samedi 3 janvier 2026

Le goût de l’immortalité

Catherine Dufour - Le goût de l’immortalité - Poche

 

 



Vingt ans avant l'excellent Les Champs de la lune, sans doute le meilleur Ailleurs et Demain Nouvelle Formule, et après quelques ouvrages de fantasy fantaisiste, Catherine Dufour publiait en 2005 Le goût de l’immortalité ouvrage de science-fiction novateur. Un an auparavant, en 2004, Alain Damasio avait sonné le réveil de l’imaginaire français avec La Horde du Contrevent à coup de CD, de Deleuze et de pagination inversée.

 

Rien de tel chez Catherine Dufour qui sous les auspices des Mémoires d’Hadrien nous contait les souvenirs d’une vieille femme résidente d’un gratte-ciel au cœur d’une cité dans une Mandchourie futuriste. L’intrigue surnage tant bien que mal au sein d’un océan de souvenirs et d’aphorismes fleurant bon le Marc-Aurèle des classes d’Humanité de jadis : « A mon âge la culpabilité, si elle existe, n’est qu’une façon comme une autre de tromper l’ennui ». Très vite cependant on oublie Yourcenar pour plonger dans un univers biopunk qui aurait été conçu par un Gibson survitaminé.

 

La narratrice évoque sa rencontre avec « cmatic » un entomologiste chargé d’enquêter sur une épidémie de paludisme surgie en Polynésie avec en bout de course la révélation des secrets d’une immortalité dont le prix est terrifiant. Une adolescente fagotée d’un corps déliquescent, une mère prostituée, une allergologue mystérieuse composent un tableau de personnages glauques. S’y ajoute l’odyssée d’une jeune femme exfiltrée des bas-fonds de Shangaï. Dune dépeignait un univers drogué à l'épice. Les cités du roman de Catherine Dufour, leurs habitants ploient sous les pluies acides et les substances vénéneuses. Pour quelles issues ?

 

Multi primé, Le goût de l’immortalité  est une œuvre d’une lecture parfois difficile. Le récent Les flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert reprend le flambeau d’une science-fiction rare et audacieuse.

« J’envie ces morts. Ils me semblent qu’ils ont passé comme des jonques illuminées, scintillant de dangers et de plaisirs, riches en jeunesse et en beauté tandis que je restais à quai, engoncée dans ma charogne et ma peine »



2026 !


77 commentaires:

  1. Retrouvailles avec Catherine Dufour après "Les champs de lune" ... Je vais essayer de trouver le livre demain. Votre billet annonce une lecture difficile, un parfum de Yourcenar au début...
    Comment faites-vous pour lire tous ces livres ?

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  2. oh là j'ai eu beaucoup de mal;mon cerveau vieillit. Je dirais que ça m'occupe. SV

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  3. Je me souviens, l'ayant découverte par "Les champs de lune" , d'avoir été séduite puis agacée par l'abondance des descriptions poétiques au début du roman. Elle a un univers à part. Une langue à part. J'avais pensé à des haikus... Puis à l'arrivée de l'enfant un changement d'atmosphère, d'écriture.

    Cest vrai que "la lecture, ça occupe" . Le temps est long et lent en hiver...

    J'ai été bouleversée par la mort et les brûlures graves de ces jeunes dans la fournaise de la discothèque suisse.

    Et là, ce qui se passe au Vénezuela me laisse songeuse. Entrons-nous dans l'ère de l'abolition du droit international du respect de l'intégrité d'un pays par la force brutale, l'enlèvement d'un dirigeant ? Même si le dictateur Maduro n'est guère recommandable, l'annexion dun pays sans vergogne comme cela s'est passé est très inquiétante. Nous ne sommes pas dans une fiction ! Quels sont les intérêts cachés sous la lutte contre le narcotrafic. Qu'en est-il du droit international ?
    Alors oui, les livres... mais des signaux inquiétants arrachent à la lecture . Le concert des Nations est discordant. Les idées vont-elles s'imposer uniquement par la force guerrière ?

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  4. Meilleurs vœux pour 2026 à tous et à toutes.

    Cette citation qui clôt la chronique de Soleil Vert est troublante.
    Oui Christiane le contexte n’est pas très réjouissant. A travers ce drame en Suisse,qu’est ce qui nous est dit de notre propre destin. J’ai l’impression que cette catastrophe devrait nous pousser à méditer sur notre histoire à venir.
    Un avertissement ? Un client me faisait remarquer :1937, le Hinderburg,le dirigeable qui s’abîme dans les flammes,un signe funeste de la 2ème guerre mondiale ?
    Le Titanic,1912..la grande Guerre qui a suivi.
    D’accord avec vous sur la souveraineté des peuples.

