuits sont envahies par des rêves où des Aztèques le prennent en chasse en vue d’un sacrifice rituel. Peu à peu le souvenir de sa chambre s’estompe le laissant seul face à ses poursuivants. Dans le second un habitué du Jardin des Plantes se découvre une fascination pour de petits batraciens au point de s’incarner dans l’un d’entre eux au sein de l’aquarium. Dans une thématique voisine la short story « Continuité des parcs » met en scène un amateur de roman policier, absorbé dans sa lecture au point de ne pas s’apercevoir que c’est sa propre destinée sanglante qu’il découvre au fil des pages.



De facture plus traditionnelle, on découvre le célèbre « Les fils de la Vierge » qui inspira le film Blow up d’Antonioni et par ricochet Blow out de Brian de Palma. Le héros est un traducteur-photographe qui au fil d’une promenade découvre un curieux manège Ile Saint Louis à Paris. Une femme essaye de séduire un tout jeune homme. Prenant la scène en photo, l’observateur est surpris et interpellé par la femme cependant qu’un complice émerge d’une voiture et que l’adolescent s’enfuit. Rentré à son domicile le photographe développe ses négatifs et reconstitue la tentative de rapt à laquelle il tente de s’opposer cette fois activement en pensée. Assez déconcertante dans son traitement, la nouvelle évoque à la fois l’impossibilité de capter le réel et les liens troubles avec l’imaginaire. La surprise finale vient de la description du troisième homme décrit comme « un clown enfariné », renvoyant le lecteur à un célèbre roman de Stephen King.


« Bons et loyaux services » ou « Les portes du ciel » explorent plus classiquement les thèmes de la cruauté et de la nostalgie. L’un décrit les humiliations et tourments imposés à une humble femme de chambre par des bourgeois. L’autre décrit les errances d’un veuf inconsolable dans les bals populaires de Buenos Aires où il fit connaissance de sa femme. A côté de cela, des textes comme « La lointaine » ou « Les armes secrètes » lorgnent vers le surréalisme, déployant pour le premier le thème du double - à l’instar de « La nuit face au ciel » - qui vient prendre possession d’une musicienne ou pour le second l’amour impossible de deux êtres plongés dans des réalités différentes.


Ces récits et d’autres (« Fin d’un jeu », « Circé », « L’homme à l’affut »), d’une approche pas toujours aisée, évoquent la souffrance d’êtres isolés, englués à la fois dans le réel et leurs cauchemars. L’univers complexe de Cortázar reste à découvrir.

jeudi 16 juillet 2020

Les incontournables récents en SFFF


Répondant à une idée sympathique de Nevertwhere, je propose 10 titres remarquables, choisis dans la multitude d’ouvrages parus en imaginaire depuis 2000. L’exercice presque totalement subjectif s’avère arbitraire au regard des livres laissés en chemin, mais ouvre néanmoins une petite fenêtre de réflexion. Qu’est ce qui a changé en 20 ans ?

Dans ma liste pas de Stephen King, pas de George RR Martin, ni le regretté Terry Pratchett.
Pourtant ils dominent de la tête et des épaules le genre horrifique ou la fantasy. Ce sont les barons de la littérature du XXI siècle comme le furent les Brunner, Silverberg, Heinlein et consorts du siècle précédent. Et c’est là que le bât blesse pour la science-fiction. A l’orée du nouveau millénaire Ian M Banks laisse un superbe 7e volume de son Cycle de la Culture. L’essentiel est fait. Trois autres ouvrages boucleront son périple. Le grand œuvre de Kim Stanley Robinson, à l’exception de Chroniques des années noires et dans une moindre mesure d’Aurora s’inscrit entre les années 1986-1996. Reste Greg Egan dont on guette avidement les productions au compte-goutte. Bien sur il y eut l’exception Spin qui allie profondeur psychologique des personnages à une intrigue vertigineuse. Mais les Jemisin ou Scalzi prendront-ils (elles) la relève ?

Signe des temps, quelques-uns des ouvrages cités semblent échapper aux lois du genre, privilégiant la création personnelle : les voyages intérieurs de Watts, l’écriture foisonnante de Miéville, l’Inde futuriste de Ian McDonald


Iain M Banks - Le sens du vent - Ailleurs et demain - 2006

China Miéville - Perdido Street Station - Fleuve noir - 2003

China Miéville - Les scarifiés - Fleuve noir - 2002

Neil Gaiman - American Gods - Au diable Vauvert - 2001

Jean-Philippe Jaworski - Janua Vera - LES MOUTONS ÉLECTRIQUES - 2007

Peter Watts - Vision aveugle - Fleuve noir - 2006

Kim Stanley Robinson - Chroniques des années noires - Pocket - 2002

Robert Charles Wilson - Spin - Lunes d’encre - 2005

Ian McDonald - Le Fleuve des dieux - Lunes d’encre - 2004

Greg Egan - Océanique - Le Bélial’ - 2009

jeudi 9 juillet 2020

Le tunnel (fiction et peinture 6)


