mercredi 10 juin 2026

Eversion

Alastair Reynolds - Eversion - Le Bélial’/Le Livre de Poche

 

« Dr. Chandra, Will I Dream ? »

 


Silas Coade embarque à bord de la goélette Demeter. Médecin de bord il intègre une équipe scientifique à destination des côtes de Norvège à la recherche d’une anfractuosité repérée par une expédition précédente .Elle dissimulerait un Edifice mystérieux. Le commanditaire Topolsky est entouré du capitaine Van Vught, du cartographe Raymond Dupin, de l’enseigne Mortlock, du colonel Ramos chargé de la sécurité et de quelques autres personnages dont l’intrigante Madame Cossile. Après avoir franchi une fissure l’équipage découvre l’épave de L’Europe, le vaisseau de leurs prédécesseurs. Alors qu’une dispute éclate sur les agissements passés de Topolsky, le Demeter s’écrase contre une falaise et Coade meurt sur le coup … pour se réveiller à bord d’un streamer du même nom, en compagnie du même équipage, pour le même objectif, en route pour la Patagonie.

 

Si les longs cycles ont établi la réputation d’Alastair Reynolds, réputation renouvelée grâce aux récentes rééditions du Bélial’, l’auteur se montre aussi à l’aise sur le format court (court chez Reynolds c’est trois cent pages). L’intrigue rend globalement hommage à Jules Verne et Arthur Clarke, mais la forme évoque la thématique du « Jour sans fin », à savoir Edge of Tomorrow, Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric et dans un autre registre Au bout du labyrinthe, voire L’œil dans le ciel du grand Philip K. Dick. Les lecteurs férus de topologie algébrique se pencheront sur l’éversion de sphère, modèle architectural de l’Edifice.

 

Sommes-nous sur les mers des grands explorateurs d’antan ou dans l’espace ? Les situations se succèdent, les personnages semblent jouer la même pièce. Qui est le démiurge de cette histoire, Silas Colas romancier à ses moments perdus ou la Comtesse Cossile qui semble bien le connaitre ? L’écrivain assemble patiemment les morceaux du puzzle pour livrer un final cohérent et émouvant. Eversion suinte la science-fiction à chaque page. Lecture enthousiasmante comme le fut pour moi celle du classique Succession de Scott Westerfeld voici un an.


Addenda 11-06-2026 : Le parcours de Silas impose une dernière référence. Alors que j'entame la lecture d'Ithaque de Laurent Mantese, me revient en mémoire une phrase de Jean-Louis Cianni (L'Odyssée, de l'errance à la lucidité - Le Relié), "Que l'identité humaine soit une errance, L'Odyssée nous l'apprend depuis 3000 ans[...]" assertion illustrée par l'épisode de Polyphème et le retour d'Ulysse sur son ile natale dans le plus parfait incognito, car ses servantes le fuient. Reynolds comme Homère raconte aussi une quête d'identité et on pourrait faire un lien entre Athéna/Mentor et Mme Cossile. Borges sanctuarise tout cela : "J’ai été comme Ulysse, j’ai été Personne, bientôt je serai comme tout le monde, je serai mort." in  "L’immortel". 



13 commentaires:

  1. Merci. Le terme "rive" s'appliquait à "En descendant la rivière" de Edward Abbey dont j'ai abandonné à regret la lecture.

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  2. Il y a bien 20 ans, j'avais essayé de mordre dans "le cycle des Inhibiteurs". Quantitativement, de très gros morceaux, de pavé en pavé. Faut du temps et de persévérance. Je pense être allé jusqu'au début du second épisode puis avoir subitement laché prise. Le Space OP, new ou pas, tous auteurs confondus, décidemment, ce n'est pas mon truc. Mais le cycle, physiquement toujours en PAL, de temps à autre, je ne désespère pas d'y revenir, de tenter une nouvelle fois d'y revenir. Wait and see.

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  3. "Pourquoi avez-vous abandonné la lecture de "En descendant la rivière" de Edward Abbey ?"
    Beaucoup de digressions, moi je voulais juste descendre la rivière ...

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  4. La convergence des parallèles, content de te voir. Essaye "Eversion"

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  5. J'ai ajouté un dernier paragraphe

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  6. Hmmm n'est ce pas plutôt une Terre Promise pour Gaughin ? Il me semble que Levinas a dit qq chose sur ces deux mythes.

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  7. C'était très beau. Merci. Fin insolite...

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  10. Eversion c'était chouette, j'ai plus de mal avec les autres œuvres de ce monsieur.

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  11. - Disons que c'est un des moins longs
    -"Dr Chandra ..." 2010 : L'Année du premier contact

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  12. Il n’y aurait pas quelque chose de la fin de Gordon Py, là dedans? MC

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  13. La répétition du même crée dans ce roman un mouvement envoûtant. On entre sans rejet dans cette aventure qui traverse un temps parfois immobile.

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