samedi 8 août 2026

Les Quatre Vents du Désir

Ursula K. Le Guin - Les Quatre Vents du Désir - Le Bélial’

 

 

 

Si l’œuvre romanesque occupe une place centrale dans la bibliographie et la renommée d’Ursula  K. Le Guin, certains textes courts comme « Ceux qui partent d’Omélas » ont laissé aussi une empreinte durable. Le recueil de vingt nouvelles Les Quatre Vents du Désir révèle l’ampleur de son travail dans ce registre ; il a été d’ailleurs doublement primé, Locus pour le volume et Locus pour la nouvelle « Sur ». Malgré la multiplicité des sources sur le Net ou ailleurs, le travail soigné des éditions du Bélial ’en collection Kvazar (préface, avant-propos, entretien, bibliographie d’Alain Sprauel) a le mérite de dégager, entre toutes, l’influence primordiale de Virginia Woolf sur l’orientation littéraire de Le Guin et son regard sur les femmes dont témoigne le lien entre Orlando et La Main gauche de la nuit.

 

Les Quatre vents du désir, traduction libre de The Compass Rose - La Rose des vents - est découpé en six parties, les points cardinaux complémentés par le zénith et le nadir. Sans rentrer dans les considérations de David Meulemans ou de l’autrice qui admet elle-même la fragilité de cette découpe, imaginons une boussole dont l’aiguille oscillerait au fil des vents magnétiques de l’inspiration. Les nouvelles dont le maitre mot est diversité suivent la route des dystopies ( Le Test, La Nouvelle Atlantide, Le Journal de la rose, Le Phoenix), bifurquent vers le conte (La Harpe de Gwilan, L’Ane blanc) effleurent le fantastique (Une pièce d’un sou, Le récit de sa femme) plongent dans l’humour (Intraphone, Quelques approches au problème du manque de temps) ou osent la littérature générale (Malheur County).


« Sur », « L’auteur des graines d’Acacia et quelques autres extraits du Journal de l’Association de Thérolinguistique »,« Le Test », « La Nouvelle Atlantide », « Premier Rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb », « Le Journal de la Rose », « Intraphone », « L’Œil transfiguré », « Les Sentiers du désir », « La Harpe de Gwilan », « Malheur County » me semblent devoir être mis en avant.


Les Quatre Vents du Désir est un livre précieux, par ses thèmes, l' intelligence du propos, le sens aigu de l'observation de Le Guin, le tout serti dans l'écrin Kvazar.

 

ULKG - 1995 - Source Wiki


INVENTAIRE

 

« L’auteur des graines d’Acacia et quelques autres extraits du Journal de l’Association de Thérolinguistique »

 

Des scientifiques tentent de percer le langage des fourmis. Ainsi nait la thérolinguistique qui bientôt étend ses recherches linguistiques et artistiques à l’ensemble de la création animale, végétale et même géologique. Une vision panthéiste d’un univers interconnecté qui évoque sur le fond le célèbre Vers dorés de Gérard de Nerval et quelques textes de Ted Chiang.

 

« La Nouvelle Atlantide » est une dystopie décontextualisée. L’ autrice évoque le quotidien de personnes régenté par une administration totalitaire. Vision d’un monde carcéral, absurde, avec quelque chose d’onirique. Un 1984 miniature.

 

« Le Chat de Schrödinger », récit bizarroïde avec ses personnages disloqués n’apporte rien de plus à la célèbre expérience de pensée du savant autrichien. A oublier.

 

« Deux retards sur la ligne du Nord » raconte l’errance d’un homme en perdition, frappé par un double deuil. On est peut être plus proche d’un roman de Simenon que d’autre chose. C’est magnifiquement écrit mais la conclusion mal amenée tombe un peu à plat.

 

Dans « Le Test » le Professeur Speaky, à la tête du Service de Psychométrie invente un test permettant de détecter les individus souffrant de troubles mentaux. Les personnes n’obtenant pas le score minimal attendu sont conduites dans des Centres d’épanouissement, autrement dit des asiles.  Ayant intégré le Gouvernement Mondial, le professeur s’efforce de généraliser son procédé à l’échelle de la planète. Mais le nombre grandissant des patients commence à poser problème. Une fable sarcastique qui rappelle quelques bons textes de Robert Sheckley.

 

« Une pièce d’un sou » est un conte fantastique. L’héroïne (enfant ou jeune fille) ne parvient pas à faire le deuil de sa tante et la suit dans l’au-delà.  Ce n’est pas convainquant.