Ernesto Sabato - Le tunnel - Points






Paru en 1948, salué en son temps par Albert Camus et Graham Green, Le tunnel est un roman sur la solitude dissimulé derrière le paravent d’un drame de la jalousie. Son auteur fut un écrivain et homme de science argentin au parcours tout à fait exceptionnel, tour à tour contempteur des exactions des dictateurs qu’il recensa dans Nunca más (Jamais plus), physicien spécialisé dans le domaine de la relativité, recherches qu’il abandonna au profit de la littérature et de la peinture.


Le héros de ce court texte est un peintre misanthrope qui tombe amoureux d’une jeune femme lors d’une exposition de ses propres œuvres. Il remarque l’attention qu’elle porte à un détail significatif d’une de ses toiles, ignoré des critiques. Dès lors, persuadé d’être en présence de l’âme sœur, il ne cesse de la poursuivre de ses assiduités, plongeant dans une folie passionnelle qui aboutira à un meurtre. Qui trop embrasse mal étreint dit-on. Castel exige de Maria une transparence absolue, exerce un contrôle qu’il ne peut atteindre parfaitement que dans ses créations picturales. Il la tue comme on effacerait une esquisse imparfaite, ne comprenant pas que les êtres vivants sont définitivement autonomes.


La toile, genèse de leur relation s’appelle « Maternité ». Au symbole de l’amour fusionnel ou accompli que suggère le portrait d’une femme enceinte s’oppose, presque dissimulée comme une anamorphose d’Holbein, l’image inscrite dans une fenêtre d’une femme solitaire sur une plage, contemplant la mer. Quelque chose relie ce fantôme à l’aimée : un mystère, une distance, une forme de passivité face aux incessantes récriminations de son amant.


La narration comporte des allusions à la littérature russe et aux polars. C’est bien d’un roman noir qu’il s’agit ici - l’assassinat perpétré et commenté par le criminel -, à l’instar de Crime et châtiment de Dostoïevski. Les atermoiements du peintre dont les pensées oscillent incessamment entre la certitude du bonheur retrouvé et le poison du doute de l’infidélité, trouvent un pic dans la scène de la lettre incendiaire expédiée à la jeune femme qu’il tente désespérément de récupérer au bureau de poste. Maupassant avait rédigé une nouvelle similaire. Le maire d’un village viole et tue une femme. Ayant récupéré ses esprits, il prend conscience de l’horreur de son geste et dénonce son acte dans un courrier expédié à la police. Les heures passent et chez cet homme sanguin l’amour de la vie, le plaisir des sens relèguent progressivement au second plan la noirceur de son geste. Il tente alors de récupérer auprès du facteur sa missive, mais devant la ferme opposition de l’autre, se suicide.


Nous vivons dans des espace-temps différents, condamnés à arpenter les tunnels individuels de l’existence. Après Goethe, Proust, Chabrol et quelques autres, Ernesto Sabato en fait une démonstration devenue un classique littéraire.


Une autre lecture ici

lundi 6 juillet 2020

Gagner la guerre


Jean-Philippe Jaworski - Gagner la guerre - Folio SF





Entrant dans la ville de Bourg-Preux, après avoir fui de façon rocambolesque Ciudalia pour échapper à un châtiment suprême et livré un combat titanesque dans la forêt de Cluse, don Benvenuto, spadassin et homme de main du Podestat Ducatore craque. Le lecteur est parvenu aux deux tiers du roman et voici que le héros de l’histoire s’adresse directement à lui : « Et vous, oui, vous ! mon très cher lecteur ! Vous vous prélassez bien au chaud sur votre coussiège favori ou dans la cathèdre de votre cabinet de lecture, en tournant d'une main indolente les pages de ce volume où je risque bien de perdre ma santé, ma vie, sans compter ma réputation. Est-ce que vous mesurez seulement ce que j'ai sué d'angoisse et de labeur, sur l'ouvrage que vous avez le culot de parcourir comme un conte divertissant ? Vous vous rendez compte de ce que je risque, […] » Don Benvenuto a entrepris de narrer le récit de sa sanglante et trépidante existence, mais que nous vaut cette apostrophe en forme de mise en abyme ? Car c’est bien Jean-Philippe Jaworski qui s’exprime ici. Invité à la librairie Scylla il y a quelques années de cela, il avait évoqué les efforts consentis pour mener à terme son œuvre maitresse (un peu plus de 900 pages en format poche) et la fatigue oculaire consécutive.