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  5. Merci, Libraire. J'en avais gros sur le cœur quand j'ai rédigé la fin de mon commentaire. Parfois, on ne peut s'empêcher de faire écho aux drames du temps et au sort des peuples. Ça me soulage vraiment de vous lire. Merci.

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  6. Voilà, voilà, voilà.
    J'ai donc le livre de Catherine Dufour "Le goût de l'immoralité" entre les mains.
    Ça commence comme une lettre adressée à un certain Marc mais ça dure 300 pages donc ce n'est pas une lettre plutôt une sorte de testament en neuf chapitres sans titre.
    J'ai apprécié le fait d'être entre deux temps, celui de Marc et elle, celui qu'elle évoque puisque étant traductrice elle a accès par son choix à des textes anciens racontant une autre époque qui, elle-même, est postérieure à l''ère où nous vivons, nous lecteurs de cette fiction.
    Ce qui m'a séduite c'est le ton des quarante premières pages. Oui, Yourcenar et Marc Aurele, mais vous avez raison, Soleil vert, on entre vite dans autre chose. Curieusement le thème du livre me rappelle un enregistrement pirate, récent, de Poutine avec un dirigeant coréen alors qu'ils passaient les troupes en revue. J'essaie de transcrire mon souvenir qui peut s'éloigner de l'exactitude des mots prononcés par Poutine mais pas de l'idée. Donc il exprimait l'idée selon laquelle, il était possible maintenant de viser l'immortalite car on pouvait grâce à la science et à la chirurgie remplacer les organes défaillants par une greffe.
    Voilà, cher Soleil vert, comment un grain d'actualité éclaire cette fiction de Catherine Dufour.
    J'ai lu les premières phrases des neuf chapitres. Racontant sa vie, elle dévoile peu à peu ce à quoi ont abouti tous ces siècles de manipulations génétiques, de désastres climatiques, de guerres impériales, de vengeances des peuples qui ont été pillés par des conquérants aux appétits inassouvissables.
    J'ai retrouvé ça et là la délicatesse de son style semée dans un cauchemar. Je l'ai imaginée à sa table d'écriture, créant ce monde, faisant des pauses, analysant l'actualité, déroulant dans son imaginaire cette fiction.
    Je vais maintenant reprendre le roman à la page 40.
    Jaime bien cette femme écrivain, son style, le chemin qu'elle trace entre ses lectures (Yourcenar, la SF, l'actualité, les civilisations, les langues et son écriture ingénieuse.)
    Je ne m'ennuie jamais ici.

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  7. https://www.cestplusquedelasf.com/podcasts/le-gout-de-limmortalite

    Formidable lien. On y écoute Catherine Dufour parler de so' roman, DE ses éditeurs et de l'époque. Très agréable. Elle semble dynamique, lucide et pleine d'humour.

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  8. C'est une histoire bien noire que nous raconte Catherine Dufour mais comme une vieille dame qui ferait de la dentelle, une tasse de thé posée près d'elle.
    Dans sa longue, très longue lettre elle fait la place à d'autres voix, celles de personnages ayant partagé en même temps qu'elle cette vie en Manchourie, pays coincé entre la Chine, la Corée, la Russie et ayant subi dans ce long temps - trois siècles -- bien des atrocités.
    Donc cette vieille dame au corps de nymphette raconte entre cynisme et indifference - sauf pour les femmes - ce pot pourri d'humanité.
    C'est joliment écrit comme si on avait devant les yeux Yourcenar contemplant un Jérôme Bosch... L'enfer, bien sûr !
    Écrire... Elle fait bien d'écrire.