 

« Premier Rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb ».

Un naufragé de l’espace (qui pourrait être un Marco Polo du futur) tente de décrire la Terre à la demande du monarque qui l’a recueilli. Tout en insistant sur l’impossibilité d’une telle tâche, nécessairement subjective, il choisit de parler de Venise. Ursula Le Guin livre une splendide déclaration d’amour à la capitale de la Vénétie qui rejoint les visions de Proust et de Sollers (1), à l’opposé de celles, mortifères, de Thomas Mann et Visconti. C’est brillant.

 

« Le Journal de la Rose »

Une psychologue expérimente un procédé permettant de visualiser les images mentales de ses patients. L’un d’entre eux, envoyé par un établissement ou un service spécialisé dans le « Traitements des Asociaux », présente un profil pathologique et violent. Au fil des échanges et des « scopies » elle découvre une personnalité différente et commence à s’interroger sur les raisons de la présence de cet homme dans l’ hôpital. Comme dans « Le Test », Ursula Le Guin, grande lectrice de Jung (2), alerte sur les dangers d’une médecine instrumentalisée par le politique. Un fort texte dystopique.

 

« L’Ane blanc »

En Inde, une jeune femme doit épouser un homme contre sa volonté. Un animal mystérieux lui rend visite. Une condamnation des mariages arrangés un peu rapide à mon goût.

 

« Le Phoenix »

Encore un flash dystopique. Cette fois une femme veille un libraire, blessé en sauvegardant des livres de son établissement, alors qu’une milice détruit la ville et le Phoenix un théâtre où jouait jadis la narratrice.

 

« Intraphone », ou la nef des fous. Un équipage réduit à cinq personnes commandé - façon de parler - par un capitaine qui fait office de cuistot alors que le second Maitre a perdu la raison, tente de maitriser un engin spatial. Un Le Guin inattendu mais loufoque.

 

« L’Œil transfiguré »

Dans son infirmerie Miriam soigne des gens qui supportent difficilement l’exil loin de la Terre. La  Nouvelle Sion tant espérée n’est pour eux qu’une Babylone au ciel sans éclat doté d’un lugubre soleil et tous rêvent « des vertes collines de la Terre ».

 

« Labyrinthes »

Une entité mystérieuse se livre à des expériences sur un être humain en l’enfermant dans des labyrinthes toujours plus complexes. Chacun observe l’autre sans pouvoir communiquer. Un texte bizarre – sur l’incommunicabilité ?

 

« Les Sentiers du désir » : « une histoire d’étrangers sur une terre étrangère », dirait Jean-Pierre Andrevon. A trente années-lumière de leur sol natal des humains tentent de comprendre l’organisation sociale des Ndif. La population est stratifiée selon les âges. Leurs propos semblent sans intérêt « […] Ils ne racontent même pas d’histoires. Tout ce dont ils parlent, c’est avec qui ils ont couché la nuit dernière et combien de poros ont-ils abattus à la chasse. Bob dit qu’ils parlent tous comme des personnages d’Hemingway ». Par contre leur langue éveille l’attention d’un des protagonistes. On retrouve dans cette nouvelle au parfum Dickien, l’autrice anthropologue-ethnologue des grands romans du cycle de Hain.

 

« La Harpe de Gwilan »

Ursula Le Guin aborde ici le registre du conte pour retracer la « vie miniature » d’une musicienne dans la lignée d’ « un cœur simple » et du « Conte de Suzelle ».C’est du grand art.

 

« Malheur County »

Une femme éprouvée par les deuils successifs de son mari et d’une de ses filles quatre ans plus tard se fixe comme dernier objectif de redonner gout à la vie à son beau-fils. Un beau texte où flotte la mélancolie de Dikens et le souvenir - capillotracté je concède - d’Harold et Maude.

 

« L’eau est vaste » : un texte expérimental sur la folie. Difficile d’en dire plus.

 

« Le récit de sa femme » : une nouvelle fantastique sur le mythe du loup-garou comportant une surprise finale bien amenée.

 

« Quelques approches au problème du manque de temps »

La détection d’une anomalie de l’espace-temps non prévue style="color: black; margin: 0px;"par la théorie de la relativité générale bouleverse le monde scientifique. Le temps s’échapperait par un trou dans l’espace risquant de condamner l’Humanité à … un manque de temps. Un texte burlesque entre Jacques Sternberg et … Raymond Devos.