Ce volume et le recueil Janua Vera qui l’avait précédé ont consacré l’auteur chef de file français d’un genre surabondant - la fantasy - où ont émergé de nouveaux talents tels Justine Niogret et plus récemment Franck Ferric. Tous ont en commun un amour immodéré des mots qu’ils ajustent à la texture de leurs récits avec une précision d’archer. Drapé dans ce genre fourre-tout, Gagner la guerre, suite de la nouvelle « Mauvaise donne » de Janua Vera, est avant tout un roman de cape et d’épée. La cité-république de Ciudalia vient de remporter une bataille navale décisive contre le Royaume de Ressine. Ciudalia évoque les villes médiévales italiennes entre podestats et seigneuries, agitées de luttes florentines pour la quête et la conservation du pouvoir. Don Benvenuto, assassin et éminence grise de Leonide Ducatore, fait la route du retour sur le navire de Bucefale Mastiggia. Le jeune aristocrate, emblème d'une illustre famille sénatoriale, s’est particulièrement distingué lors de l’affrontement final du cap Scibylos au point d’en porter ombrage au généralissime Ducatore. Les séquelles de l’action ignominieuse du narrateur susciteront les luttes de Palais et vendettas du reste du récit.


Avec Don Benvenuto Gesufal, Jaworski peint un tueur intelligent, sans état d’âme mais aux beuveries tristes. Outre l’écriture, il manifeste dès l’enfance des prédispositions pour le dessin. Mais de son apprentissage avec le célèbre artiste Macruopo il ne reste que rancœur pour un homme soupçonné de coucheries avec sa veuve de mère. Benvenuto ne sera point un Caravage, mais le bras armé d’un souverain machiavélique . Malgré sa longueur, ce texte picaresque qui alterne combats et joutes sénatoriales ne souffre d’aucun ventre mou, réservant quelques chutes à la Dumas . Il y a bien quelques sorciers et elfes heureusement réduits au juste nécessaire. Au vu des épigraphes on aimerait que l’écrivain délaisse un peu les jeux de rôles pour s’approprier les silences de Gracq ou l’érudition de Yourcenar. Il en a les moyens stylistiques. Le voici pour l’instant plongé dans un marathon celtique.


Post-scriptum : la couverture de l’édition retenue pour cette lecture aurait avantageusement remplacé celle du Giono chroniqué plus bas. Les rolistes auraient beau jeu aussi de citer Assassin’s Creed cousin éloigné de … la Guilde des Chuchoteurs de Gagner la guerre.

Ennio Morricone pour l'éternité


« O mon Dieu ! dans ce répit qui me reste, avant que le sabre repasse et m'écrase, faites qu'il tranche ce nœud épouvantable de contradic­tions qui sont en moi, de sorte que, un instant au moins avant de cesser d'être, je sache enfin ce que je suis ».

Montherlant



vendredi 26 juin 2020

Aimer l’Apocalypse

Nicolas Winter - Pourquoi aimons-nous autant en finir avec l’Humanité ? - Just a Word



Pourvoyeur inlassable et pluridisciplinaire du blog Just a Word - à tel point que je me suis demandé s’il ne recréait pas à lui seul le défunt site du Cafard cosmique - Nicolas Winter cumule chroniques littéraires, cinématographiques, interviews et parfois comme ici articles de fond. Il s’attaque aujourd’hui aux représentations imaginaires, culturelles de la fin du monde. Comme pour tous les « dossiers » de ce type, ainsi les nommions nous à l‘époque des blattes, l’exercice présente deux difficultés, la recension et l’angle d’attaque. A l’étage supérieur (Klein, Lehman …) le thème peut rebondir sur une problématique sociale ou philosophique. Dernière épine, l’apocalypse est un sujet chausse-trappe car récurrent. Il est difficile de l’extraire de la gangue religieuse ou sectaire véhiculée depuis l’aube des temps et de trouver publications et matière à réflexion.



Nicolas trouve une voie originale en s’attaquant à la fonction cathartique. L’apocalypse est une jouissance esthétique ( Ballard !) (1) et un fantasme de solitude. Le lien avec l’individualisme contemporain est bienvenu. La haine des autres (Le Misanthrope évidemment, Robinson Crusoé reconstruisant à lui seul une société, le Huis Clos sartrien) trouve dans Je suis une légende de Matheson un scénario repoussoir, métaphorisé, de l’envahissement de l’homo economicus, de ses valeurs, de l’avènement de Facebook et Twitter (« La colère des imbéciles remplit le monde » disait de façon prémonitoire Bernanos). La fin du monde c'est la paix retrouvée.

Apocalypse, de l'esthétisme au snobisme (défilé Chanel)


Qui dit apocalypse dit châtiment. Dignes héritiers de l’Iliade dans l'art de trucider les auteurs de science-fiction ont multiplié les fins de rideaux provoquées d’ailleurs autant par l’Humanité elle-même que par un événement extérieur. Et puis enfin il faut survivre. Comment sera le monde futur ? Les quelques vieilles références qui me sont venues à l’esprit, Un cantique pour Leibowitz, Génocides, Le cycle du Nouveau printemps, L’invention de Morel (?), quelques nouvelles de L’homme illustré sont largement compensées, rafraichies par des apports récents. En résumant very good job. 