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  9. Elle est vraiment élégante dans sa façon d'envisager ses éventuels lecteurs. Elle décrit des faits, souvent insoutenables, par la voix de ses trois narrateurs mais elle laisse chaque lecteur réfléchir à ce fantasme de l'immoralité qui finalement ôte tout prix à la vie.
    C'est plein de bon sens la méditation qui se cache sous ce tableau non enviable d'une humanité ravaudée et prolongée par des humains dignes du docteur Frankenstein.
    L'être humain, modeste, acceptant d'être éphémère sur cette terre gagne des chagrins et bien du bonheur. Aucune vie n'est banale.
    Elle pourrait écrire complètement l'inverse de cette fiction. Déjà dans "Les champs de la lune" .... presque des haikus.
    J'apprécie aussi le vocabulaire exact issu de ses études sur la langue chinoise... sans oublier page 23 : "citronné... vert menthe..." ( deux petites notes aquarellées dans un univers en décomposition.
    Il est bien ce livre qui a des dessous chics comme dans la chanson de Gainsbourg... "Ne rien dévoiler du tout"...

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  10. Moi je suis dans Camille Flammarion et les Bradytes. D’après les archives de Juvisy, un Bradyte etant un bolide a la course irrégulière, trop lente, et peut-être, selon l’auteur de ce choix , un ovni!

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  11. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  12. C'est un roman réaliste. On pense parfois à Zola. Sauf que la narratrice de cette longue lettre de 300 pages est morte. Elle le dit et se décrit comme possédant un corps purulant laissant échapper au niveau des pieds une boue noirâtre. Donc cette immortalité fonctionne avec des cadavres. C'est gai ! Vive ce conte de Noël à la sauce Dufour !
    Ce qu'elle décrit est comme une exaspération de ce qui est, de ce qui couve dans notre présent.
    Catherine Dufour est érudite. Bien des citations de personnages illustres semblent émerger de ce chaos.
    Elle rappelle d'une façon laconique le terrain experimental que fut la Polynésie pour la France en matière d'essais nucléaires daubant dans le même mouvement les quêtes écologiques dont le même pays s'enorgueillit. Juste avant que Cmatic soit envoyé en mission sur ces terres, une recrudescence d'une maladie disparue y sévissant. Et là, il rencontre cette adolescente bizarre qui pourrait bien être cette mystérieuse narratrice morte-vivante...
    Camille Flammarion et ses découvertes célestes doit être bien reposant...

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    1. "J'ai passé la nuit à regarder ma vérité sous toutes les coutures. J'ai appris que la position de mon corps du temps où il s'enfonçait dans le coma (...) expliquait les lividités cadavériques qui noircissaient mon dos et mes jambes."

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  13. Une horde de moustiques modifiés assaillent la population, déposent des sécrétions gluantes sur les moustiquaires. Dans les citernes d'eau croupie se multiplient œufs, larves, nymphes. Ça dégouline et ça rampe.

    Y'a d'la joie ! Bonjour, bonjour les hirondelles... chantait Trenet.

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  14. Quand la nuit s'est levée de nouveau, je me suis sentie comme en apesanteur au-dessus du lent fleuve des morts. Je n'avais pas à nager au milieu d'eux, dans leurs eaux jaunes et troubles, os contre os, aïeule contre trisaïeule, mais j'étais éclairée par je même soleil triste, qui n'est pas celui des vivants. " (p. 143).

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  15. Maintenant, Roméo et Juliette :
    "Cmatic m'avait donné rendez-vous dans un bar. Malgré le dégoût et l'angoisse de la longue nuit, j'avais suffisamment quinze ans pour me sentir gonflée de curiosité, bouffie d'orgueil et bourrée de timidité. C'était mon premier rendez-vous avec un homme, après tout. "

    S'il savait avec qui il va prendre le thé !

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    1. Ah, lui aussi est un mort-vivant... C'est sympa ce conte !

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  16. Oh là là, c'est de pire en pire dans la deuxième moitié du roman. La fosse aux supplices pour ceux qui sont infectés
    Nus, brûlés... Aie aie aie ! Pas certaine de terminer le livre. Il semblerait qu'elle ait écrit d'autres ouvrages. Je vais chercher.

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  17. Donc, des essais :
    - L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça, Fayard, 2012
    Réédition en 2013 par Le Livre de poche ;
    - Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, Fayard, 2014
    Réédition en 2015 par Le Livre de poche ;
    - La Vie sexuelle de Lorenzaccio, Mille et une nuits, 2014 ;
    - Ada ou la Beauté des nombres, Fayard, 2019, 300 p.

    Eh bien, cette Catherine Dufour est étonnante !