 

« Sur »

Peut-être ne le saviez-vous pas, mais Amudsen n’est pas le premier à avoir foulé le pole sud géographique. Entre l’expédition de Scott avec le Discovery et celle du norvégien, un groupe d’une dizaine de femmes sud-américaines empruntant le steamer chilien Le Yelcho (celui-là même qui secourut Shackleton) atteignit aussi le but. Ce n’est pas tant l’uchronie en elle-même qui remporte les suffrages mais ce regard féminin sur une expédition où la solidarité, le pragmatisme, la discrétion revendiquée sur leur entreprise, comme s’il s’agissait d’une soirée passée entre filles, l’humour, brisent la glace dans tous les sens du terme.

 

 

 

(1)   In Albertine Disparue (A la Recherche du Temps perdu ) et pour Sollers, Dictionnaire amoureux de Venise.

(2)La psychoscopie de Le Guin lui a-t-elle été inspirée par le procédé de « l’imagination active » de Jung ?

 

SOMMAIRE NOOSFERE





41 commentaires:

  1. "J'aime installer Ursula Le Guin dans un monde différent plein de dragons et de sorciers, une terre imaginaire, des bonds dans le temps, des maléfices et bons augures."

    Ca c'est l'autre versant de l'autrice

    "Oui, préface et entretien sont de magnifiques explorations. Toutefois, je ne vois pas de lien entre la personnalité et l'œuvre de Virginia Woolf et celle de Ursula Le Guin. Ce n'est pas du tout la même inspiration, la même forme d'écriture, les mêmes vies."

    Lisez Orlando et La main gauche de la nuit !

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  2. Ce que j'aime chez Virginia Woolf jamais vous ne trouverez sous la plume de Ursula Le Guin.
    V. W. ne raconte pas des histoires mais suit une pensée dans l'instant et la module dans un style qui est l'excellence ce qui n'est pas un souci pour Ursula Le Guin.
    Si vous ôtez ces histoires de "genre" qui ne m'intéressent pas du tout, elles n'ont pas grand chose en commun.

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  3. Oui, mais c'est précisemment celui-ci (pas son meilleur je l'accorde) qui fait le lien avec cet autre versant de UKLG (La main gauche de la nuit, les dépossédés etc etc.

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    1. De Virginia Woolf, le dernier livre que je reprends souvent est son journal intégral - 1915 - 1941 (Stock) et dans les romans, "La promenade au phare", "Entre les actes", "Mrs Dalloway", "Les vagues".
      C'est un écrivain que j'estime tant.

      Ursula Le Guin est pour moi une conteuse à l'imagination débordante mais brouillonne. Tous ses écrits ne sont pas de même qualité mais j'aime bien la lire de temps en temps.
      Tout ceci repris de l'avant propos et de l'entretien.
      Oui, vois avez bossé sur ce billet et merci pour cette présentation claire. J'ai commencé à lire. Pour le langage des fourmis et autres bestioles, c'est bizarre et croise certainement ses interrogations sur le langage humain. Il n'y a aucun lien entre les premières nouvelles. Dessus... Dessous... Bizarre...

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  4. «  tous ces récits be sont pas de même qualité » Oh oui! Je me souviens du impitoyable Monde de Roccanon!

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  5. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/dans-la-bibliotheque-d-amelie-nothomb-2658468

    Cadeau !

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  6. J'ai relu à la fin de votre billet la présentation succincte des 20 nouvelles réunies dans cette rose des vents. Beaucoup vous laissent insatisfait.
    J'en ai lu une dizaine. Pas de vrai coup de cœur. Elles n'éveillent en moi aucune surprise, aucune émotion. Impression de lire les productions d'un atelier d'écriture.

    Je vous ai mis en lien le bel échange entre Marie Richeux et Amélie Nothomb qui est spontanée et émouvante dans ses réponses. Beau choix de lectures et belle personne .

    Je n'ai pas compris votre colère hier ni ce que vous avez était reçu comme des critiques de votre billet.
    Préface, avant-propos et entretien sont trop longs et plein de redites. La liste des écrivains l'ayant influencée est interminable. Il y a beaucoup de bavardages et des illusions dans ces propos. Ce n'est quand même pas l'écrivain du siècle !
    Robert Silverberg (billet précédent) est bien plus intéressant dans ce domaine de la fiction, Philip K Dick aussi et pour les femmes Jo Walton.

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  7. Amélie Nothomb, spontanée????