Photo Peng Shepherd. "La mort viendra et elle aura tes yeux" : l'apocalypse selon Pavese …









(1)   Déjà les toiles de Jérôme Bosch et leur contenu ambiguë et complexe …


lundi 22 juin 2020

Rédemption


Tade Thompson - Rosewater Rédemption - J’ai Lu - Nouveaux Millénaires





Rédemption clôt la trilogie Rosewater. Après l'extase baba cool et les miracles du premier volet, s'en était suivi un conflit pour la possession d'un lieu de culte promesse d'eldorado. Cette fois les yeux des protagonistes commencent lentement à se dessiller. Une trêve armée s’établit désormais entre la ville-Etat tête de pont d’une invasion extraterrestre et les autorités nigérianes. Toujours obnubilé par le rêve utopique d’une cité indépendante du reste du pays, le maire a fait alliance avec l’envahisseur. Il échange Femi Alaagomeji l’ancienne patronne du S45 capturée par ses services avec Dahun un homme de la pègre locale. Ayant retrouvé la liberté, Femi tente d’organiser la résistance contre l’occupant alien. Mais il lui faut convaincre le patron de Rosewater et élaborer une stratégie. Pendant ce temps Koriko, nouvelle incarnation d’Armoise, transfère les esprits des Originiens dans le corps d’humains trépassés.


On retrouve les ingrédients des tomes précédents, intrigue complexe, univers délirant. Tad Thompson réintroduit le personnage de Bicycle Girl alias Oyiin Da, une voyageuse temporelle présentée comme la narratrice ultime. Le lecteur averti craint un deus ex machina : quoi de plus simple qu’une incursion dans la quatrième dimension pour prévenir une invasion et boucler le roman. En fait il n’en n’est rien, mais le final un poil téléphoné surgit néanmoins, inspiré d’un blockbuster … que je dénonçais précédemment ! Au milieu du foutoir généralisé de Rosewater où se côtoient bandes armées, Réincarnés, et incarnations organiques d’Armoise, l’amour d’Aminat et de Kaaro apporte un peu de dépaysement à l’intrigue.


S’il fallait une référence littéraire au mouvement afrofuturiste c’est bien Rosewater que je choisirai non sans adresser un clin d’œil au vénérable Nova de Samuel Ray Delany. Reste une dernière question : que sont devenus les USA ?

mercredi 10 juin 2020

Aurora


Kim Stanley Robinson - Aurora - Bragelonne





A quelques centaines d’années de notre ère, un vaisseau spatial transporte deux mille êtres humains vers l’étoile Tau Ceti. Sa destination finale est la lune d’une des dix planètes du système. Aurora semble présenter des caractéristiques, gravité, atmosphère, océans favorables à l’implantation d’une colonie. La durée du voyage excédant une génération, les constructeurs ont conçu une arche constituée de deux cylindres articulés autour d’une épine centrale. Chacun d’eux contient douze biotopes (biodomes) longs de plusieurs kilomètres abritant un environnement terrestre différent : pampa, Groenland, forêt tropicale etc. A l’intérieur, la population, la faune et la flore s’efforcent de subsister de façon autonome. Nouvelle Ecosse par exemple, abrite un lac, et surtout l’ingénieure en chef Devi. Devi c’est en matière de maintenance « la dernière chance au dernier moment ». Elle a aussi conçu Pauline l’IA du vaisseau qu’elle continue de développer à ses rares moments de liberté. Au bout de multiples péripéties et grâce à ses efforts, Aurora arrive enfin en vue. Mais les humains ne sont pas au bout de leurs surprises


Ce roman paru en 2015 outre Atlantique marqua le grand retour de K.S Robinson à la littérature. Aurora s’inscrit d’abord dans la tradition des récits d’arches stellaires (Croisière sans escale, Pour une autre terre, La semence de la terre, Les Seigneurs du navire-étoile etc.). Autant le dire tout de suite, il domine de la tête et des épaules les ouvrages précités. Ensuite il remet le couvert sur une thématique abordée dans sa trilogie martienne - peut-on vivre ailleurs que sur Terre ? - sous le prisme de deux expériences, l’environnement artificiel du vaisseau et l’environnement extraterrestre de la lune de la Planète E. Comme précédemment il aborde le sujet de façon pluridisciplinaire, questionnant physique, biologie, sociologie. « La partie de billard cosmique » finale est un régal à la Clarke. Les références à l’auteur de La cité et les astres abondent d’ailleurs. K.S Robinson laisse à son illustre ainé le gout du merveilleux scientifique, qui aurait pu conduire l’ouvrage à une autre conclusion, au profit d’un constat amer mais lucide nourri des déboires de notre époque. Les vastes champs d’investigations de l’auteur l’inclinent à nommer quelques-unes des tares conceptuelles qui mènent notre espèce à l’impasse : les raisonnements à court terme (les algorithmes gloutons), les difficultés à changer de paradigme, le biais de représentativité (l’abandon des statistiques au profit des jugements personnels) …Rassurez-vous tout ceci est écrit sans didactisme.