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  18. "Ada ou la beauté des nombres"
    "Ada Lovelace, fille du poète Lord Byron, est une lady anglaise perdue dans les brumes du XIXe siècle. Nous voilà cent ans avant le premier ordinateur, et personne ne se doute que cette jeune femme maladive, emprisonnée dans un corset, étouffant entre un mari maltraitant et une mère abusive, s’apprête à écrire le premier programme informatique au monde.
    À vingt-cinq ans, déjà mère de trois enfants, Ada Lovelace se prend de passion pour les mathématiques. Elle rencontre Charles Babbage, qui vient de concevoir une machine à calculer révolutionnaire pour l’époque. C’est en la voyant qu’Ada a soudain l’intuition de ce qui deviendra l’informatique. Sans elle, pas d’Internet, pas de réseaux sociaux, pas de conquête de l’espace.

    Dans cette biographie truculente – la première consacrée à Ada Lovelace en français –, Catherine Dufour met en lumière le destin méconnu d’une pionnière qui a marqué notre civilisation par son génie et son audace.

    D’une vivacité réjouissante."
    Suzy Gaidoz

    Ça n'a pas l'air inintéressant...

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  19. J'ai donc terminé le roman de Catherine Dufour, Le goût de l'immortalite . C'est quand même très compliqué... Très pessimiste sauf le final très aléatoire. Comment faire naître un être humain sain et viable de ces amas de charogne pensante, de ces damnés ? Beaucoup de cruauté, de méchanceté dans les échanges entre tous ces personnages où j'ai fini par me perdre. Des puissances maléfiques. Des virus en pagaille, des insectes mutants donnant la mort. Les siècles passent mais ils ne vieillissent pas puisqu'ils sont des immortels... pourissants.
    Sauf pour la narratrice, cette très vieille femme au corps d'enfant couvert de meurtrissures. ...
    Son désir final, dans ce monde si laid, si pollué, il vaut peut être mieux qu'il ne soit pas comblé.
    Catherine Dufour a écrit d'autres fictions de ce genre. Elle écrit bien mais son style ne suffit pas, dans ce livre, à éclairer la noirceur croissante du roman. Comme "Les champs de lune" paraît léger en comparaison.
    J'ai vu deux vidéos d'elle. Elle est dure pour juger son écriture, dure pour juger le monde, l'histoire, l'actualité.
    Une lumière dans cette biographie de Ada, la fille du poète Lord Byron, cette grande mathématicienne à l'origine du premier programme informatique au monde avec son mari Charles Babbage. Elle meurt jeune et triste. C'est leur fils, Henry, qui fabriquera certaines paries du calculateur. Mais c'est grâce à un physicien américain, Howard Aiken, que Le prototype laissé à l'abandon dans le grenier de Harvard sera proposé à IBM etque la machine verra le jour. Enfin, Alan Turing, ce grand mathématicien anglais, qui craquera le code des nazis en s'inspirant des travaux d'Ada.
    En 1978, le nouveau langage informatique du département de la Défense américain est nommé Ada.
    Catherine Dufour dans son élément.

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    1. L'enfance d'Ada est une longue suite de contraintes (obligée à cinq ans à demeurer allongée sur un banc sans bouger !) , de drogues (opium /laudanum dans ce fameux sirop pediatrique), de souffrances (sa gastrite sera traitée par des poisons divers, les médicaments de l'époque sont chargés de métaux lourds). Accablée de saignées par une mère qui en raffole. Annabella est un peu folle, maltraitante, toxique et loin d'un père qui est aussi attiré par une vie vo'age, tumultueuse et qui a rudoyé la mère d'Ada, l'a terrorisée, violée . Annabella demandera la séparation et la garde de sa fille. En 1824 il meurt. Je découvre l'enfance de cette géniale jeune femme qui mourra prématurément. Elle aura subi l'oppression de l'ère victorienne. Elle lit tout ce qu'on lui met sous la main avec voracité.
      Ce livre est plein de surprises...

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  20. Ada…Il y avait à l’epoque une bureaucratie civilisée… Que sera-ce, avec celle du Maroufle Trompesque???

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    1. C'est bien le thème du goût de l'immortalite, les inventions scientifiques détournées au profit du mal.

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  21. Peut-être parce qu'il neige, je repense à ce si beau texte de James Joyce que vous aviez chroniqué, Soleil vert. "Dubliners" et ce chef-d'œuvre, "Les Morts" .
    Ah, cette fin inoubliable... Gabriel Conroy, près de sa femme, Gretta, triste et endormie, regarde tomber la neige.
    Cette chanson, "The lass of Anghrin", lui a remis en mémoire ce jeune homme, Michael Furey, qui l'avait aimée à Galway et qui était mort pour elle...