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    1. Oui, dans ce jeu de questions réponses avec Marie Richeux.
      Il est vrai que de multiples prises de paroles sur les plateaux et reportages créent des répétitions. Qu'importe... Ce petit lutin à
      a du charme, un visage reconnaissable, une voix tressautante très amusante, un rire moche, un chapeau que j'aimais beaucoup et qu'elle a abandonné.
      Un personnage... Je la trouve délicieuse même si tout est construit pour cacher derrière une fausse spontanéité un trouble intérieur qui a à voir avec l'angoisse.
      Oui, j'aime bien sa présence et entrer dans son jeu quand je la dis spontanée. Elle e allume dans le poussiéreux spectacle audiovisuel une fraîcheur préservée malgré les années. Vous n'aimez pas les êtres qui vous font rêver ?

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    2. Par ailleurs, Amelie Nothomb a une vaste culture. C'est une grande lectrice. Elle écrit beaucoup pour ne pas être angoissée. J'ai lu deux livres d'elle mais c'est autre chose que je reçois d'elle : son silence, celui qui se cache derrière les mots. Elle m'a fait découvrir les noms épicènes et la beauté du Japon. Le mont Fuji et les aubes roses, le pavillon d'or mythique comme celui de la Belle au bois dormant.
      Mais que de douleurs dans l'enfance... à égalité des merveilles.

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  8. J'ai trouvé une nouvelle très belle : La harpe de Gwilan, dans le recueil d'Ursula Le Guin . Ce portrait de femme est sensible. Vous avez raison de rapprocher cette nouvelle du conte de Flaubert, Un cœur simple.

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  9. "La harpe de Gwilan" . "Vie miniature", écrivez-vous. Comme c'est bien trouvé pour délicatement évoquer cette femme qui découvre à la fin du conte qu'elle existe, qu'elle a son importance sur cette terre. Celle qui se croyait devenue insignifiante, seulement utile aux travaux de la maisonnée. Oui, une très belle nouvelle et beaucoup de tristesse quand la harpe est cassée, quand celles achetées par Thorn ne lui donnent pas le son désiré. Et puis ses mains gagnées par l'arthrite. Et le don ultime de sa voix toute ébréchée, offerte au compagnon pour ce dernier voyage.. .

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  10. Par contre, dans la nouvelle qui suit, "Malheur County", il y a des sentiments violents qui agitent cette vieille dame, pas tout-à-fait la douce et drôle Maud si sensible avec ce jeune Harold.

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  11. Mais cette Harriet, parfois hargneuse, solide comme un roc, un peu bourrue, desire rendre libre ce jeune Edward, même si elle sait que l'enfant lui sera retiré quand il partira. Elle le considère un peu comme le fils qui lui avait toujours manqué ayant raté la relation avec ses filles. Elle sait ce qu'elle perdra. Ils s'en iraient, l'homme et l'enfant. Alors elle connaîtrait la solitude et la paix d'avoir bien agi. Il lui restera l'endurance et le chagrin.

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  12. Deux visions flash de la place Saint Marc de Venise, celle de Sollers qui laisse tomber son sac d'émerveillement, et celle de Le Guin qui la décrit comme une salle à manger à ciel ouvert

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  13. Ah... Avons-nous lu la même nouvelle ? J'évoque ce premier rapport du naufragé étranger au Kadanh de Der.
    Quand il parle de la ville de Venise c'est dabord les lions qu'il évoque, non comme des statues mais comme de gros animaux débonnaire. Puis viennent les chats qui pullulent, puis les pauvres oiseaux en cage et enfin les pigeons dont les fientes abîment les pierres.
    Là, son récit bascule dans le morbide. Les pigeons mais les hommes aussi qui polluent Venise avec leurs moteurs. Venise devient alors une ville fragile qui pourrit. "Mort à Venise" passe comme un songe avec ce vieux pédéraste malade qui vient y mourir. Venise, ville de mort et de miasmes. C'est comme de la pourriture.
    Franchement je préfère l'évocation de Sollers, une toile de Monet, un Canaletto ou les émerveillements d'un Fernandez.

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  14. Quant à "la salle à manger," je ne la vois nulle part.