Trois figures dominent le roman. Dans cet ouvrage que l’on pourrait qualifier de classique, Devi incarne une figure toute aussi classique en SF, à savoir l’autorité scientifique omnisciente et presciente. Bien que consciente de l’absurdité de la situation, une humanité placée en boite de conserve, elle consacre son existence à la préservation de l’arche et de ses biodomes. Sa fille Freya n’hérite pas des qualités intellectuelles de sa mère, mais l’aura de celle-ci et un don d’empathie en font un personnage écouté. L’IA du vaisseau devient le narrateur du récit dans la dernière partie et l’arbitre des conflits humains. La scène finale dans laquelle elle accède à la conscience au travers de l’épreuve du feu symbolisé par un célèbre récit biblique romancé jadis par Robert Silverberg est émouvante.


Nourri de réflexions de très haut niveau sans sacrifier à l’intrigue, Aurora est une sorte d’aboutissement de la SF classique. Et si Kim Stanley Robinson était le plus grand auteur en activité du genre ?

lundi 1 juin 2020

Insurrection


Tade Thompson - Rosewater Insurrection - J’ai Lu - Nouveaux Millénaires





Insurrection est le second volet d’une trilogie de science-fiction de Tade Thompson ayant pour cadre Rosewater, une ville du Nigeria. Le récit initial plantait le décor d’une bourgade à la Desolation Road transformée en cour des miracles suite à l’irruption d’un artefact alien. Le tome 2 recadre tout cela en élargissant l’intrigue, en multipliant les acteurs, les angles de vue et surtout en posant les points sur les i : l’histoire se déroule bien dans un contexte d’invasion d’extraterrestre, mais le moteur de la narration c’est la lutte menée par le maire pour obtenir - carrément - l’indépendance de sa ville.


Echappant au script de bovidé façon Independance Day (d’ailleurs les USA sont out dans cet univers), Insurrection reflète à sa manière le combat quotidien des nations africaines et de leur population pour la survie. S’il y a bien une biodiversité à l’œuvre dans la cité c’est celle des emmerdes. En premier lieu pour la famille Sutcliffe. Alyssa, l’épouse, subit une amnésie brutale. Exit mari et fils, une entité étrangère s’empare de son esprit. Plus bizarre encore, l’artefact attaqué par une Plante, se met à dysfonctionner et les Réanimés dont les cellules humaines ont été remplacées par les xénoformes disjonctent. Assis sur un baril de poudre, le maire Jacques Jack, s’efforce de nouer des alliances pour contrer les attaques du S45, service secret aux ordres du Président du Nigeria qui entend ramener la ville dans son giron.


Tade Thompson délaisse les constructions sophistiquées du premier roman au profit d’une narration plus linéaire. Le récit devient alors un véritable page-turner ponctué de courts chapitres, sans que l’originalité du propos soit sacrifiée. Karoo, le « réceptif » relié à la xénosphère est désormais fondu dans la masse des personnages, les deux alien Alyssa et Anthony, l’androïde Lora, les deux superwomen du S45 Aminat et Femi sans compter l’agent Eric. On en apprend un peu plus sur Armoise l’artefact et sa planète d’origine. Seul l’écrivain Walter fait figure de mouton à cinq pattes et de porte-drapeau narratif. Jacques Jack émerge du lot, en leader pragmatique et intelligent.


Quitte à être occupé, autant choisir son occupant. La stratégie désespérée du maire - en attendant le dernier volume -, renvoie subtilement à « The women men don't see » de Tiptree et à un pan douloureux de l’histoire de l’Afrique. Là-bas la colonisation n’y fut pas affaire romanesque. Vivement la suite !

dimanche 24 mai 2020

Le hussard sur le toit


Jean Giono - Le hussard sur le toit - Folio



                                                                                                       



Dans une interview donnée jadis à  Richard Comballot, Jean-Pierre Andrevon citait parmi ses allégeances Jean Giono. On trouve un écho de cette filiation dans une phrase du Hussard sur le toit : « Les hommes sont bien malheureux, se disait Angelo. Tout le beau se fait sans eux. […]. L’opposition entre l’homme et son environnement, trouve dans le roman précité une expression radicale avec la relation d’une épidémie de choléra en Provence dans les années 1830. Cette Némésis de la Nature n’a pu que plaire à l’auteur du Monde enfin. Figure centrale d’une trilogie l’ouvrage remporta un grand succès critique et marqua une rupture stylistique avec sa production antérieure dont Marcel Pagnol tira quelques films.