    "Quelques légers coups frappés contre la vitre le firent se tourner vers la fenêtre. Il s’était mis à neiger. Il regarda dans un demi-sommeil les flocons argentés ou sombres tomber obliquement contre les réverbères. . Oui, les journaux avaient raison, la neige était générale en toute l’Irlande. Elle tombait sur la plaine centrale et sombre, sur les collines sans arbres, tombait mollement sur la tourbière d’Allen et plus loin, à l’occident, mollement tombait sur les vagues rebelles et sombres du Shannon. Elle tombait aussi dans tous les coins du cimetière isolé, sur la colline où Michael Furey gisait enseveli. Elle s’était amassée sur les croix tordues et les pierres tombales, sur les fers de lance de la petite grille, sur les broussailles dépouillées. Son âme s’évanouissait peu à peu comme il entendait la neige s’épandre faiblement sur tout l’univers comme à la venue de la dernière heure sur tous les vivants et les morts."
    James Joyce
    Dubliners / The Dead / 1914

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  22. Je préfère la traduction de Jacques Aubert pour Gallimard en 1974.
    "La neige tombait doucement sur le marais d'Allen, et, plus loin vers l'ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière solitaire perché sur la colline où Michael Furey était enterré. Elle s'amoncelait drue sur les croix et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme se pâmait lentement tandis qu'il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l'univers, et, telle la descente de leur fin dernière, évanescente, tomber sur tous les vivants et les morts. "

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  23. Passant d'une œuvre de fiction (Le goût de l'immortalite) à un essai (Ada) je comprends mieux la soif de liberté qui doit saisir Catherine Dufour quand elle décide d'inventer un monde et des personnages imaginaires.

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  24. C’est bordélique, mais on vous suit!

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  25. C'est dommage, "Ada, ou la beauté des nombres" ne parle pas beaucoup de... la beauté des nombres mais de la vie pourrie de cette pauvre Ada. Désirant échapper à la ferule de sa mère, Ada épouse un homme qui ne l'a rendra pas heureuse, ses maternités non plus. Il lui reste les hommes, le jeu, la drogue, l'alcool. Comment dans cet échec de sa vie a-t-elle pu réussir à trouver des amitiés propices à ses recherches mathématiques ? La vie est un grand mystère. Que de ressources dans le psychisme humain ! Dans le fond, les fictions épargnent le lecteur. Personne n'y souffre ni ne meurt en vrai... Mais les fictions, surtout celle-ci est pétrie de réel... L'écriture est un sortilège, la lecture aussi. Le langage est scissipare... Comment conserver sa pleine liberté. Pour lire, il ne faut pas avoir peur de se perdre. Mais il y a une béance quelque part. La lecture permet de l'approcher.

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    1. Je pense à "Citizen Kane" Le grand film d'ourson Welles.

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    2. Ada meurt d'un cancer généralisé dans d'atroces souffrances.

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  26. j'aurais du penser à la traductionde la Pleiade !

    Par contre "La neige tombait doucement sur le marais d'Allen, et, plus loin vers l'ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon." ... s'il y a bien qq chose contre laquelle je me bats ici ce sont les répétitions. SV

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    1. Mais non, mais non, c'est comme dans un chant justement. La mélodie inscrite dans la parole. Un double temps d'accès à la parole. Gabriel Conroy s'effondre. Le Soleil ne tourne plus autour de son couple . "Il l'observait dans son sommeil comme s'ils n'avaient jamais lui et elle, vécu ensemble comme mari et femme. (...) Un par un, ils devenaient tous des ombres. Mieux valait passer hardiment en cet autre monde, dans la pleine gloire de quelque passion, que de s'effacer et de dessécher lamentablement au fil des années. "
      Cest une mélodie inscrite dans une parole qui avait bouleversé Gretta.
      Cette fin des" Morts" est comme les battements de son cœur.
      "lentement... doucement... evanescente...", ce ne sont pas des redondances, c'est le retour du même, une nécessité rythmique, le même plaisir qu'à écouter "La fille d'Aughrim". Tout avait commencé par une chanson, tout finit par une... chanson...

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    2. Une antériorité de la musique sur le verbe.

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  27. Léo Ferré la chante aussi cette chanson triste :
    "Avec le temps, avec le temps va, tout s'en va
    Même nos plus chouettes souv'nirs
    Ça t'a une de ces gueules
    Dans les Galeries j'farfouille
    Dans les rayons d'la mort...."