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  15. Page 135.
    "(...) Venise est plus mortelle que la normale, Venise donc, est une ville de mort, d'agonie, de maladie, décadente, une ville sans affaires florissante, qui survit de la même façon que ses pigeons, comme un parasite à l'égard de ses visiteurs, une ville morbide, de rêves enfiévrés, un endroit où viennent mourir les pédéraste vieillissants. "
    Il a beau inverser le tableau à la phrase suivante. Ce qui précède à été écrit.
    " Bien sûr, c'est absurde. Une chose est d'autant plus vivante qu'elle est plus mortelle. Il n'y a pas d'endroit au monde où les belles marées vertes et obscures de la vie se portent si haut, où l'on soit aussi intensément conscient de la prresence (...) Si j'étais un vieux pédéraste allemand avec un désir de mort je le sentirais terriblement idiot à Venise. "
    Étrange Ursula K. Le Guin. Il lui faut passer par un songe de mort et de putréfaction pour ensuite vanter les charmes de Venise... Le final de la nouvelle m'est apparu factice.

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    1. Mais non ! "Mal compris par les allemands et autres barbares en provenance du nord ...ce message parfaitement évident a été interprété avec toute la stupidité teutonne comme signifiant que puisque Venise est plus mortelle que la normale Venise donc est une ville de mort... Il n' y a pas d'endroit au monde où les belles marées vertes et obscures de la vie se portent si haut"

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  16. Je crois que dans cette nouvelle sur Venise, Ursula K. Le Guin choisit la torsion d'un récit. Après tout on pourrait inverser, nous aussi, et placer la fin de la nouvelle avant le délire sur les lions ailés plongés dans la lecture du livre et les chats soyeux qui finissent mal ou les oiseaux emprisonnés ou les pigeons qui "chient" partout et enchaîner en écrivant que tout cela est une utopie, un rêve, que la réalité est une ville qui pourrit lentement avec des fondations grignotées par les eaux et la pollution.
    Je ne sais où la situer...
    C'est comme si son cerveau générait des écrits où dystopies et fantasy hésitent sur les fins à donner. Elle a un côté rassurant : famille d'intellectuels, longues études, mariage heureux avec enfants et petits enfants mais elle répète à l'envie à cette journaliste qui mène l'entretien qu'elle ne sait pas où elle va quand elle écrit, que ses personnages la surprennent. De plus dans les contes de Terremer le monde est souvent dur et menaçant. Ce n'est pas un être paisible et "sa" Venise est trompeuse trop dépendante de son état émotionnel. Son voyageur a peur des espaces infinis comme Pascal, elle aussi, qui avoue son attirance pour Jung.

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  17. Ne pas oublier que Jung demande d'affronter sa part d'ombre, ses divagations refoulées, son inavouable.

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  18. Quant au "Chat de Schrödinger" , oui, le récit est "bizarroïde" . S'il n'apporte rien à l'énigme posée par Schrödinger, je le trouve un peu malsain surtout au début avec ces morceaux de cadavre vivants, ce désir de mort à donner concrétisé par ce revolver.
    De plus Schrödinger est mort, c'est le chat qui parle et à la fin quand on l'oblige à se laisser enfermer dans la boîte où il pourrait mourir, il disparaît après la fermeture de la boîte. On l'ouvre et plus de chat ! On ne sait ce qu'il est devenu. Tout ça pour accuser Dieu de jouer avec la mort des humains comme le savant avait imaginé le faire avec le chat. Il en ressort un principe d'incertitude concernant tout sur cette Terre...

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  19. ""...la place Saint Marc, la plus belle salle de séjour jamais construite, dont le plafond est le ciel opalescent, a souvent été inondée"

    Bouuuuuhhhhhhhhhhh

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  20. Vous êtes extra. Comme un ludion. On a beau vous plonger là tête sous l'eau vous remontez à la surface, inlassable, joyeux, comme un dauphin !
    Cette Ursula K. Le Guin me met la tête à l'envers avec sa rose des vents !
    Mais comme j'aime que vous ayez raison dans cet univers déraisonnable!
    Vous me faites rire comme hier deux jeunes voisins insensés qui sont montés sur le toit pentu de l'immeuble den face en slip de bain et lunettes noires pour regarder l'éclipse so'aire. Je les ai pris en photo puis pour leur envoyer la photo de leur exploit j'ai écrit sur un post-it leur numéro de portable crie depuis le toit de face. Enfin ils onr regagné leurs pénates et le ciel s'est calmé choisissant une couleur nuit bien sage. J'aurais bien aimé voir des étoiles filantes...

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  21. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/le-book-club-emission-du-vendredi-24-octobre-2025-6103346

    Jean-Pierre Luminet. Astrophysicien. Un régal. J'aime ses lectures don't Borges...