Angelo Pardi, jeune noble piémontais ayant fui une Italie en proie à des troubles insurrectionnels, tente de rejoindre Manosque. Parcourant bois et collines, il découvre au travers des chemins et dans des hameaux abandonnés des amoncellements de cadavres. Il tente vainement de porter secours à quelques victimes du cholera puis se met au service d’un jeune médecin français. Il parvient enfin dans la cité provençale et se met à la recherche d’un compatriote. Mais accusé à tort par une foule aux abois d’avoir empoisonné l’eau des fontaines de la ville, il court se réfugier sur les cimes des maisons et des églises.


Qualifié de récit d’aventures, le roman n’enchaine pas les péripéties à la vitesse grand V. Sitôt atteint la cime des toits, la narration retombe et souffre d’un ventre mou qui perdure jusqu’ à la rencontre de Pauline. L’héroïne de l’histoire au fond c’est l’épidémie elle-même avec ses symptômes imaginaires et ses gisants aux lèvres retroussées comme des babines de chiens furieux. Les pérégrinations d’Angelo, cœur noble qui échappe miraculeusement à la maladie et n’hésite pas à se mettre au service d’une nonne pour laver les morts, évoquent les gestes de chevaliers. Reste que Giono n’a pas son pareil pour planter un décor.


Sur les toits par exemple :



« Angelo respira avec plaisir ce vent qui sentait les tuiles chaudes et les nids d'hirondelles. Il éteignit la bougie et il s’assit au rebord de la terrasse. La nuit était si chargée d'étoiles, elles étaient si ardemment embrasées qu'il pouvait voir distinctement les toitures agencées les unes aux autres comme les plaques d’une armure. La lumière était d'acier noir mais, de temps à autre, un étincellement s allumait sur la crête d'un faîtage, sur la bordure vernie d’un pigeonnier, sur une girouette, sur une cage de fer. De courtes vagues immobiles d'une extraordinaire raideur couvraient d'un ressac anguleux et glacé tout l'emplacement de la ville. Des frontons pâles couleur de perle sur la surface desquels venait mourir une très légère lumière semblable à celle du phosphore s'enchevêtraient avec des triangles d'ombres compactes, dressés comme des pyramides ou couchés horizontalement comme des champs ; des glacis sur lesquels dansait une lueur verdâtre ouvraient de tous les côtés des rangées de tuiles en branche d'éventail ; des rotondes filigranées d'argent se gonflaient de ténèbres sur l'émergence de quelque grande église ; des tours et l'enclenchement noir et gris de redans et de paliers superposés montaient, hérissés de barbelures d'étoiles. De loin en loin, les réverbères des places et des boulevards soufflaient des vapeurs de rouille et d'ocre autour desquelles festonnaient des cadres et des couronnes de génoises ; et la déchirure d'encre des rues découpait les quartiers.

Le vent qui n'avait pas d'haleine mais tombait en bloc ou roulait lentement en boule de coton faisait clapoter toute l’étendue des toitures, soufflait des grondements endormis dans le vide des cloches frôlait les caisses voilées des greniers et des combles de couvent. Les frondaisons des ormeaux et des sycomores gémissaient comme des mâts en travail. Dans les lointaines collines on entendait bruire le volettement et les coups d'ailes des grands bois. Le balancement des réverbères suspendus jetait des éclairs rouges et cet air lourd qui sautait comme un chat à travers l'exhalaison lourde des tuiles pétrissait les couleurs sous la nuit en une sorte de goudron mordoré.

Les hommes sont bien malheureux, se disait Angelo. Tout le beau se fait sans eux. […] »


Un paysage nocturne :