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  28. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  29. "Léo Ferré / avec le temps" https://share.google/YEQz1ZYdP1k2Zsw4f

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  30. On continue ? C'est si bon... Une belle page sur Joyce et la chanson d'Aughrim dans la nouvelle, "Les Morts" , par Jacques Aubert :

    https://www.ciutatdeleslletres.com/wp-content/uploads/2020/11/Jacques-Aubert.pdf

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  31. J'aime beaucoup lire ou écouter Jacques Aubert, le grand spécialiste et traducteur de Joyce et Woolf. Bonne soirée très cher So'eil multicolore.

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  32. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/du-jour-au-lendemain/jacques-aubert-virginia-woolf-7810884

    Écoutez si vous avez le temps. C'est très intéressant. Un dialogue dans la nuit entre Alain Veinstein et Jacques Aubert à propos de Virginia Woolf et James Joyce

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  33. Ce soir écoute cavalieri rusticana, arlesienne suite 1&2 etc. SV

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  34. Cavalleria rusticana... Ne l'entend-on pas dans Le Parrain (3) de Francis Ford Coppola. Et il me semble que dans "La Nausée" , Sartre l'évoque.
    Comment Écoutez vous cette musique ? À la radio ? Par un disque ? Au concert. Ça serait bien un lien pour goûter un peu de cette beauté sicilienne.
    Ça ne m'étonne pas de vous.

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    1. "cavalleria rusticana/ final du Parrain 3" https://share.google/IVxPtbmtg3W3iJ1bt

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  35. Cavalleria rusticana dans Raging Bull.SV

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    1. "Cavalleria rusticana dans Raging Bull." https://share.google/PeFcFfBrYexSJR3le
      Cest le même morceau ?

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  36. Pour "La Nausée" c'est juste une indication vers la page 240. Madeleine est dans sa chambre. Roquentin lui demande de poser un disque sur le phonographe. Quand elle tourne la manivelle, il espère qu'elle n'a pas mis "encore" Cavalleria rusticana. Lui veut du jazz, du saxo en particulier un air qu'il répète en boucle.

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  37. Lintermezzo sans le cinéma, juste l'orchestre !
    On devient vite épris de cette musique....
    "Arlesienne suite 1 et 2 /cavalleria rustica" https://share.google/1Ax5HW6VEe9RpJWR2

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  38. Le goût de l'immortalite est vraiment une fiction désespérante. C'est bien que Catherine Dufour ait créé avec d'autres auteurs de science-fiction le collectif Zanzibar Pour écrire des nouvelles plus positives.
    Dans les champs de lune il y avait cette poésie, cette attention à la petite fille perdue.

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  39. Cavalleria Rusticana? MC

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  40. Je ne crois pas que Bizet et Mascagni jouent dans la même catégorie…MC

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    1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Cavalleria_rusticana
      Pourquoi comparer avec Bizet?

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  41. Science-fiction
    "Zone de rêve collectif
    Nos avenirs nous appartiennent. Encore faut-il les imaginer et les rendre contagieux. Un collectif d’auteurs de science-fiction, ou plutôt de « science-friction », choisit de créer des outils de libération des imaginaires,
    Dans "Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l’imagination",
    l’auteur de fantasy Neil Gaiman demande : « Regardez autour de vous. Je suis sérieux : arrêtez-vous un instant et regardez autour de vous l’endroit où vous vous trouvez. Je vais vous signaler un détail tellement évident qu’on tend à l’oublier. Le voici : c’est que tout ce que vous pouvez voir, murs compris, a, à un moment donné, été imaginé. »
    Et c’est ainsi que le groupe Zanzibar est né : « Malgré les outils de prospective et les cabinets de futurologie des grandes entreprises, malgré l’omniprésence du discours voulant que demain soit pareil à aujourd’hui, à hier, ou ne soit tout simplement pas, nous restons convaincus que nos avenirs — communs et individuels — nous appartiennent, et que nous avons le pouvoir de les imaginer, de jouer avec, de les expérimenter et les construire à notre guise. Nous sommes un collectif d’auteur-es de science-fiction. Nous rêvons nos textes comme des endroits où se rencontrer, où penser et commencer à désincarcérer le futur » (Zanzibar, Minifeste).