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  22. Ce qu'elle écrit dans ce livre regroupant 20 nouvelles choisies parmi des centaines d'autres publiées ailleurs, donne l'impression qu'elle est au milieu de ses fantômes, des doublures avec lesquelles elle semble parfois en conflit. Ce faisant elle s'engage dans des devenir tellement complexes qu'elle doit faire le choix entre plusieurs possibilités. Le livre se ramifie de nouvelle en nouvelle devenant une fourmilière comme dans la première nouvelle. Peut-être une biographie imaginaire...

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  23. Christiane je vous ai répondu sur Nothomb , mais ce n’est pas passé.

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    1. Dommage. Il faut toujours aller au bout d'un échange.

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  24. Pourquoi n'avez-vous pas de blog ? Il faut accepter la modération des hôtes qui nous accueillent et Soleil vert est plutôt bienveillant dans son tri.

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  25. Un livre de nouvelles c'est toujours redoutable. On est tiré à hue et à dia par des histoires courtes qui souvent n'ont aucun lien entre elles et ont été écrites à des épiques différentes. De plus elles sont trop brèves pour que l'imaginaire s'y installe durablement. Je préfère une nouvelle isolée ou un roman. Le temps offert pour habiter les lieux, les personnages.
    Ici on semble traverser les tableaux d'une exposition montrant l'habilité du créateur et donnant difficilement une impression d'unité, une pâte. J'ai plus appris de sa façon d'écrire en lisant Terremer, les aventures de Ged.
    Je finis par préférer les auteurs moins prolixes. Trop de facilités nuit peut-être aux résultats surtout si on prend en compte les activités annexes comme la traduction, les ateliers d'écriture, l'enseignement, les conférences, une forme d'écriture réservée à la littérature enfantine et la vie de famille.

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  26. Modération bienveillante? Je laisse passer.

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  27. J’expliquais simplement pourquoi je n’aimais pas Nothomb. Il faut croire que ça a déplu. Les remarques, pourtant, n’engageaient que moi.., l’analyse allait peut-etre plus loin , je ne sais, étant censure.

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  28. J'essaie de comprendre ce qui se passe quand on lit une fiction. Où est le lecteur ? est-il plus près de l'auteur, de lui-même ou dans la fiction ?
    Est-ce la même approche en lisant ou en regardant un film ? Et dans un rêve ?

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  29. Il fait frais à Paris ce matin. Le ciel est lavé, tout propre. Les meurtrissures de la canicule s'éloignent. Elles ont échauffé les corps mais aussi les esprits. Quand le temps passe -mais passe-t-il ? - on retrouve l'essentiel. A chacun sa bibliothèque, ses auteurs préférés, son mode de vie et de pensée.
    Il est dit que la prochaine eclipse solaire aura lieu en 2080 soit dans plus de cinquante ans. On sera tous morts, sur ce blog et ailleurs. On ne vivra que par le souvenir de certains. Et c'est bien ainsi.
    Aujourd'hui, j'imagine la sidération de Sophie Adenot se retrouvant pour la première fois dans le vide sidéral...

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  30. Donc, Ursula Le Guin. Quelle production étonnante d'écrits divers !
    Je reste sur le charme de "Terremer" , cette ambiance moyenâgeuse, teintée de fantasy, de merveilleux et d'une ouverture à l'autre, à l'étranger, puisque Ged le magicien naît avec une belle peau noire.
    Oui, vous aviez raison. Je relisais "La main gauche de la nuit" . Bien que ce ne soit pas mon roman préféré, il y a du flou et du transformisme dans les apparences. Virginia Woolf a un temps eu la même recherche avec Orlando. Pas mon préféré non plus.

    Ecrivant, j'écoute et je regarde Gautier Capuçon et son violoncelle. Ce qui est étonnant c'est qu'il est bien stable dans son corps, les pieds bien plantés sur le sol ainsi tout le haut du corps est libre, les doigts, les mains, les bras, les épaules. C'est très beau à regarder un musicien. Il a un lien très fort avec son instrument et vit la musique pleinement, de l'intérieur. Sa construction, sa mélodie. L'expression qui passe par le jeu est différente pour chaque musicien. Être soliste dans un orchestre c'est comme un travail d'écrivain écrire seul entouré de la rumeur de tous les livres aimés et donner sa note à l'écriture.

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  31. Je découvre à la fin de votre billet le lien permettant d'en savoir plus sur la notion "d'imagination active" de Jung. La question que vous posez est vraiment intéressante :
    "La psychoscopie de Le Guin lui a-t-elle été inspirée par le procédé de « l’imagination active » de Jung ?"

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