« Des feux s'allumèrent partout. C'étaient d’abord, tout proches, de hauts brasiers dont on voyait se tordre 1es flammes. Elles claquaient comme une danse de paysannes en patins sur un parquet de bois. Plus loin, à travers le feuillage des oliviers, des pins, des chênes, des lueurs rouges donnaient de violents coups d'ailes. Un murmure de voix, d'appels s'établit dans l'étendue en même temps que le craquement des brasiers. Jusque sur les plus lointaines crêtes qui tout à l'heure dans le jour semblaient désertes, des feux s'allumaient sur les­quels se découpait la silhouette d'un arbre, d'un rocher. Dans les vergers où s'étaient établies les infirmeries, on était en train d'accrocher des lanternes aux branches des arbres pour faciliter le travail des patrouilles. Dans tous les bosquets, sous tous les buissons, derrière tous les feuillages, luisaient des grils rouges, des plaques incandescentes, des oiseaux phosphorescents sem­blables à de grosses poules pourpres, des coqs vermeils. Le balancement, les coups d'ailes, l'éventement furieux de toutes ces flammes, le bondissement de tous ces boucs d'or, les coups de pique de toutes les flammèches aiguës faisaient écrouler la nuit de tous les côtés. Une silencieuse avalanche de blocs violets, ou pourpres, ou luisants comme du charbon bouillait dans le ciel, le couvrant de poussières roses, le déchirant de crevasses indigo. Les reflets frappaient en bas la ville vide, faisait apparaître la pointe d'un clocher, l'entrebail d'une rue, le porche et les créneaux d'une porte de quartier, le damier d'un toit, la soie d'un mur, l'orbite d'une fenêtre, le front d'un couvent, la fraise des génoises, les chemi­nées sur une étendue de toitures semblables à des souches dans des labours. A deux lieues de l'autre côté de la ville, les feux cachés sous les forêts de la Durance étincelaient à ras de terre entre les troncs comme des braises dans une grille sur toute la longueur du fleuve. Dans les ténèbres de la vallée, sur le tracé des routes, des chemins et des sentiers de petits points lumineux se déplaçaient : c'était la lanterne de patrouilles, le fanal des brancardiers, la torche des charrieurs de morts en travail. Le thym, la sarriette, la sauge, l'hysope des landes, la terre elle-même et les pierrailles sur lesquelles tous ces feux étaient allumés, la sève des arbres chauffés par les flammes, la sueur des feuillages enfumés-dégageaient une épaisse odeur de baume et de résine. Il semblait que la terre entière était un four à cuire le pain »

Quelle plume !

lundi 11 mai 2020

L’homme que les arbres aimaient


Algernon Blackwood - L’homme que les arbres aimaient - L’arbre vengeur



                                                                                                       



Offert en version numérique par l’éditeur l’arbre vengeur dans le cadre de l’opération « bol d’air », L’homme que les arbres aimaient est un recueil de cinq nouvelles signées Algernon Blackwood, un écrivain écossais émigré au Canada et décédé en 1951. Il publia des romans, des fictions courtes et des pièces de théâtres. Lovecraft le tenait en très haute estime, ce qui contribua à sa survie littéraire. Les textes de la présente édition furent jadis dispersés dans plusieurs volumes de la mythique collection Présence du futur de Denoël. Ils reprennent l’excellente traduction de Jacques Parsons.


Deux longs récits que l’on pourrait qualifier de chefs d’œuvres dominent les débats, « Les saules » et « L’homme que les arbres aimaient ». Issus de la tradition du nature-writing à la Thoreau ils célèbrent un fleuve, une forêt, en leur attribuant toutefois une vie secrète, prélude à un basculement progressif dans une tonalité fantastique. Les allemands ont inventé un terme « La tragédie du paysage ». Blackwood se situe en aval de ce mouvement sans emprunter les matériaux d’un Lovecraft ou d’un Machen. Il y a bien une référence à un au-delà menaçant, mais les entités d'outre monde sont suggérées plutôt que nommées. S’y ajoute dans le second texte une intense observation des frémissements de l’âme : une femme voit progressivement l’être aimé lui échapper, aspiré par une passion surnaturelle. Procédé que l’on retrouve dans « Passage pour un autre monde ».


« Les saules » raconte une balade sur le Danube avec un final évoquant Délivrance, le film de John Boorman. On passe d’un lyrisme fluvial : " Comment aurait-il pu en être autrement, avec toutes les confidences qu’il [le Danube] nous faisait sur sa vie intime ? La nuit, tandis que nous nous reposions sous notre tente, nous l’entendions chanter pour la lune, émettre cet étrange son sifflant qui lui est particulier et qu’on at​tribue au frottement des galets à la surface de son lit, tant son cours est rapide. Nous connaissions aussi le chant des tourbillons qui prennent soudain naissance sur une étendue d’eau parfaitement calme, le gron​dement de ses bas-fonds et de ses chutes ; le roulement régulier qui forme un arrière-plan à  tous les autres bruits superficiels ; l’attaque incessante de ses eaux glacées contre les rives. Ses protestations lorsque la pluie vient lui fouetter le visage ! Et son rire sonore quand le vent, soufflant à contre-courant, tente vainement de freiner sa vitesse ! Nous connaissions tous les sons, tous les bruits, ses chutes et ses projections d’écume, ses clapotis inutiles contre les piles des ponts ; son bavardage prétentieux quand il y a des collines pour le contempler ; la dignité affectée de son discours à la traversée des petites villes, beaucoup trop importantes pour qu’on en rie ; tous ces légers et doux murmures quand, dans une courbe où il s’attarde, le soleil s’empare de lui et tire de son sein une légère vapeur qui s’élève."