    Nous avons constaté que notre avenir commun avait une tête d’accident de voiture, et nous ne nous résignons pas. Zanzibar n’est ni un club d’écrivains ni un mouvement littéraire. Zanzibar espère être une plante rhizomateuse et étendre son réseau souterrain pour relier les imaginaires. Zanzibar regroupe Stéphane Beauverger, Alain Damasio, Catherine Dufour, Mathias Echenay, Léo Henry, Laurent Kloetzer, Sylvie Laisné, luvan, Norbert Merjagnan, Sabrina et Stuart Pluen Calvo."

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  42. Mais le Mal et les méchants fascinent car ils sont imprévisibles, on ne sait pas comment ils fonctionnent, on ne peut pas se projeter en eux.
    Si le bien l'emporte, tout est en équilibre mais si le Mal l'emporte, c'est désespérant.
    Le bien l'emporte en épilogue, il ne pourrait être la matière de la fiction qui deviendrait plate, ennuyeuse . Sauf à s'immerger dans l'art, la beauté.
    Et si l'on joint le Mal à la beauté, Baudelaire et ses fleurs vénéneuse ouvrent une béance.
    La science-fiction dans cette réflexion ? C'est un rhizome qui à partir du réel franchit la limite de ce qui est connu.

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  43. Parce que l’Arlesienne, c’est de Bizet.

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    1. Peut-être écoutait-il les deux... Est-ce une raison pour prendre ce ton autoritaire. Il y avait d'autre façon d'exprimer votre étonnement, me semble-t-il mais cela demande du tact...

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  44. J'ai lu dans vos liens les réponses de Robert Silverberg (entretien Le Point). Elles sont très profondes. A propos du moteur de la fiction, quelle justesse dans ses idées :

    "Les êtres inadaptés entrent en conflit avec leur environnement. Or c'est le conflit qui fait la fiction."

    De livre en livre, d'entretien en entretien c'est une véritable méditation sur la littérature qui est conduite ici.
    Juste une inquiétude. La vraie vie, notre vie n'est pas dans les livres. Elle est notre aventure humaine, nos liens, nos rencontres, nos joies, nos chagrins.
    Il ne faut pas être en cage dans un monde virtuel où seuls les écrans et les livres seraient nos interlocuteurs.
    Je suis heureuse, Soleil vert, quand vous disparaissez. Je me dis : il vit sa vie loin du blog et il a raison. Il écoute des musiques aimées et il a raison. Il marche, il dort, il mange, il chante, il fait ses courses, se prépare de bons petits plats, reçoit ses amis, va leur rendre visite, partage des tendresses...
    Mais quand il revient, un nouveau livre dans sa besace : quelle joie!

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  45. Relu hier les dernières pages d'"Orlando" de Virginia Woolf. Cet éclatement de la personnalité d'Orlando et du paysage est tout à fait extraordinaire. Entre littérature, rêve et science... fiction.

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  46. Qui eut dit qu'en ce jour ensoleillé et froid je me retrouverais, en septembre 1963, rue Lamarck face à cet escalier qui monte, si raide, vers la rue Caulaincourt avec Jean. Je comprends qu'il ait fait un détour par la rue des Saules. Moins essoufflant !
    Il allait être en retard. Toute la famille serait là sauf lui. Car François, son frère, allait recevoir un prix pour son troisième roman, "Sans nouvelles de vous". "Près de l'entrée, sur deux tréteaux, des exemplaires du roman ceints d'un bandeau rouge étaient empilés."
    Tiens, ça me rappelle la sortie d'un autre roman de Pierre Lemaitre...
    Et voilà comment j'entre dans le dernier roman de Pierre Lemaître, "Les Belles promesses".
    Jean ne peut à cet instant imaginer ce que le choix anodin de ce détour va provoquer dans sa vie...
    Cest le nouveau billet de Pierre Assouline qui a scellé ces retrouvailles avec un écrivain qui m'avait bouleversée par un livre, "Au revoir, là-haut", paru en 2013, et l'adaptation réussie qui avait suivi avec le film d'Albert Dupontel à l'écriture duquel il participa.
    C'était encore un billet de Pierre Assouline qui m'avait orientée vers ce roman qui obtiendrait quelques semaines plus tard, le prix Goncourt .
    Ces cinquante premières pages m'ont accrochée pour deux raisons. La première, retrouver mon quartier d'enfance, un parcours qui m'est familier. La deuxième, l'incendie de cet immeuble vécu au plus près par Jean qui s'y précipite pour essayer de sauver une femme dont il entend les cris.
    L'incendie.... Nous sommes encore dans celui du bar discothèque en Suisse qui, il y a quelques jours, à coûté la vie à quarante personnes dont beaucoup de jeunes et provoqué l'hospitalisation dans les services de grands brûlés d'une centaine d'autres.
    Et me voilà embarquée dans un roman qui me happe. Je reconnaîs là les histoires à suspense qu'aime inventer Pierre Lemaitre. Les décalages aussi. On lui en veut d'être absent ("- Ton père rate toujours ce qui est intéressant !") ... Puis on le découvre à l'hôpital inquiétant de la vie d'un bébé et d'une femme... Puis la famille fait tout pour cacher son identité aux journalistes.
    Donc il a sauvé le bébé, maintenant orphelin. Pour la mère c'était trop tard.
    Les débuts de roman de Pierre Lemaitre sont toujours réussis.
    Et voilà, déjà page 53. Le ciel se teinte d'un soleil déclinant. Quand Soleil vert est silencieux, j'aime faire un passage sur le blog de Pierre Assouline. Ses billets invitent à la lecture, également.

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  47. Cette famille ne fait pas envie. Certains personnages sont vraiment antipathiques, sournois comme la mère, l'épouse.
    Il y a un chat débonnaire, très sympathique, lui. Un chat tranquille, assez âgé qui observe tout ce monde. Un pur personnage de Simenon ! Des pages rafraîchissantes qui allègent l'atmosphère familiale.
    Ça parle beaucoup d'industrie, de travaux dans Paris.
    J'étouffe un peu sauf quand le chat paraît...
    Ceci dit, ils ne sont pas sympas mais les portraits sont justes, caustiques à souhaits. Je préférais le début, les cinquante premières pages. Après, Pierre Lemaitre laisse un peu tomber ses lecteurs pour évoquer les enfants de Jean et de sombres histoires de meurtres, des années avant cette année-là.
    C'est souvent là que je décroche parce que mon attente vagabonde ailleurs. Mais c'est l'auteur qui commande son roman, qui l'écrit à sa façon. Et il épluche, il épluche, enlève des couches de non-dit pour que le lecteur sache bien les conséquences de chaque acte, de chaque pensée de ses personnages.
    Une sorte de notaire cupide rode autour de ces gens là... L'argent, l'argent, l'argent...
    Mais le chat, j'espère bien qu'il va revenir, pleine page !
    Et puis Pierre Lemaitre a toujours besoin du passé pour bâtir ses romans puis il l'étire comme la guimauve à la fête foraine.
    Peu d'oubli dans ses romans. Il pétrit à pleine plume toute cette famille industrielle.
    Pierre Assouline a collé une Déesse rutilante avec des couleurs comme les enfants les aiment en haut de son billet. Oui, bien sûr, ce n'est pas pour rien... Et un periph plein de vitesse où les phares des voitures tracent un sillon dans la nuit.
    Mais comme j'ai aimé la rue Lamarck, l'escalier raide qui se continue d'ailleurs de l'autre côté de la rue Caulaincourt pour arriver sur la Butte par l'arrière, la vigne, le Lapin agile. Des rues qui n'en finissent pas de monter... C'était mon village, là-haut, autrefois, surtout le dimanche. L'évasion des enfants à l'heure où la famille s'assoupissait autour du café. Nous étions libres... mais c'est surtout les escaliers Becquerel qui étaient notre fief. Nous étions des passe-murailles, des vrais Poulbots , des traîne-savates. C'était bien.

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  48. https://www.montmartre-secret.com/article-montmartre-rue-becquerel-102719477.html

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  49. Parfois aussi j'entre dans les terres d'écriture de Paul Edel. C'est un terrain mouvant où la création l'emporte sur la critique littéraire. C'est un monologue où les vagues de mille lectures fracassent les mots comme coquillages ou galets. Une plage entre falaises et océan rageur. Parfois, dans la baie , mer étale, parfums iodés.

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  50. Mais ma base, mon port d'attache c'est ouvrant cette porte au fond du Web, le blog de Soleil vert. Des chroniques surgies de ses lectures parfois anciennes, une savante architecture se ramifiant sur d'autres chroniques, d'autres livres, d'autres écrivains. Un patchwork de musiques où il est bien difficile de trouver la mémoire d'années passées car l'un devient multiple.

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