… à l'inquiétude : " Je regardais l’immensité des eaux déchaînées ; je scrutais les saules bruissant ; j’entendais le vent infatigable se ruer continuellement à l’assaut ; ces bruits, chacun à leur manière, faisaient naître en moi une étrange impression de détresse. Mais il y avait surtout les saules : ils jacassaient, ils bavardaient entre eux, riaient parfois, poussaient des cris aigus, soupiraient aussi – mais la raison pour laquelle ils faisaient un tel tapage appartenait à la vie secrète de la grande plaine qu’ils habitaient. Et tout cela était absolument étranger au monde qui m’était familier, ou même à celui des éléments sauvages, mais cependant favorables. Ils me faisaient penser à une multitude d’êtres provenant d’un autre mode de vie, qui étaient peut-être aussi l’aboutissement d’une évolution différente de la nôtre, en train de discuter d’un mystère qu’ils étaient seuls à connaître. Je les regardais s’agiter ensemble d’un air affairé, secouer bizarrement leur grosse tête hirsute, faisant pivoter leurs myriades de feuilles, même en l’absence de vent. Ils bougeaient à leur gré, comme s’ils avaient été vivants et ils éveillaient, par un mécanisme incompréhensible, le sens de l’horrible qui est chez moi très aigu."


Un peintre renommé pour ses peintures silvestres communique sa passion des arbres à l’hôte marié qui l’héberge, brisant involontairement l’union de leur couple. Une sorte de bataille mentale s’engage alors entre l’épouse et la forêt jouxtant le jardin de leur maison.  The Call of the Wild tel est le sujet de « L’homme que les arbres aimaient » :

 « Elle se rendormit profondément, mais il ne s’agissait pas comme à l’habitude, d’un sommeil sans rêves. Ce n’était pas de bois, d’arbres qu’elle rêvait, elle était assaillie par un songe curieux qui s’effaçait pour renaître : elle était debout au milieu de la mer, sur un rocher minuscule et dénudé, tandis que la marée montait. L’eau lui arrivait d’abord aux pieds, puis aux genoux, enfin à la ceinture. Chaque fois que la vision réapparaissait, la marée semblait plus haute.

A un moment donné elle arriva au niveau de son cou, puis même de sa bouche, la recouvrant au point de l’empêcher de respirer. Entre ces retours du songe, elle ne s’éveillait pas ; elle restait dans un état de somnolence terne et vide. Mais finalement, l’eau s’élevait au-dessus de ses yeux et de son visage, lui couvrait complètement la tête.
Vint alors l’explication – cette sorte d’explication qu’apporte le rêve. Elle comprit. Sous l’eau, elle avait vu en effet le monde des algues s’élever du fond de la mer comme une forêt d’un vert intense – de longues tiges sinueuses, d’immenses branches touffues, des millions d’antennes déployant à travers les profondeurs aquatiques et sombres la puissance de leur feuillage marin. Le règne végétal s’étend même à la mer. Il est partout. La terre, l’air, l’eau le soutiennent, il n’y a pas moyen de lui échapper.
Et même dans la mer elle entendait ce terrible grondement – était-ce le ressac, le vent, ou des voix ? – plus loin au-delà, mais s’approchant d’elle implacablement.

Et ainsi, dans la solitude de cet hiver anglais grisâtre, l’esprit de Mrs Bittacy, tourmentée de son propre sort, soumise à une terreur entretenue sans cesse, se sentit perdue à un degré disproportionné avec la véritable situation. Elle vivait des semaines attristées par une terreur constante, le ciel était couvert, tout était moite et l’on ne sentait pas encore l’effet revigorant des premières gelées. Restée seule en face de ses pensées, son mari et son Dieu s’écartant d’elle, elle comptait les jours qui la séparaient encore du printemps. Elle cherchait son chemin à tâtons, en trébuchant, à travers un long tunnel obscur. Tout au bout, à la sortie, elle apercevait le tableau enchanteur d’une mer violette scintillante, baignant les côtes de France. C’était là que se trouvaient le salut et la sécurité pour eux deux, à condition d’y parvenir. Derrière elle, les arbres bloquaient l’autre issue du tunnel. Elle ne se retourna pas une seule fois. » 

J.G Ballard, s'en est-il inspiré dans "Le Jardin du temps" ?


Restent trois autre nouvelles, « Passage pour un autre monde » qui reprend le concept d’un personnage dont l’âme est happée par un au-delà, avec un petit clin d’œil à Machen, « La Folie de Jones » où un employé partagé entre deux mondes, comme Randolph Carter protagoniste de La clef d'argent, se venge d’un ennemi séculaire, et enfin « Le piège du destin » réunissant deux thèmes, le trio amoureux et la maison hantée.


L’homme que les arbres aimaient est non seulement un des livres fondateurs de la littérature fantastique, mais une extraordinaire leçon d’écriture.